Il est des sujets très brûlants dans l’actualité et dans l’histoire, qui requièrent pour qu’on s’y frotte, des compétences immenses, une connaissance presque encyclopédique, un recul et une lucidité à toutes épreuves afin de ne jamais risquer de tomber dans la caricature, la propagande ou l’excès, ce que l’auteur dont je vais parler appelle un « enthousiasme excessif ». Le conflit israélo-palestinien est de ceux-là. Personnellement, je me méfie des opinions que je pourrais exprimer, je renonce à énoncer des sentences brutales, qui pourraient immédiatement donner lieu à des contre-sentences qui seraient tout aussi brutales : je n’ai pas étudié le sujet comme il mérite qu’on l’étudie. Cela n’empêche pas d’exprimer une sensibilité à ces questions. Il est aussi trop facile de se taire et de penser que « les autres » résoudront bien le problème sans nous, il faut bien arriver à comprendre, et pour cela faire les efforts nécessaires. Au moment où l’empathie, à ce que l’on dit, serait passé de mode, du moins selon le discours des droites, autant aux Etats-Unis que chez nous, il convient au contraire de manifester son empathie lorsqu’on le peut. Cela est difficile : on ne saurait en exprimer envers une partie sans exprimer la même envers l’autre. Je lisais récemment une lettre publiée sur un blog hébergé par Mediapart d’un médecin spécialiste qui avait eu la possibilité de faire partie d’un convoi sanitaire pour se rendre à Gaza. Il décrivait un monde dont nous n’avons aucune idée, un monde où tout est détruit et où les pelleteuses mécaniques enfouissent tous les restes de destinées humaines, où ce qui reste de population subsiste dans des tentes massées les unes contre les autres, ce qui exclut toute intimité, autrement dit toute vie normale, les gazaouis vaquaient en silence à leurs occupations avec sérénité et résignation, les pères de famille partaient tôt le matin et revenaient tard le soir, ayant glané pendant la journée de quoi vaguement nourrir leurs proches, la nuit, les drones continuaient de passer et de s’écraser sur des habitations, faisant deux morts par ci, trois morts par là, autrement dit toute la population s’habituait à cette proximité de la vie et de la mort. On a du mal à comprendre, encore plus à accepter, que les Israéliens aient commis de tels dégâts, qu’ils aient été à ce point indifférents aux morts causées par leur soi-disant « chasse aux militants du Hamas », chasse qui se résume à des milliers de morts d’enfants. On en vient à comprendre que beaucoup de commentateurs n’hésitent pas à parler de « génocide » car, même si l’on peut soutenir que l’intention d’Israël au commencement de cette guerre (et même avant) n’était pas de détruire toute la population de l’enclave, habitant par habitant (comme ce fut le cas pour des génocides antérieurs comme celui des Arméniens puis celui des Juifs), il semble que le résultat soit le même, qu’importe de faire un génocide en extension ou un génocide en intension, si le résultat est le même1. Et pourtant, je sais qu’il ne faut pas en rester là du constat, et qu’il existe en soubassement à ces horreurs tragiques d’autres horreurs tragiques, et qu’il existe une pente qui peut faire glisser vers l’anti-sémitisme dès qu’on dénonce ce qui nous apparaît comme un génocide. Nécessité de la nuance et nécessité de l’analyse donc. Et je sais aussi que les actes monstrueux commis par Israël en représailles au massacre non moins monstrueux du 7 octobre, commis par le Hamas, peuvent émaner non pas d’une doctrine propre à l’entité juive qu’on nomme « sionisme », mais d’une doctrine beaucoup plus générale et répandue qui en ce moment tend à submerger le monde qu’on nomme « fascisme ».
