Feuilleton – deuxième épisode

[Attention: toute ressemblance avec des blogs existants etc. etc.]

Antoine se mit donc à explorer consciencieusement son univers de blogs habituels. Il alla d’abord directement sur le « blog de Youxiang », ça signifie « boite aux lettres » en chinois et les auteurs du blog, ils étaient deux, un homme et une femme, l’un signant Coco et l’autre LN, disaient qu’ils avaient pendant longtemps eu un pékinois qui portait ce nom. On ne s’ennuyait pas sur celui-là : quand c’était LN qui écrivait, ça partait souvent d’un rien (une anecdote entendue sur France Inter le matin même) et puis, ça fusait sous forme d’illustrations de toutes tailles, toutes plus délirantes les unes que les autres, par exemple une reproduction de la Vénus de Milo pour les déboires d’une nageuse ou la photo d’un convoi bombardé sur une piste du Koweit  pour la dernière vague de transhumance des vacanciers (c’est dire jusqu’où ça pouvait aller). Quand c’était Coco, c’était plus sérieux, calibré, chiffré, statistifié, la carte de la Chine explosait en dizaines de couleurs représentant les pourcentages de consommateurs de yoghourts dans les différentes provinces. L’ouest était rouge, tiens étonnant, j’aurais cru le contraire, se dit Antoine, mais c’était parce que le rouge était choisi pour représenter le maximum, quant à savoir pourquoi les gens de l’ouest mangeaient plus de yoghourts, alors là par exemple c’était moins clair, influence de l’Asie Centrale sans doute, ces gens là ont toujours aimé le yoghourt, il n’y a qu’à voir les Bulgares (ah bon, ce n’est pas en Asie Centrale, la Bulgarie ? peut-être mais les Bulgares doivent bien venir de là…). Bref, à LN l’univers des mots et des images (elle avait d’ailleurs écrit un très joli texte sur la maladie de l’écriture) et à Coco celui des chiffres et des graphiques. Hmmm, se dit Antoine, ça sent le cliché, la division traditionnelle des rôles homme/femme, l’idée que l’homme penche plus à gauche, la femme plus à droite à moins que ce soit le contraire… faudra vérifier ça. Coco et LN en tout cas jouaient la complémentarité parfaite, le blog à quatre mains. Ils ne se disputaient jamais, quoique… Justement aujourd’hui perçait la lueur violette de la bisbille. C’était à propos d’un film qu’on ressortait sur Arte pour rendre hommage à un grand cinéaste italien : Coco trépignait, ah ! disait-il, quel navet ! et LN rugissait : ah ! mais quelle œuvre géniale, mon pauvre Coco t’as rien compris et ça n’en finissait pas l’échange des arguments, ah ! mais LN t’as vu ça comme on s’ennuie ! ah ! mais Coco, t’as pas été bouleversifié par cet homme qui pleure, à la fin, la disparition de la femme ? Ah, c’était ça, un film sur la disparition de la femme… eh ben dites donc en effet, c’est une triste nouvelle si c’est vrai… se dit Antoine qui aussitôt passa un coup de fil à la réception, juste afin de vérifier que Daniela était toujours là. Ouf, elle y était.

Il continua donc sa revue des blogs. Il arriva ainsi sur les écrits d’un sociologue peut-être connu, en tout cas par ses amis, et qui signait « le Nageur de Byzance », et cela pour plusieurs raisons : 1) parce qu’il aimait les rivages de la Corne d’Or, 2) parce qu’il aimait la natation et 4) parce que cette dernière justement apparaissait à ses yeux comme une métaphore de la recherche sociologique (tiens, il a oublié le 3 se dit Antoine, toujours perspicace), à savoir que quand vous nagez (à condition de bien savoir, ce qui n’est pas donné à tout le monde) vous faites les choses en deux temps : un coup vous vous immergez complètement dans le milieu aqueux (autrement dit vous en profitez pour regarder comment les petits poissons s’agitent autour de vous) et le coup d’après, vous sortez le nez hors de l’eau pour pouvoir respirer (c’est-à-dire prendre des notes, hé, hé). Le nageur de Byzance, à vrai dire, illustrait parfaitement tout ce qu’on pouvait savoir des sociologues, et en particulier deux choses : la première étant la propension de la sociologie à se dissoudre dans les querelles intestines et la deuxième, la croyance que lesdites querelles sont de la plus haute importance pour l’évolution de notre société. En particulier, il s’attardait beaucoup sur un collègue à lui, un certain Julien Lemoche, dont jamais Antoine n’avait pu deviner, au travers d’explications confuses, s’il l’adorait ou s’il le haïssait. Mais pas un mot sur Bourricot et Escabèche, qui sont quand même davantage connus… Aujourd’hui, le Nageur proposait un quizz. Ayant remarqué bizarrement que beaucoup de femmes en France se prénommaient Cécilia ( ??), il donnait une liste de noms et une liste de statuts sociaux qu’il fallait apparier. Antoine demeura perplexe : de Cécilia Bouzigues à Cécilia Zéquicella il n’en connaissait aucune… Il ne savait même pas, le pauvre, que Cécilia Zarkosys était la « femme de député suisse du Canton de Neuchâtel, représentant le Parti Ouvrier Populaire », aïe … changeons de sujet.

