Vie à Otway-City

 

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Mardi 10h, Julien Zéphyrin et Paulette Ripaton sortent de leur maison souterraine pour se rendre à la plage afin d’y glaner quelque anchois nouveau pour leur rejeton resté au chaud. Ils sont, tout comme leurs nombreux amis et voisins, manchots de Magellan, et sont venus s’installer en octobre dernier. Ils resteront jusqu’en mars, date à laquelle un voyage de groupe les emmènera passer l’hiver près des côtes brésiliennes.

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Julien et Paulette se sont connus l’an dernier : Julien avait offert un magnifique galet à Paulette, et celle-ci, pour le remercier, lui a immédiatement offert son cloaque.

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Ils ont eu presque tout de suite deux œufs, dont l’un s’est perdu, mais l’autre a été incubé avec succès. Pour cela, ils s’y sont mis tous les deux, se relayant pendant une trentaine de jours et faisant en sorte que l’œuf ne tombe jamais sur la glace, ce qui l’aurait fracturé. Ils sont maintenant heureux parents et passent beaucoup de temps dans l’éducation de leur rejeton, notamment pour l’aider à parfaire son plumage, enduit de graisse, comme il se doit. Ils lui apprennent aussi à nager, ou plutôt diraient certains, à voler dans l’eau.

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Julien et Paulette se sont juré fidélité. Comme leurs concitoyens, ils pratiquent en effet monogamie et fidélité absolue. Leur maison est confortable : ils l’ont refaite cet hiver, elle peut largement contenir deux adultes. Ils n’ont pas encore l’eau courante mais estiment ne pas en avoir besoin.

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Au printemps prochain, ils reviendront au même endroit et reprendront leur logement, ici, au bout de la Péninsule de Brunswick, au lieu-dit Otway. Le seul drame qui pourrait leur advenir (hormis les prédateurs qui rôdent parfois dans les parages) serait qu’une marée noire ou un réchauffement excessif de la planète ne les fassent se tromper dans leur calcul et dériver vers des lieux inhospitaliers. Mais si tout va bien, ils peuvent vivre jusqu’à vingt-cinq ans.

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Doutes

Un article, hier, dans un journal de droite (Le Figaro, pour ne pas le nommer) dit qu’un quart des enseignants-chercheurs ne sont membres d’aucun laboratoire ou équipe de recherche… Il dit aussi que cela touche principalement certaines disciplines : droit, sciences économiques, et que dans ces disciplines….les collègues préfèrent utiliser leur mi-temps en principe consacré à la recherche à des activités plus juteuses (cabinet d’avocat, rôle de consultant etc.). J’ajouterai aussi que cela se voit également chez les psychologues, qui peuvent avoir un cabinet en ville. L’information du Figaro n’est donc pas fausse…

Mon ami Pierre me signale cela et me dit : tu as vu ? Ils règlent leurs comptes.

De fait, je n’avais pas compris jusque là pourquoi l’on disait sans arrêt à la radio que les enseignants-chercheurs étaient mobilisés de gauche comme de droite… ni comment il se faisait qu’autant de juristes, pour une fois, étaient dans le coup.

Je lis ce matin dans mon hebdomadaire décidément préféré, Siné-Hebdo :

Après évaluation, les enseignants-chercheurs obtiennent désormais une note qui décide du nombre de cours qu’ils donneront. Les premiers de la classe seront ainsi quasiment dispensés d’enseignement ; les autres devront assurer, au détriment de la recherche, plus d’heures de cours. Au détriment de la recherche mais aussi, pour certains, de leur porte-monnaie. Ces nouvelles heures de cours les empêcheront de se consacrer aux affaires bien plus juteuses qu’ils mènent en dehors de la fac, tels ces juristes qui ont par ailleurs des cabinets d’avocats.

Elle y va fort, Mélissa Gruenzig… mais n’a peut-être pas tort.

