Les prédictions de Humahuaca (10ème épisode)

La ville de Humahuaca, dont le nom venait d’un peuple indien qui avait habité la région, commençait au bord d’une rivière qui avait creusé au cours des temps la quebrada homonyme. C’était un alignement de maisons basses et assez pauvres, dont certaines laissaient échapper de leur toit une fumée maigrelette, mais plus loin, deux ou trois rues perpendiculaires conduisaient au centre du village, et notamment à la magnifique place ombragée où se côtoyaient l’église et l’hôtel de ville, enfin ce qu’on appelait, comme dans toutes les autres petites villes, le « cabildo ».

Une rue grimpait ensuite par un escalier très large vers un monument pompeux qui commémorait l’indépendance. Les marches étaient si solennelles et la largeur et le faste si disproportionnés par rapport à la taille de l’ensemble qu’on se demandait si l’architecte n’avait pas voulu reproduire en plein milieu de la terre déserte de l’Amérique du Sud, les escaliers de la Piazza d’Espagna. Vu depuis le monument, le village était adossé à des falaises dont le rouge contrastait avec le vert profond d’une végétation tropicale. Antoine avait d’ailleurs franchi le tropique du Capicorne peu de temps avant d’arriver, près de cet autre village portant un nom de peuple indien, Tilcara. Au-delà du monument, la ville était très calme : le royaume des touristes s’interrompait brusquement et on se retrouvait au milieu des chiens errants et des gamins rieurs qui tendaient la main sans y croire pour recueillir une pièce de monnaie ou un bonbon. Il y avait aussi, dans le dos de ce monument, le cimetière, dont les tombes fraîchement creusées s’ornaient encore de couronnes roses et bleutées toutes scintillantes dans le soleil hivernal, ce qui donnait au lieu une gaieté inattendue.

Antoine marchait vers une de ces maisons du haut du village. Il savait qu’il y rencontrerait Rosa et Mario, deux amis des deux sœurs, en contact avec les chercheurs anthropologues établis au village, et qui avaient promis de l’héberger.

Rosa était informaticienne, elle avait écrit une thèse qui faisait autorité sur les types avec intersection, qu’elle avait soutenue aux Pays-Bas. Encore aujourd’hui, même retranchée dans son village latino-américain, elle continuait à travailler. Selon elle, ses résultats servaient à prouver qu’on pouvait étendre certains systèmes linéaires au cas non linéaire. C’était assez profond, se disait Antoine qui pourtant n’y connaissait pas grand-chose, mais il pensait que les scientifiques en général, et les informaticiens en particulier partent toujours de situations simples, trop simples, qu’ils utilisent parce qu’ils savent bien les maîtriser, mais qu’ensuite, quand il s’agit de confronter les modèles aux données, ces hypothèses trop simples sont un carcan épouvantable, on n’en sort pas. Alors être capable de desserrer les cordages amenait un peu d’air et on pouvait espérer agrandir le halo de lumière au sein duquel on cherchait ses clés du monde… La linéarité est une propriété connue et facile d’accès, une cause : un effet, une ressource produite : une ressource consommée, un accroissement de x : un accroissement de kx… mais quid des cas où une cause peut produire plusieurs effets simultanés, une ressource être consommée plusieurs fois et un accroissement raisonnable de x produire une véritable explosion ? La théorie des catastrophes était bien jolie mais trop métaphorique. Ce qu’il faut, c’est être capable de suivre les phénomènes pas à pas pour les comprendre. Tout cela, Rosa en parlait très bien. C’était une jeune femme brune d’allure modeste qui se déplaçait un peu comme un chat. Elle ne faisait pas de bruit. On ne savait jamais si on n’allait pas tout à coup la trouver derrière soi, silencieuse, en train de réfléchir ou de mettre de l’ordre dans un bouquet d’herbes sèches. Tiens ! t’es là ? je ne t’avais pas vue. Elle avait eu deux enfants avec Mario, qui étaient d’une sagesse exemplaire, eux aussi silencieux comme des chatons, et qui préféraient la compagnie de leurs parents, même pour étudier, à celle de leurs camarades de classe bruyants et plus passionnés de foot que de sciences naturelles. Mario, lui, était sculpteur. Un sculpteur de métal. Il soudait et taillait de la ferraille une bonne partie de la journée, pour construire de grands oiseaux ou des vaisseaux aveugles et sans voile auxquels son humour ajoutait une loupiotte en plastique pour les éclairer sous les angles les plus étranges, obtenant par projection, sur les murs et le plafond, des formes menaçantes, comme de grandes chauve-souris qui viendraient vous frôler la nuque quand vous prenez l’un des multiples verres de vin servis dans la soirée. Car chez Rosa et Mario, les soirées duraient longtemps et étaient en général très arrosées. Les bouteilles de rouge se succédaient et le matin, lorsque les premiers réveillés émergeaient, il fallait la plupart du temps qu’ils commencent la journée par le rinçage des verres et l’élimination des bouteilles vides. Rosa avait tout de suite promis à Antoine une surprise pour le deuxième soir. Ce n’en était une qu’à demi tant il savait bien à l’avance qu’il allait la revoir, cette fois non pas Daniela mais la sœur jumelle Cécilia. La soirée avait bien commencé. On en était à la cinquième bouteille. A travers la vitre, Antoine fixait un chat qui le regardait de l’extérieur, il se demandait bien ce qu’il pensait. Oui, Antoine, le chat, il se demandait bien ce qu’il pensait. Enfin, qui se demandait ce qu’il pensait ? Le chat se demandait ce qu’Antoine pensait ? Antoine se disait que c’était absurde, qui lui-même, oui plutôt, se demandait ce que lui-même, Antoine, pensait. Quelle confusion. Bref, il avait déjà trop bu. Rosa et Cécilia se tenaient bien encore. Rosa évoquait un de ses thèmes favoris sur le langage, son rapport avec les mathématiques. Antoine se demandait souvent s’il était raisonnable d’espérer accéder à une connaissance du fonctionnement de la langue au travers d’un modèle mathématique. Rosa lui expliqua que ce n’était pas ça, le problème, et qu’il fallait inverser les termes et se demander quelles mathématiques émergent de l’étude des structures profondes de la langue ? ainsi on se rendrait compte que des mécanismes en apparence triviaux, de par leurs symétries, débouchaient sur des structures mathématiques, au départ très simples mais qui se complexifieraient ensuite. Elle pensait que c’était là l’une des sources des mathématiques. Alors tout le monde est mathématicien, lui disait en riant Cécilia. Eh bien oui, inconsciemment. Antoine sentait la chaleur du corps de Cécilia contre son bras droit, il sentait ce corps souple prêt à se laisser aller, à peine de temps en temps parcouru par des frissons dus autant à la fraîcheur de soir qu’à l’effet de l’alcool et à l’émotion du moment. Il se disait que vraiment elle était bien différente de sa sœur. Tard dans la nuit, ils allèrent se coucher. Tout naturellement Rosa avait placé Cécilia et Antoine dans la même chambre, mais ils étaient décidément épuisés par le voyage et les vapeurs de l’alcool et s’endormirent avant même de se toucher. Ce n’est qu’au milieu de la nuit qu’ils se réveillèrent et firent l’amour sans qu’on les entende.

