Et la question des nationalités en Chine?

L’extraordinaire livre de Timothy Snyder aura ainsi méticuleusement montré les ressorts de la Terreur, celle exercée par les nazis bien sûr, mais aussi celle qui a été l’œuvre de Staline. Les millions de morts s’ajoutèrent aux millions de mort, une terreur, la stalinienne, servant en quelque sorte de marche-pied à la suivante, l’hitlérienne, qui, Timothy Snyder est tout à fait clair là-dessus, et afin d’éliminer d’emblée tout soupçon de « banalisation » des crimes nazis – comme si le simple fait de constater le rapprochement, dans le temps comme dans l’espace, de deux cataclysmes humains et moraux devait nécessairement atténuer l’ampleur du plus terrible, du plus meurtrier – l’a  emporté nettement sur la première, dans sa systématicité, son organisation de masse, sa volonté délibérée de faire en sorte qu’un peuple, une ethnie, une culture soient complètement, jusqu’au dernier de leur membre, exterminés. Nous savons cela désormais. Ne faisons cependant pas semblant de l’ignorer : nous le savons parce que ces deux régimes ont été vaincus. L’Allemagne nazie n’est pas parvenue à disparaître sans laisser derrière elle une multitude de traces, comme un astre mort qui se volatiliserait en laissant derrière lui des myriades de météorites, prêts à s’abattre et à porter témoignage de ce qui s’est réellement passé. Les photos, les lettres de jeunes allemands à leur fiancée, à leurs parents, leurs amis, sont là et disent. Les soldats de la Wehrmacht, les membres des Einsatzkommandos, en dépit de l’interdiction, n’avaient pu se réfréner de photographier leurs crimes.

A l’Est, depuis que le Mur s’est effondré, que l’Union Soviétique, elle aussi s’est volatilisée (même si pas complètement, même si la Russie de Poutine renoue toujours plus avec de vieux démons de l’empire et renâcle toujours autant – en dépit des propos histrioniques de notre Gérard national – à une forme de démocratie qui s’élaborerait en dehors des lignes tracés par les services dits « de sécurité » – KGB et successeurs – ), les archives également se sont ouvertes aux historiens. Ainsi, nous savons cela. Maintenant.

Mais cela ne veut-il pas dire qu’a contrario, là où les régimes ne sont pas vaincus, où ils perdurent, même transformés, même adaptés à la sauce managériale et capitaliste, comme en Chine par exemple, nous ne saurons jamais rien? Je veux dire: rien de l’ampleur des massacres qui ont été commis, des travaux de force infligés dans des Laogaï dont nous n’avons pu connaître jusqu’à présent qu’une infime partie de ce qui s’y déroule encore? Rien du massacre des nationalités, la tibétaine en tout premier, mais aussi la ouïgoure, ou du massacre de minorités moins connues?

Or, n’en doutons pas, la manière de Mao s’est calquée sur celle de Staline. Quand viendra enfin un Timothy Snyder de l’histoire du maoïsme, accolée à celle du grand frère soviétique (même si, par la suite, années soixante, les deux géants de ce qu’on appelait encore, on trouvera aujourd’hui: par antiphrase, ou par dérision: le « communisme », devaient se séparer et s’affronter, au moins verbalement), pour nous faire la liste des horreurs commises au nom de la fierté Han autant qu’en celui du socialisme? Encore évidemment faudrait-il, pour cela, que les frontières s’abaissent, que le système s’écroule, alors que nous n’en voyons pas la fin à hauteur d’une vie d’homme…

lagauchenaplusdroitalerreurQu’est-ce qui arrivera demain? Le livre intéressant et documenté de Michel Rocard et Pierre Larrouturou, « La gauche n’a plus droit à l’erreur », commence par cette fiction:

« La Chine a envahi Taïwan, les Etats-Unis entrent en guerre » : une guerre hélas prévisible, a affirmé le président du Conseil Européen en ouvrant la réunion extraordinaire des vingt-sept chefs d’Etat et de gouvernement.
Début 2012, au moment où la bulle immobilière explosait en Chine et provoquait une forte augmentation du chômage, le gouvernement avait publiquement annoncé qu’il allait doubler son budget militaire, qu’il aurait en 2015 un budget militaire quatre fois supérieur à celui du Japon, son ennemi héréditaire, et qu’il voulait « être capable de gagner des guerres locales ». les intentions de la Chine n’étaient pas tenues secrètes. Nous ne pouvons pas dire que nous ne savions pas.

Politique fiction? Le livre était sorti depuis plusieurs semaines quand le nouveau président chinois, Xi Jinping, lors de son premier discours devant l’Assemblée Populaire de Chine (la semaine dernière, donc) lançait « un appel au renforcement de l’Armée chinoise ». Comme si cette dernière n’était pas déjà assez renforcée… Rocard et son co-auteur donnent un tableau de l’évolution des dépenses militaires entre 2000 et 2010, émanant de la 48ème conférence sur la sécurité de Münich:

Chine : +189%
Russie : +82%
Etats-Unis: +82%
France: +3,3%
Japon: -1,7%
Allemagne: – 2,7%

En 2015, dit-on dans ce livre, en citant une source du journal « La Tribune »: « Les dépenses militaires chinoises dépasseront les budgets combinés des douze autres plus grandes puissances de l’Asie-Pacifique ». « Comment, disent Rocard et Larrouturou, ne pas faire le parallèle entre ce puissant déploiement de forces et la montée des périls qu’a connue l’Europe dans les années 1930 »?

