Elle a dit « ringardisme »…

C. m’envoie par mail cette information:

9 h 10. Laurence Parisot pointe le « ringardisme » des syndicats.parisot.1195042439.jpg
Sur Europe 1, la présidente du Medef, Laurence Parisot, déplore les effets de la grève sur l’économie et sur l’image de la France à l’étranger. « Quelle galère, quelle galère, ce matin, comme c’est pénible, difficile, comme c’est contrariant, comme c’est aussi gênant vis-à-vis du reste du monde ! », lance-t-elle. « Moi, je ne cesse de penser à tous ceux qui aiment la France et nous regardent aujourd’hui et se disent mais ‘qu’est-ce que c’est que ce ringardisme ?' », ajoute-t-elle, parlant de « catastrophe » si la grève venait à durer plusieurs jours.

A l’heure où le MEDEF est compromis dans nombre de scandales de corruption et de détournement, où certaine de ses branches rappelle un peu trop le comportement des anciens Maîtres de Forges … elle ferait mieux en effet de SE TAIRE!
(pour mémoire, rappelons que de nombreux articles ces jours-ci signalent que la France est loin d’être le pays où il y a le plus de grèves).

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Bloquer ou ne pas bloquer

Mobilisation dans les facs. On ressort les banderoles et les discours radicaux. Mais, comme on dit, « le cœur n’y est pas ». Les slogans sont usés et les idées sont rares.
J’arrive hier matin sur mon lieu de travail (une université du Nord de Paris, dont je tairai le nom, mais tout le monde a deviné). En chemin, j’ai eu l’occasion de ruminer sur le sort qui est fait aux milieux populaires des arrondissements et des banlieues de ce Nord, qui doivent s’entasser dans les wagons les plus vieux et déglingués du métro (ligne 13), rames souvent en panne, en nombre insuffisant m13-2.1195028698.jpg(Place de Clichy, une marée humaine inquiète se fait happer par les portes automatiques qui se referment, parfois sur un bout de vêtement qui dépasse encore à l’extérieur, comme un membre non avalé), (l’ex-maire de Saint-Denis, Patrick Braouzec, aurait dit : si vous voulez savoir en quel estime on tient les milieux populaires dans ce pays, prenez la ligne 13). Je m’engouffre dans le hall, monte par les escalators, mais devant les portes qui donnent accès à mon bâtiment : tables, chaises, quatre ou cinq étudiants mal réveillés : on ne passe pas. Demi-tour, attaquons par ailleurs. Une passerelle donne en principe accès là où je vais. Elle est aussi bloquée par des tables et des chaises, mais il n’y a personne. Diable, un tel « barrage », ça s’escalade. Evidemment, à l’intérieur du bâtiment, il n’y a personne. Dans la matinée, des collègues me rejoignent.

p8.1195028713.jpgNous allons à l’AG de notre UFR. Nos étudiants sont là, désorientés. Ils ont organisé ça sérieusement (bien que les « hauts responsables » du mouvement ne les aient pas autorisés à prendre une salle – on sait jamais, des fois que vienne l’idée à un prof d’y faire cours ! – ) dans un coin de hall. L’acoustique est mauvaise, ils n’ont pas de micro. Les deux filles et le garçon qui tiennent la tribune font de leur mieux. Ils se veulent « objectifs » et « à l’écoute de tout le monde », c’est louable. Ils tentent d’expliquer les raisons du mouvement : « on est contre la loi LRU – Liberté et Responsabilité des Universités, dite encore « loi Pécresse » – c’est une loi qui vise à privatiser les Universités. Nous ne voulons pas d’une université qui serait aux ordres du patronat ». Respectueux de tous les avis, ils lisent néanmoins le message d’un collègue qui ne peut pas être là mais a envoyé sa position par email. Dans ce message, il est rappelé quelques faits : d’abord que l’UNEF a déjà négocié et accepté la loi. Elle était arrivée en effet, en août, à obtenir du gouvernement que l’autonomie ne soit pas « optionnelle » (ce qui aurait abouti à un système à deux vitesses dangereux : d’un côté les universités « autonomes », sélectives et friquées et de l’autre les universités moins riches, laissées à l’abandon) mais devienne la règle pour toutes les universités. Et puis aussi : « la loi a été votée par le parlement, en demander dès maintenant l’abrogation, avant toute mise en application, alors qu’il n’est pas possible d’en évaluer les effets, n’est pas sérieux et ne sera pas compris par le plus grand nombre ».

