Carte postale de vacances n° 7

Les voyages commencent à s’éclairer à partir des premières vraies rencontres, même s’il ne s’agit la plupart du temps que de contacts éphémères. C’est tout à fait par hasard, parce que nous avions trouvé un « hospedaje » à proximité de chez eux, que nous avons rencontré Miguel, Mario et la femme de ce dernier. Ils tiennent ensemble un petit salon « d’art et de thé » sur le chemin qui mène à la Pucara de Tilcarapucara.1185559630.jpg (une Pucara est une concentration urbaine inca, voire pré-inca, et il en existe une magnifique à Tilcara, qui a été restaurée par un groupe de l’Université de Buenos-Aires). Nous avions pris l’habitude (courte habitude à vrai dire… deux jours!) de prendre notre petit déjeuner chez eux (invariablement jus d’orange, café, pain artisanal et « dulce de leche », cette espèce de pâte caramélisée dont tout le monde semble raffoler ici). C’est ainsi que nous avons commencé d’admirer les sculptures en métal (et quelques peintures) qui s’avérèrent être les oeuvres de Mario, jusqu’à sculpteur.1185559689.jpgen acheter une.danseuse-et-sculpteur.1185559482.jpg

Ces oeuvres, toutes des figurines en métaux soudés, sont inspirées par la vision des conquérants espagnols: elles ne les glorifient pas, mais essayent d’en tirer au contraire les aspects dérisoires ou pathétiques,ceux qui les font ressembler à de grands oiseaux maladroits ou en gardiens d’un monde absurde.

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Mario les insère parfois dans un cadre de fils électriques, soutenant une petite loupiotte qui les éclaire, accentuant, par les effets de l’ombre, cet aspect pathétique. sculpture.1185559895.jpgJ’ai fait quelques photos de l’intérieur de leur salon de thé et la femme de Mario, qui se révéla être danseuse de son métier (ce qui n’était pas étonnant vu sa grâce et son agileté), tint à ce que nous allions ensemble en faire des tirages papier chez le seul et unique photographe du village.

paraguayen.1185559990.jpgQuant à Miguel, je ne sais pas trop quel était son rôle: l’administrateur sans doute, doublé du serveur de café… Il est paraguayen et ne nourrit aucun espoir sur l’évolution à court terme des pays dAmérique du Sud…

Espérons que ce post leur fera un peu de publicité…

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Post-Scriptum à ma carte d’hier

J’éprouve le besoin d’ajouter un post-scriptum à la carte postale envoyée hier, qui pourrait laisser penser que « je m’extasie » face à une pratique ô combien barbare, consistant à immoler des enfants au nom d’un rite. Bien entendu, ce n’est pas ce que j’ai voulu exprimer. J’ai seulement voulu faire part de mon émotion devant cette irruption soudaine, au sein d’une société qui a tout fait pendant longtemps pour occulter les premiers occupants de son territoire, de la présence physique, corporelle, de ces derniers. J’ai voulu aussi rendre hommage à ce musée, qui est d’une haute tenue intellectuelle et morale et qui ne cherche en rien à faire du sensationnalisme avec les momies qu’il expose: celles -ci ne sont visibles qu’à la requête des visiteurs et encore celle que nous avons vue (nous n’en avons vu qu’une) était-elle enfermée dans une vitrine sombre que l’on pouvait éclairer sur demande. Les commentaires vidéo sont abondants: non seulement ceux provenant de scientifiques ayant participé à l’expédition, mais aussi ceux des habitants vivant dans ce coin reculé d’Argentine (à Tole Grande notamment), qui disent leur attachement à cette culture disparue, dont ils se sentent plus ou moins les descendants. ils refusent souvent d’admettre l’idée que les enfants aient pu être tués… Un directeur du musée, en harmonie avec eux, dit que tout simplement pour lui, « ce sont des anges »…

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Carte postale de vacances n°6

MAAM, à Salta, ça n’a rien à voir avec une personnalité bien connue du monde politique français, ça fait plutôt penser à MOMA, sauf qu’il ne s’agit pas d’art moderne mais d’anthropologie.