Dès le lendemain matin, Antoine voulut revenir à la question qui l’agitait dès le début de ce périple, la véritable nature de ce site qui l’avait intrigué lorsqu’il avait essayé sans succès de l’ouvrir, et qui se nommait « les prédictions de Humahuaca ». Pourquoi ce titre ? Qui gérait ce site ? quel sens il avait ? Cécilia lui dit qu’il fallait pour obtenir des réponses à ses questions qu’il aille à la Pukara. Antoine sut bien vite que ce nom, en quechua, désignait une sorte de forteresse, dont il restait de ça et là des vestiges, qui avaient été très bien restaurés par des équipes d’archéologues venues de l’Université de la capitale. Cela rappelait bien sûr des souvenirs d’enfance, les fameux Tintin, « le Temple du Soleil », le professeur Tournesol et la Castafiore. Une fois en haut de la pukara, deux pyramides en forme de temples dominaient la vallée, chacune accompagnée d’une arche énigmatique dont on attendait qu’elle filtrât les rayons du soleil à certaines heures bien précises de la journée, à moins que ce ne fût pour quelque jour sacré. Antoine, accompagné de Cécilia, se présenta à l’accueil. Un type jeune et sportif, casquette vissée sur la tête, lunettes de soleil noires sur le nez et sac au dos vient immédiatement se présenter. Il était Miguel, et connaissait bien Cécilia et Daniela. Manifestement.

vous voulez connaître notre secret ? dit-il en riant à l’adresse d’Antoine. Eh bien, vous allez voir. Mais d’abord descendons dans la première pyramide.

Antoine n’aurait jamais cru que ces petits temples qui, à son avis, n’était là que pour tenter de faire revivre la culture humahuaca ancienne, recelaient en réalité des couloirs, des salles, et dans ces salles, tout un matériel informatique.

A SUIVRE

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Last day in Dublin

Entre la fin des cours et le décollage de mon avion, il y a un samedi que j’ai occupé d’abord à aller voir la mer, du côté de Bray, au sud de Dublin, puis, quand j’en suis revenu après avoir été trempé jusqu’à l’os par une averse au cours de ma montée vers le haut d’une falaise, d’abord sous les pins puis dans la bruyère – ce qui m’a valu d’apercevoir un faisan s’envolant sur le chemin deux pas en avant de moi – à aller rendre une visite à l’Irish Museum of Modern Art , qui organise des expositions temporaires, en ce moment : Anne Maden, une artiste irlandaise, qui peint des aurores boréales (en voici une, histoire de remettre un peu de couleurs dans ce blog qui commence à en manquer!)

 

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Nalini Malani, une artiste indienne (voir à cette adresse son évocation de « Mother India », méditer sur la phrase de Veena Das), et Lucian Freud, eh oui, le petit fils, qui est né en 1922 à Berlin, et est un peu devenu le peintre à la mode en Angleterre, le portraitiste des célébrités. Célébrités mises à part, il faut reconnaître que sa peinture a une sacrée force, force des corps nus exposés sans fard, des corps de tous âges sans discrimination, et sans pitié pour les rides ni les disgrâces. Avec pourtant de la tendresse et de l’attention.

 

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Certains corps (pas celui ci-dessus, qui est en fait une célébrité, je ne dis pas laquelle!) me font penser à cette histoire sur Pontormo, je crois, que raconte dans un roman Bernard Comment (mais quel en est le titre, ça je ne m’en souviens plus… il y a le mot « mémoire » dedans je crois) selon laquelle le peintre de la Renaissance récupérait les cadavres et les entassait dans des grands bocaux pour mieux peindre les corps dans les attitudes les plus surprenantes. Et les portraits, pour moi, comme ces deux-là:

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c’est comme « l’Orpheline » de Delacroix, que jusqu’à mes derniers jours j’irai voir au Louvre en essayant de percer le secret de son regard apeuré…

 

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Parenthèse : chercher une reproduction de l’Orpheline à mettre ici m’a fait rencontrer le blog de momina qui, elle aussi, raconte des histoires.

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de la responsabilité des intellectuels (deux versions)

Curieuse coïncidence. Au même moment je découvre le billet de Pierre Assouline portant ce titre et, dans un mail envoyé par un collègue, une interview de Noam Chomsky portant également ce titre… mettre les deux en comparaison me semble instructif (bien sûr, je sais que dans les colonnes du Monde et d’autres journaux français, le linguiste américain n’est pas très apprécié, qualifié qu’il a été par R. P. Droit « d’intellectuel baroque »). Tout le monde peut facilement lire l’article d’Assouline, qui reprend un article de Pierre Lévy paru dans « le Monde Diplomatique ». Moins de monde, surtout en France, ont accès aux propos de Chomsky, et c’est la raison pour laquelle, j’en donne ci-dessous quelques extraits. S’il faut faire un commentaire, je dirai que dans le premier (P. Lévy), on nage dans l’optimisme quasi béat. Les intellectuels, qui se limitent aux chercheurs en sciences sociales, aux spécialistes des sciences de l’information et aux « passeurs d’héritage culturel », sont appelés à fraterniser pour la réalisation d’un monde meilleur, c’est-à-dire un monde « où l’intelligence collective » accomplirait enfin son grand bond en avant. La solution est simple, il suffisait d’y penser : faire en sorte que les algorithmes travaillent sur le sens plutôt que sur les signes ! que voilà une idée qu’elle est bonne, comme aurait dit Coluche… Bien, 1) comment on va faire ? il faut savoir tout de même que les programmes informatiques ne peuvent traiter que des suites de bits, lesquelles encodent des symboles (revenir à Turing, dont la puissance des machines n’a pas été surpassée, sauf peut-être à envisager des machines dont la réalisation demeure très hypothétique). Le « sens », quand il y en a, n’est jamais qu’un autre assemblage de signes. On peut bien sûr imaginer des notions comme le web sémantique, mais il ne faudrait pas que le lecteur croit que, par enchantement, les moteurs de recherche vont avoir accès « au sens », ils n’auront accès qu’à ce qui du sens des mots aura été préalablement codé. Autrement dit, on aura déjà décidé le « sens » qu’il convient d’accorder à tel ou tel énoncé. 2) cette dernière remarque permet d’enchaîner sur le deuxième point : quand bien même coderait-on et utiliserait-on une certaine représentation du sens dans les mots et les textes, ou parviendrait-on par des algorithmes sophistiqués (souvent basés sur des méthodes statistiques) à dégager des classes d’équivalence d’énoncés auxquelles on attribuerait le statut de « signification », on voit tout de suite à quelles conséquences on aboutirait. Mieux que ce qui se fait aujourd’hui dans la recherche des mots-clés d’autrui, une certaine forme de pénétration dans sa pensée. Il n’y a pas si longtemps, la CIA cherchait activement des algorithmes ou des chercheurs travaillant sur des algorithmes qui permettraient de détecter efficacement les terroristes potentiels uniquement à partir de messages interceptés. Dans un de mes billets récents, je faisais référence aux perspectives ouvertes par l’IRM dans le domaine de la véritable détection de mensonge, je disais que le chercheur qui en parlait, Lionel Naccache, en parlait, à mon avis, avec un peu trop de légèreté (ce qui me faisait penser qu’il ne fallait pas aller chercher trop loin les raisons de la désaffection du public pour la science).