D’autres collègues leur expliquent que dire simplement « non » à cette loi, exiger « son abrogation », c’est tout simplement faire comme si on voulait conserver à tout prix la situation actuelle, qui est pourtant la pire des situations (j’ai entendu hier qu’Alain Finkielkraut parlait de « clochardisation » de nos universités : il n’a pas tort. Songez que mon département ne peut plus acheter de craies blanches pour écrire au tableau. Sachez que telle grande bibliothèque universitaire – Grenoble pour ne pas la nommer – n’a pas les moyens d’acheter un livre par étudiant chaque année !).

Que faire pour renflouer nos universités ? Demander au contribuable un effort considérable ? ou bien demander cet effort aux contributeurs potentiels du privé ? (mais pas seulement du privé, les collectivités locales aussi sont requises).

Certes perce la crainte de campus aux ordres d’une grande marque. Une fac d’informatique inféodée à Microsoft (ça existe déjà, hélas), une fac d’économie régie par Bouygues… cauchemar. Les facs non rentables supprimées car ne trouvant pas de « sponsor ». Ceci est le scénario catastrophe. Toutefois, Alain Finkielkraut (décidément…) a encore raison de signaler que ce n’est pas ce qui est arrivé aux Etats-Unis, où les études littéraires (et même de Grec ancien !) existent toujours et même à un très haut niveau.

C’est ici sans doute qu’il faudrait de l’inventivité et de la négociation : accepter cette « autonomie » et les nouvelles possibilités de financement qu’elle offre en imposant des garde-fous contre des situations de monopole de financement et des assurances quant à la survie de filières dites « culturelles ».

En tout cas, ce que j’explique, quant à moi, aux étudiants, au milieu de cette arène spontanément créée, c’est que le blocage des cours, la désertion des lieux d’études sont les pires solutions. Elles sont un ECHEC, en premier pour les étudiants eux-mêmes, qui se privent ainsi du meilleur de ce que peut encore leur apporter cette institution vermoulue. Déserter les lieux d’études, c’est déserter la pensée et ce n’est jamais bon. Je leur dis que je veux bien tout ce qu’ils veulent pendant les cours, qu’on discute de problèmes qui les préoccupent, qu’on s’interrompe un quart d’heure, une demi-heure, une heure pour aborder ces questions, mais d’abord, d’abord, qu’ils viennent en cours.+

A la fin de l’AG, une sorte de dinosaure qui nous avait écouté en silence s’avance vers moi, un rien menaçant et me lance, solennel : « vous avez peur de la radicalité des étudiants ! ». C’est tellement dérisoire… ça me fait rire. Il renchérit : « les étudiants se méfient de vous ». Je ris encore plus, pourtant c’est grave car c’est encore une manière de prendre les étudiants pour des imbéciles.

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Montagne en novembre…

Montagne en novembre

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… Mélèzes couleur d’ambre

Mais vite la neige

 

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… annonce décembre.

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En revenant de Bordeaux

Je reviens de Bordeaux, ou plus exactement de Pauillac, où mes collègues avaient gentiment organisé un colloque pour mes soixante ans.