Je veux bien faire grève contre un mouvement de démantèlement et de privatisation de l’enseignement supérieur et de la recherche… mais pour défendre ces gens-là… non. (A part ça, à titre indicatif, je me souviens que dans l’université de province où je fus, certain enseignant allait jusqu’à se faire facturer jusqu’à 1024 heures supplémentaires par an – savoir qu’un service d’enseignant-chercheur est de 192 heures annuelles)

Bon, je vais continuer sous peu la publication de mon carnet de Patagonie….

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Pour la grève

Il y a belle lurette que je ne me suis pas mis en grève… Dans mon métier d’enseignant-chercheur, la grève a des chances d’apparaître comme inutile (de toutes façons, on travaille), et nuisible aux intérêts des étudiants. Une grève d’une journée, comme il y en eut beaucoup de proposées dans des mots d’ordre du passé, apparaît comme de peu d’intérêt : tout dépend des jours où l’on enseigne. Qui plus est, l’administration rectorale est souvent incapable de ou réticente à répertorier les grévistes (les pourcentages annoncés par le gouvernement sont alors totalement fantaisistes)…

Il est pourtant des cas où l’on ne peut faire autrement que se déclarer en grève, haut et fort. La réforme Pécresse est un de ces cas, aggravé par le scandale du discours du 22 janvier, prononcé par le Timonier national, portant démolition du CNRS et insultes à ses personnels.

Je vois bien sûr (malgré la distance) la manière dont la question est traitée par beaucoup de médias (télévisions ou journaux) : les enseignants-chercheurs seraient mécontents de « l’accroissement des charges d’enseignement qu’ils subiront ». Vue de cette façon, la question se ramène à une vulgaire mobilisation corporatiste, et on entend déjà les réactions « dans l’opinion » (« ils ne veulent rien faire »). Or, la question est beaucoup plus fondamentale.

Le 5 janvier, des universitaires (dont les juristes Olivier Beaud et Guy Carcassonne, le sociologue Bernard Lahire, la philosophe Sandra Laugier etc.) avaient déjà alerté l’opinion dans une tribune du « Monde » où ils dénonçaient « la normalisation par le bas ». La réforme proposée ne fait rien moins que supprimer le statut d’indépendance de l’universitaire, qui lui est acquis depuis des siècles (depuis le Moyen-Âge ?), et au terme duquel il est libre de développer son enseignement et sa recherche comme bon lui semble. On ne dira jamais assez combien cette indépendance est la garantie de la qualité de l’enseignement et de la recherche. Cette indépendance provenait du fait que l’universitaire n’avait jamais été jusqu’ici sous la coupe d’une autorité locale ou privée commandant sa carrière, son service ou ses rémunérations. Or, voici que cela nous arrive : les enseignants-chercheurs seront désormais sous la coupe directe de leur Président d’Université, sorte de nouveau hiérarque doté de pouvoirs exorbitants par la nouvelle loi. On nous dit qu’ils seront toujours évalués par le CNU (ce qui était déjà le cas, pour toute promotion éventuelle, contrairement aux insinuations fielleuses du Renard de l’Elysée), mais les recommandations de celui-ci n’auront hélas aucune autorité sur ledit Président. On nous dit aussi que celui-ci « sera raisonnable » (qu’après tout, il est « élu » par la communauté universitaire etc.). Or je connais, moi qui ai officié dans certaine université de province, des présidents qui n’ont strictement rien à faire des impératifs de la recherche, par exemple, et qui se passeraient volontiers d’enseignants « bons chercheurs » pour les échanger contre des employés à leur botte, prêts à négocier des contrats juteux (dans les sciences économiques), à consacrer tout leur temps à des actions non moins juteuses de formation permanente (auprès des entreprises) ou à passer tout leur temps dans des salons de recrutement. Bref, le président de l’université dira qui, selon lui, mérite de faire moins d’heures ou bien celui qui devra en faire plus, en fonction d’une évaluation toute personnelle, souvent basée sur des intérêts économiques et financiers.