Donner aux intellectuels cette tâche c’est évidemment accepter par avance qu’au moins certains d’entre eux décident des orientations idéologiques qui doivent prévaloir. On me dira peut-être : mais c’est déjà le cas ! et on n’aura pas tort. Là arrive justement Chomsky.

(l’interviewer est Gabriel Matthiews Schivone. Merci à Pierre Pica pour avoir fait circuler cette interview sur la liste [parislinguists]. C’est moi qui mets en gras certains passages.)

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Feuilleton: neuvième épisode

[Bientôt les illustrations!]

De fait, la réaction des édiles municipaux ne tarda pas. Le lendemain même, quand Antoine se leva et alla rendre visite au directeur du musée, Gabriel et Daniela étaient déjà là, le premier avec un air furieux et la seconde beaucoup moins lumineuse qu’à son habitude… ils venaient d’apprendre que, pour des raisons de sécurité, le musée allait devoir fermer pour une période de longueur indéterminée.

         j’étais sûr qu’ils allaient réagir, mais si vite, alors là, non, je ne m’y attendais pas. Quand je pense qu’encore hier matin, au Cafe del Sol, le gros Raymondo me félicitait encore pour la manière dont j’avais su revaloriser le patrimoine national ! cet imbécile faisait le fier et me disait en douce qu’il espérait bien que nous serions remarqués par l’UNESCO et ainsi obtenir rien moins que le classement de la région dans la liste des Patrimoines de l’Humanité ! ah ! les patrimoines de l’humanité ! ils n’ont que ce mot-là à la bouche ! ça fait bien, hein, « patrimoine de l’humanité » quand à certains moments de l’histoire, on en a fait si peu cas, de l’humanité, justement !

Daniela essayait de le calmer, de lui dire que ce n’était pas avec ces mots qu’il allait arranger la situation…

         oui, oui, je sais, je sais, le passé est le passé… mais quand même, le gros Raymondo… il en faisait bien partie, de la police de Videla ! et j’aime mieux pas savoir….

Antoine connaissait tout ça. Il l’avait lu et entendu maintes fois. Il savait que les plaies étaient loin d’être refermées. Depuis qu’il avait appris que c’était avec des Ford Falcon sans plaque minéralogique que les agents du régime venaient commettre leurs forfaits, c’est-à-dire enlever de réels ou prétendus opposants politiques que par la suite on ne retrouverait jamais – les fameux disparus, ceux dont les mères et épouses ont manifesté pendant des années sur la place de Mai – il ne pouvait plus voir une de ces bagnoles sans y penser (et on en voyait encore beaucoup dans les villes, devenues de vieux clous poussifs alors qu’elles avaient été, à l’époque des faits, les plus sûrs auxiliaires de la mort). Antoine d’ailleurs ne pouvait pas s’empêcher de penser que les atroces évènements qu’avait connus l’Amérique du Sud, dans les années soixante-dix (liés à la dictature militaire en Argentine, au renversement d’Allende, à la pérennisation du régime de Stroessner au Paraguay ou bien à la succession de dictatures militaires en Bolivie) étaient encore tellement frais que les menaces n’étaient pas définitivement écartées. Il n’aimait pas beaucoup rencontrer, dans le moindre village, ces escadrons de policiers qui venaient le contrôler « mais toujours dans son intérêt bien sûr ».

Finalement, Gabriel et Daniela décidèrent de partir sur le champ à la capitale de la province pour essayer de contrecarrer les desseins des dirigeants locaux. Ils pensaient avoir là-bas plus d’appui que dans le petit village où ils étaient. Daniela conseilla à Antoine de partir sans attendre vers Humahuaca qui était en principe sa destination initiale. Elle lui demanda simplement d’emmener là-bas deux ou trois babioles du musée qu’elle était en train d’étudier des fois qu’on lui interdise l’accès au bâtiment. Il y avait bien sûr des tissus mais aussi une petite poupée qu’on avait découverte à côté de la momie du Nevado.

La route qui relie Cachi à Salta était incomparablement meilleure que celle qui lui avait permis de venir de Cafayate. Vue de haut, large et goudronnée, elle était comme une ceinture de soie grise négligemment détachée et abandonnée sur un tapis de montagnes aux formes arrondies. Il n’y avait presque personne sur la route, juste quelques camions. Il roulait assez vite, ayant compris depuis longtemps que les panneaux de limitation de vitesse au bord des routes ne s’adressaient en réalité à personne.

Libéré des virages et des dénivelés (à un endroit, la route passait quand même à plus de 4000 mètres), Antoine roula un long moment sur une route toute droite qui l’amena à El Carril, un bourg qui semblait vivre au rythme des vacances. Il s’assit pour manger une pizza. A la table d’à côté, une petite fille jouait avec un téléphone en plastique, elle avait un frère plus grand qu’elle, handicapé, que le père aidait avec affection sous le regard d’une mère détendue et souriante. L’image de ces liens affectifs requinqua Antoine qui était resté tout contrit après la scène dont il avait été témoin le matin. A l’entrée dans Salta, il fit un plein de gas-oil.

C’est juste à ce moment que deux policiers vinrent le contrôler. Antoine ne les avait pas vus venir. Il était en train de payer. Il vit qu’il se passait quelque chose au geste très prompt du pompiste au moment de lui rendre la monnaie, il n’attendait même pas le pourboire. Ils étaient deux. L’un avait des lunettes de soleil. Les deux avaient une casquette avec visière un peu carrée. Ils voulaient s’assurer qu’il avait bien sa carte verte, mais ils en profitèrent pour examiner son chargement. Et évidemment… ils tombèrent sur les pièces de musée. Antoine se demanda bien sûr si tout cela n’était pas planifié. Toujours est-il que les policiers avaient là deux prétextes pour l’ennuyer un peu… peut-être beaucoup… Ils lui firent comprendre que la situation était plutôt embarrassante pour lui… vol de patrimoine national. Cela pouvait lui coûter très cher. En tout cas, confiscation du véhicule et rendez-vous le lendemain matin 9 heures au commissariat du 11ème district….

Prospero Stepanek était commissaire. Il était, comme son nom l’indiquait, originaire d’un pays d’Europe de l’Est. Il n’était plus très jeune, et était de très grande taille. Ses yeux gris bleu avaient quelque chose qui faisait penser Antoine au croisement d’un crocodile et d’une dynamo, bref quelque chose d’à la fois sournois et électrique. Sa parole était hachée. C’était curieux comme espagnol… on aurait plutôt dit du moldo-valdaque… tout cela, bien sûr, Antoine se le disait pour essayer de se faire rire car il n’avait aucune idée du moldo-valdaque et n’était pas sûr du tout qu’un crocodile pût avoir un regard sournois… quel anthropomorphisme ! et Antoine n’avait vraiment pas envie de rire. Encore moins d’ailleurs quand le presque vieillard lui tendit le barême des peines encourues et que, pour trafic de biens culturels, il vit qu’il risquait l’emprisonnement. Il essaya d’expliquer mais ça n’arrangeait pas les choses…

         argh bon, disait le vieux renard mâtiné de serpent à sonnette (encore un truc pour se faire rire… ne surtout pas croire qu’on en a après les renards et les serpents à sonnette… se pensait en lui-même notre Antoine), vous pouvez me la décrire cette personne qui vous a remis ces objets ?

aïe, dur, c’était mettre Daniela dans le pétrin.