 

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vignes près de Pauillac

Voilà à quoi ça vous donne droit, l’âge. Ici, je ne me vante pas. Quand on fait un colloque autour de vos travaux, c’est à double tranchant : d’abord c’est extrêmement sympathique, c’est un geste de réelle amitié car aucun des participants n’a à en attendre le moindre « profit » du point de vue carrière ou finances, ils sont juste là pour vous témoigner de leur sympathie, et c’est bien sûr très touchant, et on est très heureux de ça. Mais c’est aussi l’occasion pour eux de vous dire qu’eux, sûrement n’auraient pas fait comme ça, et si vous êtes un peu paranos, vous pouvez comprendre qu’ils vous disent que dans le fond… vous n’avez rien compris. Comme je ne suis pas parano, je comprends qu’ils veulent dire que j’ai touché du doigt certaines questions, mais que je suis bien loin de les avoir réglées. Donc c’est un appel à la modestie, et c’est toujours nécessaire. En somme, plus que jamais je me sens en conformité avec le titre de ce blog (et c’est bien pour ça que je n’en changerai pas) : quand les Ladakhis disent, en arrivant au sommet des cols, que « les dieux seront toujours vainqueurs », ce qu’ils veulent dire vraiment c’est que quels que soient les efforts que vous avez faits pour gravir une montagne, vous n’arrivez jamais au bout, il y a toujours « des dieux » qui ont fait bien mieux que vous. « Dieux » est bien sûr métaphoriques. Nos « dieux » modernes sont ceux qui sont toujours allé plus loin dans la pensée, ce sont ces fameux « Géants » sur les épaules desquels un Stephen Hawking prétend qu’il est possible de se hisser….

Nos politiques et en particulier ceux qui nous gouvernent n’ont aucune idée de ça.

 

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Bords de la Gironde… une nasse pour attraper les idées?

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De quoi S***y est-il le nom ?


Ceci est le titre du dernier livre d’Alain Badiou, un philosophe (il enseigne la philosophie à l’Ecole Normale Supérieure, après l’avoir enseignée à Paris VIII).

Ne le cachons pas : Alain Badiou sent le roussi : c’est un « vieux soixante-huitard » demeuré très fidèle à « l’évènement-Mai 68 ». Il fut maoïste et…. l’est toujours ( !).circonstances400.1195293772.jpg

Alors bien sûr, la presse l’attaque facilement : comment peut-on encore aujourd’hui… etc. De fait, la question est sérieuse : comment peut-on encore aujourd’hui être « maoïste ». Plus précisément : qu’est-ce qu’il veut dire par là ? Je n’ai pas l’intention de le « défendre » : après tout, il n’a qu’à s’expliquer lui-même. Je crois simplement avoir compris que son « maoïsme » d’aujourd’hui est un pur « idéal », celui d’une société où l’homme serait libéré des contingences matérielles et pourrait se tourner uniquement vers l’épanouissement de ses aptitudes morales et intellectuelles. Badiou en appelle aussi à une glorification de « l’évènement » en tant que moment de créativité pure où l’homme se transcende. Cela me semble être hélas pur idéalisme et ne tenir aucun compte de l’enracinement concret, biologique, neuro-cognitif de l’être humain. Mais bon, ce n’est pas une raison pour le disqualifier.

Et en l’occurrence pas une raison pour passer son livre sous silence, qui, à mes yeux est le premier essai vraiment engagé, et radical, d’analyse critique du sarkozysme, et d’exploration des conséquences du sarkozysme : ce que, en tout cas, il nous fait, ce qu’il entérine dans les mentalités et consacre comme mode de pensée qu’il voudrait définitif.

Prenons par exemple, cette notion de « mérite » toujours mise en avant, et qui semble tant plaire à une partie au moins de la population, et qui n’est rien d’autre qu’un appel à la soumission, un appel aux gens pour qu’ils admettent qu’ils sont là où ils doivent être (« vous avez, vous êtes, ce que vous méritez ») et rien d’autre, rien de mieux, rien de plus. Cette notion de mérite, en outre, pousse les gens à se dresser les uns contre les autres, car au-delà du « mérite », c’est la réussite individuelle qui est en jeu. Vous prouvez votre mérite en écrasant le voisin. Il en est du mérite comme de la grâce. Théoriquement, vous avez la grâce ou vous ne l’avez pas, mais comment le savoir ou le prouver si ce n’est justement en mettant en œuvre les actes qui sont censés la faire advenir ? Une société gouvernée par le mérite est donc une société où s’impose de faire reconnaître sa réussite et la réussite la plus évidente est bien sûr matérielle, financière, d’où la forme dérivée, « dégradée » mais bien réelle : « gagnez plus de sous ! ». Guizot est enfoncé depuis longtemps.