Quant à la question des nationalités internes à la Chine, pouvons-nous nous faire des illusions quand nous savons l’enfermement actuelle de la population tibétaine (entre autres, mais c’est le cas le plus notable, à cause des révoltes qui ont eu lieu et de leur répression par le régime), l’impossibilité dans laquelle nous sommes de nous rendre librement au Tibet, les échos assourdis qui nous viennent, de loin en loin, de la terreur, à l’occasion d’une immolation ou d’une visite clandestine de quelque journaliste téméraire dans une bourgade isolée?

???????????????????????????????jeune nonne à Lhassa, en 2005
(une époque où l’on pouvait encore se promener relativement librement)

Une chape de plomb s’est refermée sur le Tibet depuis quelques années (au moins depuis 2009, l’année de la révolte, puisque année anniversaire de la « conquête » par l’Armée Populaire de ce haut-plateau,  et de la fuite du Dalaï-lama), confortée par le silence complice, voire l’agressivité déclarée à l’égard de la rébellion tibétaine, dont font preuve de vieux nostalgiques de leur période maoïste ou d’une  approche de la politique « à la Marchais » (*)(lorsque celui-ci justifiait l’intervention soviétique en Afghanistan). Même les associations pro-tibétaines se taisent, lassées semble-t-il, puisqu’elles n’ont aucun moyen à leur portée qui leur permettrait d’exercer une influence quelconque sur la politique chinoise, et que, jusqu’à présent, il faut bien le dire, les actions qu’elles ont tentées se sont plutôt retournées contre le peuple tibétain (en renforçant la thèse de Pékin selon qui les revendications des nationalités seraient télécommandées de l’extérieur, exactement, ceci dit en passant, comme le proclamait la propagande de Staline lorsqu’il s’agissait de justifier les répressions anti-ukrainienne ou anti-polonaise).

L’armée chinoise se masse toujours plus aux frontières nord de l’Inde: cela veut dire que le Tibet, justement, est une ressource, une sorte de tampon entre la Chine orientale, tellement peuplée, et la zone de guerre potentielle, celle qui risque fort d’arriver dans les prochaines années et dont nos amis du Ladakh seront les premières victimes.

tsangpoEn traversant le fleuve Tsangpo (Brahmapoutre), en 2005

(*) Par soucis d’objectivité, je renvoie à la page suivante d’un blog très critique vis-à-vis de la rébellion tibétaine, où Mélenchon développe ses arguments. Il y apparaît que, décidément, pour le dirigeant du Front de Gauche, tous les colonialismes ne sont pas égaux…(le chinois étant probablement mieux justifié que les autres) et qu’il condamne les revendications tibétaines comme étant d’ordre « ethnique », argument dangereux, que l’on pourrait facilement retourner contre toute volonté d’affranchissement d’un colonisateur étranger… et donc contre toute lutte anti-coloniale. Quant au Dalaï-Lama, il n’est pas en odeur de sainteté, c’est le cas de le dire… On peut certes lui trouver des « défauts » (dont son accointance avec Heinrich Harrer, ancien nazi) mais quel leader tant soit peu charismatique n’en a pas… On ne fera pas l’injure à Mélenchon de lui reprocher ses sympathies pro-Chavez, qui conduisent, par transitivité, à des sympathies pro-Ahmadinedjad…

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Giacometti à Grenoble

Giacometti-1(Le nez, 1947)

