Carte postale de vacances n°11

Retour à B-A…. Nous avons très froid, tout encapuchonnés que nous sommes dans nos gros anoraks. La route fut longue, certes, depuis Mendoza (quatorze heures de car, la nuit, route toute droite, vitesse uniforme, confort des gros Pullmann, sièges inclinables) mais il fallait la faire. La « camionetta » a été confiée à un garage de Mendoza où un monsieur Fernando Lopez la gardera consciencieusement jusqu’à ce que son légitime propriétaire la reprenne.
Ma première impression de Buenos Aires avait été mitigée (voir mon post du 5 juillet) et puis je m’en étais excusé, j’ai dit que j’avais été injuste. Je ne sais pas si j’ai été si injuste que ça : après tout, c’est vrai que Buenos Aires est une grande ville sale et polluée, que les bus déboulent en trombe dans des rues très étroites et que les piétons n’ont aucune priorité, même aux passages qui leur sont en principe alloués (et pas seulement dans la capitale, à Mendoza, nous avons vu une victime se faire emmener par une ambulance). Cela, même les amoureux de cette ville le reconnaissent, comme l’auteur de ce blog : « les chroniques de Buenos Aires » qui, en fait, dit tout ce qu’il faut savoir sur la capitale argentine. Mais il ne faudrait pas la limiter à cela. Buenos Aires c’est aussi de larges avenues, comme la Cordoba ou la Diagonal, qui ont peu de choses à envier aux plus belles avenues de Paris, Madrid ou Barcelone, la place de Mai (rendue tristement célèbre par les cortèges de mères et épouses de disparus au cours de la répression féroce des années soixante-dix) et puis ses quartiers extraordinairement pittoresques.

Ainsi La Boca. Quartier éminemment célèbre. Quartier très pauvre qui s’est fait connaître principalement par son club de foot (Boca Junior) et son idole immanquable : Diego Maradona. Quartier devenu incroyablement touristique. Le « Montmartre » de Buenos Aires…. avec de gros cars qui déchargent leurs cargaisons de touristes à partir de midi, en gros. Heureusement, nous y étions tôt le matin, et pour y venir, nous avions pris un bus : le 29. Prendre un de ces fameux bus « qui déboulent en trombe » dans les rues de Buenos Aires…. drôle de jeu. Vous achetez d’abord un petit guide de poche (neuf pesos), lequel contient toutes les lignes, données dans une longue énumération (il y en a quatre-vingt pages). Vous trouvez au début l’index des rues, vous pointez l’endroit d’où vous partez et celui où vous allez, vous essayez de trouver un numéro de ligne de bus commun aux deux. Quand vous l’avez, vous vous reportez à un morceau de carte de la ville (il y en a trente-six), chaque morceau étant lui-même découpé en 24 petits carrés. Sur la page vis-à-vis du plan, vous avez les mêmes 24 petits carrés reproduits, qui renferment une suite de numéros : ce sont les lignes de bus qui passent dans la zone. Donc vous cherchez un carré avec votre numéro, quand vous l’avez, vous explorez le carré « pour de vrai », ça peut prendre longtemps… en général, ce n’est pas la peine de demander de l’aide : les gens ne savent pas. Au bout d’une errance qui peut être longue, vous apercevez enfin votre bus qui fonce avec fracas. Enfin vous l’arrêtez et là, c’est le bonheur… inutile d’aller à la Foire du Trône ou son équivalent, vous avez tout sous la main, la vitesse, les cahots, les sensations fortes.
Et il vous dépose à La Boca.
Là, j’ai dit déjà : les touristes, mais aussi les laboca1comp.1186416914.JPGdanseurs de tango pour touristes, les expositions d’artistes pour touristes, les policiers pour touristes etc. et même, et même : un sosie de Maradona qui vous propose de le prendre en photo !tango.1186090550.jpg
Mais il faut dire que toutes ces couleurs sont extrêmement photogéniques. Elles proviennent d’une idée des émigrants, surtout italiens, des années 1880, qui s’étaient établis là, à un repli de la rivière, pour travailler à l’exportation du bœuf, et qui se mirent à peindre les murs souvent recouverts de tôle de leurs habitations (peut-être piquaient-ils la peinture dans les bateaux amarrés au port, c’est ce qu’on laisse sous-entendre…). De nos jours, il semble évident que toutes ces couleurs sont maintenues pour l’industrie du tourisme, mais si on s’éloigne un peu du cœur (« El Caminetto ») hyper touristique de la zone (ce qui ne devrait pas se faire pour cause de danger, si on en croit les guides touristiques et même une brave dame que nous avons croisée sur notre chemin le long de la voie ferrée !) on trouve encore des rues colorées ou en tout cas des maisons ayant ce style si particulier, avec la différence que celles-ci laissent transparaître, à côté des plus vives, beaucoup de misère. La Boca est avant tout un quartier populaire, un quartier qui a subi la répression durement.laboca3comp.1186417209.JPGlaboca2comp.1186417187.JPG
Un autre quartier est passionnant, c’est San Telmo, que certains guides présentent comme une sorte de « quartier du Marais », c’est-à-dire un quartier autrefois mis de côté, et qui est devenu à la mode aux époques récentes, riche en magasins d’antiquités et de brocante. San Telmo et ses multiples galeries, sa place centrale, la place Dorrego (qui héberge paraît-il certains jours un marché d’antiquaires) :une vraie caverne d’Ali Baba.
santelmo1comp.1186417228.JPGA croire que tous les habitants de Buenos Aires ont déversé ici leurs trésors au temps des crises économiques…. Un mobilier somptueux (surtout en ce qui concerne le style « art nouveau », ou bien celui des années trente) qui pourrait enrichir des centaines de palais, des robes usées mais aux dentelles et volutes raffinées, tous les vieux jouets du monde, tous les appareils-photos, les gramophones à pavillon, les téléphones à manivelle, les postes à galène, les hélices en bois de vieux Morane, les affiches de cinéma d’un autre temps, et parfois un bric-à-brac tel que le propriétaire de la boutique ne peut sans doute plus accéder à tous les objets qu’il conserve.
santelmo2comp.1186417245.JPGEt des bistrots immémoriaux où la patine du temps a pris la forme de traces d’écriture gravées dans le bois des tables et des comptoirs, où des dames en fourrure un peu mitée attendent leur galant pour un hypothétique dernier tango…