La situation est d’autant plus brutale qu’elle s’accompagne d’une suppression massive de postes (900), dont, selon le ministère, les effets devraient être contrebalancés par la fameuse modulation des services. C’est évidemment dire que, contrairement aux déclarations de la ministre, cette modulation ne servira jamais à améliorer les conditions de travail des enseignants-chercheurs les plus brillants, mais s’exercera au contraire presque toujours dans le même sens, c’est-à-dire celui d’un accroissement du nombre d’heures d’enseignement (qui au mieux, restera stable pour certains jeunes chercheurs reconnus comme talentueux).

Albert Fert (Prix Nobel de physique 2007, autrement appelé « l’arbre qui cache la forêt ») vient de signer une nouvelle tribune, conjointement avec un mathématicien, un juriste et un chimiste, pour dénoncer ces mesures. Ils commencent leur texte par ces mots :

Depuis des mois, le gouvernement proclame sa volonté de réformer le système de l’enseignement supérieur et de la recherche pour le hisser au meilleur niveau mondial.
De nombreux représentants de la communauté scientifique, parmi lesquels des signataires de ce texte, ont manifesté un grand intérêt pour ce projet et ont proposé de nombreuses pistes de réflexion. Le ministère les a pieusement écoutés pour ensuite ne tenir aucun compte de leurs suggestions et remarques. Et les orientations finalement retenues, souvent en contradiction avec le but affiché, sont extrêmement préoccupantes.

Fait révélateur, et qui doit nous éclairer sur ce qui attend les enseignants-chercheurs autant que d’autres catégories de fonctionnaires dans les prochaines années (si Badinguet n’est pas descendu de son piédestal avant) : les présidents des vingt universités qui ont accepté d’entrer à fond dans la nouvelle loi (celles « bénéficiant des responsabilités et compétences élargies ») viennent de recevoir une circulaire du ministère qui leur dit :

En application de la loi n°2007-1199 du 10 aôut 2007, relative aux libertés et responsabilités des universités, votre établissement a été retenu pour faire partie des vingt universités qui accèderont, à compter du 1erjanvier 2009, aux responsabilités et compétences élargies notamment en matière de gestion financière et de ressources humaines. Il résulte de ce changement que les personnels de votre établissement ne seront plus directement rémunérés sur le budget de l’Etat et ne pourront donc plus bénéficier des prestations d’action sociale interministérielles et ministérielles qui leur sont servies actuellement sur ce budget.

Ainsi, alors que le slogan des étudiants en grève l’an dernier, dénonçant « la privatisation des Universités » a pu nous paraître exagéré (en tout cas pour certains dont j’avoue avoir fait partie), il ne l’était pas : c’est bien vers un démantèlement et une privatisation totale de la recherche et de l’enseignement supérieur que nous allons, au nom des principes d’une idéologie libérale… dont les fondements sont sans arrêt sapés par la crise actuelle !

Alors …………………. vive la grève !!!

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Réminiscences de la Commune en « Ultima Esperanza »

Puerto Natales, petit port de pêche chilien au bord du Pacifique, maisons de bois et de tôles peintes en rouge, bleu, vert, violet sous les ciels nuageux changeants et les vents hurlants.

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Ce port du bout du monde a une riche histoire de luttes et de révoltes. Je l’ai apprise en essayant de lire (malgré mon peu d’espagnol) un livre que j’ai trouvé sur le comptoir d’un restaurant de cette petite ville. « Los Pioneros ». Juste sur le quai, à gauche de la grande masure jaune dont le toit est parti sûrement par un jour de grand vent. Je guignais vers ce livre exposé, enfermé sous sa cellophane, « Historia del Movimiento Obrero en Ultima Esperanza (1911 – 1973) ». Il s’est avéré que l’auteur, Pedro Cid Santos, professeur d’histoire à l’université de Punta Arenas, était le fils de la patronne. La mère était fière de me vendre l’ouvrage du fils, et le vieil employé du restau, sourcils blancs en bataille et pommettes burinées de qui vit à longueur d’année dans les bourrasques, content de me dire qu’en tant qu’acheteur de ce livre, je succédais à une célébrité qui n’était autre que Lula.