Sur son blog « lectures du monde », marie.barrière proposait elle aussi un quizz, quelle coïncidence ! Il s’agissait, comme presque toujours, de trouver un écrivain (ou une écrivaine) célèbre… cette fois, la devinette était : « écrivain du monde, résidant moitié en France moitié à l’étranger, sa voix grave nous assomme enchante depuis bientôt quarante-cinq ans », et comme elle voulait aider un peu, elle précisait, comme dans les mots croisés, le nombre de lettres : en cinq lettres… rien que des consonnes ! ah si seulement au scrabble, on autorisait les noms d’écrivain, se dit Antoine, sans pour autant trouver la solution… Mais qui cela peut-il bien être, continuait-il de réfléchir en cliquant sur le lien qui devait le conduire à « Estelle et les microcèbes ».

Estelle vivait dans une ville du Nord de l’Europe, qu’on pouvait difficilement identifier : elle avait des rues en pentes et perpendiculaires entre elles, des clochers un peu baroques, des musées en forme d’horloges et, semblait-il, il y faisait très froid l’hiver, avec beaucoup de précipitations neigeuses qu’il fallait repousser en congères à coup de grosses machines municipales qui coûtaient fort cher au contribuable (d’où la fameuse maxime caractéristique de cette ville : « six mois d’hiver, six mois d’impôt »). Estelle avait de plus la particularité de se passionner pour les microcèbes, qui sont de petits lémuriens qu’on ne trouve guère à l’état naturel qu’à Madagascar. Ces bestioles sont vraiment très petites : il en tient deux dans le fond d’une bouteille d’Evian en plastique. Elles ont, hélas, ou heureusement, la propriété d’avoir une durée de vie très courte et, étant des sortes de singes, sont génétiquement très proches des humains, ce qui les désigne en principe comme victimes appropriés de nombreuses expériences scientifiques, dont celles sur le vieillissement (Alzheimer, tiens toi bien), bien entendu. En somme, elles supplantent le rat. Estelle en faisait l’élevage et nous faisait part quotidiennement de ses observations, et même parfois ne pouvait réprimer des cris d’amour pour ces adorables bêtes auxquelles elle donnait à toutes un prénom. Antoine se demandait s’il n’y avait pas une Daniela parmi les microcèbes femelles. En tout cas, il trouvait cette sociologie improvisée des microcèbes tout aussi intéressante que l’autre, qui n’était pas improvisée, elle, ayant eu la chance d’avoir pour ancêtres Emile Durkheim et peut-être Ibn Kaldun, alors que la sociologie des microcèbes, avant Estelle, avait peu de grands auteurs. « Mais qui cela peut-il bien être » se demandait encore Antoine en songeant à la question de marie.barrière…

Enfin, il vogua sur quelques autres blogs, ceux des grands voyageurs, ceux des résidents à l’étranger qui nous font profiter de leur expérience lointaine. Feddblitz lui envoyait dès parution les annonces des billets postés par un Français vivant dans la petite ville de Kobinata, arrondissement de Bunkyôku. Grâce à cela, il découvrait en temps réel, en même temps que ce Français expatrié, les mœurs inhabituelles des habitants de cette contrée, comme cette habitude qu’ils ont de se vautrer sur le seuil des portes quand ils sont ronds comme des queues de pelle. Et puis bien d’autres encore qu’il venait de découvrir comme ce blog qui faisait les chroniques de la capitale du pays dans lequel justement il se trouvait en ce moment et qui racontait, avec des détails hilarants, l’incroyable difficulté qu’il y a dans cette ville, à attraper un bus, parce qu’ils vont très vite, ne s’arrêtent jamais et circulent en plein milieu de la chaussée. Tout cela le laissa éveillé quand même une bonne partie de la nuit… avant qu’il ne se décide enfin à mettre en veille son ordinateur pour aller rejoindre en ses rêves peut-être, qui sait ? la blonde Daniela et son cortège de dauphines à l’élection de Miss Vendanges. Pourtant, un dernier lien l’intriguait, qui avait pour intitulé : « les prédictions de Humahuaca ». Il ne put s’empêcher de cliquer… la petite barre horizontale en bas à droite commença à se remplir de tirets verts, mais sans aller jusqu’au bout : ça mettait du temps à se charger…

A SUIVRE

Publié dans Nouvelle | 4 commentaires

Les Bouddhas vivants ont besoin d’une autorisation pour se réincarner

La diffusion du feuilleton ne doit pas empêcher, entre les épisodes, celle de quelques nouvelles qui n’ont rien à voir avec lui mais ont leur importance.

Deux nouvelles aujourd’hui, l’une qui réjouira les quelques amis et lecteurs qui se seront inquiétés de la perte de nos bagages quelque part entre Buenos Aires, Madrid et Lyon, mais qui n’a qu’une modeste importance eu égard à l’évolution du monde : ils sont retrouvés !

L’autre qui a plus d’importance sur ladite évolution, et qui me vient du bulletin WTN (World Tibet News) auquel je suis toujours abonné : selon « The Telegraph » de Calcutta, désormais les « bouddhas vivants » auront besoin d’une autorisation officielle pour se réincarner !

Voici un extrait de la dépêche, que je n’ai pas inventée :

Totalitarian states can be cruel and comic at the same time. The latest Chinese restriction on Tibetan Buddhism would appear to come straight from the theatre of the absurd. Come September, and Tibet’s “living Buddhas” would have to queue up before religious affairs officials, application forms in hand, waiting to receive official permission to be reincarnated. The official explanation for the new restriction is that it is “an important move to institutionalize the management of reincarnation of living Buddhas”. The official version itself gives away the government’s lie. It must be a bizarre system that seeks not only to manage the religious affairs of its people but also to institutionalize them. But this is not the real import of the new regulation because China’s “management” of Tibetan Buddhism — and of all other aspects of life in Tibet — began soon after it had taken control of Lhasa in 1951. The real target of the new law is none other than the Dalai Lama. An important provision of the 14-part regulation bars any Buddhist monk living outside China from seeking reincarnation for himself or recognizing a “living Buddha”. Thus the law effectively marks the end of a tradition sustained by the Dalai Lama and the “living Buddhas”, who dominated life and culture in Tibet in his name. The Chinese had earlier tried this endgame by propping up a puppet Panchen Lama, the second most important religious leader of the Tibetans. Now they want to foist their own “living Buddhas” on the Tibetans.

