Vercors, ô ma douleur

???????????????????????????????« La première fois que Beaumont dut faire connaissance avec sa douleur, ce fut au lit, vers quelque chose comme trois heures vingt-cinq du matin. Il se retourna sur le matelas, péniblement, et sentit la résistance des couvertures et des draps qui participaient à son mouvement de rotation, mais d’une façon incongrue, en s’y opposant. Comme si une main invisible avait tordu les tissus autour de son torse et de ses hanches immobiles ». On se souvient de cette courte nouvelle de J.M.G. Le Clézio, qui date de 1964 (nouvelle de jeunesse). C’est un peu ce qui m’est arrivé l’autre fois en descendant d’un col du Vercors par un chaud après-midi de juin qui succédait ainsi à une longue suite de journées fraîches voire pluvieuses qui avaient jalonné un printemps particulièrement pourri. Nous avions franchi une première fois ce col peu avant midi, d’un bon pas alerte. Ma compagne avait même exprimé la satisfaction que nous étions, pour une fois, nettement en avance sur l’horaire, d’au moins vingt-trois minutes, mais en moi-même je calculais que notre avantage était encore supérieur. Puis nous avions basculé de l’autre côté. Oui, basculé, c’est comme ça qu’on a pris l’habitude de dire quand il s’agit d’un col, tant il est vrai que, parvenu sur cette petite portion de sol, atteinte enfin comme la plus haute marche d’un escalier de pierres, et qui surplombe la vallée avec à gauche toute la ville, à droite quelques villages qui s’égrènent de Vif à Prélenfrey et même jusqu’à cette petite tache bleue turquoise qui se cache en partie derrière un promontoire, qu’on appelle le Lac, le lac de Monteynard, vous n’avez plus qu’à plonger de l’autre côté, et à descendre ce chemin caillouteux en plusieurs lacets, qui paraît dur à ceux qui montent mais facile à vous parce que vous en avez fini et qu’au long d’une petite descente comme celle-ci, vous aurez juste à vous retenir sur vos muscles des cuisses pour éviter de vous laisser entraîner par la pente. Au-delà du col donc, c’est le balcon Est du Vercors, long sentier qui rejoint ensuite le Plateau à un autre col, qu’on appelle le Pas de l’Oeille. Mais il y a assez loin à marcher jusque là. Bref, il faisait chaud et comme souvent la chaleur va avec la soif. Il faudrait emporter beaucoup d’eau, beaucoup d’eau claire dans nos gourdes, mais alors avoir plusieurs gourdes que nous garderions au frais dans la pénombre de nos sacs. Un peu pris d’angoisse sous un ciel où s’amoncelaient des nuages sombres qui, de temps à autre, obscurcissaient un peu le terrain mais sans guère atténuer la sensation de brûlure, ni de dessèchement, je décidai de rebrousser chemin et de gravir à nouveau, mais dans l’autre sens cette fois, le col d’où nous venions. Je ressentis cette seconde ascension comme lourde, exténuante et je la fis à pas lents, comme chancelant. Je n’étais plus en forme et la descente me fut pénible, moi qui autrefois eusse pu voler de pierre en pierre, courant vers le refuge des vallées. C’est au bas de la pente, alors que l’auto était atteinte, que je ressentis la première morsure d’une mâchoire invisible mais bien là qui s’en prenait à mon côté gauche. Mais elle lâcha prise. Nous redescendîmes du Vercors pour rejoindre la cité et ses boulevards staliniens qui datent des ans cinquante, encore plus affreux depuis qu’on a déraciné les arbres qui les bordaient afin de rendre plus aisée la construction d’une ligne de tramway. On a bien voulu peindre un peu de couleur sur quelques façades, mais ça laisse à désirer… le béton parallélépipédique heurte la vision d’une chaîne de montagne au loin, elle aussi du solide, mais ô combien plus légère et aérienne. Là la douleur me rattrapa. Et sembla ne pas vouloir me lâcher. Un simple mouvement sur mon siège, celui de ramasser mon portable par exemple, me fit un mal de chien, et je voyais par la fenêtre de l’auto comme une brume qui n’était pas celle de l’été, mais je dirais plutôt une brume de l’être. La brume de celui qui a été. C. nous dirigea vers le service des urgences de la clinique où, voici sept ans déjà j’avais subi une intervention qui recèle en son nom les douces syllabes d’ange. A peine arrivés, la douleur s’en était allée. Mais j’eus droit aux ECG, prises de sang toutes les trois heures etc. Avec la compagnie, il est vrai, de charmantes infirmières, dont l’une, aimable coïncidence, moi qui aime tant les himalayas, avais séjourné plusieurs semaines à Dharamsala dans le cadre d’un voyage humanitaire, et y avait rencontré monsieur sa sainteté, le dalaï-lama soi-même. Elle me remit d’ailleurs entre les mains, pour mieux patienter, un exemplaire d’une revue de voyage avec un article abondamment illustré portant sur l’extrémité ouest du Tibet, autour de la bourgade de Ngari, non loin du Kailash, un endroit où j’ai rêvé d’aller et où il aurait été facile d’aller depuis l’Inde si la frontière n’était pas tenue si résolument fermée. Tout ça à cause des Chinois. Mais les analyses furent toutes bonnes, ce qui n’empêcha pas les médecins de me garder deux jours, pour que nous en ayons tous le coeur net, et oui, moi aussi par contre-coup, j’aurai le coeur net, une fois qu’on l’aura examiné, lorgné, qu’on aura mesuré le diamètre de mes coronaires. Rien. Douleur envolée, douleur inexpliquée. Je regardai le ciel, en sortant de la clinique. Il était toujours bleu. Un orage quand même s’annonçait au loin.