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enfants de Puerto Natales

Tout démarra des entrepôts frigorifiques (les « Frigorificos Bories ») où venaient s’embaucher des errants venus de tous les coins du monde, Polonais, Russes, Italiens ou Français, ouvriers parfois anarchistes à la dérive qui venaient trouver refuge en des lieux où ils se pensaient à l’abri des polices.  La Commune (celle de Paris) eut une forte influence :

« Los trabajadores de Puerto Natales, en 1919, sin ser dirigidos por partidos politicos, lograron controlar el poder mediante une organizacion libertaria, hecho inédito hasta entonces y que solo fue alcanzado por Cuba en la década del 60 : hasta entonces, conquisas unicamente comparables al capitulo de los comuneros de Paris »

Ce livre est le récit d’une suite continuelle de luttes qui conduisirent à la constitution d’une  « Fédération Ouvrière Magellane », demeurée fidèle à l’esprit anarcho-syndicaliste et revendiquant liberté et autonomie au moins jusqu’aux années soixante-dix, sous le gouvernement Alessandri, où le mouvement syndical fut « officialisé ». Bien avant d’autres endroits du monde et le reste de l’Amérique du Sud en particulier, ces confins du monde auxquels le Chili a donné le nom charmant mais inquiétant de « Ultima Espéranza » – la Dernière Chance ! – ont connu, dès 1933, et grâce à ces luttes, la journée de travail de huit heures, l’enseignement obligatoire et des services de santé accessibles. Durant la courte période Allende, ces terres furent celles où se développa le plus le mouvement coopératif sur le sol des vieilles estancias, aujourd’hui retournées à leurs propriétaires latifundiaires.

En ces temps difficiles en France, où l’affrontement de classe se dessine avec chaque jour un peu plus de précision, il est réconfortant de trouver à l’autre bout du monde des réminiscences d’un passé révolutionnaire qui fait encore chaud au cœur.

C’est peu ?

Eh bien, nous nous contenterons de peu…(« l’on pleure et l’on rit comme on peut / dans cet univers de tisanes »).

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pêcheurs débarquant les « centollas »
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maisons de pêcheurs

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Feuilleton des altitudes

 

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Et ce doigt pointé vers le ciel, dont la phalange est gelée, cette extraordinaire pointe de granit, à une quinzaine de kilomètres du Fitz Roy, sur la même chaîne, ne valait–il pas que l’on se déplaçât lui aussi ? Il s’agit du Cerro Torre, l’une des montagnes au monde les plus difficiles à gravir. Sa conquête à elle seule vaut un roman du monde de l’alpinisme, saga où se mêlent l’espoir, la tragédie et la suspicion. D’abord une rivalité : deux cordées italiennes en même temps, en 1957, chacune selon sa face (est ou ouest), l’une menée par le célèbre Bonatti, l’autre par un certain Detassis. Les deux échouent à cause du mauvais temps. Deux ans plus tard revient un des membres de la première cordée, Cesare Maestri, dit « l’Araignée des Dolomites ». Il est accompagné de Cesarino Fava et Toni Egger. Il n’a peur de rien et joue les bravaches (à ceux qui, deux ans auparavant, avaient baptisé un endroit le « col de l’Espoir », il répond en se moquant : « l’espoir est l’outil des faibles »). Au bout de trois jours d’escalade, ils passent la dernière nuit en bivouac à deux cents mètres du sommet. Mais la tempête s’annonce, il faut foncer. Ouf, ils touchent le sommet. Mais dans la descente le drame : une avalanche de glace énorme emporte Toni Egger. Au retour la suspicion : aucune preuve n’existe de leur exploit. Amer, Maestri remet ça en 1970. Mais comme un amoureux éconduit qui divague, il décide d’employer la manière forte. Oui, il forcera la belle (ou le beau, serait-il plus juste de dire…), au moyen de 180 kgs de matériel (un compresseur pour planter des clous dans le roc) : c’est le tollé dans le monde de l’alpinisme. Il réussit au deuxième essai. Mais encore le doute : ce glaçon au bout du doigt, fait-il partie du sommet ou n’en fait-il pas partie ? s’il en fait partie, Maestri n’est pas allé au bout de son exploit car il ne l’a pas gravi (et on le comprend ! la glace peut s’effondrer à n’importe quel moment).
On me dit que de nos jours, il y a toujours au moins un fou des altitudes qui chaque année escalade ce doigt redoutable, dont l’aspect, au loin, varie selon le temps qu’il fait (si variable en ces contrées…).