         Euh… c’est dans le cadre d’un échange tout ce qu’il y a de plus officiel entre les musées de Cachi et de Humahuaca.

Mais il n’avait rien pour accréditer cette thèse. Il commençait à faire TRES chaud. Antoine eut alors l’idée de dire qu’il était étudiant en archéologie, d’ailleurs il avait une lettre qui prouvait qu’il faisait un stage dans le cadre de ses études, et qu’il commençait à comprendre comment avaient été tissés les quipus, et qu’il avait découvert grâce au blog d’un ami que ces jeux de cordelettes existaient peut-être avant que les incas ne songent à en produire à leur tour. Le vieux Stepanek parut intéressé : tout ce qui concernait les pré-incas le passionnait, leur étude était son loisir préféré ! Ouf, se dit Antoine, pour une fois j’ai de la chance, il aurait été tellement plus vraisemblable que je tombe sur quelqu’un pour qui ce rôle était joué par le foot ou la bière locale voire les deux… Le commissaire lui dit qu’il avait en effet longtemps servi dans la région d’Uspallata, au bas de l’Aconcagua et que là, il avait lui-même fait de nombreuses découvertes archéologiques. Mais bon, c’est pas tout ça. Il va falloir m’expliquer ce que vous faisiez à la réunion du soi-disant comité anti-uranium hier soir à Cachi. Vous savez, nous n’aimons pas beaucoup que des étrangers se mêlent de nos histoires et aillent ensuite colporter sur notre compte des contre-vérités. Ces mines d’uranium dont vous avez entendu parler n’existent que dans les fantasmes de quelques excités qui veulent en tirer prétexte pour, soi-disant, « réveiller l’âme de résistance des indiens », mais il n’y a jamais eu de projet d’exploitation d’uranium dans cette région. Tenez-vous le pour dit. Il y a bien des mines un peu plus haut, vers San Antonio de las Cobres, mais ce sont des mines de cobalt. Allez, assez discuté, vous pouvez disposer… maintenant que tout cela est mis au point entre nous. Et n’oubliez pas en sortant de donner quelques pesos aux œuvres de la police… quant à la jeune femme qui vous a entraîné dans cette affaire, j’ai l’œil sur elle, autrement plus d’ailleurs que vous ne l’imaginez…

Antoine n’en croyait pas ses oreilles… tout ça pour ça ! Il fut heureux de sortir du commissariat et accepta avec soulagement de se délester de quelques billets de cent (qu’il était d’ailleurs si difficile de changer contre de plus petites coupures), mais bien entendu, il ne crut pas un traitre mot de ce que lui avait dit le commissaire. Et puis qu’est-ce que c’était, cette histoire de relation avec Daniela ?

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Feuilleton: huitième épisode

(Résumé des épisodes précédents: Antoine voyage en Amérique latine. Il est parti, suite aux recommandations faites par deux soeurs jumelles qui font des études en neurosciences et en anthropologie, à la recherche de solutions à des problèmes qui le troublent, qui concernant globalement le fonctionnement cérébral. Il vient de découvrir que les Incas avaient une forme d’écriture particulière au travers des quipus, sorte de tissages grâce auxquels ils pouvaient exprimer, outre des nombres, également des narrations. Il s’en est entretenu avec l’une des deux soeurs, qui se nomme Daniela – l’autre se prénommant Cécilia… -)

Antoine et Daniela descendirent la colline presque en courant. Il eut envie de s’asseoir avec elle un instant sur la place du marché pour boire quelque chose, un Coca par exemple. Il y avait là pas mal de touristes qui étaient parfois arrivés dans des quatre-quatre sophistiqués ou des « mobil-home » volumineux. Ces engins assuraient à leurs passagers et conducteurs une autonomie presque complète. Daniela semblait ne pas les voir. Elle fut d’accord pour s’asseoir et prendre un verre. Manifestement, la patronne du bistrot la connaissait. Elles parlèrent ensemble d’une réunion qui devait avoir lieu le soir même. Quand la patronne eut servi les deux verres, Daniela se tourna vers Antoine :

tu peux venir si tu veux, ce soir nous avons une réunion du comité contre l’exploitation de l’uranium,

ah bon ? tu t’occupes de ça, aussi ?

Daniela jouait avec un brin de laine que, pensait Antoine, elle devait avoir subtilisé au morceau de tissu qu’elle examinait sur la tombe de la momie l’instant d’avant. Elle le tripotait comme si elle essayait d’évaluer sa texture, la manière dont la laine avait été tissée, qui sait peut-être le genre d’animal dont le poil avait servi au tissage, lama, vigogne ou alpaca.

hum, oui, je dis : tu t’occupes de ça, aussi ?

quoi, l’uranium ? oui, bien sûr, c’est fondamental pour la vallée, il ne faut pas laisser faire ça. Nous avons la chance d’avoir un environnement tellement pur, tellement sain, on ne va quand même pas le laisser gâcher pour les intérêts d’une multinationale yankee…

et vous êtes nombreux ?

dans le comité lui-même nous ne sommes qu’une petite vingtaine, mais presque tous les habitants du village nous soutiennent. Tu verras, il y aura même Don Gabriel ! ajouta-t-elle en riant.

Antoine n’en finissait pas de se dire à quel point il avait eu de la chance de rencontrer cette fille, elle donnait du plaisir rien qu’à la contempler. Antoine flottait, là encore, mais d’une autre façon que la première fois où il s’était senti flotter, quand il avait quitté la pièce sombre de l’hôtel, transporté par la sœur jumelle Cécilia… Il flottait, comment dire… dans sa tête. On aurait dit que de la bouche de Daniela allaient sortir sans fin des histoires nouvelles. Ses phrases avaient l’air de s’envoler comme des serpentins multicolores. Antoine pouvait d’ailleurs les voir s’enrouler autour des branches du sycomore de la place. Ils continuèrent d’échanger de multiples considérations, sur Cachi, ses environs, les promenades qu’il y a à faire en empruntant le chemin de l’Inca, certes des promenades rendus un peu éprouvantes par le manque d’eau, mais qui permettaient d’atteindre des villages perdus et des ruines de constructions remontant à l’époque pré-inca, car finalement les incas n’avaient occupé cette région que pendant moins d’un siècle, ils n’avaient été qu’une force occupante. Antoine aurait voulu connaître le nom des peuples qui étaient les premiers habitants de la région, mais Daniela semblait ne pas être complètement sûre des premiers peuplements, mais elle lui parla des Diaguitas qui donnèrent tant de mal encore aux Espagnols au cours de leur conquête et notamment de l’un de leurs chefs, dénommé Kalchaki, qui leur tint tête farouchement, au point que les conquérants baptisèrent la lignée qu’il dirigeait de son nom. Elle lui dit aussi que les Incas avaient repris beaucoup d’attributs culturels aux peuples qu’ils avaient conquis, et que, déjà toutes ces lignées indiennes, les atacamas, les humahuacas, les jujuy etc. avaient développé d’étonnantes techniques de tissage.