Publié dans Ma vie, Nouvelle | Tagué , , , | 3 commentaires

Hildegarde de Bingen : une « moderne » en plein douzième siècle

cloture-merveillesLe dernier livre de L.N. est encore différent des précédents, en particulier de ses deux romans récents, l’un de 2006, « En nous la vie des morts » et l’autre de 2011, « Grâce leur soit rendue », le premier qu’on pourrait assimiler à un genre initiatique et le second, grand roman, pleinement achevé, se déroulant sur trois générations avec en toile de fond le Chili post-Allende et les ramblas de Barcelone.

« La clôture des merveilles » porte en sous-titre « une vie de Hildegarde de Bingen ». C’est dire qu’on remonte dans les siècles et qu’on se penche sur une moniale du XIIème siècle, faisant l’expérience de la « clôture » c’est-à-dire de « l’habiter avec soi-même » dès l’âge de huit ans.

Ecrivant ce récit, L. N., qui, dans « L’usure des jours » (2009) nous faisait ressentir ce que cela avait été pour elle d’advenir à une vie plus apaisée, à une vue plus juste, tirant son origine d’une meilleure connaissance de soi, tisse un lien qui la rattache aux grand(e)s écrivain(e)s aux ailes brûlées que furent Alejandra Pizarnik, Marina Tsvetaïeva, Friedrich Hölderlin ou Unica Zürn. Ceux et celles dont on peut dire qu’ils ont eu une parole « inspirée ».