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3 commentaires pour Carte postale de vacances n°11

  1. chroniqueba dit :

    C’est amusant cela fait presque deux ans que je vis à Buenos Aires et ne je n’ai encore jamais été à la Boca et n’est été que de rares fois à san Telmo. Etrangement je ne sens pas vraiment à Buenos Aires dans le sud de la ville.

    J’aime particulièrement les quartiers non touristique. Certe il n’y a pas grand chose à voir pour un touriste et il est nécessaire de prendre le métro et un voir deux bus pour y arriver, mais y vivre est un vrai bonheur.

    J’ai bien rigolé dans votre description des colectivos et de la guia T. Pour ce qui est des voitures j’ai pris l’habitude de taper sur celle qui passent trop près de moi, ça ne sert à rien, mais ça fait un bien fou. J’envisage même de me balader avec une batte de baseball pour faire comprendre aux porteniens véhiculés que les piétons existent. Qui sait cela va p’tre rentrer ainsi dans leur caboches, les français et les italiens ont réussit à se domestiquer alors pourquoi pas les argentins.

    Merci pour la p’tite pub. Votre blog à l’air bien sympa, je regarderai régulièrement.

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  2. Alain dit :

    C’est sympa d’avoir répondu, merci. Aujourd’hui, le temps était particulièrement exécrable! Nous avions prévu de nous balader dans Palermo, nous avons pris le métro à Gral San Martin, j’ai pensé à vous en passant à la station Puyrredon 🙂 et en regardant les gens dans le métro (notamment les gamins dont vous parlez, qui essaient de vendre leurs décalcomanies). Arrivés dans Palermo, il pleuvait, presque tout était fermé, pas un chat dans les rues…. la place Serrano était complètement vide, heureusement nous avons trouvé dans le coin une belle librairie, et finalement, nous nous sommes repliés sur le MALBA. Inutile de dire que nos essais de trouver un bus pour y aller sont restés infructueux et que, lâchement, nous sommes rabattus sur les taxis! Le MALBA est vraiment superbe, tant d’artistes argentins que nous ignorons en Europe (comme Berni ou Xul Solar)…
    Ensuite, nous avons voulu voir Puerto Madero… mais on n’y voyait pas d’un pont à l’autre! En ce qui concerne le traffic, oui, c’est terrible… en tout cas je ne me souvens pas avoir vu un seul vélo s’aventurer dans cette jungle!
    Faites attention à vous!
    Je continuerai aussi à lire votre blog (et à admirer vos photos).
    amicalement,
    A.L.

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  3. Quelle aubaine de pouvoir voyager ainsi avec vous, pourtant si éloignés que nous sommes derrière l’abri de nos écrans familiers. Buenos Aires…

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