Puis, ils se séparèrent, Daniela ayant des affaires à régler au musée. Antoine se promettait pendant ce temps d’aller consulter ses emails dans le seul et unique cybercafé du village, et peut-être de consulter quelques blogs. Il y alla donc, pour constater que le résident japonais était momentanément rentré en France pour les vacances, que les petits riens étaient de retour, que Coco et LN continuaient leur sonate à quatre mains et que l’énigme de mariebarrière n’était toujours pas résolue. Le nageur de Byzance avait donné la solution de la sienne.

Le soir il était parmi les premiers au lieu où devait se tenir la réunion du comité anti-uranium. La salle commença à se remplir. On voyait des visages burinés à l’indienne, yeux enfoncés comme protégés du soleil par des persiennes, des chapeaux de toutes les couleurs, des hommes ventrus et moustachus dont certains, à n’en pas douter, devaient appartenir à la police locale, deux femmes en chapeau qui étaient déjà installées, un tricot entre les doigts. Don Gabriel et Daniela arrivèrent ensemble et firent une entrée remarquée. Don Gabriel était un notable et Daniela passait pour être sa fille. Celui qui pouvait être un policier s’avança et les salua respectueusement. Les deux femmes marmonnèrent quelque chose d’incompréhensible entre leurs dents en soulevant à peine leurs yeux de leurs tricots. La réunion pouvait commencer. Un jeune homme, que d’ailleurs Antoine avait déjà rencontré au cybercafé, assez maigre, vouté, les cheveux noirs et raides, le regard enthousiaste fit d’abord un rappel général de la manière dont le problème se trouvait posé, en même temps que le bilan des actions déjà entreprises : blocage de routes, arraisonnement de camions de la compagnie exploiteuse, interventions dans les médias et notamment les télévisions locales. Une question fut posée concernant l’opportunité d’actions plus violentes. Aussitôt, le débat s’engagea et il apparut que tous les participants n’étaient pas forcément sur la même longueur d’onde. Ainsi certains, comme cet autre homme ventru et moustachu en costume bleu, que son voisin désigna à Antoine comme étant un envoyé du maire, n’étaient pas vraiment opposés à l’ouverture de cette mine qui, disaient-il, allait apporter du travail aux jeunes et un nouveau développement économique. Ce qu’ils voulaient, c’était s’assurer que toutes les précautions allaient bien être prises sur le plan de la sécurité, qu’on n’allait pas laisser ça à ciel ouvert par exemple. Les gens au faciès d’indien grognaient au fond de la salle. Alors Daniela prit la parole. Elle expliqua qu’il ne fallait pas se faire d’illusion sur le genre de « développement économique » apporté par la mine, que les bénéfices, si bénéfices il y avait, n’iraient certainement pas aux habitants de la vallée, et encore moins aux Indiens, ni même à ceux qui accepteraient d’aller travailler à l’exploitation, elle raconta que l’histoire de l’Amérique latine était déjà pleine de bien assez de tristes expériences en la matière et qu’il n’était pas besoin d’en rajouter. Elle rappela notamment l’exemple de la Bolivie toute proche, qui avait vu son sol pillé par les exploitants européens et nord-américains sans que les travailleurs boliviens n’en tirent quoique ce soit, que tout le platine extrait du sous-sol de la Bolivie avait enrichi de grandes familles qui avaient mis leur fortune en Suisse au lieu de l’investir au pays, pourtant disait-elle, la quantité de minerai avait été si grande que l’on disait à l’époque que l’on aurait pu construire avec elle une autoroute reliant Potosi à Madrid… Enfin, pour couronner le tout, car elle savait que la population indienne y serait sensible, elle réveilla la fibre inca en rappelant ce qui s’était passé quatre siècles et demi auparavant quand Atahualpa avait cru pouvoir amadouer les conquérants espagnols en ordonnant à ses généraux de dépouiller Cuzco de tout son or (les maisons de Cuzco étaient toutes recouvertes d’une fine pellicule d’or) afin de le remettre aux envahisseurs, qui s’empressèrent alors de tout fondre en lingots immédiatement expédiés en Europe, et pour quel résultat ? Au XXIème siècle, l’uranium avait remplacé l’or, avec en plus le fait que la radio-activité tue d’une manière qui n’est même plus métaphorique. Et comment les touristes, qui étaient devenus une partie fondamentale de l’économie locale, allaient-ils prendre la chose ? la salle était captivée et le discours fut ponctué d’applaudissements. Le gros homme en costume bleu s’épongeait le front. Antoine vit que Don Gabriel n’était pas aussi enthousiaste que les Indiens du fond de la salle, il grimaçait comme s’il pensait que ce discours allait leur attirer des ennuis, à elle et à lui… La réunion terminée, Antoine rentra au musée en leur compagnie. Manifestement Don Gabriel en voulait à Daniela de s’être emportée de cette façon : elle risquait de se mettre à dos les édiles locaux à un moment où il ne l’aurait pas fallu….

 

A SUIVRE

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(Depuis Dublin) Vous ne le saviez pas, eh bien je vous l’apprends !

Figurez-vous que le match qui se terminait et déversait dans la rue ses nuées de spectateurs, divisés en deux camps les verts et les bleus, l’autre jour, quand la navette (« l’Aircoach ») me conduisait de l’aéroport au centre ville, c’était…. un match de HURLING ! Il y a vingt quatre heures, je ne savais pas ce qu’était le hurling… Wikipédia m’a mis au courant et je vous le dis comme je l’ai lu :

Inventé il y a 4 000 ans, le hurling (camogie pour les femmes) est le sport le plus ancien en Irlande et le 3e sport le plus populaire dans ce pays, mais il est pourtant inconnu hors d’Irlande. C’est un jeu qui demande de la rapidité, une grande adresse technique et beaucoup de puissance physique. Ce sport compte 100 000 licenciés en Irlande. Cette sorte de hockey sur gazon est considérée comme le sport collectif le plus impressionnant par l’adresse et la puissance qu’il exige.

Et après vérification, mon intuition était juste : ce sont bien les verts qui ont gagné ! Ils représentaient la ville de Limerick (il me semblait bien aussi avoir lu quelque chose comme « limreach » sur le dos des maillots verts…) et ils ont battu les bleus qui représentaient la ville de Waterford. C’était la demi-finale du championnat national.

D’autre part, mea culpa, j’ai dit des bêtises et heureusement une certaine maeve était là pour les corriger : il ne s’agissait pas de « Cornell Street » mais, bien sûr, tout le monde aura rectifié, de « O’Connell Street » (il fallait en fait avoir vu le dernier film de Ken Loach). Maeve dit aussi que, contrairement à ce que j’ai osé dire, le gaélique est parlé en Irlande, mais dans les « gaeltach »… mais oui, bien sûr, où avais-je la tête… 🙂

 

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Feuilleton: septième épisode

[je ne laisse pas tomber mes lecteurs… mais à partir d’aujourd’hui, les épisodes ne seront plus quotidiens. Et puis merci à patxi pour les précisions qu’il a bien voulues m’apporter (voir son commentaire au sixième épisode, et voir son blog !)]