hildegarde-de-bingen-248x300Hildegarde de Bingen, juste désignée par « H. » dans le récit, née un 16 septembre, comme l’écrivaine (mais à 870 ans d’écart), entre au couvent de Disibodenberg en 1106. Petite fille ayant déjà eu des visions et de santé fragile, elle va faire preuve très tôt d’une grande soif de connaissance, et au lieu de regretter son enfermement, elle qui pourtant était attachée à ses parents et aimait son cheval plus que tout, va s’épanouir en parlant aux arbres et en s’émerveillant des plantes et fleurs qui vivent en son jardin. Cette petite fille deviendra jeune fille, puis dame, puis abbesse. Elle atteindra la renommée en un siècle où les parois du monde sont encore à distance de course à cheval, tutoyant les évêques, s’adressant à Bernard de Clairvaux et donnant ses conseils au pape Eugène III. La passion l’habitera, de l’amour humain le plus charnel, pour une jeune Richardis de la lignée des von Stade, se battra pour qu’elle ne lui soit pas enlevée, perdra ce combat, mais finalement se rendra compte que dans l’éloignement, son amour se transmue en quelque chose de plus éternel.

Ayant découvert que l’écriture était ce qui prolongeait son être, malgré les contraintes rigoureuses de l’Eglise, H. se mit à écrire des milliers de pages, d’abord ses visions (aujourd’hui nous notons bien nos rêves), puis le résultat de ses recherches sur les plantes, les oiseaux, le souffle du vent. Pour aller au plus près d’elle-même, elle inventa (ou retrouva) sa propre langue, avec des mots forgés de toutes pièces, pleins de « z » et de syllabes chuintantes, faisant déjà – bien avant Chomsky! – la découverte que chaque langue est individuelle (et « écrire – dit L.N. – c’est traduire cette langue-là »).

Friedrich-Hoelderlin---Pastell-aus-dem-Jahr-1792Lorette Nobécourt raconte cette destinée avec une grande ferveur, elle y mêle les thèmes et les images qui lui sont chers et reviennent souvent sous sa plume, comme « l’enfant aux cheveux blancs », formule reprise de Hölderlin qui, lui, disait « aux cheveux gris », et qui, pour elle, symbolise « celui en nous qui, par l’expérience, ramène l’innocence jusqu’à lui ». Lentement, elle est passée du roman à la poésie, elle qui termine son livre par un poème et par cette image :

Et les oiseaux même
Semblent
Des pierres jetées dans le ciel
Par un enfant fou

PS: conversation avec L.N. Ecrire sur une moniale du XIIème peut paraître complètement anachronique. Mais, dit-elle, H. est extraordinairement moderne.

 Je pense à ces images du temps qui s’éloignent de la représentation classique, linéaire, unidimensionnelle, comme une droite: un temps qui serpente. Me vient à l’esprit, dans le film d’Alain Tanner « Jonas qui aura vingt cinq ans en l’an 2000 », la séquence où le prof d’histoire, joué par Jacques Denis, sort de sa valise devant la classe stupéfaite… un boudin, et clame que « le temps c’est du boudin », puis d’une broche à rôtissoire, transperce transversalement les méandres du boyau afin de montrer que parfois des époques éloignées peuvent se retrouver très proches. Après tout, H. parce qu’elle est étonnamment libre en son siècle nous est contemporaine autant que pourrait l’être quelqu’un qui nous paraît très libre aujourd’hui (il en est peut-être…), comme l’a été Rimbaud, ou comme l’a été Jack Kerouac ou comme serait aujourd’hui un grand voyageur (un Jean Malaurie ?), alors que nous paraissent bien vieux des personnages du temps présent, curés ratiocineurs, gens qui font des affaires, soi-disant artistes travaillant à la commande. Le temps n’existe peut-être pas: on retrouve l’intuition de grands physiciens (comme Carlo Rovelli) pour qui le temps n’est en réalité que de l’espace que nous percevons sous la forme temporelle à cause uniquement des limitations de notre esprit (qui ne peut que « échantillonner » à partir du Réel).