Je suggère à Kiki (de Posuto’s blog) de s’emparer de l’affaire… je suis sûr qu’elle va nous illustrer ça avec son brio habituel !

Publié dans Actualité | 3 commentaires

Feuilleton – premier épisode : Daniela et les blogs

 

[eh oui, chers amis blogueurs, je commence aujourd’hui la rédaction d’une nouvelle qui paraîtra sous forme de feuilleton… – et où il sera question de vous… je ne sais pas si je terminerai. J’ai l’espoir de faire au moins aussi bien que le feuilleton qui paraît en ce moment dans « Le Monde », ce qui ne devrait pas être trop difficile, mais peut-être suis-je présomptueux… on verra]


Depuis qu’Antoine était parti en voyages, il ne lui était pas arrivé souvent de consulter son courrier électronique, ni de parcourir les blogs qu’il avait l’habitude de lire, soit que le manque évident de « wi-fi » le dispensât d’allumer son ordinateur, soit que son enthousiasme fût sérieusement refroidi à l’idée de devoir s’introduire dans un box étroit et s’asseoir sur un tabouret bancal au fond d’un de ces réduits crasseux où s’entassaient des ordinateurs à cinquante centavos la demi-heure. Il savait que, de toutes façons, la connexion était si aléatoire qu’il ne parviendrait jamais à charger les sites et les images en un temps acceptable pour sa capacité limitée de patience. Et puis tous ces gamins qui reniflaient devant des jeux imbéciles où ils n’en finissaient pas d’écraser des passants dans leurs voitures ultra-puissantes ou bien de fusiller à bout portant tout ce qui bouge, pour tout dire, l’agaçaient. La dernière fois, il n’avait pas pu s’empêcher de regarder par-dessus la cloison, pendant que se chargeait son six-cent unième mail. Il avait été horrifié, même s’il devait reconnaître que le spectacle était fascinant et qu’après tout il comprenait bien ces gosses, qui n’avaient pas tant de distractions que cela à se mettre sous la dent, au fond de cette ville perdue de la pampa. Surtout un dimanche. Il devait bien y avoir eu une course de stock-cars le matin, entre l’avenue San Juan et la piazza Libertad… mais elle était terminée, laissant les gamins à leurs rêves de voitures puissantes et… destructrices (les journaux n’en finissaient pas d’annoncer des chocs frontaux, des piétons renversés, des camionnettes mises sur le toit et vidées de leur contenu). Et dehors, il faisait froid. En plus.

Alors, pour une fois, un hôtel un peu luxueux, avec Wi-Fi (et peut-être même une chaîne de télévision francophone) cela allait être d’une bonne récréation.

Garant sa Partner grise à l’emplacement réservé pour le déchargement des bagages, il se réjouissait déjà : l’immeuble était moderne, façades de vitre et d’acier, portes de verre fumé, avec le sigle « Wi-Fi » à côté de la poignée. Au-delà du seuil, s’allongeait une banque imposante, surmontée du sourire engageant d’une jeune femme blonde, à l’accent vaguement germanique, pour autant que les connaissances d’Antoine en prononciation de l’espagnol lui permettaient d’en juger. Il voulait une chambre simple, c’était simple. Elle n’en avait pas, c’était aussi simple. Elle lui proposa donc une chambre double mais qu’il paierait au prix d’une simple, voilà qui était bien. Affaire rondement menée se dit-il en lorgnant un peu sur le décolleté de Daniela. Elle s’appelait Daniela, c’était marqué sur le revers de son tailleur. Plus tard, il constaterait en regardant des affiches qu’elle était une gloire locale : pensez, elle avait été sélectionnée pour représenter son département à l’élection de la Reine des Vendanges ! (et il l’avait reconnue sur la photo, blonde pareil et son sourire aussi pareil). Ce n’est pas elle qui avait été élue, certes, mais enfin quand même, elle avait franchi un premier obstacle, et depuis, les jeunes hommes de cette ville de moyenne importance passaient et repassaient devant la porte de l’hôtel avec leurs bagnoles gonflées et dotées de systèmes audio performants dont les basses faisaient un vacarme assourdissant. Mais elle n’en regardait aucun. Bon, ça, c’est ce que voulut croire Antoine, qui reçut en échange la clé de la chambre 402, quatrième étage donc, prendre l’ascenseur. Dans l’ascenseur, Antoine se regarda dans une glace, il avait atteint l’âge où des femmes plus jeunes que lui se disent déjà vieilles, ce qui l’agaçait : il n’avait pas envie, lui, de se dire vieux, ce à quoi pourtant la bonne logique aurait du le conduire. Bon, ses cheveux n’étaient pas (tous) blancs et il en avait encore. Il trouvait que son regard de myope était encore alerte, prêt à s’occuper de ce qui passait à côté de lui : femmes jeunes ou vieilles, enfants espiègles, œuvres d’art du XXème siècle, poteries pré-colombiennes, lamas grinçant des dents… Pourtant il savait qu’il était un peu bigleux et qu’il n’était jamais fichu le matin, en se rasant, de trouver la bombe de mousse qui était devant son nez.