Peu d’artistes ont vu une telle masse de livres écrits sur eux. Tout ça, est-on tenté de dire, pour une œuvre si ténue. Oh, je ne dis pas ça sur un ton péjoratif… dire qu’elle est ténue ne signifie pas qu’elle est insignifiante, bien au contraire du reste. Mais ténue dans son sens propre : parce que plus cela allait, plus le sculpteur retirait de la matière à son bloc, déjà très effilé, de plâtre ou d’autre chose. Il le disait bien d’ailleurs, je m’en souviens, dans cette émission à lui consacrée, dans la série des « Heures chaudes de Montparnasse », gloire de la télévision en noir et blanc des années soixante, émission de qui ? de Max-Pol Fouchet ? il me semble… si c’est un autre, on me le dira sûrement. Dans cette série, en bref, on le voyait – moi, je le découvrais, je devais avoir à peine quinze ans – chevelure frisée, rides profondes comme des ravins au milieu de la figure, yeux fatigués comme ceux d’un hibou qui a dû veiller toute la nuit, parlant de cette voie chaude, accent italien, ou plutôt tessinois. Né aux Grisons. Val Bregaglia. Il parlait de son désespoir à saisir quelque chose, qu’à force d’en enlever, de cette matière, certaines de ses statues n’avaient plus, à la fin que la dimension d’allumettes. Ça m’avait frappé, ce truc, cette recherche insatiable. On m’a dit ensuite que ce qu’il cherchait c’était à cerner l’homme ou la femme dans ses contours les plus génériques, dans leur nudité. Et que cette œuvre allait parfaitement avec l’existentialisme du moment. Giacometti rencontrait Sartre, à la fois sur le plan des idées et aussi… dans la réalité. On me dit même que Sartre rencontrait beaucoup Annette, aussi. Mais ça, c’est une autre histoire. Il faut lire Simone de Beauvoir pour le savoir. Mais cette amitié avec Sartre lui provoqua aussi des désillusions. L’immense livre d’Yves Bonnefoy, que j’ai pu feuilleter à la librairie en sortant, relate la tristesse de l’artiste après que l’écrivain ait couché ses mots, de manière bien désinvolte, dans « Les mots ». Je vais chercher le passage… Sartre écrit :

Il y a plus de vingt ans, un soir qu’il traversait la place d’Italie, Giacometti fut renversé par une auto. Blessé, la jambe tordue, dans l’évanouissement lucide où il était tombé, il ressentit d’abord une espèce de joie : « Enfin quelque chose m’arrive ! » je connais son radicalisme : il attendait le pire ; cette vie qu’il aimait au point de n’en souhaiter aucune autre, elle était bousculée, brisée peut-être par la stupide violence du hasard : « Donc, se disait-il, je n’étais pas fait pour sculpter, pas même pour vivre ; je n’étais fait pour rien ». (Edition « La Pléiade », p. 126)

Eh bien, Giacometti a très mal pris qu’on utilise ainsi les mots qu’il avait peut-être un jour – ou plutôt une nuit – prononcés, en effet, mais un peu à la légère et sans songer un instant que son interlocuteur en ferait son beurre. Comment ? « Pas fait pour sculpter » ? Il y allait un peu fort, le pape de l’existentialisme…

12856_443_Tete-d-homme-sur-socle-fragment-vers-1949-1951-Tête d’homme sur socle, vers 1949-1951. Plâtre peint Collection Fondation Giacometti (le commentaire évoque les peintures du Fayoum, Egypte de l’époque romaine)

Mais tout cela – ce rapport à l’existentialisme – n’est pas tout, c’est flagrant. Les critiques d’art raisonnent parfois avec des grilles un peu superficielles, ce qui les intéresse, c’est de mettre ensemble des œuvres parce qu’elles sont d’un même temps et qu’elles doivent donc à tout prix en exprimer l’esprit. Mais tout créateur est d’abord seul avec son œuvre à faire, et il doit se débrouiller avec les ressources qu’il possède, et qui peuvent être pauvres. Maintenant que plus de cinquante ans se sont passés, ce qui frappe, à mon avis, dans cette œuvre, et qui est corroboré d’ailleurs par maints propos de l’artiste, c’est la difficulté. Difficulté à voir. Ainsi ce qui paraît si naturel à chacun d’entre nous : faire le lien entre plusieurs points de vue, obtenus en tournant autour d’un objet ou d’un corps humain, est, pour Giacometti, ce qui pose problème. Comment raccorder les faces d’un objet ? C’est ce qu’il semble se poser comme question, sans cesse, et qui conduit, en particulier dans cette magnifique tête de Diego, posée par terre, à avoir, de profil, une sorte d’ombre chinoise, et de face une fine lame qui ressemble un peu à l’aspect qu’a, vu de face, un des ces poissons colorés qui nagent au fond de nos aquariums. La chose est patente aussi dans les dessins, où le trait de crayon s’épuise à tenter de raccorder les plans et n’y arrive jamais. Pour être encore une fois très pédant (!), je raconterai qu’un jour, il y a longtemps, où je devais intervenir dans un séminaire sur « l’Art et la Science », j’avais tenté un rapprochement entre Giacometti et Russell (donc une approche plutôt différente de celle de Sartre), parce que le philosophe anglais avait justement insisté dans son fameux essai sur la connaissance du monde externe, sur ce qui était à ses yeux l’unique façon « logique » de procéder à la construction du monde externe (si du moins, on refusait d’admettre abruptement son existence ) et qui était justement de parvenir à recoller nos points de vue. A mon avis, Giacometti a, plus que d’autres, exprimé et expérimenté  cette difficulté fondamentale. Fin de la parenthèse pédante. Retour à l’exposition. Un aspect pathétique – me semble-t-il – de l’œuvre et de la vie de Giacometti qu’on peut découvrir à l’occasion de l’exposition de Grenoble, est la manière dont l’artiste ressent et exprime son rapport aux femmes, autant dire, le rapport à l’autre. Quelque chose qui semble l’avoir poursuivi jusqu’au bout. Surtout si on en croit ce drôle 9782755506525de petit récit (« Le dernier modèle », par Frank Maubert), paru cette année (ayant reçu le prix « Renaudot essais ») entièrement centré sur sa dernière liaison, avec la fameuse Caroline, prostituée de son état, et qui fascinait l’artiste (comme elle-même – toujours vivante – avoue qu’elle était fascinée par lui). L’exposition réserve une salle à ces femmes énigmatiques, debout, alignées, sur un plateau, qui sont l’expression, au dire même de Giacometti, de l’impression qu’il ressentit une fois à la vue de femmes nues, figées, dans l’attente du client, au sein d’un bordel – « le Sphynx » – qu’il fréquenta beaucoup. Sculpter ces femmes semble avoir été pour lui la seule façon de digérer ce sentiment panique où se mêlent en un même instant, le désir et l’effroi.