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Nouvelles du Sarkoland

On a beau être à 15 000 kms, on s’informe de l’état du beau pays de Nicolas et Carla.

Figurez-vous qu’il y a quelques jours (le 22 janvier je crois), notre génie national a fait un discours sur la recherche et l’innovation, au cours duquel il a annoncé ses intentions en matière de réforme des institutions scientifiques. En un mot : supprimons le CNRS. Ce monstre d’où vient tout le mal, ce nid de fainéants qui ne songent qu’à garder leur situation de privilégié (un bureau avec de l’électricité, et… « chauffé » dit-il en savourant !). Peut-être y a-t-il des choses à réformer au CNRS… je me suis plaint souvent de ses lenteurs et de ses erreurs administratives, mais de là à crier « haro »… Le plus étonnant est que notre grand chercheur national (qui veut supprimer par ailleurs la branche dont il est issu, à savoir le bac ES, de son temps bac « B ») se trouve un peu dépourvu quand il doit prouver la faillite de l’organisme scientifique. La recherche scientifique française s’est enorgueillie en effet ces derniers temps de nombreuses distinctions prestigieuses : Prix Nobel (physique, médecine), Médailles Field (pour les maths), Médaille Turing (pour l’informatique théorique). Tous les heureux bénéficiaires étaient du CNRS (ou d’organismes liés par accord au CNRS). Ennuyeux pour qui veut casser la machine… Cela ne décontenance pas notre troubadour élyséen : tous ces gens, fi !, c’est L’ARBRE QUI CACHE LA FORET ! oui, vous avez bien lu, ou bien entendu (si vous avez suivi la bande vidéo). Il faut vraiment être d’une ignorance crasse pour ne pas savoir que de telles distinctions honorifiques sont toujours en réalité le produit d’un travail d’équipe, long et exténuant. Si l’on ne voit que la tête (que une tête, devrais-je dire, car en plus, il y en a toujours plusieurs) de l’iceberg, c’est parce que les règlements des prix sont tels qu’ils ne vont qu’à des individus et qu’on ne saurait sans doute multiplier à l’infini les bénéficiaires.

Réussir aujourd’hui à démontrer un théorème mathématique important est tellement difficile qu’il faut, outre plusieurs années (des décennies) de travail solitaire, toute une communauté autour de soi pour exposer les premiers résultats, tenir compte des critiques, faire parfois des bouts de démonstration à plusieurs (quand ce n’est pas maintenant utiliser le travail d’équipes d’informaticiens pour s’aider, comme dans le cas de la démonstration du fameux théorème des Quatre Couleurs – j’imagine notre timonier national : vous voyez, c’est bien ce que je dis, ils sont tellement flemmards qu’ils font travailler les ordinateurs à leur place ! -).

A côté de ces disciplines « prestigieuses » récompensées par les Nobel, Field, Turing… figurent toutes les disciplines où un tel prix n’existe pas, mais où les succès obtenus par la recherche française sont également considérables (sciences de la terre, sciences de la vie, du langage, neuro-psychologie cognitive etc.), la conclusion sarkozienne ne peut alors être qu’une : elles n’existent tout simplement… pas ! Sans mentionner évidemment les sciences humaines : histoire, sociologie, anthropologie, où, là encore, des auteurs du CNRS ont une audience internationale.

