« Etrangers choisis »

Brassens chantait les « amis choisis de Montaigne et La Boétie », mais ce que l’on choisit aujourd’hui se sont les étrangers acceptables sur notre sol… et ceux-là, ce ne sont pas Montaigne et la Boétie qui s’y collent, mais Sarkofeux et Hortezy.

Libération du 29 octobre donnait la liste des métiers qui pourront permettre la venue légale en France de travailleurs étrangers. Elle comporte des chiffres très précis, dont, notamment, pour chaque métier, un ratio de l’offre et de la demande. On saura ainsi qu’on souhaite vivement la venue d’experts en informatique. Nos « experts en immigration » se sont bien sûr imaginés attirer de cette façon des spécialistes formés à cette discipline venant du « Tiers-Monde », ils se sont dit, naïfs, que les Indiens, dont on vante les compétences, feraient bien l’affaire… parce que, bien sûr, ils pensent que l’Inde est toujours une nation du Tiers-Monde… mais le malheureux ingénieur indien débarquant à Paris (le seul, l’unique, il en faudra bien un) leur montrera qu’il a depuis longtemps intégré les valeurs d’une haute civilisation, et quand on prétendra lui interdire de faire venir sa famille, ou quand on imposera à ses enfants des tests d’ADN afin de vérifier leur filiation, je pense qu’il leur rira au nez, et ce sera bien fait.

Je me souviens… décembre 2003, un colloque et un workshop franco-indien à Mysore, initiés par une personnalité connue de l’INRIA, (mon ami G. un grand informaticien et un connaisseur de la culture indienne, et notamment du sanskrit)… nous étions plusieurs Français invités dans un Centre d’Etude des Langues Indiennes qui faisait preuve d’un dynamisme étonnant. Les ingénieurs et chercheurs de ce Centre étaient capables en quelques jours, grâce aux outils qu’ils avaient créés eux-mêmes, de numériser n’importe quel corpus d’une des au moins 450 langues du sous-continent et d’en tirer un dictionnaire électronique et une grammaire, de fabriquer des analyseurs morphologiques de la langue en question et mettre ainsi immédiatement à la disposition des chercheurs du monde entier des données linguistiques précieuses. Nous n’étions vraiment pas « les experts » apportant nos connaissances à un peuple sous-développé… Les universitaires qui nous accueillaient avaient beau, pour certains, revêtir le blanc dhoti de Gandhi et chausser de mauvaises sandales caoutchoutées, et pour d’autres se draper dans des saris de toutes les couleurs, ils/elles avaient beau nous surprendre en nous assurant gravement qu’il n’est point de salut hors le sanskrit, ils/elles n’en possédaient pas moins un savoir technique qui n’avait rien à envier au notre. Dommage, le projet franco-indien n’a pas abouti, semble-t-il pour d’obscures raisons politiques. On m’avait mis en binôme avec une directrice d’institut de Chennai (ex-Madras) qui était fière du pouvoir que les femmes avaient pris dans l’institution scientifique, en grande partie selon elle à cause des luttes continuellement menées en Inde du Sud, à partir de l’exemple du Kerala (une société matriarcale).

Je garde de cette visite un autre souvenir : celui de notre embarras face à l’interpellation que nous subîmes de la part d’un universitaire sikh, furieux de savoir que s’il était en France, ses enfants, pour aller à l’école, auraient été obligés de quitter leur turban, une chose que même le colonisateur anglais n’avait jamais songé à demander…

Je doute que ce chercheur sikh ou n’importe lequel de ses compatriotes ait la moindre envie d’aller vivre dans un appartement de la région parisienne seul ou accompagné d’une famille dont les enfants subiraient l’humiliation d’un rejet qu’ils n’ont jamais expérimenté.

Libé rappelle aussi la parole si juste d’Abdoulaye Wade : « ce n’est pas honnête de vouloir nous prendre nos meilleurs fils ».

Curieuse façon en effet de concevoir le « co-développement »…

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2 commentaires pour « Etrangers choisis »

  1. totem dit :

    Dans ma boîte ils ont voulu recruter un ingénieur libanais, il a fallut qu’il passe une annonce à l’Anpe pendant 6 mois pour être sûr qu’un petit français ne répondait pas au profil du poste, ouf! il y en avait pas, l’ingénieur libanais a été recruté.

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  2. Posuto dit :

    Oh, oui, comme ils vont être heureux de venir vivre ici, seuls. Sans famille, ils vont s’intégrer facilement, c’est certain. (les étrangers n’ont aucune psychologie, ce sont justes des bras et des jambes avec quelques aptitudes particulières, mais sans émotions)
    Kiki

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