momie3.1185311185.jpgmomie2.1185311140.jpgmomie1.1185311080.jpg (photos extraites du site du MAAM)

Le MAAM est le Museo d’Arqueologia d’ Alta Montana, un des musées les plus captivants qu’il nous ait été donné de visiter, alors même qu’il ne se compose que de quelques salles (quatre ou cinq grand maximum), mais ces salles dégagent une intensité émotionnelle très forte surtout quand on n’est pas préparé à leur réception. De quoi s’agit-il? Au début, quand on entre dans la première salle (c’est très beau, architecture moderne, nombreuses vidéos explicatives etc.) on apprend qu’on va voir une exposition sur une expédition qui fut menée en 1999 par une équipe dirigée par un anthropologue américain du nom de J. Rheinhard, au sommet du volcan Llulliaillaco, un sommet de plus de 6000 mètres pas très loin de San Antonio de Las Cobres (voir mon post antérieur, du…), expédition dénommée « los ninos de Llulliaillaco ». On ne comprend pas bien ce que les « ninos » font là-dedans…. Mais petit à petit, les choses s’éclairent: les Incas, oui, les Incas, qui avaient étendu leur territoire au maximum entre 1450 et 1532, lequel territoire s’appelait Tawantinsuyu et avait sa capitale à Cuzco, considéraient les sommets comme des lieux sacrés et ils y faisaient leurs offrandes. Et qu’est-ce qu’ils offraient à leurs dieux, les Incas? [oui, je sais, dès qu’on se met à parler de dieux, de divinités, d’offrances aux dieux etc. on s’attend au pire], eh bien ils devaient offrir ce qu’ils avaient de plus précieux pardi! Et que pouvaient-ils avoir de plus précieux que la vie de leurs propres enfants? Et voilà comment de petits enfants (vers les huit ans ou plus) étaient amenés à gravir les flans des volcans, par des chemins pentus jalonnés de refuges (dont on a retrouvé les traces), jusqu’au sommet où la cérémonie, la Capacocha, avait lieu. On organisait souvent un mariage d’enfants avant le sacrifice et on donnait au sacrifié, pour son « voyage divin » des jouets, de petits animaux en or ou argent (en forme de lama surtout) et des poupées. On a retrouvé tous ces objets et le MAAM les expose, ainsi que les tissus, qui étaient magnifiquement tissés par des jeunes filles choisies et réunies dans une sorte de gynécée (où le Grand Inca allait bien évidemment à la pêche de temps en temps…).
Ce qui est extraordinaire est que les petits corps des enfants (nous n’avons pas réussi à savoir comment ils avaient été trucidés, comme s’il s’agissait, encore aujourd’hui, d’un sujet qu’il est gênant d’aborder), grâce au froid, ont été conservés dans un parfait état. Les médecins et odontologues ont fait de multiples examens et ont trouvé tous les organes parfaitement intacts, on pouvait même savoir exactement que l’un des enfants trouvés souffrait de bronchiolite avant d’être immolé!
L’une des trois momies exposées, la « Reine de la Montagne », avait été, il est vrai, découverte bien avant cette expédition et elle avait, alors, été dérobée et transportée à Buenos-Aires, des objets avaient été volés également, mais le musée de Salta a acquis le droit de tout récupérer et exposer. La visite de ce musée est donc une très belle leçon d’anthroplogie, elle nous montre en particulier la puissance de l’empire Inca, son organisation, notamment le réseau de routes qu’il avait su mettre en place, et dont certaines sont encore utilisées aujourd’hui (dans les vallées Calchaquis notamment, où nous étions il y a peu).
J’allais oublier: Llulliaillaco signifie en quechua « montagne du mensonge ». Les Incas croyaient que les montagnes étaient de grands réservoirs d’eau dont le trop plein jaillissait sous forme de ruisseaux ou de nappes de neige. Ce volcan-ci avait la particularité de n’avoir que de très courts ruisseaux, d’où l’idée qu’il MENTAIT sur sa réalité.