En tout cas, pour que ça fonctionne, il faut éradiquer toute trace de ce qui pourrait constituer une entrave à cet « enrichissez-vous ». En voulant liquider Mai 68, Sarko et ses sbires ne veulent pas seulement remettre de l’autorité là où elle s’était perdue (l’enseignement…), ils veulent ôter de la mémoire des gens tout souvenir d’un espoir possible que l’humain puisse être autre chose que la réalisation par les biens matériels.

Mai 68 a été un grand moment d’expression de ferments révolutionnaires : le dernier de notre histoire.

Badiou a raison de dire que, même si cela s’est fait de manière chaotique (mais c’était inévitable, étant donné la nécessité d’inventer en permanence ce qui n’existait pas et n’a jamais existé), ce moment a été notamment celui d’une rencontre entre la classe ouvrière et la jeunesse étudiante, ce qui est, en soi scandaleux car, dans une société « normale », les étudiants sont destinés à être les cadres, les chefs, les dirigeants, et les ouvriers sont destinés à rester à leur place d’ouvrier, et si donc les premiers s’allient avec les seconds, alors on met tout pas terre, et c’est ce qui s’est produit d’une manière certes fugitive, éphémère, en Mai 68 (oui, bien sûr, ceux qui avaient le moins compris cet aspect des choses sont vite retournés à leur fonction dirigeante, et comme il y en eut beaucoup, cela donne l’impression que tous ont viré à droite), et c’est ce qu’il faut à tout prix qui ne se reproduise jamais. S***y (celui que Badiou appelle « l’homme aux rats ») nous dit : plus jamais ça.

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« Etrangers choisis »

Brassens chantait les « amis choisis de Montaigne et La Boétie », mais ce que l’on choisit aujourd’hui se sont les étrangers acceptables sur notre sol… et ceux-là, ce ne sont pas Montaigne et la Boétie qui s’y collent, mais Sarkofeux et Hortezy.

Libération du 29 octobre donnait la liste des métiers qui pourront permettre la venue légale en France de travailleurs étrangers. Elle comporte des chiffres très précis, dont, notamment, pour chaque métier, un ratio de l’offre et de la demande. On saura ainsi qu’on souhaite vivement la venue d’experts en informatique. Nos « experts en immigration » se sont bien sûr imaginés attirer de cette façon des spécialistes formés à cette discipline venant du « Tiers-Monde », ils se sont dit, naïfs, que les Indiens, dont on vante les compétences, feraient bien l’affaire… parce que, bien sûr, ils pensent que l’Inde est toujours une nation du Tiers-Monde… mais le malheureux ingénieur indien débarquant à Paris (le seul, l’unique, il en faudra bien un) leur montrera qu’il a depuis longtemps intégré les valeurs d’une haute civilisation, et quand on prétendra lui interdire de faire venir sa famille, ou quand on imposera à ses enfants des tests d’ADN afin de vérifier leur filiation, je pense qu’il leur rira au nez, et ce sera bien fait.