Et puis tant de choses encore à dire, sur cette merveilleuse exposition, au sein d’un musée dont on ne se lasse jamais d’admirer l’architecture.

muséeGrenoble

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Lumière de la Drôme

jaccottetJ’écoutais le poète Philippe Jaccottet dire, il y a peu, dans un entretien accessible sur Dailymotion, son amour pour la lumière de la Drôme, tellement unique, et qui rendait la promenade, au milieu des collines et des vergers, si attrayante en comparaison avec les mêmes propositions de marche solitaire faites sous d’autres cieux. En ce week-end du début de mois de mars, nous aurions aimé retrouver cette lumière aussi pure que sûrement l’apprécie le poète, mais hélas la pollution de l’air laisse désormais trainer comme un voile roux sur les plus belles montagnes…

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La Drôme…  dont Jaccottet écrit :

Ce n’est ni un plateau, ni une vallée, mais une confusion de dépressions et de collines, et dans ces creux, le Dauphiné s’achève. Des rivières basses ou des ruisseaux toujours clairs coulent entre des rives d’herbe abondante ; des marécages mêmes étincellent vers le soir, dans des enclos de saules et de peupliers où tournoient les rapides hirondelles… somme toute un pays de montagnards et de nymphes. (La promenade sous les arbres, ed. La Bibliothèque des Arts, p. 50)

???????????????????????????????Dans ses bourgades (ici Die), ne dirait-on pas qu’un passé laborieux, fait de rythmes ancestraux, resurgit, comme ces garnements, qui vont à l’attaque de je ne sais qui avec des sabres de bois, nous rappellent un temps de Louis Pergaud.

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Lectures historiennes

« C’était à la fin de l’année 1962 et c’était la fin de mon dernier séjour clandestin en Espagne. »

jorge-semprunJorge Semprun parle de son éviction de la direction du Parti Communiste Espagnol, à la suite d’une divergence, a priori secondaire – sur la réforme agraire – mais voilà, Santiago Carrillo avait imposé un dirigeant qui vivait à Moscou depuis la fin de la guerre d’Espagne, « peu préparé, donc, aux exigences d’une clandestinité madrilène » pour remplacer Semprun. « Carrillo aura toujours préféré la fidélité des militants à leur sécurité ».  Cela vient d’un petit livre publié peu de temps après la mort de son auteur, et qui s’intitule « Exercices de survie ». Texte inachevé en vérité puisque Semprun est mort avant de le terminer. Si j’en parle, c’est parce que je suis surpris de constater à quel point tout cela nous paraît loin aujourd’hui. Il y eut donc un temps où il y avait des partis communistes et notamment un en Espagne, qui luttait contre une dictature, à deux pas de nos Pyrénées…  On débattait à longueur de réunion de cellule des problèmes de la classe ouvrière et de l’intérêt du parti, sûr que l’on était de lendemains aux couleurs de l’aube. On sait ce qu’il advint. On sait aussi ce qu’il en était du « socialisme réel »…

Les archives de l’ancienne URSS s’ouvrant aux chercheurs, les travaux d’historien progressent. Timothy Snyder, historien américain entrevu un soir de septembre à l’émission d’Elkabach sur la Chaîne Parlementaire, a écrit « Terres de sang », sous-titré : « L’Europe entre Hitler et Staline ». Il fait le récit implacable des massacres concentrés dans ce périmètre de l’effroi qui enserre Pologne orientale, Ukraine, Biélorussie et pays baltes : 14 millions de civils tués entre 1932 et 1945. Il en ressort que c’est Staline qui a commencé, dès 1932. Au début, Hitler est une pâle étoile. Il se rattrapera amplement : le roman de Jonathan Littel étalait il y a peu la barbarie des Einsatzgruppen, laquelle était déjà très bien documentée dans le livre de Michaël Prazan portant ce titre et sous-titré « Les commandos de la mort nazis ». J’avais acheté ce livre à mon retour de Riga. Einsatzgruppen Murder a woman and her childOn voit, sur la couverture, un soldat nazi tirer sur une mère tenant un enfant d’à peu près cinq ans dans les bras, courant pieds nus sur la terre aride. Dans les fusillades, il fallait que les mères portent leurs enfants à bout de bras au-dessus de leur tête pour qu’ils soient mieux massacrés. Mais revenons à Staline : dans les années 1932-1933, il met en place une politique radicale de réquisition des céréales cultivées en Ukraine, au terme de laquelle les paysans se trouvent acculés à une des famines les pires de l’histoire mondiale. Le cannibalisme apparaît. Dans les familles on sacrifie parfois un enfant pour nourrir les autres. Avant de mourir, les parents donnent la consigne aux enfants qui restent de prendre sur eux la chair qui les nourrira encore quelques temps. Malgré ce qu’il apprend des autorités locales, Staline persiste dans son attitude, il clame que ces paysans sont d’infâmes réactionnaires et qu’ils le sont tellement, réactionnaires, qu’ils préfèrent mourir et faire croire à la famine plutôt que se plier aux injonctions du parti.