Un incendie universel
Je suis donc d’autant plus intéressé par le livre de Julien Chanet, qui paraît en ce moment chez Crise & Critique, qui s’intitule« Un incendie universel » Sous-titré : le sujet de l’antisionisme de gauche. Le point de vue défendu est d’une grande hauteur, en ce qu’il se veut démarqué de toute essentialisation des thèses en présence, refusant l’espace de questionnement tel qu’il nous est livré en général par la doxa politico-médiatique. J’ai cru en lisant le titre en couverture de ce livre – un incendie universel – que l’auteur allait partir de cette idée communément admise selon laquelle l’affrontement israélo-palestinien était un nœud originel à partir duquel tous nos malheurs s’expliquaient, une sorte de conflit destiné à se généraliser à la terre entière, selon un schéma idéologique et mythologique couramment répandu assurant que ce conflit existait depuis le début des temps et que ce que nous subissons aujourd’hui ne serait que la continuation avec d’autres armes du conflit originel. Selon cette perspective, on trouvera toujours une personne bien intentionnée qui nous sortira la Bible du tiroir de la commode pour prétendre que tout y était déjà écrit, ou bien un autre, fier de lui, qui brandira encore le Protocole des sages de Sion pour nous convaincre que, dans ce document qui n’a jamais existé autrement que sous la forme d’un faux, résidait pourtant le récit de ce que nous connaissons aujourd’hui. En réalité, Julien Chanet est aux antipodes de ces attitudes. S’il y a un incendie universel, ce n’est pas celui qui nous viendrait des temps bibliques mais bel et bien celui que nous vivons depuis quelques années et s’illustre au travers de la montée des fascismes, des nationalismes, et des il-libéralismes de toutes sortes. L’incendie universel c’est Trump, Poutine, Netanyahou, Orban, Modi, demain peut-être Le Pen ou Bardella, ce n’est pas le « sionisme », ni « l’anti-sionisme » qui s’affrontent. C’est l’Ukraine, le Liban, la Syrie, le Soudan, le Vénézuela, et d’autres états fragiles ou menacés par des puissances prédatrices voisines. Comment faire en sorte que le Moyen-Orient y échappe, que certains états de cet Orient, et en premier lieu, hélas, Israël, y sombrent. La conclusion que l’on pourrait tirer de ces lectures est que loin d’être « sioniste » (ce qui signifie, quand on analyse l’histoire du mouvement, bien autre chose que ce que croient ceux et celles qui se rattachent aux fantasmes véhiculés par le mot, à savoir plutôt une sorte de libération pour un peuple ayant vécu pendant des siècles dans la misère et la violence des pogroms, qu’un « colonialisme » proche des conquêtes menées par l’Occident), le gouvernement actuel d’Israël irait à l’encontre du sionisme, jetant les bases d’un effondrement à la fois physique et moral pour la communauté qu’il est supposé protéger. Et cela pourquoi ? En vertu d’une adhésion (qui n’est nullement impliquée par le sionisme) à une volonté de puissance guerrière et d’expansion territoriale (songeons à la colonisation, bien effective, celle-là, qui se produit en Cisjordanie) s’inscrivant dans le schéma général des affrontements entre impérialismes, soit locaux, soit plus généraux voire continentaux. Seulement l’impact de la question juive est tellement fort, depuis les pogroms, les vagues d’antisémitisme du passé (depuis au moins l’Antiquité) et surtout depuis la Shoah, que, dans ce cas particulier, il est tentant d’attribuer les attitudes guerrières, les massacres induits, les crimes de guerre qui résultent infailliblement de ce genre d’affrontement, à l’essence même d’Israël. Comme si Israël avait une essence, comme si cette essence consistait en une hydre diabolique que l’on nomme le sionisme. « L’anti-sionisme » devient alors une valeur porteuse à gauche, et il est vrai qu’on ne saurait trop reprocher à des militants qui n’ont pas nécessairement étudié à fond la question, trompés souvent par des leaders d’opinion qui se sont bien gardés de faire l’analyse nécessaire, de tomber dans cette simplification, tellement les crimes sont évidents.