Je me souviens… décembre 2003, un colloque et un workshop franco-indien à Mysore, initiés par une personnalité connue de l’INRIA, (mon ami G. un grand informaticien et un connaisseur de la culture indienne, et notamment du sanskrit)… nous étions plusieurs Français invités dans un Centre d’Etude des Langues Indiennes qui faisait preuve d’un dynamisme étonnant. Les ingénieurs et chercheurs de ce Centre étaient capables en quelques jours, grâce aux outils qu’ils avaient créés eux-mêmes, de numériser n’importe quel corpus d’une des au moins 450 langues du sous-continent et d’en tirer un dictionnaire électronique et une grammaire, de fabriquer des analyseurs morphologiques de la langue en question et mettre ainsi immédiatement à la disposition des chercheurs du monde entier des données linguistiques précieuses. Nous n’étions vraiment pas « les experts » apportant nos connaissances à un peuple sous-développé… Les universitaires qui nous accueillaient avaient beau, pour certains, revêtir le blanc dhoti de Gandhi et chausser de mauvaises sandales caoutchoutées, et pour d’autres se draper dans des saris de toutes les couleurs, ils/elles avaient beau nous surprendre en nous assurant gravement qu’il n’est point de salut hors le sanskrit, ils/elles n’en possédaient pas moins un savoir technique qui n’avait rien à envier au notre. Dommage, le projet franco-indien n’a pas abouti, semble-t-il pour d’obscures raisons politiques. On m’avait mis en binôme avec une directrice d’institut de Chennai (ex-Madras) qui était fière du pouvoir que les femmes avaient pris dans l’institution scientifique, en grande partie selon elle à cause des luttes continuellement menées en Inde du Sud, à partir de l’exemple du Kerala (une société matriarcale).

Je garde de cette visite un autre souvenir : celui de notre embarras face à l’interpellation que nous subîmes de la part d’un universitaire sikh, furieux de savoir que s’il était en France, ses enfants, pour aller à l’école, auraient été obligés de quitter leur turban, une chose que même le colonisateur anglais n’avait jamais songé à demander…

Je doute que ce chercheur sikh ou n’importe lequel de ses compatriotes ait la moindre envie d’aller vivre dans un appartement de la région parisienne seul ou accompagné d’une famille dont les enfants subiraient l’humiliation d’un rejet qu’ils n’ont jamais expérimenté.

Libé rappelle aussi la parole si juste d’Abdoulaye Wade : « ce n’est pas honnête de vouloir nous prendre nos meilleurs fils ».

Curieuse façon en effet de concevoir le « co-développement »…

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Vacance de blog

ne nuit pas….

(un peu trop de travail ces temps-ci, mais promis, je vais profiter de mes prochains voyages en TGV pour y remédier, en attendant, voici juste quelques photos automnales, signes d’une activité sylvestre au cours du dernier week-end, en Suisse… oui, en Suisse, où on a voté comme on sait… j’y reviendrai, oublions-le un instant)

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S*ophie C*alle

Maintenant que j’ai repris mes voyages hebdomadaires à Paris, maintenant que je continue à essayer de combler mon « inexistence sociale » (voir mon billet du 6 octobre) par les cours que je donne dans une université parisienne, maintenant que je passe plusieurs heures par semaine en compagnie de charmantes têtes noires ou blondes tentant de leur enseigner un peu de logique et de sémantique (et j’interdis qu’on les dénigre, comme c’est la mode dans certains milieux universitaires, à en croire tous ces livres qui moquent la soi-disant « inculture de la jeunesse », mais s’ils sont si incultes que vous le dites, demandez-vous pourquoi plutôt, et dites-vous qu’après tout ce sont vos enfants et que s’ils sont si « incultes », vous devez y être pour quelque chose, seulement ils ne sont pas si incultes, parfois ils ignorent certaines choses, mais qui n’en ignore jamais ? et ils apprennent vite pour peu que vous vous donniez la peine de les écouter, de leur faire des cours qu’ils peuvent comprendre, cela ne veut pas dire des cours dont on diminuerait le niveau, mais des cours qui, tout simplement, ne se moulent pas dans un parler académique et de bon ton, du ton que l’on dit « universitaire », docte et plein de figures de rhétorique inutiles, de ces figures dont déjà Pierre Bourdieu dans les années soixante-dix avait montré qu’elles n’étaient que des discriminateurs de classe sociale, dans « les Héritiers « , je crois, puis dans « la Reproduction » – reproduction des élites s’entend – oui, ils apprennent vite et les questions qu’ils – je devrais dire « elles » car en réalité, je vous l’avoue : je n’ai que des filles ! – posent, si parfois elles peuvent paraître naïves, oui, naïves, pas « bêtes », eh bien ces questions, lorsque vous y répondez, vous faites un effort, qui est méritoire, utile, et même utile pour vous-même, car ces questions, vous ne les avez pas toujours prévues, vous qui êtes dans le confort d’un savoir qui vous paraît acquis et immuable, que rien ne saurait jamais mettre en cause et surtout pas la remarque ironique de la petite blonde du premier rang, avec ses lunettes et le crayon qu’elle mâchouille, celle dont le projet de vie est : « devenir écrivain »), maintenant donc qu’entre un bistrot pour grignoter à midi et la porte de mon hôtel – un peu vieillot, avec des planchers qui craquent, mais de très grandes chambres, sans la télé, avec un couvre-lit sur le lit comme on n’en faisait que dans les années soixante, en simili velours côtelé – je passe devant une librairie de livres d’occasion,sophiecalle068.1192705550.jpg je rapporte chaque semaine des « nouveautés » anciennes. Par exemple, la semaine dernière, j’ai trouvé pour trois euros un petit livre de Sophie Calle, qui m’avait probablement échappé lorsqu’il est sorti, et qui ne contient que de courts récits, illustrés chaque fois par une photo. C’est d’un drôle… Tenez, par exemple celui-ci (celui sur lequel je suis tombé en premier et qui m’a décidé à acheter le livre) :