Ces livres qui paraissent aujourd’hui nous mettent mal à l’aise, nous qui avons cru un temps à la justesse de la ligne, qui aurions bien aimé pouvoir mettre une démarcation entre les totalitarismes, faire du communisme un système moins pire que le nazisme parce qu’au moins il aurait été inspiré par une « idée noble »… On voit guère d’idée noble en fait dans les agissements du petit père des peuples. La plus grande partie des exécutés et des déportés le seront sur une base ethnique. Appartenir à une minorité était déjà suspect. Au début, on pensait que c’était parce que les membres de ces communautés seraient forcément nationalistes, seraient réticents à l’intégration au sein de l’Union Soviétique, mais par la suite, cela devait s’avérer autre : s’ils manifestaient le désir de s’intégrer, c’était encore pire.  « Sous Staline, la question paysanne allait être liée à la question nationale de manière désormais négative. Que les paysans ukrainiens acquièrent une conscience nationale était dangereux. » (p. 149) Plus tard, arrive la période 38-39. Jejov, âme damnée de Staline, invente la fable d’une Organisation Polonaise d’espionnage, motif pour exterminer tout ce qui a un nom polonais : les membres du NKVD les repèrent aisément sur le bottin téléphonique. Ils seront tellement nombreux à être tués qu’il arrive même qu’il n’y ait pas assez de munitions. Qu’à cela ne tienne, on les aligne, tête contre tête et le soldat ou le commissaire politique tire une seule balle qui les traverse tous…

Ces travaux d’historiens relèguent les souvenirs de nos discussions, tels ceux qu’évoque Semprun dans son petit livre pathétique, bien loin, dans le dérisoire. Ce n’est pas, bien sûr, que les crimes nazis, et en premier lieu la Shoah, en acquièrent une sorte de banalisation : ils restent au sommet de la hiérarchie de l’horreur, mais ils ne sont pas seuls, c’est le régime stalinien qui, pour ainsi dire, se trouve ainsi réévalué, remis à sa place, de premiers ex-aequo en quelque sorte. 180px-Annette_Wieviorka_par_Claude_Truong-NgocDans la revue « Le Débat », Annette Wievorka, grande spécialiste de cette période et historienne des camps de déportation, reconnaît l’importance du travail de Snyder, elle lui fait juste le reproche d’avoir circonscrit ses Terres de Sang à une aire géographique un peu trop restreinte. Sans doute faudrait-il aussi regarder du côté du Caucase, de la Roumanie. La Bucovine… Tous ces pays dont les noms chantent à nos oreilles comme les paroles d’une comptine, mais qui ne sont pourtant que les noirs sons d’un tocsin. Elle conteste également le parti pris de Snyder à vouloir montrer que toute mort était (et est) personnelle, comme si cela faisait s’estomper le caractère de meurtre de masse, mais ne s’agit-il pas là que d’un malentendu ? De fait, dans sa réponse, l’historien américain insiste sur son parti pris, voulant voir là au contraire une manière de rendre dignité à tous ces morts, de refuser de se couler dans le moule de la propagande nazie qui, elle, aurait voulu qu’on ne voie là en effet que tuerie anonyme, industrialisée. C’est le nazisme (qui rattrape et dépasse l’horreur stalinienne pendant la guerre – Shoah, mais aussi mise à mort par la faim de trois millions de prisonniers soviétiques – ) qui prétend qu’un mort juif n’a ni nom ni visage, ni identité. Pour rétablir la dignité, Snyder cite les noms de ceux dont on a pu recueillir quelques pauvres témoignages. Je vois que dans un supplément du « Monde » d’aujourd’hui (6 mars), on publie des visages.

Il y a eu de nombreux ouvrages sur cette période, et notamment les travaux de Nicolas Werth (qui est l’auteur de l’article de fond dans « Le Monde » daté d’aujourd’hui, « Un massacre dicté par la paranoïa du régime ») mais le livre de Snyder, « superbe » comme le dit Annette Wievorka, se distingue principalement par deux approches originales de l’histoire : d’une part cette volonté, exprimée ci-dessus, de redonner nom et visage à toutes ces victimes, et d’autre part, celle de faire non pas l’histoire d’un régime ou d’une nation, mais de faire celle d’un TERRITOIRE.