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(photo CNRS)

Michele, qui lit ce blog, m’envoie fort opportunément l’annonce d’une nouvelle découverte incroyable due aux équipes du CNRS : on a découvert, derrière les grands bouddhas de Bamiyan, des ouvertures menant vers des grottes qui contiennent les plus anciennes peintures de l’histoire de l’humanité et la preuve que la peinture à l’huile avait été découverte en ces lieux sept cens ans avant Van Eyck !, découverte qui eut été impossible sans la collaboration inter-labos au sein d’un grand organisme comme le CNRS).
Le discours du 22 janvier, c’est le « casse-toi pauv’con » adressé au monde scientifique. Qu’ « Il » prenne garde à ce que le monde scientifique, au milieu de bien d’autres mondes, ne lui retourne son message…

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En passant par le Fitz Roy

C. veut voir toutes les plus belles montagnes du monde.

Tu voulais voir Vesoul, on a vu Vesoul, tu voulais voir le Fitz Roy, on a vu le Fitz Roy.

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Et ne boudons pas notre plaisir : de tout ce que nous avons vu jusqu’ici comme amas de roches, de glaces ou de neige, de tous les plus beaux paysages de montagne, de l’Ama Dablam du Népal à l’Assekrem du Hoggar, passant par les Aiguilles de Chamonix, les Tre Cime di Lavaredo et… le Mont Aiguille en Vercors (si ! si !), la vision du Fitz Roy depuis le Lago de los Tres, petit lac de réception de son glacier, est certainement ce qu’il y a de plus sublime… Le voilà. 2400 mètres de paroi à la verticale sous vos yeux ébahis (comme l’eût dit monsieur de La Palisse, les montagnes, plus on les voit de bas… plus elles donnent l’impression d’être hautes !). Gardé par ses sentinelles implacables : des aiguilles qui nous semblent imprenables et auxquelles les Argentins ont, bizarrement, donné des noms d’aviateurs : Saint-Exupéry à gauche, Mermoz et Guillaumet à droite. Plus près de son corps massif : un non aviateur, Poincenot, compagnon de Lionel Terray (qui fut le premier en 1952, à faire l’ascension, en compagnie d’alpinistes argentins), qui trouva la mort on ne sait pas trop comment semble-t-il (des plaisantins évoquent une sombre histoire d’amour pour une gauchita… en réalité plus vraisemblablement une noyade dans la rivière Fitz Roy à cause d’une tyrolienne mal exécutée – ici, pour les ignares : cela ne veut pas dire qu’il a mal chanté, mais qu’il a mal transité par le filin métallique qui joint un bord de la rivière à l’autre – ). Si vous avez la patience de gravir le raidillon qui vous conduit du dernier campement (lui aussi appelé « Poincenot ») aux berges du lac, vous êtes dans la situation de qui va recevoir, l’instant d’après, la révélation d’une mise en scène fulgurante. Bon, vous direz, après, il faut revenir. Mais c’est peut-être d’un pas un plus léger… Miracle de la montagne.
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(Saint-Exupéry – Guillaumet – Mermoz)

Saint-Exupéry était mon écrivain préféré entre seize et dix-huit ans, il y a longtemps que je n’ai pas relu ses œuvres. Certaines me semblent un peu boursouflées (« la Citadelle », qui se voulait recueil de sentences philosophiques ?), mais pour d’autres, je parierais qu’elles tiennent encore le coup (« Courrier Sud » notamment, qui obtint, à ce que je crois, le Prix Fémina, une chose impensable en milieu aéronautique de l’époque, qui se voulait si viril… d’ailleurs on lui en voulut à Saint-Ex, de cette histoire. Mon propre père – hommage lui soit rendu en cette occasion- qui intégra l’Aéropostale en tant que mécanicien au sol en 1946 – un an courriersud.1233597774.jpgavant ma naissance – eut l’occasion de rencontrer des mécanos qui avaient connu le pilote- écrivain : ils avaient un peu tendance à le railler. Ne disait-on pas qu’il était tellement distrait qu’il fallait parfois lui courir après le long de la piste d’envol pour lui signaler que son cockpit n’était pas fermé ?).