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j’y pense aussi parce qu’en tant que membre de jury de diverses thèses, je mets à l’occasion une cravate (mais que pour ces occasions).

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Chez mon kiné

[Contexte :

1) Je suis nul aux jeux de ballon. Cela peut s’expliquer par de nombreuses considérations : enfant unique, j’étais souvent seul, en tout cas rarement dans une bande assez nombreuse pour qu’on puisse faire un jeu de ballon quelconque, l’école de banlieue que je fréquentais n’avait pas de terrain de sport, et je n’ai donc jamais développé de goût particulier pour ce genre de jeu, sauf à la rigueur le foot, quand on se retrouvait à trois ou quatre dans une rue du Blanc Mesnil (93) pour taper dans un improbable ballon,

2) Je souffre de mon genou droit (tendons) et pour cette raison je consulte un kiné deux fois par semaine. L’un des exercices consiste à se tenir en équilibre sur la jambe dont le genou fait mal en essayant de rattraper un ballon. Je rate souvent.]

Le kiné : vous avez une attitude féminine typique quand je vous envoie le ballon. Vous savez, j’ai lu un excellent livre qui montre que les hommes et les femmes n’ont pas le cerveau fait pareil…

Moi : vous trouverez aussi des livres qui vous diront le contraire…

Lui : mon livre est très documenté, il s’appelle, ah oui, comment déjà, « pourquoi les hommes n’écoutent jamais rien et pourquoi les femmes ne savent pas lire les cartes routières »…

Moi [ça me dit quelque chose ce titre, c’est un truc idiot écrit en gros caractères, qui ne contient aucune référence à un travail scientifique quelconque] : je ne crois pas que ce livre soit étayé sur des observations scientifiquement éprouvées.

[entre temps j’ai réussi à arrêter le ballon de manière plutôt bien]

Lui : ah vous vous améliorez !

Moi : pfff ! ça n’est qu’une affaire de concentration !

Lui [vexé] : ouais ben n’empêche, c’est vrai. Par exemple, les architectes le savent bien : pour les femmes, ils savent qu’il faut réaliser une maquette 3D car elles n’ont pas la faculté d’imaginer la réalité à partir d’un simple plan, comme nous, nous l’avons…

Moi [i m’énerve !] : tout ça, ce sont des choses qui s’apprennent, peut-être certaines femmes n’ont pas été mises très tôt devant ce type de problème.

Lui : Bon, remarquez, pour les jeux de ballon, c’est vrai qu’il m’arrive de masser des joueuses de baskett, elles ne demandent pas leur reste !

Moi : ben, vous voyez. Moi, je n’ai pas eu l’habitude de jouer au ballon. Mais souvent c’est vrai que ce sont les garçons à qui on propose des jeux de ballon, alors ils développent plus de talent dans ces jeux-là.