Les territoires ne sont pas des entités abstraites, construites par les discours, comme le sont les régimes politiques ou les nations : ils existent en tant qu’entités locatives, lieux concrets. C’est leur prise en compte qui déstabilise la vision traditionnelle de l’historien, semble dire Snyder, pour nous renvoyer enfin à ce que sont les réalités de base. Quand on étudie le destin du territoire ukrainien (par exemple), on ne fait ni l’histoire « des gauches » ni celles « des droites », on fait l’histoire d’un contact inévitable entre deux régimes ayant des ambitions contradictoires (tous les deux s’en prennent à l’Ukraine parce qu’elle est terre à blé, pour les uns à exploiter sur le plan interne, pour les autres à coloniser). Dans son magnifique article paru dans la revue « Le Débat » de novembre-décembre 2012 (n°172), Timothy Snyder écrit :

« Nous nous donnons le luxe, et c’est un luxe que nous nous permettons régulièrement, de séparer deux systèmes qui en termes intellectuels semblent complètement distincts. Nous, historiens, nous écrivons en général au sujet de l’Allemagne nazie ou de l’Union soviétique comme si elles se trouvaient sur des planètes différentes, au lieu de les décrire comme deux systèmes puissants qui étaient à leur niveau de puissance maximale, du moins à leur plus haut niveau d’efficacité meurtrière, sur une portion précise de notre planète. Nous agissons ainsi car c’est confortable. Il est confortable de s’en tenir aux catégories de droite et de gauche, de même qu’il est confortable de s’en tenir aux catégories des différentes unités nationales, mais l’histoire n’est pas faite pour être confortable. L’histoire est fondamentalement inconfortable. » (p. 156)

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Transhumance en Helvétie

homePascal Eguisier et Carole Noblanc n’ont pas eu d’Oscar, ni même de César et n’en auront jamais. Pas plus d’ailleurs que l’âne Paulo. Pourtant, on aimerait bien un jour voir un âne, un vrai, monter sur scène pour recevoir une statuette dorée. Remarquez, avec quoi il la tiendrait, sa statuette ? Je suggère : avec les dents. C’est ça, avec les dents. Mais alors, il ne pourrait pas prononcer les messages de remerciements, à sa mère ânesse et à son père. Ah non. Remarquez, on s’en passerait volontiers. Bon, alors Paulo joue l’âne, un jeune âne, dans le film de Martin von Stürler, « Hiver nomade ». Excellent. Il n’est pourtant que remplaçant, le titulaire ayant eu le haut des sabots infectés au cours d’une longue marche au milieu des champs et des prés du canton de Vaud (Confédération Helvétique). Pascal Eguisier, berger, traîne son troupeau de huit cents moutons chaque fin d’automne, afin que les magnifiques bêtes se nourrissent des restes non glanés des moissons d’été, ce qui les nourrit très sainement et fait le gigot succulent aux alentours de Noël.  Ce Pascal (pour quelqu’un qui travaille dans l’agneau, c’est un beau prénom) exerce cette activité depuis trente deux ans, ayant été initié par des bergers bergamasques, lesquels sont les maîtres de la discipline. Quant à Carole Noblanc, elle est une jeune femme qui a tout quitté, sa vie planplan et son boulot routinier à Brest, pour cette vie par les chemins d’une Suisse austère et sauvage, une Suisse qu’on connaît mal car elle attire peu l’attention : nous sommes, hélas, tellement obnubilés par la Suisse des financiers et des « pipoles » … une Suisse qui existe, pourtant, en marge des autoroutes et des trains grande vitesse (qu’on voit aussi dans le film, surtout au début, comme les signes d’une modernité qui, peu à peu, s’estompent).

HIVERNOMADE-A6_WEB09Ce film est une extraordinaire bouffée d’air frais dans le paysage cinématographique contemporain. Sous la caméra de Martin von Stürler, éclate une vérité qui transcende les narrations banales, faites de suspenses convenus et d’explosions (de mines) attendues. Ainsi, l’âne Paulo marche à la nuit tombante en mâchouillant une brindille, il se dirige lentement vers la route. Nos habitudes de spectateur nous mettent en alerte : quelle connerie va-t-il commettre ? On se pince : on n’est pas à Hollywood, on est dans le réel. Donc, il ne va rien se passer. La séquence suivante montrera un matin qui se lève. Nos héros, Pascal et Carole s’ébrouent après une nuit sous tente, dans les couvertures chaudes et les peaux de bête, au milieu de leurs chiens, dont un tout petit, moins d’un an, qui voyage dans la vareuse de son maître. En chemin, nos transhumants rencontrent évidemment nos contemporains et co-urbains, jeune étudiante qui, dit-elle, ne sait même pas ce que ça veut dire, « transhumance », vieux amis chez qui ils font halte chaque année, le temps d’une douche et d’un bon repas, paysans suspicieux qui ne veulent pas de moutons sur leurs terres, parce qu’ils l’ont soigneusement cultivées pour nourrir leurs vaches, familles rurbaines qui offrent des truffes en chocolat. Un peuple varié et authentique, loin des caricatures faciles du « Bon » (ou du mauvais) Suisse. Le soir de Noël, festin. Carole a fait les courses à la Coop. Huîtres et foie gras sous la tente. La pluie tombe drue et la neige se transforme en cloaque. Mais qu’importe, les bergers progressent sous les frondaisons fumantes, lui se demandant encore si c’est sa dernière fois ou si l’an prochain, il reprendra son bâton, ses chiens, son chapeau de laine bouillie et sa cape de feutrine. Elle toujours ravie, les joues rouges, ayant accepté de se faire engueuler pour une fausse manœuvre, un moment d’inattention, un manque d’autorité sur les chiens, et dont on sent qu’elle est prête à repartir.