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Carte postale de vacances n°5

La Bolivie, nous en rêvions… mais arrivés à La Quiaca (La Quiaca est la ville frontière, à l’extrême nord de l’Argentine, on roule longtemps sur un grand plateau désertique, qu’on appelle La Puna, et sous le soleil, on devine au loin une agglomération posée là, en plein désert, coupée en deux par un canyon asséché, d’un côté du canyon c’est la ville argentine de La Quiaca, et de l’autre, la ville bolivienne de Villazon, entre les deux un pont, ou plutôt deux: un pour les véhicules et un autre pour les piétons, celui pour les piétons est parcouru en permanence dans les deux sens par une ribambelle d’hommes et de femmes ployant sous les charges: ils font la contrebande et les douaniers manifestement ferment les yeux, cette région ayant pour activité économique essentielle la contrebande. On voit régulièrement des pick-ups chargés de sacs s’arrêter au bord de la route, un «chef » surgir et toute une troupe se mettre en ordre pour acheminer la marchandise de l’autre côté), arrivés à La Quiaca donc… voici ce que nous trouvons en travers du pont, côté bolivien:

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Bref, vous avez compris: frontière fermée pour cause de grèves, manifestations etc. Sur quel sujet? Je vous le donne en mille: sur l’épineux sujet de l’autonomie des universités… là aussi!

Nous allons rester dans le coin néanmoins afin de vérifier si, le lendemain, la situation s’arrange (elle ne s’arrangera pas…). « Dans le coin », cela veut dire le petit village de Yavi, beaucoup plus coquet que La Quiaca, avec sa vieille église aux vitres d’onyx eglise-yavi.1185048661.jpget à l’autel plaqué d’or, vieille capitale d’un « marquisat » qui, autour des années mille sept cent, occupait un territoire à cheval sur les actuels états de Bolivie et d’Argentine. Yavi, à proximité d’une rivière entre deux parois rocheuses où l’on peut partir à la recherche de peintures rupestres et de pétroglyphes (ces gravures creusées, qui dessinent en général de drôles de petits bonshommes aux têtes de martien). L’auberge est tenue par deux jeunes femmes dont l’une est la cuisinière et l’autre la serveuse, originaires toutes deux de Bolivie, avec la physionomie typique des femmes boliviennes (courtes, robustes, toujours prêtes à rire). Etonnement, le matin, d’entendre dans une grande salle de « desayuno » la voix flutée et les accords de piano de Barbara…peinture.1185048772.jpg

(peinture rupestre de Yavi)

Et c’est encore la piste… ceux qui ne me connaissent pas pensent peut-être que je suis une sorte de « baroudeur » en voiture… et que je me délecte à franchir les rivières à gué, les bancs de sable et les zones de tôle ondulée… eh bien , pas du tout, j’ai horreur de ça, et même: J’AI LES JETONS! piste.1185048937.jpgOui, j’ai les choquotes quand tout à coup l’automobile retombe de tout son poids sur le sol cahotique après s’être envolée sur une bosse ou bien qu’elle se met à vibrer de tous ses écrous et de tous ses longerons sur un passage où la tôle ondulée est en réalité une suite de vagues à la crête acérée figées dans la terre dure comme du béton! Et je sens alors un ruisselet de sueur se former autour de mon échine! Vivent les routes goudronnées! (enfin, pour les voitures, parce que, pour ce qui est de la marche à pieds… les chemins de terre suffisent amplement!).

(vigogne fuyant sur la piste)vigogne.1185048854.jpg

Voilà, c’est tout pour ma carte postale d’aujourd’hui… j’en ai encore plein en réserve (car je n’ai pas pu tout raconter ces derniers jours), alors à venir: un artiste sculpteur de grand talent à Tilcara, un musée archéologique passionnant à Salta (où nous sommes revenus). Vous en apprendrez alors sur les Incas!

