Nouvelles du Sarkoland

On a beau être à 15 000 kms, on s’informe de l’état du beau pays de Nicolas et Carla.

Figurez-vous qu’il y a quelques jours (le 22 janvier je crois), notre génie national a fait un discours sur la recherche et l’innovation, au cours duquel il a annoncé ses intentions en matière de réforme des institutions scientifiques. En un mot : supprimons le CNRS. Ce monstre d’où vient tout le mal, ce nid de fainéants qui ne songent qu’à garder leur situation de privilégié (un bureau avec de l’électricité, et… « chauffé » dit-il en savourant !). Peut-être y a-t-il des choses à réformer au CNRS… je me suis plaint souvent de ses lenteurs et de ses erreurs administratives, mais de là à crier « haro »… Le plus étonnant est que notre grand chercheur national (qui veut supprimer par ailleurs la branche dont il est issu, à savoir le bac ES, de son temps bac « B ») se trouve un peu dépourvu quand il doit prouver la faillite de l’organisme scientifique. La recherche scientifique française s’est enorgueillie en effet ces derniers temps de nombreuses distinctions prestigieuses : Prix Nobel (physique, médecine), Médailles Field (pour les maths), Médaille Turing (pour l’informatique théorique). Tous les heureux bénéficiaires étaient du CNRS (ou d’organismes liés par accord au CNRS). Ennuyeux pour qui veut casser la machine… Cela ne décontenance pas notre troubadour élyséen : tous ces gens, fi !, c’est L’ARBRE QUI CACHE LA FORET ! oui, vous avez bien lu, ou bien entendu (si vous avez suivi la bande vidéo). Il faut vraiment être d’une ignorance crasse pour ne pas savoir que de telles distinctions honorifiques sont toujours en réalité le produit d’un travail d’équipe, long et exténuant. Si l’on ne voit que la tête (que une tête, devrais-je dire, car en plus, il y en a toujours plusieurs) de l’iceberg, c’est parce que les règlements des prix sont tels qu’ils ne vont qu’à des individus et qu’on ne saurait sans doute multiplier à l’infini les bénéficiaires.

Réussir aujourd’hui à démontrer un théorème mathématique important est tellement difficile qu’il faut, outre plusieurs années (des décennies) de travail solitaire, toute une communauté autour de soi pour exposer les premiers résultats, tenir compte des critiques, faire parfois des bouts de démonstration à plusieurs (quand ce n’est pas maintenant utiliser le travail d’équipes d’informaticiens pour s’aider, comme dans le cas de la démonstration du fameux théorème des Quatre Couleurs – j’imagine notre timonier national : vous voyez, c’est bien ce que je dis, ils sont tellement flemmards qu’ils font travailler les ordinateurs à leur place ! -).

A côté de ces disciplines « prestigieuses » récompensées par les Nobel, Field, Turing… figurent toutes les disciplines où un tel prix n’existe pas, mais où les succès obtenus par la recherche française sont également considérables (sciences de la terre, sciences de la vie, du langage, neuro-psychologie cognitive etc.), la conclusion sarkozienne ne peut alors être qu’une : elles n’existent tout simplement… pas ! Sans mentionner évidemment les sciences humaines : histoire, sociologie, anthropologie, où, là encore, des auteurs du CNRS ont une audience internationale.

. bamiyan.1233613615.jpg
(photo CNRS)

Michele, qui lit ce blog, m’envoie fort opportunément l’annonce d’une nouvelle découverte incroyable due aux équipes du CNRS : on a découvert, derrière les grands bouddhas de Bamiyan, des ouvertures menant vers des grottes qui contiennent les plus anciennes peintures de l’histoire de l’humanité et la preuve que la peinture à l’huile avait été découverte en ces lieux sept cens ans avant Van Eyck !, découverte qui eut été impossible sans la collaboration inter-labos au sein d’un grand organisme comme le CNRS).
Le discours du 22 janvier, c’est le « casse-toi pauv’con » adressé au monde scientifique. Qu’ « Il » prenne garde à ce que le monde scientifique, au milieu de bien d’autres mondes, ne lui retourne son message…

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7 commentaires pour Nouvelles du Sarkoland

  1. Irnerius dit :

    Bonsoir collègue ! Votre blog découvert par hasard car vous venez de l’actualiser ! Vous n’êtes pas content et avec raison. Je ne suis cependant pas sûr qu’il faille maintenir un corps de chercheurs à plein temps ! Grèves dans le supérieur en cours contre la réforme du statut. http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/

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  2. Belle chute en tout cas.
    Et magnifique illustration du propos, dans tous les sens du terme!

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  3. totem dit :

    Troubadour en langue d’Oc et Trouvère en langue d’Oy. Vilain petit troubadour en vérité et méchant trouvère…

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  4. Supprimons aussi les enseignants chercheurs qui ne collaborent pas avec les grands groupes industriels. Cela participe de la même logique… On reçoit les journaux en patagonie ? Vous connaissez Florent Pagny ?

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  5. La harangue de Sarkozy, lundi dernier, sur la culture dont il se voit désormais le chef tout-puissant (il est vrai qu’il a des lettres… dans son nom) est également un chef-d’oeuvre du genre.

    Oui, les facs en révolte (« désormais, quand il y a une grève, on ne s’en aperçoit plus, ah ! ah ! ah ! »), Darcos obligé de remballer vite fait ses réformes du lycée (et « las » de sa fonction), les profs (notamment ceux de SES indignés à juste titre de sa dernière sortie) prêts à montrer de quelle craie ils se chauffent… notre fanfaron n’a pas fini de découvrir que, dans une démocratie comme la France, on n’est pas comme à Eurodisney sur le toboggan de la mort ou sur le pont du bateau des pirates des Caraïbes !

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  6. Alain dit :

    merci de tous ces commentaires.
    @ Irnerius: je ne dis pas qu’il faille absolument tout préserver en l’état. On pourrait imaginer que les enseignants chercheurs aient des périodes d’affectation au CNRS, renouvelables quand leurs travaux de recherche le justifient, un système d’échanges par exemple entre chercheurs permanents et enseignants chercheurs
    @ chantal: plus dure sera la chute…
    @ totem: merci pour la correction, mais il n’est ni l’un ni l’autre, même si Carla prétend l’être à sa place
    @ Sébastien: on ne reçoit pas les journaux en Patagonie, mais on reçoit Internet, quant à Florent Pagny, je sais qui c’est, mais je ne m’y intéresse pas tellement (oui, je crois que c’est de ces vedettes du show-biz qui cherche à fuir le fisc)
    @ Dominique: je n’ai pas encore lu cette nouvelle harangue… mais je sens que ça va me plaire!!!

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  7. michèle dit :

    La primeur de l’info sur les grottes vient de Miniphasme, bloggeuse de LSP des correcteurs du Monde.fr.. J’admire et le boulot d’équipe et le rôle du Cnrs là-dedans.
    La métaphore m’a semblée essentielle du trésor caché derrière les apparences, et de l’antériorité de ce qui nous vient de l’Orient dont il nous faudra reconnaître bien des prééminences, avec humilité.

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