Le gouvernement israélien, entraîné par les forces les plus réactionnaires, fascistes, représentées par deux figures de ministres qui rappellent les pires dirigeants européens des années trente a décidé de frapper fort, d’éliminer, d’éradiquer sans aucun soucis de dignité. L’ensemble de ces faits alimente alors une propagande au terme de laquelle des gens de droite mais aussi de gauche croient pouvoir en finir avec la culpabilité d’avoir laissé se produire en Europe la pire extermination des temps modernes (puisque soi-disant, désormais, les Israéliens en feraient autant). D’où la lutte acharnée qu’ils mènent afin de faire reconnaître les crimes de guerre comme « génocide ». Pour ceux qui s’y opposent, la qualification n’est pas innocente : que l’anéantissement de la bande de Gaza soit qualifiée de « génocide » et aussitôt, nous voici dans la situation connue des sportifs : 1 partout, match nul, on peut désormais souffler… en attendant la prochaine action, mais ce n’est pas ainsi que se passent les choses, la guerre n’est pas un match de foot, on n’élimine pas un but par un autre, on n’efface pas la culpabilité d’avoir laissé faire en baptisant d’un terme déjà utilisé dans le passé pour un cas très précis, une action à venir ou en train de se faire, comme pour compenser, comme pour prendre une revanche. Chanet rappelle avec dépit qu’au cours d’une manifestation de gauche la foule avait applaudi et crié sa joie quand on lui avait annoncé qu’un organisme reconnaissait l’action conduite par l’armée israélienne en tant que « génocide », comme s’il y avait de quoi se réjouir…
La déformation causée par le militantisme et la notion « d’interprétation réelle »
Le livre de Chanet part d’une analyse critique du militantisme politique dans un chapitre qu’il intitule « S’orienter en politique » où il reprend des analyses de Claude Lefort, mais aussi de Robert Kurz dans son fameux ouvrage au titre provocateur « Gris est l’arbre de la vie, verte est la théorie ». Il s’agit en effet de se départir des vieux schémas du militantisme politique pour lequel la pratique importe avant tout, la théorie n’ayant pour vocation que de l’étayer, voire la justifier, même lorsqu’elle est injustifiable : le militant agit toujours sous le règne de la Nécessité : il se produit des événements qui le contredisent, des actions criminelles ont lieu là où devrait s’épanouir le socialisme et la liberté, mais cela ne fait rien, on ne doit pas les dénoncer, on doit se plier à la Nécessité de défendre le Parti. Dire cela est implicitement s’en prendre à une institution, à savoir une certaine gauche représentée par au moins un parti ayant pignon sur rue, défilant fièrement avec ses certitudes affichées face à un public militant enthousiaste prêt à sauter à la gorge de tout ce qui n’est pas parole de son chef, cela demande donc du courage et même de la témérité.
Ceci étant dit, se mettre sous les auspices de la pensée kurzienne signifie que l’on souscrit à l’idée que les luttes et divergences politiques ne sont pas des réalités en soi, explicables par la persistance d’anciens mythes ou l’enracinement dans des partis pris essentialistes, mais les effets du règne du Capital se manifestant par des interprétations différentes des mêmes faits. Nous vivons au sein de ce que Kurz appelle des interprétations-réelles, au sens où Sohn-Rethel avait inventé le concept d’abstraction-réelle : ni une simple abstraction (qu’on dira alors « formelle ») comme s’en fabriquent sans cesse à partir de nos esprits, ni une entité concrète, réelle, comme le seraient cette table ou cette chaise. mais une création de l’esprit humain ayant pour effet de créer une simili-réalité que nous éprouvons comme une vraie réalité concrète, ne pensant à aucun moment à remettre en cause son fondement. Gauche et droite par exemple, sont des interprétations-réelles de la réalité capitaliste, deux versants d’un même mécanisme interprétatif.
Le sionisme comme interprété par les anti-sionistes, est une interprétation-réelle du monde : il permet de distribuer les rôles, les bons comme les mauvais, au sein d’une tragédie historique qui sert de toile de fond à nos crépages de chignon occidentaux. Dans sa préface, le politologue Jean-Yves Pranchère dit : « A supposer que la fuite en avant du gouvernement israélien en vienne à sonner le glas du sionisme, que ce soit par un triomphe sanglant qui rendrait celui-ci infâme ou par une politique suicidaire qui rendrait impossible la sécurité et l’existence d’Israël, les antisionistes de gauche croiront peut-être devoir fêter une défaite du colonialisme et une victoire de la révolte contre les dominations. Il n’y aura pourtant rien à fêter dans ce qui ne sera qu’une péripétie du règne du Capital dans ses avatars les plus réactionnaires et une reconfiguration du partage du monde entre impérialismes ».

Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas des spécificités dans le cas d’Israël et qu’il faille traiter comme négligeables la façon dont cet état a été créé, les luttes fratricides que cela a suscité, les conflits armés avec les mouvements et états arabes de la région, dès 1947-48, puis en 1967, dans le but déjà d’éradiquer Israël, mais cet aspect-là des choses aurait pu être traité avec le temps, comme cela a failli d’ailleurs l’être au moment des accords d’Oslo avec des politiciens sincèrement impliqués dans la survie d’Israël et dans la co-existence avec un état palestinien, comme Itzhak Rabin (et, de l’autre côté, Yasser Arafat). S’il ne l’a pas été c’est bien à cause des courants fascistes et nationalistes qui n’ont cessé de se manifester, jusqu’à aujourd’hui où ils ont pris le pouvoir (sans que l’on sache s’ils sont vraiment « majoritaires » dans l’opinion, ce dont on peut douter).
L’embrasement du monde
S’il y a un lien entre Israël et l’Allemagne nazie, ce n’est évidemment pas que l’un comme l’autre auraient une « vocation génocidaire » mais, bel et bien, que, dans les deux cas, une configuration politique a permis à des fascistes de prendre le pouvoir sans que l’on sache même s’ils étaient dotés d’une réelle majorité. Mais, comme on voit autour de nous dans le monde, Israël n’est pas le seul Etat à avoir cette particularité, on pourrait en dire autant de l’Amérique trumpienne ou de la Russie poutinienne. Lorsque l’on manifeste son empathie à l’égard des victimes palestiniennes, on ne peut faire autrement que la manifester aussi envers les victimes ukrainiennes (et bien d’autres encore, au Soudan, au Tigre, en Birmanie, au Xingjiang) et l’on s’étonne alors de lire que certains soutiens à la Palestine sont en même temps enclins à soutenir la politique de Poutine, ou, du moins, prêts à lui fournir des excuses…
Anti-sionisme et anti-capitalisme
L’autre référence majeure de Chanet est Moishe Postone, dont on s’étonnera toujours de la manière dont il est systématiquement occulté dans le débat public français (aucune allusion à lui dans les multiples débats dits « sérieux » que l’on peut suivre sur les chaînes publiques). Postone a soigneusement analysé les raisons pour lesquelles surgit un anti-sionisme de gauche se confondant avec un anti-sémitisme : l’anticapitalisme sur lequel se fonde une partie de la gauche (celle supposée la plus « radicale ») est un anticapitalisme fétichisé, autrement dit, fondé sur des catégories qui au lieu de demeurer abstraites (la valorisation de la valeur sans autre fin qu’elle-même) cherche à s’incarner dans des figures concrètes, voire même, comme le dit Postone, à se biologiser. Selon cette perception, la contradiction majeure du capital serait dans l’opposition entre travail et capital, puis entre travail et finance, ou travail et argent. A la figure de l’argent correspondrait celle du Juif, éternel commerçant et/ou banquier : cela est dénoncé dès Marx et son écrit de jeunesse Sur la Question Juive. Et cela ressort dans les interpellations tonitruantes d’un Mélenchon. Pour une grande partie des militants LFI, « financier = Juif ». C’est pourquoi, lorsque leur chef déclare dans un meeting : « notre ennemi n’est pas le musulman, c’est le financier ! » (Août 2021, clôture de l’Ecole d’Eté de LFI), on ressentira comme une gêne : le sous-entendu paraît tellement évident2. Que Mélenchon suive ensuite une voie qui, au lieu de se déprendre des affects liés à des impérialismes en lutte (et en furie), tende à adhérer à certains plutôt qu’à d’autres (la Chine de Xi Jinping soudainement vue à ses yeux comme un doux agneau en dépit de toutes les persécutions accomplies contre Tibétains et Ouïghours), cela n’étonnera pas : c’est la continuation même de la conception fétichisée de l’anti-capitalisme à laquelle il adhère. Conception fétichisée qui semble ne même pas avoir tiré enseignement de la manière dont Russie et Chine, après avoir incarné dans les années cinquante à quatre-vingt un soi-disant « socialisme », voire une force « de gauche anti-impérialiste », se sont révélées comme capitalismes et impérialismes impitoyables.