Le retour aux zones « wifisées » nous a permis, à C. et à moi, de lire les commentaires à ces « cartes postales » (merci à ceux et celles qui commentent!) ainsi que les derniers posts de certains blogs familiers. Nous avons beaucoup apprécié l’analyse politique de RV (du blog de Posuto) concernant la stratégie de Sarkozy, prolongée par les soucis de Kiki concernant Cécilia… Nous aussi, nous sommes inquiets quand on fait appel à la notion de « race des Seigneurs »… Ces nouvelles politiques sont les premières que nous avons depuis plusieurs jours. Il y avait bien hier soir les nouvelles de FR3 sur « TV5 Monde » dans le petit hotel de luxe que nous nous sommes payés, mais i n’ont fait que causer des problèmes de dopage dans le Tour de France! Alors nous n’avons rien su du voyage de Cécilia en Lybie (remarquez, vous ne savez rien, vous, des grèves d’étudiants en Bolivie!).

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(paysage du Noroeste)

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Carte postale de vacances n°4

[Beaucoup de difficultés ces temps-ci à trouver des conditions d’Internet acceptables pour envoyer mes cartes postales!]

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(cimetière de Tres Moros, province de Jujuy)

L’autre matin, nous n’en menions pas large. Nous avions atteint la veille, en début d’après-midi, une petite ville du nom de San Antonio de Las Cobres, qui est le plus haut centre urbanisé de l’Argentine (3775 mètres), une ville minière, avec des alignements plutôt tristes de maisonnettes un peu comme dans nos anciens corons. Sauf que là ce n’est bien sûr pas du charbon que l’on extrait, mais… mais quoi au juste? J’ai dans l’idée que c’est du cuivre mais peut-être aussi autre chose (les renseignements sont difficiles à obtenir, même par Google), pourquoi pas de l’uranium ou du cobalt? Enfin nous étions là, après avoir fait franchir à notre engin motorisé un col à 4000 mètres. Et il nous avait fallu toute une après-midi de sieste pour nous acclimater à l’altitude (rien de tel que ne rien faire du tout pour s’acclimater!). Heureusement, à notre arrivée, un hôtel nous avait tendu les bras, un pour touristes, très joli, avec un mobilier tout ce qu’il y a de plus « design » et en harmonie avec les objets andins (même la clé était suspendue à un petit lama en laine!), alors ça avait été le paradis! Mais la nuit, la nuit… nous, on était bien au chaud alors on se foutait pas mal du froid qu’il faisait dehors (qui devait bien voisiner les moins vingt, moins trente allez…), mais la voiture, elle, elle subissait le froid. Et au matin, donc, pas possible de démarrer. Le gas-oil gelé. « Ça devient comme de la mantequilla » a dit le gérant de l’hôtel… me voilà donc remis aux bons soins d’un garçon de dix ans pour aller chercher un mécanicien au milieu des corons, très serviable le gamin, et très utile. Chaque fois que nous arrivions à proximité d’une maison susceptible d’héberger un homme de l’art mécanique, il tapait dans ses mains (c’est comme ça ici qu’on dit: « y a quelqu’un? »), et quelqu’un arrivait, mais en général pour nous dire que ce n’était pas là, qu’il fallait aller plus loin, donc nous allions plus loin. Jusqu’à ce que nous nous trouvâmes en présence d’un géant jovial avec une bouille toute ronde et des dents bombées dont certaines étaient serties d’or, et qui nous fit comprendre que cette histoire, il en faisait son affaire.

Il prend une grosse tige de métal torsadée et des vieux chiffons, il embarque un aide avec lui et nous voilà à pied d’oeuvre près de l’auto toujours récalcitrante. Il imbibe d’essence le chiffon au bout de la tige, y met le feu et le voilà qui passe la torche improvisée sous le châssis de la « camionetta »… eh bien, au bout de quelques minutes, ça a marché.

Et nous repartons…. une piste toute plate, avec seulement des montagnes bleutées au loin, et au bout de la piste: notre premier salar, la Salinas Grande, étendue de sel au milieu du haut plateau, croûte de sel dure comme du béton et lac blanc comme s’il était recouvert de neige… puis à nouveau passage d’un col à 4170 mètres et redescente vers des lieux plus cléments, comme Tilcara, la petite ville où nous sommes en ce moment, centre d’une zone riche en souvenirs des indiens pré-incaïques

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(Salinas Grandes)

Le voyage continue… ça n’empêche pas aux arrêts d’aller faire un tour aux cafés internet pour lire les derniers posts de nos blogs préférés 🙂 (ah! le post de Dunia sur les framboisiers !).