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Dimanche de neige

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Du ciel tournoie en giboulée
titube et tombe, la neige, la neige.
Ah, la paix t’est donnée, un espace,
ce monde blanc m’exténue.

Si bien que mon désir, petit, puis grand
pénètre en moi jusqu’aux larmes.

Robert Walser
(poèmes de 1909)

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La noce et le dictateur

bandeaulogo2012-2013Que la noce commence… d’après le film de Horatiu Malaele (« Au diable Staline, vive les mariés ! ») mis en scène par Didier Bezace au Théatre de la Colline, présenté à la MC2 en ce moment. Il s’agit d’un conte moderne, enfin moderne… de cette période juste avant la notre, qui nous semble maintenant bien lointaine, de quand le Mur séparait l’Europe en deux. Un pays, la Roumanie, était occupé par l’armée soviétique, c’était dans les années cinquante. Aujourd’hui, le pays existe toujours, mais les usines cèdent la place à des villages de vacances. Un maire accueille sur un banc près de ruines une équipe télé, représentant « Paramédia », une chaîne consacrée aux phénomènes paranormaux. Y a –t-il eu des phénomènes paranormaux en ce village ? Oh que oui… dans un sens très particulier de « paranormal »… et on remonte le temps. Celui d’un village heureux malgré la disette, qui attend vainement que le communisme lui amène l’électricité. Nous sommes en 1953. Jancu ne pense qu’à baiser Mara dans les champs de blé (et réciproquement). Leurs parents ne pensent qu’à s’en sortir pas trop mal. Le père de Jancu avec ses excédents de blé à vendre en ville, au nez et à la barbe des occupants. Le père de Mara, énorme et truculent ne pense qu’à l’alcool de prune et au cochon à tuer. Coriolan ne rêve que de s’envoler avec des ailes en peau de bête. Les grands parents sont dans le coin en bas à droite, comment vont-ils ? « comme des vieux, la jambe plus raide que la queue ! ». Au premier plan, deux musiciens brillants, un trompettiste et un accordéoniste, font danser tout cela avec les rythmes endiablés qui sont propres à l’Europe des Balkans. Bref, un mélange de rêve et de réalité dans une mise en scène très belle, à la fois réaliste et légère. Le paysage agricole est projeté sur un drap et le petit chemin au loin est parcouru par des lueurs, en général annonciatrices d’un nouvel évènement scénique : une camarade à moto qui vient pour la propagande, un cirque (très beau moment de poésie entre le nain et la géante) ou bien… le drame. Arrive un officier russe accompagné d’un interprète roumain. A l’heure où enfin Jancu et Mara ont cédé aux pressions des parents pour accepter le mariage, et que la noce se prépare, on annonce la mort de Staline. Chants et danses interdits. On verra alors un lent et magnifique ballet de comédiens faisant semblant de manger et boire dans le silence absolu. Les gros mangeurs devront même péter en silence… et leurs pets jailliront de derrière le rideau sous forme de bulles arc-en-ciel. Mais le naturel revient, les chants éclatent, et avec eux, noir tremblement, les chars russes qui viennent leur mettre un terme. Le maire sera envoyé en Sibérie. Les hommes disparaîtront… et à l’époque contemporaine, ne restera que le fantôme de Mara, que les reporters auront raté, car ils sont déjà partis. La caméra avait été volée. Le magnétophone en panne. Beau spectacle, qui mériterait sûrement d’être comparé au film (que je n’ai pas vu).