Mais qu’a-t-il eu comme contact avec la montagne ?

Guillaumet passe encore : on donne en exemple aux enfants des écoles son héroïsme quand il dut marcher à travers les Andes pour se sauver lui-même suite à un crash de son avion, « ce que j’ai fait », dira-t-il…, on connaît la suite…

Mais Mermoz, ce casse-cou enrôlé dans les Croix-de-Feu du colonel de La Roque, bref, ce facho distingué, non.

Fitz Roy ? ben, c’était le capitaine du Beagle, voyons… le fameux… (avec Darwin à son bord, etc.)

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Ushuaïa, les voyages et le temps

Tout va très vite, maintenant, en plein dans la cible. Plus de temps mort, pas un moment perdu, enveloppement, lucidité, repos et vertige. Soleil nouveau chaque jour, bleu, gris, froid, chaud, pluie, vent, c’est pareil, mais derrière, à chaque instant, la lumière fait signe.

 

Ainsi commence le dernier roman de Philippe Sollers, « les Voyageurs du Temps ». sollers.1232537278.jpg

On s’est souvent moqué de Sollers (ses reniements, avoir été maoïste, avoir fondé Tel Quel, et avoir abandonné tout ça, s’être mis à adorer le Pape et les Saintes Ecritures… mais, bon, il y a prescription, et puis on peut bien admirer qui on veut, on est en république, quand même), or une chose est sûre à propos de Sollers : c’est un sacré génie de l’écriture. Chaque page est une leçon. De quoi parle son dernier roman ? de rien. Ou plutôt si : de la littérature. Après tout, est-il un sujet que la littérature peut mieux traiter qu’elle-même ? Via un prétexte : une réflexion sur le temps ou plutôt faudrait-il dire, les temps. Les grands écrivains, mais pas seulement, les grands musiciens aussi (Bach, surtout joué par Glenn Gould), et les peintres (Watteau entre autres) sont les voyageurs du temps. Sollers parle donc de cette littérature dont on sait qu’elle n’a jamais changé quoique ce soit dans le monde (un poème de Rimbaud a-t-il changé le cours des choses ?) si ce n’est que lorsque des êtres s’adonnent à la lecture (ou à l’écriture) au moins on est sûr d’une chose : c’est que dans le même temps, ils ne commettent pas d’horreurs, ainsi que le disent souvent les mères à propos de leurs enfants turbulents (« quand je l’entends jouer aux billes, je sais au moins qu’il ne fait pas de bêtise »). Et des mères, justement, il est question, dans ce livre. Mères étouffantes, mères qui n’aiment pas la poésie, mère de Baudelaire, ou de Rimbaud, ou de… Houellebecq (sic !).

 

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Lire Sollers à Ushuaïa peut sembler incongru. Etre à Ushuaïa est incongru, quand tant de fracas et d’horreurs assourdissent le monde. Alors qu’ici, c’est la rumeur des vagues et le souffle du vent faisant craquer les grands arbres longs et fins comme des allumettes qui couvrent entièrement les plaintes, celles des gens de Gaza tout autant que celles, venant des années anciennes, des enfermés des camps improvisés de la dictature argentine à l’époque de Videla ou de Galtieri. Mais ne faut-il pas de temps à autre se mettre dans un endroit reclus et éloigné de tout pour ne plus entendre les hurlements du monde et être sensible au temps : nous y revoilà (le lien avec Sollers n’est donc pas si absurde). A quoi sert (aussi) le voyage ? A s’y retrouver avec le temps : il nous fait défiler nos souvenirs dans nos têtes. Où ai-je déjà vu paysage semblable ? Te souviens-tu de la fois où nous avons marché si longtemps dans le Nord canadien, comme aujourd’hui nous le faisons au bord du canal de Beagle ? C’est que, voyez-vous, quand nous voyageons, le Temps voyage avec nous