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Carte postale de vacances n°3

Hier soir, je vous écrivais du fin fond du pays des Calchaquis, un peuple indien qui vivait il y a entre mille et cinq cents ans, depuis le village de Cachi exactement, la « capitale » de ces vallées du Noroeste, à laquelle on accède par la « Ruta 40 », piste de terre et de cailloux. J’étais dans l’obscurité d’un cybercafé plein de gamins qui jouaient à d’étranges jeux qu’on dit « d’ordinateur » et j’avais du mal à charger mes images… Aujourd’hui, de retour à Salta, je goûte les joies du wifi retrouvé.

Cachi, située à 2600 mètres, possède une église qui, fait unique, est toute en bois de cactus, ainsi qu’un musée archéologique où l’on aurait du voir une momie précolombienne. Grâce à la « camionetta » (qui se comporte excellemment sur les pierres et les ornières sableuses, telle un vrai dextrier, que nous chevaucherions à l’assaut des hauts-plateaux), nous avons pu atteindre les parages du Nevado de Cachi, une montagne qui dépasse les 6000, enneigée malgré la proximité du Tropique du Capricorne, parages peuplés d’armées de cactus, qui gardent les chemins et les rares demeures indiennes.

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Pour rentrer de Cachi, ce matin (la nuit fut froide et ventée, mais au matin, quel ciel bleu extraordinaire ! on dit que les habitants de cet endroit ne meurent que de vieillesse tant l’air y est pur), nous avons « survolé » des canyons (on dit « quebradas ») à couper le souffle.

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Carte postale de vacances n°2

Vous quittez Buenos-Aires pour un vol de 1600 kilomètres, vous atterrissez à Salta la nuit tombée. Salta ? une ville moyenne, une sorte de Clermont-Ferrand au pied des Andes, où, en son centre, le décor serait planté pour le six mille huit cent soixante neuvième épisode des aventures de Zorro. La place centrale est bordée des grands édifices de la République Argentine et de la Très Sainte Eglise catholique romaine et apostolique confondues, et les maisons bourgeoises s’ornent des traditionnels balcons qui n’ont pas d’autre utilité que suggérer de faire l’aubade, les soirs d’été, aïe, aïe, aïe, jusqu’à vous fendre l’âme

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Nous, on est venu là pour récupérer la camionetta. Parce que comment voulez-vous qu’on entre un peu dans les terres arides du Noroeste si on n’a pas la camionetta que Y. W. avait laissée là et qu’il nous a dit d’aller prendre sur le terrain près du camping, celui-là qui est possédé par Don Dante Gallo, ou qui était possédé, car il l’a vendu et le nouveau propriétaire attend en dansant d’un pied sur l’autre qu’on vienne le débarrasser de la foutue camionetta.

Le terrain est près du camping, ça tombe bien. Résultat: nous voilà coincés entre un grillage, un tracteur de quinze tonnes et le bord de la piscine, avec pour édifice à contempler le building défraîchi du département de la jeunesse et des sports. Et Godot qui ne vient pas… (en l’occurrence Y. W. qui a quand même les clefs de la poursuite du voyage!).

La première personne que nous avons rencontrée sous ces cieux austères et ventés était Dona Pinar, propriétaire de la petite hosteria où nous avons débarqué le soir, après l’avion. Quel dévouement, Dona Pinar : c’est elle qui a téléphoné à Don Dante Gallo pour nous et puis c’est elle qui nous a bien aidé dans l’affaire de l’appareil photo oublié dans le taxi, elle a entrepris toutes les démarches téléphoniques pour retrouver ledit taxi et elle l’a retrouvé, le chauffeur est venu immédiatement à mon secours me libérant d’une angoisse que vous comprenez tous bien sûr car sans le Nikon, pas de photos sur le petit blog, aïe, aïe, aïe. Merci Dona Pinar qui, le lendemain matin, nous mettait elle-même dans un autre taxi en nous embrassant pour des adieux émouvants. Elle devait trouver qu’elle s’en était bien tirée…ça commençait bien !