Autre thème qui émerge de cette « clôture des merveilles »: l’enfance. A la fois celle des vrais enfants: H. au début à huit ans et elle témoigne de comportements qu’on peut observer facilement chez les petits enfants pour peu qu’on leur prête attention (ainsi ce passage que je trouve drôle, décrivant H. qui, chaque jour, après le déjeuner, s’assoit à côté d’une pierre ronde. Celle à qui elle a été confiée lui en demande la raison: « Jutta lui demande pourquoi elle est assise à côté plutôt que sur la pierre, et H. s’ébahit de sa question comme si l’abbesse avait émis une grossièreté. La pierre est son amie. Et s’assoit-on sur qui l’on aime pour converser? » (p. 27)). Et l’enfance des « vieux » enfants, autrement dit, là encore, « l’enfant à cheveux blancs » qui retrouve l’innocence par l’expérience. Réflexion ouverte sur ce qui peut apparaître dans le Grand Âge: une enfance retrouvée de petite vieille qui contemple un livre d’art comme un album d’images dont certaines, des reproductions d’aquarelles datant du XVème siècle, lui parlent particulièrement.

Publié dans Livres, poésie | Tagué , , , | 4 commentaires

Un autre week-end dans la Drôme

tatinsDépartement inépuisable…  Celle des collines, celle Provençale et puis celle âpre et montagneuse aux confins des Hautes-Alpes.

Tout est hauteur ici, hauteur et vent. Un printemps particulièrement pluvieux a augmenté la palette des verts. Ciel blanc, ciel gris, ciel mauve et girouette affolée. Nous sommes là grâce à P. et S. dans leur petite maison familiale, décorée à l’ancienne, basse de plafond et respirant bon l’herbe séchée.

???????????????????????????????Le dimanche, nous montons à la Pare, un deux mille mètres, deux mille seulement ? mais dans ces bourrasques et cette voix sifflante continue qu’a le vent entre les broussailles, le buis et les pins, ils valent  des altitudes himalayennes. C’est là-haut que les deux départements se séparent, si les nuages se déchirent coté Provence, ils s’amoncellent et perdurent côté Trièves. A la descente, après une grotte du néolithique, nous nous perdons. Il faut franchir des amas de troncs tombés au champ d’honneur des orages, des mares boueuses et des griffures d’aubépines sauvages, avant de retrouver la route salvatrice qui nous mène au creux des prairies nourries de narcisses et de renoncules. La chapelle est restée là, ouverte, avec son livre d’or, où se lisent d’émouvants témoignages.

???????????????????????????????