Une fois dans la chambre, il constata avec désolation que la fenêtre ne donnait même pas sur une vraie cour intérieure, mais sur une sorte de cheminée, oui on pouvait appeler ça comme ça, une sorte de réduit de quatre mètres carré surmonté de dix étages, et qu’en tout cas, il ne voyait pas le ciel, il ne verrait jamais le ciel, sauf à ouvrir la fenêtre à glissière et à y passer le cou, quitte à tordre ce dernier pour que la tête soit en position couchée, le regard vers le haut et là encore il ne verrait jamais qu’un carré désolant qui ne lui permettrait en aucun cas de se faire une idée du temps qu’il fait, vu que même si le carré était bleu, cela ne voudrait rien dire, tout le reste du ciel pouvant fort bien être empli de gros nuages gris annonciateurs d’une pluie insistante voire même… d’ une neige qui, inévitablement, deviendrait triste et sale.

Bon, la télé marchait, c’était déjà ça. Et le wi-fi… bôf, le wi-fi, il fallait une clé. Il alla la chercher à la réception où il en profita pour faire les yeux doux à Daniela, qui ne s’en aperçut pas, car elle était perdue dans la rédaction d’une note pour un client qui devait partir tôt le lendemain matin, ce qui était ennuyeux car on ne pourrait pas savoir s’il allait, avant de partir, consommer des alcools du frigo ou non. Il assurait que non. Antoine recopia la clé sur un bout de papier à l’entête de l’hôtel (il y avait le mot « Olivos » dans le nom de l’hôtel) et remonta, joyeux, vers la chambre 402.

Là, il se mit à bloguer. D’abord son blog pour voir si on lui avait mis des commentaires sur ses derniers posts. Il avait entrepris, quand il le pouvait, d’envoyer de brèves notes relatant son voyage, du moins les étapes les plus significatives. En retour, il recevait des commentaires d’encouragement, des gens qui lui disaient que ses photos étaient belles et qu’il en avait bien de la chance de voyager dans un si beau pays. Les gens qui lui envoyaient des commentaires étaient devenus ses amis. Pourtant il savait bien que ce n’étaient pas de vrais amis. C’était des amis VIRTUELS. Voilà toute la différence, en principe, un ami, on lui serre la louche, on peut même lui faire la bise, bref on a un contact physique avec. Alors que là, le contact est tout sauf physique… il est magique, en quelque sorte. Coupez l’électricité et plouf, c’est le grand noir : plus de relations du tout. Qu’un de ces blogueurs se déconnecte : il tombe dans un trou noir où vous n’irez pas le repêcher car vous n’avez aucune idée de l’endroit où il crèche… Le Net est un monde de fantômes, d’ectoplasmes discrets qui se rappellent à votre attention quand bon leur chante. Antoine sourit en pensant cela et en revoyant une page d’un livre sérieux de Daniel Dennett, le philosophe américain, qui, pour sérieux qu’il fût, donnait en exemple un extrait de la bande dessinée intitulée « Casper, le gentil fantôme », qui, immatériel, était capable de traverser les murs, mais pourtant était assez matériel pour se saisir d’une serviette en train de tomber. C’était l’illustration de l’absurdité du dualisme cartésien, caricaturé dans l’expression utilisée par Gilbert Ryle de « fantôme dans la machine ». Avec Internet, on était en plein dualisme : un monde d’ectoplasmes interférant avec un univers matériel. Il se dit qu’un jour, il essaierait de provoquer une rencontre avec ses correspondants mystérieux, mais était-ce seulement possible ? et arrivait alors la question lancinante, inévitable : EXISTAIENT-ILS VRAIMENT ? qu’est-ce qui prouvait qu’ils n’étaient pas de pures fictions, inventées par un méga-serveur ? Ce qui l’amusait beaucoup était de se rendre compte que sur son blog, bien souvent, il avait écrit des choses qu’il n’aurait pas dites à ses vrais amis… car ses « vrais » amis se seraient peut-être détournés au moment qu’il allait les dire, allaient lui faire sentir qu’ils n’étaient pas intéressés, ou qu’ils ne souhaitaient pas parler de sujets si « sérieux ». Alors que là, dans ce silence sidéral, il pouvait tout dire, il pouvait même espérer que cela allait intéresser des interlocuteurs lointains, et même pire : il pouvait penser que ses « vrais » amis, confondus avec ses amis virtuels, allaient lire ce qu’il ne leur aurait pas dit et que, contrairement à ses craintes, cela allait les intéresser !

Plein de ces réflexions, il commença donc l’exploration des blogs qui lui étaient habituels….

A SUIVRE

Publié dans Nouvelle | Un commentaire

Erreur technique

Je viens de me rendre compte grâce aux Posutos (merci à eux!) que j’avais mis des photos beaucoup trop lourdes à charger sur mes posts. Eh oui, on en apprend tous les jours, je n’avais pas vu qu’il fallait d’abord les compresser pour le web avant de les mettre en ligne! Je prie tous mes amis blogueurs de m’en excuser. Je viens de modifier presque toutes les illustrations de mes dernières « cartes postales »: je crois que maintenant ça va mieux, si ce n’est pas encore le cas, me le signaler! Merci!