Lui : mais pourquoi ? ils sont peut-être spontanément attirés ! Autre chose : les hommes sont « mono-tâche » et les femmes sont « multi-tâche », c’est bien connu. Par exemple si ma femme me parle pendant que je regarde la télé, je ne peux pas comprendre ce qu’elle me dit, je suis obligé de fermer la télé. Elle, elle peut.

Moi : c’est une question d’entraînement, moi aussi, j’étais comme ça, avant, mais depuis je me suis entraîné. Maintenant, je suis tout à fait capable de suivre les informations sur France Inter tout en écoutant ce que me dit ma femme, le matin. Vous savez, pour beaucoup, il y a de la paresse à ne pas essayer.

Lui [à son tour énervé] : Oui. Vous, vous êtes un scientifique, alors forcément vous vous faîtes un devoir de contester tout ce qui ne vous paraît pas fondé sur des travaux scientifiques

Je devine ce qu’il va me dire la prochaine fois… forcément il va me parler du match France – Angleterre… Forcément. Il va me dire :

Lui : z’avez vu le match ?

Moi [qui n’avais pas regardé le précédent, ce qui, déjà, lui avait déplu] : ouais, j’ai jeté un œil

Lui : et qu’est-ce que vous en avez pensé ?

Moi : z’étaient nuls.

[ben oui, quoi, c’est vrai, dès les premières secondes, ce type français qui rate le ballon, devant l’anglais qui en profite, rattrape le ballon et… lui saute par-dessus ! (par-dessus le français, pas le ballon, parce que le ballon, lui, il l’avait bien en main) et… poum ! essai ! Try, il s’appelait le français, en plus… Ah c’était malin !

Je n’aurais jamais dû continuer à regarder. Qu’est ce qu’il m’a pris ?]

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Mais que se passe-t-il chez nos voisins helvètes ?

Comme il y a quelques temps que je ne suis pas allé en Suisse (ce que C. et moi avons l’habitude de faire plusieurs fois par an pour diverses occasions de rencontre familiale) sauf pour des errances au fond d’une vallée heureusement peu urbanisée, du côté du mont Dolent et du lac Fenêtre, je ne suis plus tellement au courant de l’actualité helvétique. Grande a donc été ma surprise de lire, envoyé par un ami, un article récent du New York Times (eh oui, il faut passer par New York pour avoir des nouvelles sérieuses de la Suisse – je n’ai rien lu de tel pour l’instant dans nos journaux nationaux – ) faisant état de graves désordres dans les rues de Berne et d’un climat très détestable à la veille des futures élections nationales. Je traduis ci-dessous un passage de cet article :

« Les affiches placardées sur les murs pour un rassemblement politique ici (à Schwerzenbach – Suisse -) révèlent la crudité de la campagne électorale nationale en Suisse : trois moutons blancs se dressant sur le drapeau suisse pendant que l’un d’eux éjecte un mouton noir. « Pour notre sécurité » dit l’affiche. L’affiche n’est pas la création d’un mouvement marginal, mais du parti le plus puissant au sein du Parlement Fédéral et faisant partie de la coalition gouvernementale, un parti d’extrême droite appelé Parti du Peuple Suisse (ou SVP). Elle a été distribuée dans un mailing de masse et reproduite en des millions d’exemplaires dans le pays. »

Pour plus de précision, je dois ajouter que « SVP » est le nom que s’est donné en Suisse alémanique un parti qui jusque là, sur tout le territoire, s’appelait « UDC » (dénomination qu’il a gardé en Suisse romande). UDC : Union Démocratique du Centre… ça vous a un air anodin, bonhomme, centriste, quasi bayrouesque… mais SVP : Schweizerische Volkspartei, ça sonne tout de suite un peu différemment… plus martial, disons.

Recherchant dans la presse suisse, de quoi recouper ces informations, je tombe, sur le site du journal « le Temps » :

 

« Jamais campagne électorale n’a été si agressive. Un pas de plus est franchi avec les batailles de rue. • Empêchée de défiler et de tenir son meeting sur la place Fédérale, l’UDC se pose en victime. • Quelque 500 casseurs mobiles et déterminés ont semé le chaos et mis en déroute la police bernoise ».