viridité

Publié dans Montagne, Voyages en France | Tagué , , | 3 commentaires

« Hannah Arendt », film

Margarethe-von-Trotta-ueber-ihren-neuen-Film-Hannah-Arendt_ArtikelQuer« Hannah Arendt » de Margaret von Trotta est un bon film sur un débat-clé du XXème siècle : comprendre la déportation et l’extermination des Juifs par les Nazis. Il a le défaut, mais peut-être était-ce le défaut de Hannah Arendt elle-même, de ramener ce crime absolu à la dimension d’un débat philosophique plutôt désincarné. Arendt a agi comme les philosophes « de l’autre siècle » qui ont asséné des jugements en se basant davantage sur des impressions ou des raisonnements abstraits que sur des faits historiques. Certes, dira-t-on, elle ne disposait pas des travaux d’historien qui se sont multipliés par la suite grâce à l’ouverture d’archives de plus en plus nombreuses. Mais elle aurait dû se méfier. Et le film qui, lui, paraît en 2012, est d’autant moins excusable de n’être pas davantage critique. Il ne se distingue guère, en somme, d’un quelconque « biopic ». Le temps fort est évidemment la « leçon » qu’elle donne à ses étudiants en réponse à tous ses détracteurs. Ceux-ci lui ont reproché d’avoir en quelque sorte « excusé » Eichmann en en faisant un homme « normal » et d’avoir accablé les responsables juifs qui, dans des conseils créés à l’initiative des Allemands, devaient administrer les communautés juives et, de ce fait, selon elle, coopéraient avec leurs bourreaux. Elle dit, haut et clair, qu’elle n’a jamais voulu faire retomber la culpabilité sur le peuple juif, mais seulement sur quelques individus. Elle reconnaît qu’il n’était pas possible de résister mais suggère qu’il existe une voie moyenne entre résister et coopérer et que les autorités juives auraient du essayer de la trouver. Mais elle ne dit pas en quoi consiste cette voie et quand on l’interroge insidieusement sur ce qu’elle sait de la situation dans les ghettos et dans les camps nazis, elle répond péniblement qu’elle a été internée dans un camp français, à Gurs (en tant qu’allemande), avant de recevoir un visa pour partir aux Etats-Unis. Les articles qu’elle écrit pour « The New Yorker », qui vont devenir son fameux livre sur le procès d’Eichmann, se font sur la base de son observation des réactions et propos d’Eichmann (encore n’est-il pas sûr, selon Annette Wieworka – dont il me faudrait retrouver la référence exacte – qu’elle ait vraiment assisté à toutes les audiences !). Il lui vient alors à l’esprit qu’Eichmann est « bête », qu’il est inapte à la moindre pensée, ce qu’elle traduit par l’idée que le mal vient de ce que, dans certaines conditions, les humains renoncent à être des humains c’est-à-dire à utiliser ce qui fait leur spécificité : la pensée. En cela, et il faut rendre grâce au film de bien le montrer,  elle ne fait que suivre la ligne que lui a indiquée son maître et amant Martin Heidegger (que l’on voit professer du haut de sa chaire que «  l’homme pense au même titre que l’homme vit, parce qu’il est un être vivant et un être pensant »). D’où la « banalité du mal », qui ne veut pas dire que le mal est banal, mais que le mal vient des êtres les plus ordinaires non par monstruosité et volonté de mal faire mais par renoncement à leur humanité. A cela les historiens modernes répondent 26JPARENDT-popupque finalement Eichmann a voulu apparaître ainsi pour tenter de sauver sa peau, mais qu’on dispose maintenant d’archives (dont on ne disposait pas à l’époque) prouvant que, loin d’être un simple exécutant, Eichmann était bel et bien un fanatique, outrepassant les ordres donnés et qu’il était convaincu de l’existence d’un complot juif (voir ici cet article récent du NYT). Faiblesse de la philosophie face à l’histoire, serait-on tenté de dire, ou en tout cas d’une certaine conception de la philosophie propre au XXème siècle, fortement influencée par des penseurs impressionnants certes (tels Heidegger)… mais souvent bien peu rigoureux. (Et il est assez pitoyable de voir, dans le film, séquence très vraisemblable, un Heidegger repentant qui retrouve Hannah Arendt après la guerre et lui dit, pour s’excuser, qu’il n’a jamais rien compris à la politique. La réalisatrice prête alors à la philosophe une adresse à Heidegger pour qu’il fasse une déclaration publique où il se repentirait, chose que bien sûr l’intellectuel du Reich se refusera toujours à faire).

200641_174989_3_0241Hannah Arendt – la « vraie », dans sa jeunesse

Publié dans Films, Histoire, Philosophie | Tagué , , , | Un commentaire

Atelier d’écriture

Lorette est au milieu de nous. Elle s’est pointée jeudi vers 21 heures pour nous saluer. Nous, c’est-à-dire : A., l’homme de cinquante huit ans qui en fait dix de moins, M., la jeune photographe qui ne travaille qu’en chambre, et moi, dans ce petit village de la Drôme qui cache en son nom un secret. Sa haute taille évoque la descendance d’une lignée de chevaliers, ce qui est en accord avec le livre qu’elle vient de publier : « La clôture des merveilles », une vie de Hildegarde de Bingen, moniale du XIIème siècle. Elle nous parle d’emblée de cette idée de littérature pour laquelle il n’est de vraie reconnaissance que par nous-mêmes.