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Erratum

Eh bien, je m’étais trompé, C. d’ailleurs me l’avait bien dit : ce n’est pas Cosey qui a dessiné Puente del Inca (ce qui ne retire rien au fait qu’il soit un de mes dessinateurs préférés, j’y reviendrai, par exemple il est le seul que je connaisse à avoir fait un album très dense sur le plan narratif sans le moindre texte), c’est dans un album, ou plutôt une série d’albums, qui s’appelle « Névé », exactement dans le premier d’entre eux, sous-titré « Bleu regard ». Les auteurs sont Dieter et Lepage. Les dessins de montagne sont très beaux, bien que… le dessinateur ait un peu triché en nous faisant croire qu’on voit l’Aconcagua depuis Puente del Inca, ce qui n’est pas vrai (comme je l’ai dit l’autre jour, il faut monter un peu plus haut). Et puis, c’est drôle la mémoire hein ?, j’étais persuadé que sur ces dessins, on voyait la petite chapelle…

puentedelinca5comp.1186418767.JPG

neve050.1186393252.jpgneve2051.1186393284.jpg

Publié dans BD, Voyages | Laisser un commentaire

Carte postale de vacances n°12 (la dernière…)

Last day in B-A… hier, la météo était au plus exécrable, une pluie bleutée le matin, jaunâtre le soir s’abattait sur la ville et on n’y voyait pas à cinquante mètres. Le quartier si vivant d’habitude paraît-il de Palermo était désert.

dsc_0373.1186352912.JPG

Le port moderne de « Puerto Madero », qui a détrôné La Boca, avait l’allure des quais de brume qui ne sont parcourus par aucune âme qui vive. Les docks ont été transformés en restaurants et brasseries de luxe, mais en ce jour-là vides, désespérément vides.

dsc_0408.1186352883.JPG

dsc_0410.1186352866.JPG

Aujourd’hui, un peu de ciel bleu apparaît mais il fait froid. Nous déambulons dans les beaux quartiers. Beaux quartiers il y a. L’avenue de Alvear, le bout de Puyreddon, les alentours de la Recoleta, tout cela est très seizième.dsc_0391.1186353334.JPG

Par ce froid, les musées sont des homes de réconforts. MALBA est le plus beau, MNBA est un peu trop fourre-tout (mais il a une si belle petite salle d’art précolombien…). MALBA est très moderne, installé dans un bâtiment récent, quartier des ambassades. On expose à MALBA un grand nombre d’artistes sud-américains dont certains nous sont presque inconnus… vous connaissiez Xul Solar ?

obra_11_0c.1186352994.jpg

Antonio Berni ? obra_22_0c.1186353021.jpgce sont de grands artistes des années vingt, trente et quarante. Xul Solar a certainement subi l’influence de Klee et de Chagall, Berni a eu une inspiration multiforme, une sorte de Picasso argentin qui a touché à tous les styles, et à tous les matériaux, qui, comme Picasso, a un temps endossé l’habit du peintre engagé, matérialiste, proche des gens (dans ses œuvres inspirées par les grèves, les manifestations). Egalement œuvres de Matta, Wilfredo Lam, Julio Le Parc, et bien sûr Frida Kahlo

 

obra_10_0c.1186352980.jpg

obra_20_0c.1186353008.jpg

(Roberto Matta)

Puerto Madero se fait plus accueillant sous le soleil même froid.

 

Avion. Retour. Long vol. Escale à Madrid. Perte de nos bagages(*) [j’ai déjà dit : EVITEZ IBERIA !!!]. Grenoble. L’été ! et oui, c’est l’été à Grenoble et il ne fait même pas trop chaud…

 

(*) si jamais elles sont définitivement perdues : adieu la sculpture de Salta, adieu mes aquarelles…

Publié dans Voyages | 4 commentaires

Carte postale de vacances n°11

Retour à B-A…. Nous avons très froid, tout encapuchonnés que nous sommes dans nos gros anoraks. La route fut longue, certes, depuis Mendoza (quatorze heures de car, la nuit, route toute droite, vitesse uniforme, confort des gros Pullmann, sièges inclinables) mais il fallait la faire. La « camionetta » a été confiée à un garage de Mendoza où un monsieur Fernando Lopez la gardera consciencieusement jusqu’à ce que son légitime propriétaire la reprenne.
Ma première impression de Buenos Aires avait été mitigée (voir mon post du 5 juillet) et puis je m’en étais excusé, j’ai dit que j’avais été injuste. Je ne sais pas si j’ai été si injuste que ça : après tout, c’est vrai que Buenos Aires est une grande ville sale et polluée, que les bus déboulent en trombe dans des rues très étroites et que les piétons n’ont aucune priorité, même aux passages qui leur sont en principe alloués (et pas seulement dans la capitale, à Mendoza, nous avons vu une victime se faire emmener par une ambulance). Cela, même les amoureux de cette ville le reconnaissent, comme l’auteur de ce blog : « les chroniques de Buenos Aires » qui, en fait, dit tout ce qu’il faut savoir sur la capitale argentine. Mais il ne faudrait pas la limiter à cela. Buenos Aires c’est aussi de larges avenues, comme la Cordoba ou la Diagonal, qui ont peu de choses à envier aux plus belles avenues de Paris, Madrid ou Barcelone, la place de Mai (rendue tristement célèbre par les cortèges de mères et épouses de disparus au cours de la répression féroce des années soixante-dix) et puis ses quartiers extraordinairement pittoresques.