Et pour tout vous dire, de l’autre côté du grillage, il y avait un bâtiment rose et violet qui ne nous disait pas grand-chose a priori… eh bien, c’était une boite de nuit. Comme on était samedi, il a fallu endurer les rythmes assourdissants jusqu’à cinq heures du matin.

Ce matin, la camionetta était toujours là. On a plié la tente. Et on est parti. Par la route 68, qui descend vers Cafayate (dites « Cafajaté » pour faire local) et on n’est pas déçu : le moral remonte. La route 68 se pare au bout d’une centaine de kilomètres de larges sinuosités pour pénétrer dans des gorges d’une grande beauté, puis ces gorges s’élargissent et vous tombez au cœur d’un désert montagneux où les couleurs éclatent d’un pan de montagne à l’autre, alternant les rouges de Sienne, les blancs de cérulle, les ocres et les verts cuivreux. Bonjour nos premiers cactus, bonjour notre premier lama. Cafayate vous a des airs d’oasis planté de grands platanes et les rues, comme dans les westerns, s’arrêtent brutalement après le dernier saloon. On est enfin bien, là. Et Godot peut être oublié.

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NB: j´ai été très injuste pour Buenos Aires, dans ma carte n°1, c´est une ville magnifique, j´y reviendrai donc avant le départ!

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Carte postale de vacances n°1

Chers ami(e)s blogueurs et blogueuses

Je vous écris de Buenos Aires où nous sommes arrivés ce matin heure locale. Partir n’est jamais facile, même pour seulement quelques semaines, enfin pour moi. Il y a toujours des moments où on se demande si on a bien raison de partir, et qu’est-ce qu’on va faire là, et si notre statut de touriste n’est pas un peu vide de sens, et si on n’a pas un peu honte de participer au rejet massif de CO2 causé par le transport aérien, et si patati patata… surtout qu’on a bien du temps de se les poser ces trente-six mille questions au cours d’un voyage par avion de douze heures où on ne dort pas tout le temps. Mais quand tout à coup vous êtes jeté dans la réalité d’un autre monde, d’une autre ville, les questions s’estompent : j’ai soixante ans et pour la première fois de ma vie je foule le pavé des trottoirs de la ville de Buenos Aires, Argentine.

Ce n’est pas que ce soit joli, Buenos Aires, c’est même un peu sale et très pollué, les gros bus foncent dans les rues trop étroites du centre ville. Ce n’est pas qu’il fasse beau: c’est l’hiver ici et vers midi une lumière laiteuse finit par filtrer au travers des nuages. C’est juste Buenos Aires, c’est juste la réalisation physique et géographique d’un nom qui nous émeut depuis l’enfance à cause de ses sonorités aériennes et de ses promesses d’aventures. Buenos Aires existe: je m’y suis promené.

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PS: une pensée à Kiki, Michele, Dunia, jmph etc.

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Les voyages

On éprouve toujours une certaine appréhension à l’idée de partir en voyage. Ce n’est pas tant que la route soit longue, après tout, les moments passés dans les trains ou les avions sont des plus paisibles, et regarder, selon le moyen adopté de se transporter, les poteaux porte-caténaire ou bien les longs nuages qui s’effilochent est des plus distrayants. Mais on ne sait jamais de quoi demain sera fait et l’on n’est soudain plus aussi sûr de soi de ce que nous ferons lorsque nous serons livrés à nous-mêmes dans les grandes solitudes de la steppe ou des hauts-plateaux andins, ni de ce que nous pourrons bien dire au chauffeur de camion qui s’arrêtera au bord de la route pour nous porter secours car nous aurons eu une roue crevée, un boulon dévissé, une chaussure écrasée et que nous nous liquéfierons sous un ciel de vibrations presque rouges, dans l’étendue silencieuse et la lancinante menace d’un soir qui descend.