???????????????????????????????(Drôme, près de Dieulefit)

Lorette est parmi nous, elle tente de nous faire partager sa foi dans le Verbe. Atelier d’écriture où l’on « n’apprendra » pas à écrire, car ce que nous avons besoin de connaître pour cela, nous le possédons déjà en nous. Elle dit que l’écrivain est d’abord un lecteur, et qu’il faut lire. Elle a déposé une montagne de livres sur la petite table autour de laquelle nous partageons nos écritures. Exercices simples à énoncer : apprendre à regarder le regard de l’autre, s’imprégner des lettres de notre nom, mettre en accord une image et une musique. Dans ce dernier exercice, il s’agit de saisir la différence entre force et hauteur. Nous finissons par reconnaître que les textes ont une vibration (la ponctuation, la part ménagée au souffle). Elle dit qu’écrire, c’est descendre en soi et demeurer au plus près de son épine dorsale, celle qui nous fait tenir droit. Que, dans cette descente, nous rencontrons la Lettre, unité discrète, séparante, autour de laquelle le Vide circule, et que, lorsque nous accédons à elle, la Lettre, cela signe le deuil de la libération de notre trop-plein d’être, de la possibilité de nos épousailles avec le Réel, la Nature, le continu.

Au deuxième jour, elle dit que la poésie a commencé de venir en nous.

Dans son lit, H. écarquille les yeux sur ce ciel qui est en elle : chaviré et trouble de vent, d’air, de lumière et de bleu. Longtemps, elle boit la foule des étoiles jusqu’à s’endormir pour mieux se réveiller dans le monde des âmes où, en une nuit, l’enfant H. vieillit de plusieurs siècles. (La clôture des merveilles, p. 21)

???????????????????????????????Merci à Lorette, à A. et à M(1). pour avoir permis cette merveilleuse aventure d’un week-end, et merci à Christophe, l’intendant et cuisinier plein d’humour et d’entrain, qui nous aura préparé tout au long de ces trois jours des mets simples mais succulents.

(1) on peut voir ici les extraordinaires photos de Marine Lanier

Publié dans Livres, Ma vie | Tagué , , , | 9 commentaires

Les Amérindiens à la Cinémathèque Québécoise

50Le cinéaste Arthur Lamothe, dont on montre en ce moment, à la Cinémathèque Québécoise (dont on fête le cinquantenaire), plusieurs films documentaires réalisés dans les années soixante-dix dans le cadre d’un hommage au photographe et réalisateur Guy Borremans, est de ceux qui ont voulu approcher les peuples premiers du Canada. Il suffisait pour cela, comme il est dit dans une présentation de lui sur son site web, que, comme l’Amérindien, « qui définit son territoire en le marchant, en le chassant », [il] « se déplace lui aussi à travers les contrées montagnaises, en explore les particularités et les symbioses, recherche les traces qu’elles recèlent. Celles qui disent l’occupation du sol, les viols commis par les Blancs, celles qui éclairent la réécriture de l’histoire à laquelle il faudrait procéder. Il écoute aussi le récit de l’autre, sa mémoire » (Pierre Véronneau – La Revue de la Cinémathèque n°80).

« Pakuaupichu » (« La Rivière sèche », 1976, 57mn) raconte l’installation d’un groupe innu (montagnais) à l’embouchure de la rivière Saint-Augustin, en face de Terre-Neuve. Parce que tous les Indiens de Terre-Neuve ont été exterminés, ces peuples sont devenus les plus à l’Est du territoire canadien. Une partie de ce groupe, qu’on appelle dans le film la famille Poker (mais sans assurance sur l’orthographe, c’est juste le mot que j’ai cru comprendre) est issue d’un couple ayant pu fuir les massacres à la nage, leurs têtes ayant été mises à prix par les colonisateurs blancs. La caméra s’attarde sur les visages burinés, les gestes appris des générations antérieures et qui seront transmis aux futures: monter une tente, fabriquer son foyer d’un tube et d’une caisse en fer blanc posée sur des pieux de bois, dépecer et faire cuire le porc-épic. L’ancien est d’accord pour s’exprimer longuement, sur son contentement « d’avoir une maison pour l’hiver », sur ce dont on se nourrit: désormais la chasse limitée aux porc-épic, aux poissons, parfois des lièvres. Les enfants courent avec leurs chiots sur une rive sablonneuse pendant que les femmes s’affairent en cuisine (mais « que la nourriture de la forêt », car « la nourriture des blancs, on ne sait pas faire, on n’a jamais vu comment ils font »). Une vie qui s’écoule, paisible. Alors qu’une voix off nous avertit que sur les six enfants nés dans les années récentes, aucun n’a survécu. Nous sommes en 1973.