Ainsi La Boca. Quartier éminemment célèbre. Quartier très pauvre qui s’est fait connaître principalement par son club de foot (Boca Junior) et son idole immanquable : Diego Maradona. Quartier devenu incroyablement touristique. Le « Montmartre » de Buenos Aires…. avec de gros cars qui déchargent leurs cargaisons de touristes à partir de midi, en gros. Heureusement, nous y étions tôt le matin, et pour y venir, nous avions pris un bus : le 29. Prendre un de ces fameux bus « qui déboulent en trombe » dans les rues de Buenos Aires…. drôle de jeu. Vous achetez d’abord un petit guide de poche (neuf pesos), lequel contient toutes les lignes, données dans une longue énumération (il y en a quatre-vingt pages). Vous trouvez au début l’index des rues, vous pointez l’endroit d’où vous partez et celui où vous allez, vous essayez de trouver un numéro de ligne de bus commun aux deux. Quand vous l’avez, vous vous reportez à un morceau de carte de la ville (il y en a trente-six), chaque morceau étant lui-même découpé en 24 petits carrés. Sur la page vis-à-vis du plan, vous avez les mêmes 24 petits carrés reproduits, qui renferment une suite de numéros : ce sont les lignes de bus qui passent dans la zone. Donc vous cherchez un carré avec votre numéro, quand vous l’avez, vous explorez le carré « pour de vrai », ça peut prendre longtemps… en général, ce n’est pas la peine de demander de l’aide : les gens ne savent pas. Au bout d’une errance qui peut être longue, vous apercevez enfin votre bus qui fonce avec fracas. Enfin vous l’arrêtez et là, c’est le bonheur… inutile d’aller à la Foire du Trône ou son équivalent, vous avez tout sous la main, la vitesse, les cahots, les sensations fortes.
Et il vous dépose à La Boca.
Là, j’ai dit déjà : les touristes, mais aussi les laboca1comp.1186416914.JPGdanseurs de tango pour touristes, les expositions d’artistes pour touristes, les policiers pour touristes etc. et même, et même : un sosie de Maradona qui vous propose de le prendre en photo !tango.1186090550.jpg
Mais il faut dire que toutes ces couleurs sont extrêmement photogéniques. Elles proviennent d’une idée des émigrants, surtout italiens, des années 1880, qui s’étaient établis là, à un repli de la rivière, pour travailler à l’exportation du bœuf, et qui se mirent à peindre les murs souvent recouverts de tôle de leurs habitations (peut-être piquaient-ils la peinture dans les bateaux amarrés au port, c’est ce qu’on laisse sous-entendre…). De nos jours, il semble évident que toutes ces couleurs sont maintenues pour l’industrie du tourisme, mais si on s’éloigne un peu du cœur (« El Caminetto ») hyper touristique de la zone (ce qui ne devrait pas se faire pour cause de danger, si on en croit les guides touristiques et même une brave dame que nous avons croisée sur notre chemin le long de la voie ferrée !) on trouve encore des rues colorées ou en tout cas des maisons ayant ce style si particulier, avec la différence que celles-ci laissent transparaître, à côté des plus vives, beaucoup de misère. La Boca est avant tout un quartier populaire, un quartier qui a subi la répression durement.laboca3comp.1186417209.JPGlaboca2comp.1186417187.JPG
Un autre quartier est passionnant, c’est San Telmo, que certains guides présentent comme une sorte de « quartier du Marais », c’est-à-dire un quartier autrefois mis de côté, et qui est devenu à la mode aux époques récentes, riche en magasins d’antiquités et de brocante. San Telmo et ses multiples galeries, sa place centrale, la place Dorrego (qui héberge paraît-il certains jours un marché d’antiquaires) :une vraie caverne d’Ali Baba.
santelmo1comp.1186417228.JPGA croire que tous les habitants de Buenos Aires ont déversé ici leurs trésors au temps des crises économiques…. Un mobilier somptueux (surtout en ce qui concerne le style « art nouveau », ou bien celui des années trente) qui pourrait enrichir des centaines de palais, des robes usées mais aux dentelles et volutes raffinées, tous les vieux jouets du monde, tous les appareils-photos, les gramophones à pavillon, les téléphones à manivelle, les postes à galène, les hélices en bois de vieux Morane, les affiches de cinéma d’un autre temps, et parfois un bric-à-brac tel que le propriétaire de la boutique ne peut sans doute plus accéder à tous les objets qu’il conserve.
santelmo2comp.1186417245.JPGEt des bistrots immémoriaux où la patine du temps a pris la forme de traces d’écriture gravées dans le bois des tables et des comptoirs, où des dames en fourrure un peu mitée attendent leur galant pour un hypothétique dernier tango…

Publié dans Voyages | 3 commentaires

Carte postale de vacances n°10

Soixante dix kilomètres plus loin qu’Uspallata, le célèbre Puente del Inca est le point de départ des expéditions vers l’Aconcagua. Arc naturel au-dessus du rio Mendoza, y vécurent des Incas, mais les habitations incas ont disparu et à la place… on a construit cette hideuse bâtisse qui fut un hôtel, aujourd’hui désaffecté.

 

puentedelinca1comp.1186417822.JPG

 

Un kilomètre plus loin commence le parc de l’Aconcagua. Il est en ce moment fermé pour cause de saison hivernale. De l’entrée du parc, nous devrions voir ce « bon » géant, s’il ne refusait aujourd’hui de se montrer, triste et seul derrière sa couche de nuages.

