S*ophie C*alle

Maintenant que j’ai repris mes voyages hebdomadaires à Paris, maintenant que je continue à essayer de combler mon « inexistence sociale » (voir mon billet du 6 octobre) par les cours que je donne dans une université parisienne, maintenant que je passe plusieurs heures par semaine en compagnie de charmantes têtes noires ou blondes tentant de leur enseigner un peu de logique et de sémantique (et j’interdis qu’on les dénigre, comme c’est la mode dans certains milieux universitaires, à en croire tous ces livres qui moquent la soi-disant « inculture de la jeunesse », mais s’ils sont si incultes que vous le dites, demandez-vous pourquoi plutôt, et dites-vous qu’après tout ce sont vos enfants et que s’ils sont si « incultes », vous devez y être pour quelque chose, seulement ils ne sont pas si incultes, parfois ils ignorent certaines choses, mais qui n’en ignore jamais ? et ils apprennent vite pour peu que vous vous donniez la peine de les écouter, de leur faire des cours qu’ils peuvent comprendre, cela ne veut pas dire des cours dont on diminuerait le niveau, mais des cours qui, tout simplement, ne se moulent pas dans un parler académique et de bon ton, du ton que l’on dit « universitaire », docte et plein de figures de rhétorique inutiles, de ces figures dont déjà Pierre Bourdieu dans les années soixante-dix avait montré qu’elles n’étaient que des discriminateurs de classe sociale, dans « les Héritiers « , je crois, puis dans « la Reproduction » – reproduction des élites s’entend – oui, ils apprennent vite et les questions qu’ils – je devrais dire « elles » car en réalité, je vous l’avoue : je n’ai que des filles ! – posent, si parfois elles peuvent paraître naïves, oui, naïves, pas « bêtes », eh bien ces questions, lorsque vous y répondez, vous faites un effort, qui est méritoire, utile, et même utile pour vous-même, car ces questions, vous ne les avez pas toujours prévues, vous qui êtes dans le confort d’un savoir qui vous paraît acquis et immuable, que rien ne saurait jamais mettre en cause et surtout pas la remarque ironique de la petite blonde du premier rang, avec ses lunettes et le crayon qu’elle mâchouille, celle dont le projet de vie est : « devenir écrivain »), maintenant donc qu’entre un bistrot pour grignoter à midi et la porte de mon hôtel – un peu vieillot, avec des planchers qui craquent, mais de très grandes chambres, sans la télé, avec un couvre-lit sur le lit comme on n’en faisait que dans les années soixante, en simili velours côtelé – je passe devant une librairie de livres d’occasion,sophiecalle068.1192705550.jpg je rapporte chaque semaine des « nouveautés » anciennes. Par exemple, la semaine dernière, j’ai trouvé pour trois euros un petit livre de Sophie Calle, qui m’avait probablement échappé lorsqu’il est sorti, et qui ne contient que de courts récits, illustrés chaque fois par une photo. C’est d’un drôle… Tenez, par exemple celui-ci (celui sur lequel je suis tombé en premier et qui m’a décidé à acheter le livre) :

sophiecalle067.1192705524.jpg

j’y pense aussi parce qu’en tant que membre de jury de diverses thèses, je mets à l’occasion une cravate (mais que pour ces occasions).

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6 commentaires pour S*ophie C*alle

  1. Posuto dit :

    Vos élèves m’arrivent dessus juste après ceux de Daniel Pennac :
    http://www.telerama.fr/livre/20939-daniel_pennac_lit_un_extrait_de_cancre_ecole.php
    et il y a comme un lien, je trouve.
    Kiki 🙂
    PS : par contre aucun lien avec aucun vêtement d’aucune sorte.

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  2. Alain L. dit :

    à ceci près que je n’ai jamais été un cancre 🙂

    blague à part, en visionnant cette vidéo (merci de me l’avoir signalée) j’ai pensé à une conversation entendue dans le métro (ligne 13) l’autre jour:
    des ados montent et parlent de leurs cours, l’une dit quel cauchemar c’est pour elle et combien elle attend avec impatience la fin de la journée et le week-end, elle n’arrive pas à se concentrer sur ses cours etc. Puis au détour de la conversation, elle dit à ses collègues qu’elle va voir son père à l’hopital. « Qu’est-ce qu’il a ton père? » « Il a une veine prête à éclater dans le cerveau, on lui a dit que si elle éclatait, il était mort », la pauvre, tu parles si elle pouvait se concentrer en cours…

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  3. totem dit :

    Témoignage émouvant autant que celui de Daniel Penac sur le lien ci dessus indiqué par Kiki.

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  4. maximeamb dit :

    et les cravates à rayures, blanche, sont des souvenirs inoubliables.
    et les questions sont toujours celles qu’on avait oubliées de se poser.
    et les suites vénitiennes des douleurs exquises.

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  5. Ah! L’érotisme des cravates!

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  6. jmph dit :

    Y a-t-il un(e) éléve à qui vous voudriez envoyer un vêtement que vous trouveriez plus à votre goût ?

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