42(Arthur Lamothe, en 1985)

Arthur Lamothe, très âgé, en fauteuil, avait délégué sa compagne pour présenter le film. Elle faisait remarquer que si les Amérindiens donnaient tellement l’impression de se répéter dans leur discours, ils ne souffraient pas pour autant de la maladie d’Alzheimer, mais bel et bien quand même d’un problème de mémoire. De mémoire sociale. La seule possibilité qui reste pour un peuple dont on a voulu la disparition, c’est bien de répéter sans cesse les mêmes mots, les mêmes consignes et instructions pour qu’elles s’impriment, en premier lieu dans la mémoire des plus jeunes.

Arthur Lamothe a voulu faire ces films pour faire reculer le mépris ordinaire. Mais ceux qui ont le plus besoin de les voir les ont-ils vus? On entend beaucoup de propos négatifs sur « les Indiens »… qu’ils sont paresseux, qu’ils ne paient pas d’impôts, qu’ils refusent la société qu’on leur propose… moitié clichés moitié vérités sans doute. A l’heure des remords et des traités de paix, le Canada a beaucoup concédé en termes de territoires et de privilèges, tout en œuvrant sournoisement pour que les Indiens restent entre eux au sein des fameuses « réserves », astreints à un régime d’assistés peu propice à ce que ceux qui le souhaitent accèdent à la modernité. Seul, le Musée Canadien des Civilisations, à Gatineau (près d’Ottawa) affiche un bel optimisme (voir le portail des civilisations autochtones). Pour ses concepteurs, tout va bien, un film récite en boucle les « réussites » de quelques autochtones triés sur le volet. L’un est policier à proximité de la réserve d’Oka, un autre monte des taureaux sauvages, une innue est femme d’affaire dans une petite ville. Quelques-uns ont réussi par le sport, d’autres par la politique. Il demeure toutefois un goût amer dans ce face-à-face de communautés qui vivent séparément et se regardent d’un bord à l’autre d’un fossé rempli de préjugés et d’incompréhensions.

NB: la notice wikipedia indique: « Le recensement de 2006 a permis d’évaluer à 1 172 790 le nombre d’Amérindiens au Canada, en incluant les Métis (389 785) et les Inuits (50 485), soit une augmentation de 45 % par rapport au recensement de 1996″. En ce qui concerne le Québec seul, cette même notice donne le nombre de 79400, ce qui paraît peu.

Lire dans les commentaires ci-dessous la réponse à ce billet de Nathalie Grassin-Lamothe, qui signale une méprise dans le titre du film et apporte d’intéressantes précisions sur celui-ci.

Publié dans Civilisations, Films | Tagué , , | 3 commentaires

Retrouver Montréal (2)

Voici les trois photos des grands dont je parlais hier (dont je parlais TANTÔT comme on dit ici, ou « icitte »).

???????????????????????????????

??????????????????????????????????????????????????????????????

La rue Sainte-Catherine, tous les Montréalais savent ça, se poursuit à l’Est et rejoint le quartier évoqué dans le précédent billet, celui de Centre Sud, elle devient alors « le Village », entendez « le village gay », autrement dit le Castro montréalais. Gay, très gai même. Oeuvres d’art à tous les coins de rue: sculptures amusantes, comme ici ce montage qui a pour titre « les trous de mémoire » et se développe sur une placette, invitant les gens à tourner autour, à y pénétrer, se faisant photographier ou bien regardant des souvenirs qui appellent d’autres souvenirs….