 

puentedelinca3comp.1186417899.JPG

« Bon géant » est un compliment peut-être indu : tout réputé facile qu’il soit (par sa voie ordinaire, ce qui n’est pas le cas par sa face sud), il a rejeté vers la mort nombre de ses courtisans. Un kilomètre en aval de la station, émerge d’ailleurs de la neige le petit cimetière des andinistes.puentedelinca4comp.1186417915.JPG

 

 

 

 

 

Je revois les images d’une bande dessinée de Cosey (mon auteur de BD favori) où le dessinateur avait reproduit fidèlement le lieu : le cimetière, le pont et un peu au-dessus la petite église… puentedelinca2comp.1186417883.JPGDe retour en France, je rechercherai la référence exacte! Je ne me souviens plus si Cosey faisait figurer dans sa BD la petite auberge de jeunesse toute rouge, qui a l’air bien sympathique, ni s’il avait dessiné la jeune voyageuse allongée sur un banc le long de la façade, et qui lisait Harry Potter…

 

Publié dans Voyages | Laisser un commentaire

Carte postale de vacances n°9

Ça y est, on l’a vu !

Quoi ?

L’Aconcagua

 

aconcaguacomp.1186418395.JPG

C’est ce grand rocher blanc au-dessus des Andes….

C. peut le rajouter à sa collection des plus hauts sommets, elle dont c’est le rêve depuis sa plus tendre enfance de les voir tous… mais elle a encore fort à faire. Il faudrait aller voir encore… le Kilimandjaro, le Mt McKinley, et même ces montagnes du Pamir qui portent des noms si démodés (Pic Lénine, Pic du Communisme…), sans oublier encore les monts du Caucase, bref, on n’a pas fini d’en voir, des grands rochers blancs posés au-dessus du monde entier !

 

andes-raffineriescomp.1186418488.jpg

(les Andes depuis la sortie de Mendoza)

Là, je vous écris d’Uspallata, station de montagne entre Mendoza et le parc national de l’Aconcagua. Station de montagne… bon, c’est pas St Moritz quand même ! c’est juste qu’à l’endroit où la route internationale fait un virage à angle droit vers la gauche (en montant), on a construit sur la droite une rue avec des maisons en planches ou en briques dont certaines se désignent comme des hôtels. Pendant leurs vacances d’hiver (c’est-à-dire en ce moment, on tombe à pic !) les gens un peu fortunés de la capitale viennent prendre villégiature ici et font chaque jour environ 70 kms pour se rendre à la station de ski de Los Penitentes, juste avant la frontière avec le Chili. D’Uspallata même (le nom vient du quechua, comme souvent dans la région, Aconcagua aussi c’est du quechua, d’après ce que j’ai compris Uspallata veut dire « cité des cendres »), on ne voit pas l’Aconcagua : il est caché par les premières montagnes. Mais fort heureusement, nous avons trouvé une petite agence de trekking (4X4 Fototraversias, recommandée par le Lonely Planet) qui nous a proposé une joyeuse petite marche de six heures pour monter sur une des ces montagnes basses en face de la chaîne et nous avons pris nos grosses godasses de montagne (ouf ! enfin, elles servent !) et avons suivi notre guide sympa jusqu’à 3400 mètres, d’où, là, enfin, on L’a vu !

 

uspallatacomp.1186418413.JPG

Nous avons aussi contemplé la vallée, étonnamment large, avec une rivière qui perd ses méandres dans le sable, un peu comme… oui, un peu comme certaines vallées tibétaines (je n’irai pas jusqu’à faire la comparaison avec la vallée du Tsang Po, autrement plus majestueuse, d’ailleurs le fleuve, il faut le traverser en bateau et pendant toute la traversée les petits vieux font tourner leur moulin à prières pour que l’esquif ne sombre pas) et d’ailleurs figurez-vous, ceux ou celles qui ne sont pas au courant : c’est ici justement que Jean-Jacques Annaud a tourné « Sept Ans au Tibet » (oui, Brad Pitt nous a précédé à Uspallata).

Auparavant bien sûr, nous nous étions arrêtés dans la ville de Mendoza. Une oasis au milieu d’un paysage totalement plat et désertique.

mendoza1-nb.1185830367.jpg

Il paraît que Mendoza a hérité du plan d’irrigation mis en place par les Indiens (encore une fois une révérence envers les premiers habitants du lieu…). Il en résulte de magnifiques avenues bordées d’arbres en tous genres (eucalyptus, acacias, sycomores…), mais comme la ville fut victime de graves tremblements de terre, peu de vraies maisons anciennes subsistent. Certaines pourtant ont une belle architecture, avec fenêtres et balcons comme en Espagne.mendoza2-nb.1185830414.jpg

J’étais déjà venu une fois à Mendoza, il y a une dizaine d’années, j’avais hélas constaté qu’il n’y avait pas grand-chose à y faire, à part boire (excellents vins !) et manger (viande, viande, viande, et même si vous ne mangez pas de la viande vous en mangez quand même tellement en sortant des restaurants vos cheveux et vos vêtements sont imprégnés de l’odeur de la parillada). Les choses n’ont pas changé en dix ans.