Antoine était logé dans une chambre minuscule qui avait toujours servi pour accueillir des anthropologues de passage, et en particulier le célèbre Johann Reinhardt à son retour d’une expédition fameuse au sommet d’un volcan de la région qui avait pour but de ramener des restes archéologiques incas. Il avait exhumé une momie, celle d’un enfant de huit ans qui avait été immolé, ou du moins on le présumait, sur un autel sacré installé près du sommet du Nevado de Cachi. La momie avait été un temps visible au musée puis elle avait été retirée, les conditions de conservation n’étant pas optimales, et avait été remise au directeur du très moderne musée de Salta qui, depuis, l’exposait dans de bonnes conditions, derrière une vitre épaisse maintenant une température constante et dans la pénombre, du moins ceci était la version officielle.

La chambre était spartiate mais bien suffisante pour dormir. Il y régnait un silence bienvenu, seulement déchiré au matin de loin en loin par des aboiements de chiens errants. Antoine se leva prestement et se rendit au bureau de Don Gabriel. Le bureau était fermé, mais sur la porte il y avait un mot punaisé qui lui était destiné : il était signé de Daniela. Elle lui donnait rendez-vous autour de onze heures au cimetière.

Celui-ci était en fait ce bâtiment imposant qu’on voyait de loin au sommet d’une colline, Antoine avait d’abord cru que c’était un hôtel de luxe. Il fallait pour l’atteindre gravir une pente assez raide qui commençait derrière un petit monument religieux. De là-haut, on dominait bien sûr la vallée, sa rivière entourée de végétation, le centre du village qui, de haut, ressemblait à une oasis, et plus loin, des rangées de peupliers marquant les limites de champs qu’on devinait assez prospères. En sortant de la ville pour accéder au chemin vers le cimetière, Antoine avait été étonné par le contenu d’une banderole étalée sur le mur du marché central, il était dit : « non à l’exploitation de l’uranium ». Il songea qu’ainsi ce paradis apparent recelait lui aussi ses angoisses. Là où les guides annonçaient un endroit idéal pour vivre vieux (« ici, les gens ne meurent que de vieillesse »), une inquiétude sérieuse perçait, qui risquait de se transformait en vraies peurs concernant l’avenir de la santé des habitants.

Il passa sous le porche du cimetière monumental mais le lieu lui sembla désert. Les tombes étaient souvent énormes, de vraies petites maisons, des chapelles entières, toutes portant des noms espagnols, les noms de familles de colons établies depuis longtemps en ces lieux. Certaines plaques mentionnaient des dates remontant au XVIIème siècle. Après quelques pas cependant, il aperçut au bout d’une allée, une jeune femme blonde accroupie devant une tombe minuscule : c’était bien Daniela. Il alla droit vers elle et ne put s’empêcher de la tutoyer.

il y a longtemps que tu euh… que vous m’attendez ?

hmmm, je vois, ma sœur est passée par là… elle vous a « sauvé » de quoi au juste ?

La question était étrange, et Antoine bredouilla quelques mots sur le fait qu’il s’était perdu dans l’hôtel, qu’il avait lancé un SOS par email etc. Daniela avait l’air très amusé.

ah c’est ça… vous savez, ma sœur ne résiste jamais à quelqu’un « qu’elle sauve »… et alors, c’était bien ?

En rougissant, Antoine dut admettre que ça avait été bien, en effet. Il se demandait toutefois ce que lui et la jeune femme faisaient là aux pieds de cette tombe…

qui est enterré là ?

il se rendit compte que, pour une fois, les inscriptions n’étaient pas en espagnol.

qu’est-ce que c’est comme langue ?

c’est du quechua, c’est une demande adressée au dieu des chrétiens pour qu’il accepte de prendre en charge le destin des dieux incas. Oui, je sais c’est très naïf. Ce sont en fait les habitants d’ici qui ont fait cette sépulture pour la momie du Nevado de Cachi.

Mais je croyais qu’elle était à Salta ?

Pas vraiment en réalité. A Salta, ils exposent des momies du Llulliallaco, celle de Cachi avait disparu. On sait maintenant où elle se trouve : sous cette pierre. Les habitants d’ici n’ont pas pu supporter l’idée que cette créature, pour qui ils ont conçu une très grande affection, soit transformée en objet de musée. Ils ont voulu lui donner une sépulture et comme ils sont très croyants et pratiquent une sorte de syncrétisme religieux qui inclut la religion chrétienne, ils ont écrit cette invocation dans la langue présumée de l’enfant.

A côté de la pierre, figurait un morceau de tissus aux couleurs délavées, encadré par des bouts de bois, le tout solidement fiché dans le sol.

et ça, qu’est-ce que ça veut dire ?

eh bien, justement, lui répondit Daniela…. Je voudrais bien le savoir et c’est justement pour cela que je suis ici, figurez-vous !

Ainsi revenait le thème des tissages incas, déjà évoqué la veille avec Don Gabriel. Antoine lui raconta son étonnement à propos de ce que lui avait appris l’anthropologue sur les tissages, les quipus etc. Daniela écoutait attentivement. Elle voulut corriger un peu les idées qu’Antoine pouvait se faire.

bon, tout cela est assez juste et intéressant, mais faites attention quand même de ne pas comprendre ce qu’il vous a dit seulement avec votre esprit d’européen du XXIème siècle… quand il vous a dit que le tissage était une manière d’écriture, cela ne voulait pas dire forcément qu’on devait se lancer dans une entreprise de déchiffrement à la Champollion. Il n’est pas évident que les Incas utilisaient un « code » avec des signes analogues aux lettres de notre alphabet. C’est peut-être une autre forme de communication qu’ils utilisaient. Je crois, moi, que chaque tissu présentait des motifs qui étaient « immédiatement » perçus et compris, et non pas « analytiquement » déchiffrés.

Ils pratiquaient la lecture globale en quelque sorte ?

Eh oui… vous savez certainement, parce que c’est un chercheur français qui travaille le plus là-dessus, que de plus en plus on pense que la lecture est un processus complexe qui emprunte deux voies cérébrales, la fameuse voie ventrale et la non moins fameuse voie dorsale. L’une sert au déchiffrement, l’autre permet de saisir instantanément le sens de séquences entières qui ont été mémorisées. Les différentes cultures peuvent très bien avoir exploité ces dispositions de notre cerveau de manières différentes. Après tout, la culture chinoise nous donne un bel exemple, avec les idéogrammes, d’une manière de communiquer à partir d’un support graphique très différente de la notre.