Aujourd’hui, un article de Roger-Pol Droit reprend des extraits du texte dont un jour j’ai parlé sur ce blog, le dernier livre écrit par Christian Delacampagne, et il nous rappelle l’injonction faite par Jankelevitch au philosophe comme au voyageur : « se comporter dans le monde comme si rien n’allait de soi ». Voilà ce que nous ne sommes pas sûrs de pouvoir faire. Il a raison, l’auteur de cet article, de mettre sur le même plan le voyage et la philosophie car dans les deux cas, il s’agirait normalement d’être capable de s’émerveiller à chaque instant de l’unique, que nous ne reverrons jamais plus, et de traiter toute chose ou toute idée comme si elle était neuve, radicalement neuve.

Le lorgnon mélancolique rappelait hier sur son blog ces mots de Simone Weil : “Arriver à comprendre totalement que les choses et les personnes existent. Parvenir à cela, ne serait-ce qu’une fois avant de mourir; c’est la seule grâce que je demande.” (dans une lettre à Joë Bousquet).

Il faudrait ainsi voyager pour parvenir à cette conviction que les choses existent. Mais c’est alors que survient une partie de notre appréhension, face, cette fois, aux rythmes que nous sommes obligés de suivre et qui, le plus souvent, semblent nous empêcher d’accorder le temps du regard suffisant sur ces choses et ces êtres que nous n’immobilisons que pour un faible temps dans notre champ visuel – voire dans l’œil de notre objectif photographique.

C’est la raison pour laquelle j’ai opté il y a plusieurs années pour l’aquarelle. Non que j’aie du talent en tant que peintre du dimanche. Mais parce que l’exercice du pinceau et de la feuille blanche donne un prétexte pour s’attarder à la contemplation de l’autre. Les gens et les paysages vont, grâce à l’effort de s’en imprégner dans le geste de la main, vivre un peu plus longtemps.

dsc01424.1183123472.JPGAinsi de « ma » chinoise (non, pas celle de Godard, dont je parlais hier) rencontrée dans le train entre Dunhuang et Xi’an, et qui avait si envie que je lui fasse le portrait – lequel est maintenant entre ses mains quelque part dans son bureau de secrétaire. Ainsi de ces maisons du Ladakh qui, par l’emphase que leur donne la couleur, resplendissent comme des palais au fond de ma mémoire, ainsi de ces instants nuageux contemplés depuis l’avant-toit de notre petite tente plantée au cœur d’une prairie tibétaine. Ainsi encore de cette rizière vietnamienne qui ondulait à l’heure de nos siestes, ou bien, le soir venu, de ces hommes du Hoggar qui préparaient le thé pendant que, là encore, nous plantions nos tentes en plein décembre dans un recoin de roche isolé au fond du désert.

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Une des raisons pour lesquelles je n’aime pas trop les voyages organisés (par lesquelles parfois nous devons bien passer si nous voulons avoir accès à des coins du monde où l’on interdit les voyageurs individuels) est que l’on nous laisse en général bien peu de temps pour un exercice de création. Le sac à peine posé pour manger le pique-nique de midi et faire un court repos nécessaire, il faut le reprendre et repartir, alerte et vif dans l’effort jusqu’au soir, heure à laquelle malheureusement, le soleil a disparu, nous empêchant de peindre le paysage. Le lendemain matin, n’en parlons pas, tout le monde est pressé, le guide attend et il ne faut pas rater une miette du petit-déjeuner, dernier repas avant la halte de mi-journée.

Je raconte tout cela, vous l’avez compris, parce que nous partons bientôt en voyage. En Amérique du Sud : Argentine du Nord et Bolivie. Probablement je laisserai ce blog pendant plusieurs semaines… à moins que depuis un cybercafé lointain, entre Uyuni et Potosi, je ne parvienne à glisser un court commentaire ou une photo, de cactus ou de vigogne.

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Rencontre avec le père de Juliet

Je flâne dans les rues de ma ville, je flâne près du marché de l’estacade en prenant quelques photos. M’accoste un vieux monsieur, intéressé par mon Nikon. Il me dit qu’il a quatre vingt sept ans mais qu’il aimerait bien s’en payer un comme ça. En riant, je le prends en photo et nous discutons technique. Il me parle de sa fille, photographe de plateau, qui prendra bientôt sa retraite, « ah bon, votre fille fait du cinéma ? ». Il me répond : « c’est surtout sa sœur qui en faisait ». Les larmes lui viennent aux yeux : « je suis le père de Juliet Berto ».