<avec> <D’après le film de> Horatiu Malaele <Scénario> Horatiu Malaele et Adrian Lustig <Adaptation et mise en scène> Didier Bezace <Comédiens> Alexandre Aubry > Jean-Claude Bolle-Reddat > Julien Bouanich > Nicolas Cambon > Arno Chevrier > Sylvie Debrun > Daniel Delabesse > Guillaume Fafiotte > Thierry Gibault > Marcel Goguey > Gabriel Levasseur > Corinne Martin > Paul Minthe > Julien Oliveri > Karen Rencurel > Alix Riemer > Lisa Schuster > Agnès Sourdillon <Écriture> Jean-Louis Benoit <Collaboration artistique> Laurent Caillon <Assistante à la mise en scène> Dyssia Loubatière <Scénographie> Jean Haas <Lumière> Dominique Fortin <Costumes> Cidalia Da Costa <Coiffures et maquillages> Cécile Kretschmar <Construction décor> Ateliers Jipanco

<production> Théâtre de la Commune / centre dramatique national d’Aubervilliers <En partenariat avec> Les Gémeaux / scène nationale de Sceaux

<coproduction> Le Nouveau Théâtre d’Angers / centre dramatique national des Pays de la Loire > Les Salins / scène nationale de Martigues

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Un Tibétain sorti de Murakami

Ce lundi 4 février, jour de reprise. Premier jour de cours du second semestre. Je fais un séminaire dans le cadre d’un master 2 à l’ENS. Rue d’Ulm. Au 29. Je me doute bien que j’aurai peu d’étudiants : ma matière est réputée difficile, le séminaire est optionnel. Les étudiants aiment les choses concrètes, les matières expérimentales, ils s’attendent à découvrir l’âme au bout de leur scalpel, ils ne veulent pas se lancer dans des théorisations ardues, le miel des « mathématiques sublimes » que chanta Lautréamont ne les appelle pas et la théorie des types leur reste aussi hermétique que la littérature araméenne. Je m’attends à peu d’étudiants donc. Mais de là à n’en avoir qu’un seul. Ainsi j’aurai mon disciple, mon seul et unique. X. (c’est vraiment l’initiale de son nom) est chinois, mais pas n’importe quel chinois, son père est d’origine non-han. Cela explique sa tignasse noire et crépue. Pour le reste, on le prendrait pour un coréen. X. est un personnage de manga. Il est fin comme une allumette et a les dents pointues d’un poisson carnivore. Il a déjà fait des études d’informatique et se passionne actuellement pour une langue parlée par un groupe tibétain à l’ouest du Sitchuan, d’où il est originaire. Un seul étudiant. Et mi-chinois, mi-tibétain en plus. Quelle aubaine. Il est brillant. Dès que j’entame mes explications, il me suit avec enthousiasme. Il comprend tout. Pour me le prouver, il s’élance au tableau blanc et termine mes débuts de calculs. Me prends la craie des mains. Je vois son esprit fonctionner. Il secoue la tête quand il ne comprend pas, mais bien vite, comme dans un « aha » freudien, son sourire s’illumine : ça y est, j’ai compris ! A peine ai-je prononcé quelques mots sur les types et les preuves que ça fait tilt en lui, ah oui ! c’est comme… oui, c’est comme. Et les continuations ? on les étudiera aussi ? mais oui, les continuations aussi. C’est quoi, les continuations ? c’est quand on associe à un terme, non pas ce terme mais sa continuation attendue pour qu’on obtienne une phrase. En informatique, cela correspond à la continuation d’un programme, et permet de programmer les échappements, les signalements d’erreurs.

Jamais vu cela en quarante ans d’expérience. Un personnage échappé d’un roman de Murakami me fait face et me sourit avec un regard de chat. Nous restons ensemble de quatorze à dix-sept heures. En trois heures, nous couvrons ce que dans d’autres circonstances, j’aurais mis trois ou quatre séances de même durée à couvrir. A la pause, il me vante les cours que tel lama tibétain fait à l’INALCO sur la poésie tibétaine et me tend, à titre d’information, le texte qu’il est en train de lire. Ecriture tibétaine. C’est simple, me dit-il, il suffit de connaître la syntaxe et d’avoir un bon dictionnaire à côté de soi. La semaine prochaine ? Ah, non, pas la semaine prochaine : c’est le Nouvel An chinois… 

J’y serai aussi (au Nouvel An chinois).

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Words

graffitis

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Le jour des morts-vivants

Il est heureux aujourd’hui d’être loin de Paris
où défile ce que la France compte
d’hystéro-fachos-cathos,
un torrent de haine sur les avenues.
Trop de libertés ont été accordées
depuis deux siècles (selon eux)
il faut marquer un point d’arrêt
dans ce flux trop libéral.
ils avancent en traînant des enfants,
innocents complices mis en avant
comme prétextes comme s’ils se souciaient d’eux,
alors qu’ils ne visent qu’à brimer,
interdire, priver de droits, haîr,
Les enfants selon eux souffriraient
d’avoir deux pères
ou deux mères
quand tant d’entre eux souffrent de n’en avoir aucun,
quand au Ladakh les enfants issus d’une fratrie
se développent joyeux au pied des abricotiers.
quelle langue parlent-ils ? je ne la connais pas.
ils disent que c’est le français, je croirais plutôt
qu’il s’agit d’un parler d’automate,
on le leur a appris,
ils récitent leur catéchisme, où il n’est pas question
d’humanité, d’hommes et de femmes, mais
de morts vivants, comme le dit la banderole
qui, sur le pont de l’Alma, identifie
la mort et l’homophobie.

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