Antoine était de plus en plus passionné. Il constatait aussi au passage que, bien que jumelles, Daniela et Cécilia étaient bien différentes… Daniela gardait une certaine distance avec lui. Elle était beaucoup plus dans son univers cérébral que ne l’était Cécilia. En parlant avec elle, Antoine pouvait presque oublier son charme, les expressions émouvantes de son visage (tour à tour gai et réfléchi, faisant parfois saillir deux petites rides verticales entre les yeux, et d’autre fois éclatant en un rire tout aussi flûté et mélodieux que celui de sa sœur). Bref, il pouvait parler avec elle sans que « ça » le titille… Ce rapprochement avec le système chinois, oui, tiens, c’était une bonne idée… Ils redescendaient la colline et la jeune femme courait en serrant contre elle le schéma qu’elle avait recopié à partir du tissage présumé inca. Elle ressemblait à une libellule.

alors c’est ça qu’il voulait dire, Don Gabriel, quand il parlait de nos capacités cognitives ?

oui, très probablement. On sait aussi que les circuits de neurones qui ne sont pas utilisés pour une raison quelconque aux tâches qu’on leur attribue parfois comme allant de soi (comme la lecture, l’écriture etc.) peuvent être utilisées à autre chose, conférant aux individus qui en sont dotés des performances étonnantes dans des domaines insoupçonnés…

comme ?

eh bien, je sais pas, moi, comme l’orientation dans la nature, ou bien la navigation, toutes activités que nous autres individus « civilisés » du XXIème siècle ne pouvons pratiquer que grâce à des prothèses (boussoles, cartes, maintenant GPS)

et tout cela a un rapport avec les blogs, Internet, « les prédictions de Humahuaca » ?

alors là, mon cher… il va falloir patienter !

 

A SUIVRE

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Intermède dublinois

Je suis à Dublin pour une semaine afin d’assister à ESSLLI 2007 (« European Summer School of Logic, Language, Information »). Inutile de dire que la rédaction de ma nouvelle va en pâtir : j’ai du mal à faire deux choses en même temps, écrire et travailler. [ah bon, écrire c’est pas du travail ? je vous vois tout de suite objecter… eh bien, non, pas tout à fait, je ne suis pas salarié pour ça d’abord, et puis l’écriture c’est une envie, une habitude, une maladie, un loisir, un épanchement, un exutoire… bref tout sauf un travail (pour moi)].

L’Irlande est un drôle de pays où tous les panneaux sont rédigés en deux langues dont une que personne ne parle.
J’arrive un dimanche. D’abord je manque de me retrouver à Belfast (c’est la même ligne de cars qui dessert les deux villes).
Les nuages au-dessus de la ville sont lourds à souhait. Dans ces pays plats, le ciel mange tout l’espace.
Au fur et à mesure que le car avance, les rues se remplissent de monde. Il y a des gens qui ont des tee-shirts bleus et blancs, qui portent des banderoles à damiers bleus et blancs, et puis des gens qui ont des tee-shirts verts et qui portent des banderoles à damiers verts et blancs. Je comprends qu’ils sortent d’un match. Les verts sourient davantage que les bleus. J’en déduis que les verts ont gagné. C’est d’autant plus vraisemblable qu’une dame en vert salue une autre dame en vert avec le poing levé. Elle a l’air de dire « on a gagné ». Plus loin un couple s’enlace à côté d’un taxi garé en double file, presqu’au milieu de la rue. Ils ont l’air de se faire des adieux déchirants. La police (gilets jaunes fluo) est obligée d’intervenir pour les faire circuler.
Plus loin encore deux hommes d’un certain âge se tombent dans les bras et s’embrassent avec ferveur (non, pas sur la bouche quand même, comme vous y allez…). Je remarque qu’ils ont l’insigne des verts.
La foule devient toujours plus compacte. On arrive à Cornell Street. Le trop-plein des pubs se déverse sur les trottoirs. Des morceaux de sandwich lancés avec furie atterrissent sur les gens qui traversent à une intersection. Ils sont obligés de s’arrêter et d’y regarder à deux fois avant d’aller plus loin s’ils veulent les éviter. Le type qui les lance devait être furieux d’avoir perdu.
Je descends à Trinity College. Moment de grâce : j’entends le cri des mouettes. Il y a si longtemps que je ne suis pas allé dans une ville, une région où on entend le cri des mouettes et des goélands…
J’étais déjà venu à Dublin pour raisons professionnelles, c’était il y a cinq ans. C. cette fois-là m’avait accompagné. Aujourd’hui, elle me manque.
Je reçois à mon inscription un paquet de documents sur les cours que je vais suivre. Je ne pourrai jamais lire tout ça. Cela me fait penser à cette citation d’Umberto Eco que j’ai lue l’autre jour je crois sur le blog de Tokyo (tiens, au fait, tokyo est en vacances à Paris, mais ses billets sont toujours aussi passionnants). Le sémiologue italien disait que s’il vivait au milieu de milliers de livres, ce n’était pas pour prouver sa culture à ses visiteurs mais pour avoir sous les yeux sans arrêt l’étendue de sa propre inculture. C’est la même chose quand on va à des colloques ou des écoles d’été. Ce n’est que mesurer l’ampleur de son ignorance. Découragement.

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Feuilleton: sixième épisode

(Résumé des épisodes précédents: Antoine, un voyageur, à la fois dans le monde et dans la blogosphère, cherche à éclaircir des énigmes qu’il a entr’aperçues en parcourant le Net. Inexpliquablement perdu dans les couloirs d’un grand hôtel et retrouvé par la soeur jumelle de la réceptionniste, aussi charmantes l’une que l’autre, il se fait conseiller par celle-ci de se rendre dans un village des Andes, où il pourra rencontrer le directeur du musée ethnographique)