 

Gloups. J’ai le sentiment d’avoir raté quelque chose au film… ceci est également illustré par une photo que publie Dunia [qui diffuse en ce moment sur son blog, son second roman par épisodes – publicité non payée -], montrant une affiche de ce parti, surchargée d’inscriptions par ses opposants et où le dirigeant Christophe Blocher est maquillé en Hitler.

Sachons encore que ce parti peut remporter les élections au prochain scrutin, que le Christophe Blocher qui le dirige est un milliardaire, actuellement conseiller fédéral en charge du Département… de la Justice, un tribun populiste qui fait campagne contre les étrangers depuis de nombreuses années. Pour dire où en sont venues les choses, un autre conseiller fédéral, en charge du Département de l’Intérieur celui-là, et membre d’un autre parti, le Parti Radical, Pascal Couchepin, est allé dans une interview donnée à un journal tessinois jusqu’à comparer Blocher à Mussolini. Quand on sait le caractère feutré des débats en Helvétie, c’est hautement significatif d’un ébranlement profond de la société.

Pour corriger l’article du NYT, il faut nuancer la notion de « coalition au pouvoir », qui donne l’impression, telle qu’elle est dite, qu’une union de circonstance se serait produite entre partis modérés et partis extrémistes pour diriger le pays, de manière analogue à ce qui s’était produit en Autriche à l’époque de la gloire de Jörg Haider. En réalité, la Suisse est dirigée depuis la fin de la seconde guerre par une coalition « instituée », qu’on appelle souvent « la formule magique » : un doigt de libéraux, un doigt de conservateurs, un doigt de chrétiens démocrates, un doigt de socialistes et vous touillez. Ce qui s’est passé en réalité c’est que l’un de ces partis (l’UDC) a été victime d’entrisme de la part de l’extrême droite et a changé de nature au cours des années récentes. C’est ainsi que son leader est, de manière toute naturelle, l’un des conseillers fédéraux et donc… appelé à devenir président de la Confédération en 2009 !

Mais revenons à l’affiche incriminée, que je reproduis en petit ci-contre (oui, en petit, ce n’est pas la peine de lui faire trop de pub…). bild-nav-links-f.1192178685.pngEvidemment, la présidente actuelle (dont j’ai déjà dit le plus grand bien ) s’est insurgée contre elle : « dégoutante, inacceptable ». On croirait entendre Fadela Amara… (sauf qu’il n’est vraiment pas question qu’elle démissionne, cela ferait la part trop belle au facho du coin). A y réfléchir un peu, on pourrait se dire que c’est quand même un peu fort d’assimiler ainsi les Suisses… à des moutons, et que l’électeur ne saurait accepter une telle identification. Il faut alors se reporter à l’analyse de Jean-Michel Adam, célèbre linguiste de l’Université de Lausanne, parue dans un tout jeune journal indépendant genevois : Le Courrier , qui dit ceci :

 

« Même blancs comme nos neiges éternelles, de tels moutons doivent être bien parqués, bien gardés et protégés du loup par un berger et ses chiens. Ceux-ci ne sont pas loin, ils sont cachés sous le slogan, tout en bas à droite de l’affiche: «Pour une Suisse forte». On a compris le message: une Suisse forte a besoin d’un chef fort et de chiens forts et d’éviter tout métissage… Le sens de cette fable, qui a le mérite de la clarté, rappelle les pires temps de la propagande politique menée par un sinistre autre Volkspartei ».

 

Je ne sais pas ce que sera le résultat des futures élections suisses. Rien n’est encore perdu et les institutions suisses renferment des mécanismes éprouvés de prévention contre les régimes autoritaires. Mais on aurait tort de dire « c’est la Suisse, cela ne nous concerne pas »… car la Suisse est, contrairement à ce que pensent ici certains esprits forts, infiniment proche de nous…

 

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(le Palais Fédéral à Berne)

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