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Derniers fuégiens (autour de 1920)
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Nous voici de retour

à Buenos Aires  ! Une proposition de Y. et A., une invitation, chouette invitation à découvrir le sud de l’Argentine. La Patagonie, nous en rêvions. Avions même failli y aller il y a deux ans, mais une petite blessure du corps, un presque arrêt du cœur, et hop, il avait fallu remettre à plus tard. Mais voilà, cette fois est la bonne. Demain déjà Ushuaïa. Je vous dirai le vent dont on parle, les cabanes au bord du canal de Beagle, les monts et les glaciers de la Terre de Feu. Fuégiens hélas, il y a beau temps que vous n’existez plus, martyrs des conquêtes des riches propriétaires d’haciendas… Mapuches, Onas, Yamanas, Alakaloufes décimés, je penserai à vous.
A Buenos Aires au retour, peut-être rencontrerai-je celui qui fit les Chroniques de B-A , maintenant installé ailleurs , « à son compte ». Nous l’inviterons à El Establo, notre restaurant favori (sur la calle Paraguay). Excusez-moi, amis végétariens, la viande y est délicieuse.
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Corrientes
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une confiserie idéale

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Ethique

L’armée israélienne, entrant dans Gaza n’a pas fait de quartier : hôpitaux en feu, bâtiment de l’ONU bombardé au phosphore, bombes lancées sur les écoles à l’heure où le maximum d’enfants s’y trouve. Que va-t-on dire maintenant lorsque se produira le futur attentat en plein Paris, en plein New-York ou en plein Londres ? Que décidemment, ces terroristes ne respectent rien ? On va parler « d’ignoble attentat » ? De lâcheté et de barbarie ? Va-t-on pouvoir dire ces mots sans rougir ? Pouvons-nous encore nous référer à une « éthique du monde libre » ? (Tsipi Livni, venue à Paris, déclarait qu’Israël défendait le « monde libre »). Qu’on le note bien (mais je pense que mes habituels lecteurs le savent), ce billet n’est pas « contre Israël », tout simplement parce qu’en tant qu’occidentaux, nous partageons beaucoup, même à notre corps défendant, avec Israël. Et puis, d’autres états du « monde libre » ne font pas mieux ailleurs (Etats-Unis en Irak par exemple) ou ne feraient sans doute hélas pas mieux s’ils étaient dans une situation comparable. Mais alors à quoi bon ce discours « vertueux », de respectabilité, ce discours « éthique » que l’on développe à longueur d’année en faisant semblant d’y croire ?

Je suis allé en Israël en novembre 2000. C’était le début de la Seconde Intifada. Ariel Sharon avait fait peu de temps auparavant son intervention provocatrice sur l’esplanade des mosquées à Jérusalem et les esprits s’étaient enflammés. J’avais prévu ce voyage depuis quelques mois : il s’inscrivait dans une collaboration que j’avais souhaitée avec des chercheurs israéliens du Technion de Haïfa. Je reparlerai peut-être de ce voyage un jour car il était pour moi riche d’enseignement. Je me souviens en particulier de l’épouse de mon collègue Nissim (ils vivaient à Nahariya) : une petite femme vive et chaleureuse, une sabra pénétrée des valeurs humanistes qui avaient fait, selon elle, la grandeur des premiers temps d’Israël (l’esprit des kibboutz…). Je n’ai pu m’empêcher d’avoir beaucoup d’affection pour ces gens. Je n’aimerais pas qu’ils soient un jour victimes de quelque attentat que ce soit. Mais, elle qui enseignait ces belles vertus aux enfants des écoles, que peut-elle leur dire maintenant ?

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(kibboutz près de Hanikra, en 2000)

Lire ici un intéressant entretien avec l’intellectuel israélien Michael Warschawski

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