Cachi n’était pas à côté, ni très facile d’accès : il fallait le gagner, ce village des Andes. Jusqu’à Cafayate, en venant de San Miguel de Tucuman, ça allait encore, par la route 68, large, bien goudronnée, pas trop encombrée, encore que vers Tucuman il avait eu à subir les longs convois de camions antédiluviens transportant des cargaisons énormes de canne à sucre qui faisaient ployer les essieux. Il lui fallait alors doubler ces mastodontes d’un autre temps, en prenant quelques risques car d’autres camions et d’autres voitures arrivaient en face, sur une route qui n’avait que deux voies. Ces camions tournaient brusquement souvent sans avertir sur des chemins qui les conduisaient vers des usines qu’on voyait au loin cracher une fumée épaisse. Ainsi se faisait du sucre. Des travailleurs à l’allure miséreuse avançaient aux côtés des tracteurs et des wagons où l’on déchargeait le végétal, qui avait été probablement précieux autrefois mais qui ne rapportait plus grand-chose aujourd’hui. San Miguel de Tucuman était une ville triste, où les vestiges d’une grandeur passée sombraient dans la poussière et la saleté. Des boutiques qui avaient été des magasins de prestige, des ex-boites de nuit aussi, n’avaient plus que leurs vitres cassées et leurs portes béantes donnant sur la rue pour exhaler une odeur qui était loin des parfums des danseuses et des prostituées d’autrefois. Antoine s’était dépêché d’oublier Tucuman, et heureusement Cafayate, avec sa place carrée au centre du village, entourée de maisons à un étage aux façades colorées, l’avait réconcilié avec la vie. Après Cafayate toutefois la route se transformait en piste et les ondulations du sol transmettaient des vibrations inquiétantes… Antoine n’aurait pas aimé crever un pneu en plein désert, même s’il avait une roue de secours : l’idée de devoir s’arrêter et d’extraire la roue de son moyeu au risque de ne pas pouvoir y arriver à cause d’un boulon grippé l’ennuyait un peu. Il s’engouffrait dans une « quebrada » de plus en plus sauvage en essayant dans la mesure du possible d’éviter les cailloux qui pouvaient s’avérer les plus dangereux pour les pneumatiques. A mi-chemin entre Cafayate et Cachi il découvrit un paysage qu’il avait déjà vu en photo dans maint guide illustré : la petite église d’El Carmen, juchée sur un promontoire entre une ferme et un étang, avec au loin la falaise rouge longeant une rivière à sec. Il s’arrêta pour respirer, il ne resta pas trop longtemps néanmoins à visiter l’église, à cause des paroissiens en train de préparer une fête votive et qui confectionnaient des colliers, des amulettes et autres colifichets qu’on porte en procession, ce qui l’agaçait profondément, n’ayant guère la fibre religieuse. Enfin il traversa une zone plate, hérissée de cactus, par une route toute droite dont on devait lui dire par la suite qu’elle héritait son tracé du chemin de l’Inca. Puis il entra à nouveau dans la montagne, croisant des bus qui soulevaient d’énormes nuages d’une poussière fine, lesquels retombait après leur passage comme de la poudre colorant les buissons d’épineux. Cachi n’était pas loin, mais comme la communauté urbaine (si on pouvait parler ainsi) était plutôt étendue, il crut être arrivé au centre de la ville alors qu’il n’était que dans un faubourg plutôt pauvre où s’alignaient le long des rues parallèles des rangées de maisons sans étage, toutes surmontées d’une citerne protégée par trois pans de mur. Il n’y avait pas d’hôtel en vue, les enfants le regardaient passer comme on regarde un égaré. Enfin il comprit que le « centre ville » était plus bas. Et là en effet il découvrit une jolie petite ville avec la façade blanche d’une église qui faisait face à un magnifique bâtiment dans le style colonial, avec des arcades et une entrée entourée de colonnades : le musée d’ethnographie.

Il demanda immédiatement à voir Don Gabriel.

Celui-ci était un petit homme replet, chauve, avec des yeux très vifs, assis au fond d’un fauteuil beaucoup trop grand pour lui. Sur le sous-main de son bureau, les cigares qu’il fumait abondamment avaient laissé des traces jaunes, le cendrier était d’ailleurs encore fumant. Quand Antoine se présenta, Don Gabriel prit un air amusé, en même temps que de ses doigts boudinés un nouveau petit cigare… il avait l’air de penser « tiens, encore un » se dit Antoine.

alors comme ça, on s’intéresse aux Incas ?

ce n’était pas vraiment ce qu’Antoine avait en tête. Il ne pensait évidemment pas que les raisons pour lesquelles Cécilia l’avait envoyé auprès de cet homme puissent avoir affaire avec le monde Inca… Encore que… sait-on jamais ? En tout cas, il ne connaissait pas grand-chose de cette civilisation.

oui, enfin, pas seulement, je m’intéresse aussi beaucoup aux recherches menées par les deux sœurs jumelles Daniela et Cécilia, mais s’il devait y avoir un rapport entre les deux, je serais avide d’en prendre connaissance…

oui, enfin, n’allons pas trop vite… vous savez, il ne faut pas négliger le monde culturel inca, il a encore beaucoup de choses à nous apprendre. Nous en savons très peu. On vous a probablement dit qu’ils étaient un peuple sans écriture, et très souvent les gens regardent avec condescendance ce qui leur apparaît comme une carence, le manque d’écriture. Or, il ne faut pas oublier que ces gens sans écriture, ces « barbares » donc comme vous devez vous imaginer qu’ils étaient, avaient créé un état très étendu, qui allait de l’Equateur d’aujourd’hui au sud de Santiago et que cet état était soumis à une rigueur administrative implacable. Les informations circulaient en quelques jours de Cuzco à notre région. Vous allez me dire : mais comment parler de faire circuler des informations s’il n’y a pas d’écriture ? eh bien c’est là mon cher ami, où vous allez être surpris. En réalité, les Incas avaient un succédané d’écriture, ce qui est probablement équivalent à une écriture (en tout cas du point de vue de nos capacités cognitives) : les Incas TISSAIENT. Oui, vous avez bien compris : ils tissaient leurs messages, d’où le nombre incalculable de tapis que l’on retrouve encore dans les tombes. Les conquérants et les premiers archéologues ont cru qu’ils obéissaient dans leurs motifs à de simples considérations esthétiques. Et en vérité, c’est très joli en effet. Les tissus incas inspirent nos artisans et les touristes s’arrêtent au bord des routes, comme vous le pourrez voir en particulier à Pumamarca si vous y allez demain, pour les acheter. Mais nous avons tout lieu de penser que ces tissages n’étaient pas seulement des motifs géométriques pour faire joli : ils encodaient des messages. Ces messages sont l’objet de recherches depuis de nombreuses années. Un professeur de l’Université de Harvard en a presque fait sa chasse gardée, mais nous veillons : nous avons, nous aussi, notre base de données. Les tissages qu’il étudie sont les plus simples : on les appelle des quipus, ce sont seulement des jeux de cordelettes contenant des séries de nœuds. Evidemment, il n’est pas très sorcier de deviner leur signification : sur chaque cordelette, vous avez plusieurs séries de nœuds, toujours aux mêmes hauteurs respectives. En somme une série de nœuds pour les unités, une pour les dizaines et une pour les centaines, ce sont des sortes de bouliers. Ceci dit, qui nous prouve que les Incas comptaient en base décimale ? On sait bien que d’autres peuples de la même époque, les Mayas par exemple, avaient développé un système assez complexe, en base vingt, et comme les calculs devaient surtout chez eux servir à prévoir les phénomènes astronomiques et qu’ils évaluaient à 360 le nombre de jours de l’année, ils avaient introduit une entorse concernant la deuxième puissance. Le « chiffre » en deuxième position signifiait un nombre de fois 20 fois 18 (et non pas 20 fois 20). Alors vous voyez, on est loin du système en base dix. Mais bon, je parle, je parle et vous êtes fatigué. Peut-être devrions-nous continuer cette conversation demain, surtout que demain vous allez pouvoir revoir votre amie Daniela, qui vient me rendre visite ! je vais vous montrer votre chambre.

Antoine avait écouté ce discours prononcé sur un ton professoral sans broncher. Tout cela, certes, était passionnant. Cette histoire de société sans écriture qui en avait quand même une ne le laissait pas indifférent. Que voulait dire Don Gabriel quand il disait que c’était la même chose (par exemple l’écriture et les quipus) du point de vue de nos capacités cognitives ?

A SUIVRE

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blogs du matin

ce matin je consulte la liste des trente derniers blogs mis à jour, et je tombe sur celui-ci , d’abord très émouvant ensuite très informatif sur les conditions qui prévalent en ce moment en Chine. Un éclairage autorisé à propos du billet que j’ai publié il y a deux jours sur « les bouddhas vivants auront désormais besoin d’une autorisation pour se réincarner », à lire.

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