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Juliet Berto… je vous parle d’un tempsque les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître

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Deux ou trois choses que je sais d’elle (J. L. Godard, 1966)
Week-end (J.L. Godard, 1967)
La Chinoise (J. L. Godard, 1967)celinetejulie.1183028625.jpg
Céline et Julie vont en bateau (Jacques Rivette, 1974)
Retour d’Afrique (Alain Tanner, 1973)
Le milieu du monde (Alain Tanner, 1974)
Monsieur Klein (Joseph Losey, 1976)

et beaucoup d’autres …

et comme réalisatrice, entre autres : Neige, 1980, avec Jean-François Stévenin, Patrick Chesnais, Jean-François Balmer, Anna Prucnal, Raymond Bussières, Eddie Constantine, Bernard Lavilliers, et Michel Berto.

Je me souviens de la chanson que chantait Yves Simon, c’était pour elle :

Vous marchiez Juliet au bord de l’eau
Vos quatre ailes rouges sur le dos
Vous chantiez Alice de Lewis Carroll
Sur une bande magnétique un peu folle

Sur les vieux écrans de soixante-huit
Vous étiez Chinoise mangeuse de frites
Ferdinand Godard vous avait alpaguée
De l’autre côté du miroir d’un café

Dans la tire qui mène à Hollywood
Vous savez bien qu’il faut jouer des coudes
Les superstars, et les p’tites filles de Marlène
Vous coinceront Juliet dans la nuit américaine

Le père de Juliet, a aujourd’hui les mots qui se bousculent dans sa bouche tant il voudrait en dire sur sa Juliet. Juliet est morte d’un cancer (en 1990). Son père me dit qu’il est allé répandre une partie de ses cendres en montagne. Il n’était pourtant pas un escaladeur : c’était la première fois qu’il tentait ce genre d’aventure et il a eu bien peur… surtout à la descente, mais Juliet, il me dit, aurait aimé ça, elle qui disait : vous dispenserez mes cendres où vous le voudrez, même en plein désert. Nous évoquons ensemble les films de sa fille. Sur le moment, ils ne me viennent pas tous à l’esprit. Jean-Luc Godard ? ah ! je l’ai eu huit jours à la maison, celui-là, il m’a laissé un cendrier plein de mégots. Les gens, ça les ennuie les films de Godard, mais c’est parce qu’ils ne se rendent pas compte, vous comprenez, de toutes les trouvailles qu’il met dedans, et que les autres cinéastes après vont lui emprunter…

Nous parlons aussi de films récents, et l’Amant de Lady Chatterley, vous l’avez vu ? Elle est formidable la femme qui a réalisé ce film, vous avez vu tous ces détails, comme elle filme la moindre ronce, le détail des buissons… une merveille.

Et nous parlons, nous parlons encore… de Tanner, de Sandrine Bonnaire (si magnifique dans « Sans toit ni loi » d’Agnès Varda), des intermittents. Nous parlons de la guerre, de ce salaud de Destouches qui était à Grenoble et qui en a tant envoyé au STO, et qu’on fait lire maintenant dans les lycées. Nous parlons des langues, et de Léo Marjanne (« je suis seule ce soir… ») qui, en 1940, avait chanté quarante chansons en anglais.
Et nous parlons aussi de Truffaut, avec qui Juliet n’a jamais tourné, mais la petite fille du père de Juliet, qu’on voit paraît-il au bas d’un escalier dans « l’homme qui aimait les femmes », avec Charles Denner. hommequiaimaitles-femmes.1183032615.jpgVous vous souvenez de ce film ? il était magnifique, Denner. Vous vous souvenez de la fin ? quand il regarde les jambes de femmes. Il est tellement absorbé qu’il ne fait pas attention et se fait écraser par une voiture. La dernière image, c’est son enterrement… il n’y a que des femmes ! c’est beau ça quand même, hein ?

Je sens comme une envie…

Et les maraîchers seuls entendirent nos paroles.

Maman on va cueillir des pâquerettes
Au pays des merveilles de Juliet

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