(le cuisinier du comedor du mercado central de Mendoza)

bouchercomp.1186418430.JPG

Publié dans Voyages | Un commentaire

Carte postale de vacances n° 8

talampayo2comp.1186419261.JPGQuand on voyage, parfois, on ne sait plus très bien où on est ni où l’on va… vous vous retrouvez sans savoir le chemin qui vous y a conduit, un beau jour, dans une ville moche, un dimanche qui plus est, jour sinistre s’il en est dans les villes moches et sales, tiens par exemple on dirait à Tucuman, capitale de la province du même nom, toujoursdans le Nord-Ouest de l’Argentine, et vous vous dites : bon, maintenant où on va? Au nord? Non, on en vient, et nous n’avons pas pu passer la frontière bolivienne, à l’est, à l’ouest, au sud? Allez, optons pour le sud-ouest, et c’est comme ça qu’on roule, qu’on roule, qu’on dépasse Catamarca, La Rioja, toutes ces villes que l’on évite pour être le plus loin possible des villes et qui, du coup, ne nous présentent que leurs derrières un peu sales de villes étouffées par des faubourgs sombres et plutôt miséreux, et que l’on élit domicile dans un coin de campagne, vaguement signalé par les guides comme un centre d’excursions: San Agustin delle Valle Fertil… quel joli nom… au vallefertilcomp.1186419212.JPGpied de la Sierra delle Valle Fertil. Quand fut-elle fertile cette vallée? Yo no se… actuellement, elle ne le semble pas beaucoup, pas assez d’eau. Mais à la Valle Fertil, il y a tout ce qu’il faut: un cybercafé (même si Internet est très lent), une épicerie, une banque, une station YPF, un hospedaje (de Los Olivos) tenu par un Antonio bien sympathique qui part vers 7 h du soir acheter notre repas du soir, de la viande bien sûr (éviter la viande ici est presque aussi difficile qu’éviter les huîtres à Cancale ou alors il faut être en ville dans des restaurants de luxe). A l’hospedaje, il y a un bon gros chien, qui s’appelle Pampa (eh oui, en Argentine, les chiens s’appellent Pampa, comme les femmes sappellent Evita et les hommes Juan). Pampa dort toute la journée et le soir encore plus, mais au coin du feu.

A San Agustin, nous rencontrons Aude et Amandine, deux jeunes françaises qui vont commencer, à cette rentrée, d’exercer le métier de professeur des écoles à Agen et à Marmande. Elles parcourent l’Argentine en stop, n’embarquant que dans les camions, qui sont plus sûrs, et elles viennent comme ça d’Ushuaia, avec leur petit sac (Iberia leur a perdu leurs bagages!). Nous laissons Aude et Amandine un mardi matin sur un embranchement d’où elles peuvent prendre un lift pour La Rioja.

Et nous, nous poursuivons notre chemin vers le parc d’Ishigualasto, un parc national connu pour ses découvertes en matières géologique et paléontologique, pensez: le plus vieux et le plus cruel dinosaure du monde a été découvert à l’état fossile ici: le Herrerasaurus. Le parc offre paraît-il le seul endroit du monde où l’on trouve de manière bien visible toutes les couches du triassique. On se croirait feuilletant les beaux ishigualasto2comp.1186419240.JPGlivres de notre enfance sur la préhistoire et les merveilles du monde. Il y a un revers à la médaille: on ne peut visiter un tel parc qu’en formant une caravane de voitures qui défilent les unes derrière les autres (avec cinq arrêts imposés, et seulement cinq) pendant trois heures…. Ah! certes, ce n’est plus de la découverte, vous n’avez plus la petite excitation de chercher vous-mêmes entre les rochers la fleur rare ou la gravure rupestre, non, on vous dit: là il y a une feuille d’acanthe fossilisée, et il y a, en effet, une feuille d’acanthe fossilisée!

 

acanthe.1185561309.jpg

Clic! Photo! Merci, monsieur le guide!

Le lendemain, ce sera encore pire: au parc national Talampaya, nous allons découvrir un nouveau concept: le TOURISME SURVEILLE. Cette fois, la seule manière de visiter ce canyon autrefois parcouru par des bergers indiens est d’accepter d’entrer dans des minibus (à un tarif assez élevé) qui nous « promènent », dans tous les sens du mot, entre des parois d’un rouge profond que nous n’avons même pas le droit d’approcher (des fois qu’on les salisse!)… et de subir les commentaires insipides d’un guide au cours des quatre arrêts réglementaires. Un arrêt est consacré aux pétroglyphes, restes graphiques de civilisations antérieures dont on ne nous donne pas le nom… un peuple sans nom aurait erré par là… entre mille ans et un siècle aupravant (!).

Il est, de façon générale, étrange de lire et d’entendre sans arrêt que ces anciennes civilisations sont les « ancêtres » des Argentins actuels (« nos » ancêtres), lesquels sont plutôt, de manière évidente, descendants d’européens migrants… sans compterishigualastocomp.1186419225.JPG que, les vrais ancêtres, eux, ont passé leur temps à exterminer les nouveaux ancêtres revendiqués plutôt qu’à les glorifier… mais tout n’est pas idéal en Argentine… un autre post vous en convaincra… en particulier, la place dévolue aux Indiens est sans doute la plus réduite de tous les pays d’Amérique du Sud. Les descendants d’Indiens se trouvent surtout au Nord (et encore, souvent, ce sont des immigrants boliviens), mais ailleurs, y en a-t-il encore seulement? Et puis, ici, tout est privatisé même les parcs soi-disant nationaux, toutes ces manières qui sont faites pour nous empêcher de nous promener librement sont autant de façons de remplir les caisses de propriétaires privés, et les arguments de « préservation de l’environnement«  ne sont que des prétextes pour faire fonctionner une entreprise de transport qui affrète les minibus. Tremblons qu’un jour un gouvernement libéral en France ne transforme nos parcs régionaux et nationaux (le Vercors…) en entreprises privées de ce type… on paierait très cher la ballade de Corrençon au col du Rousset… !

condorcomp.1186419429.JPG

(et le condor passa…)

Publié dans Voyages | 3 commentaires