Qu’on ne s’y trompe pas cependant : les thèses de Chanet ne se laissent en aucun cas attirer par les offensives de la droite et de l’extrême droite dont on sait le bénéfice qu’elles peuvent tirer d’une attaque frontale de LFI et de son chef, elles sont simplement l’énoncé essayant d’être le plus lucide des travers des engagements de gauche lorsqu’ils ne sont soumis à aucune critique, soit que cette critique soit impossible (car immédiatement rejetée comme « attaque haineuse »), soit qu’elle soit jugée simplement inutile (parce qu’il y aurait soi-disant mieux à faire que critiquer).
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Je ne saurais évidemment réduire le propos de Chanet à ces quelques lignes, je n’ai pas la place nécessaire pour tenter de résumer les analyses qu’il fait concernant en particulier « La tradition anti-judaïque de l’antisionisme », « l’antisionisme « progressiste » hérité de la propagande de Staline » ni celles qu’il opère des positions d’un certain nombre de militant.e.s de gauche ou écologistes (de Judith Butler à Andreas Malm, en passant par Francesca Albanese, qui ont tendance à glorifier le Hamas, « le Hamas serait de gauche », « le Hamas serait un mouvement de résistance », « le Hamas œuvrerait pour le bien-être de la population palestinienne » etc. toutes affirmations évidemment fortement contestables et parfois contestées depuis l’intérieur même de la population palestinienne). Notons qu’on y apprend beaucoup (surtout moi, en tant que très ignorant, finalement, de toutes ces questions), notamment sur l’origine de cette tradition anti-judaïque que Chanet, à la suite de l’historien Ehrenfreud, fait remonter au début de l’ère chrétienne, dans ce qu’on appelle « la théologie de la substitution » qui postule que « l’humanité aurait accompli un progrès décisif avec l’avènement du Christ rédempteur, passant d’un monde de particularismes tribaux et dispersés – celui de l’Ancien Testament – à l’unité spirituelle de la communauté des hommes, le peuple de Dieu du Nouveau Testament. Dans ce schéma, les Juifs deviennent les vestiges d’un monde révolu : suffisamment minoritaires pour que leur persistance serve de rappel du passé sans menacer l’horizon d’une communion universelle à venir. » « Telle est du moins la conception canonique de l’Église primitive, notamment formulée par l’un de ses pères fondateurs, saint Augustin ». On apprendra ainsi que si le projet de Jean était de liquider tous les Juifs, c’est saint Augustin qui formula une solution « plus raisonnable » (!) à savoir de les conserver comme vestiges d’un état antérieur. Cette insinuation selon laquelle les Juifs représenteraient pour le Christianisme un obstacle à l’universalisme promis par la religion chrétienne (puis ensuite véhiculé par la philosophie occidentale, notamment hégélienne) se retrouverait alors naturellement ensuite dans l’antisionisme contemporain, en particulier lors de la fondation de l’état d’Israël, qui aurait représenté pour de nombreux mouvements de gauche (y compris juifs comme ce qui restait du Bund) une tendance réactionnaire au moment où le monde était prêt à une conception dépassant les Nations (déclaration des Droits de l’Homme de 1948). Mais, comme on sait, c’était singulièrement faire preuve d’optimisme, surtout lorsque on regarde la situation depuis notre position actuelle.. L’idée de « progrès universel » serait-elle, une fois de plus, responsable de nos maux ? Je ne pense pas qu’il faille incriminer le soucis légitime d’émancipation mais au contraire, l’idée souterraine et fondamentalement nuisible de revêtir des atours d’un universalisme innocent les pulsions sordides qui nous pousseraient à vouloir éliminer des minorités gênantes… tendance qui n’épargne pas aujourd’hui les fascistes israéliens.



















