IMG_1011

IMG_1019
IMG_1014et peintures à la Vasarely, comme là, à l’entrée de la station de métro Beaudry.

IMG_1022

Je croise des couples de femmes ou d’hommes se tenant par la main, certains mêmes conduisant une poussette, Christine Boutin et Frigide Barjot réunies s’étrangleraient. Si seulement… quel bon débarras ce serait… (quand on pense que la principale heure de gloire de la deuxième aura été de chanter une chanson dont le refrain dit – texto – (je l’ai entendue sur France Inter): « fais-moi l’amour avec deux doigts, parce qu’avec trois ça rentre pas »… et ça prétend nous donner des leçons sur le droit de l’enfant, alors que dans le camp d’en face, il y a quand même des Françoise Héritier… qui en connaissent un autre rayon sur l’anthropologie, mais passons…). Le village est donc gay. Sur toute sa longueur il est couvert de guirlandes, de paillettes et de boules roses. Les terrasses sont pleines à craquer de gens décontractés qui viennent prendre leur petit déj. à base de sirop d’érable, de muffins et de pancakes. Au bout des rues transversales, la carcasse métallique du pont Jacques Cartier nous invite à partir au-delà du fleuve. Il y a un restaurant à deux étages avec des palmiers en plastique. Quand je reviens jusqu’à la rue Berri, où se trouve mon hôtel, à l’angle, j’achète « L’itinéraire », le journal des sans-abris, et je « placotte » avec le vendeur. Il me renseigne sur son journal, sur l’actrice dont on parle en première de couverture (Marie-Thérèse Fortin) et pour finir, en me remerciant, il me dit: « vous êtes un gentleman, vous, je vous souhaite une bonne journée avec vos potes ».

 Je m’en vais donc rejoindre mes potes.

Publié dans Villes | Tagué , , , , | Un commentaire

Retrouver Montréal

???????????????????????????????Retrouver une ville après si longtemps, c’est comme avoir donné rendez-vous à quelqu’un qu’on n’a pas vu depuis vingt ans. On appréhende. Aura-t-il (t-elle) des cheveux blancs? De l’estomac? Sourira-t-il (t-elle) encore aussi bien? Marchera-t-il (t-elle) toujours avec le même entrain? Alors, on aborde la personne – la ville – de biais. On la prend par surprise un dimanche de mai. Manque de chance, il fait gris, le vent s’engouffre entre les bras jetés en l’air (gratte-ciel). La chose, ou personne, ou ville, n’est pas à son avantage. On marche rue Saint-Denis, un peu courbés (par le vent), on ne retrouve plus les bistrots d’antan, mis à part peut-être « La brioche lyonnaise », tiens, elle subsiste, celle-là. Elle a même ouvert une terrasse arrière. Plus loin, le café où nous prenions le petit dej. avec un muffin aux bleuets n’existe plus. Il semble que la façade du grand cinéma ait été refaite. Le boulevard Saint-Laurent tombe en déshérence.

???????????????????????????????(prince-Arthur)

Quant au Carré Saint-Louis, n’en parlons pas. Lui qui était l’arbitre des élégances… mais il est en travaux, peut-être s’améliorera-t-il. Quant à Prince-Arthur, où nous dinions dans le chic, une rue piétonne avec quelques enseignes de fast-food. De premières retrouvailles un peu mitigées donc…. Alors on prend la ville par un autre bout. Si nous la prenions résolument par l’Est? Parti pris idéologique. Montréal n’échappe pas à la règle de Londres ou de Paris: c’est la partie la plus pauvre, la plus populaire, la plus prolétarienne. C’est aller vers la rue Amherst, croiser dans ces rues aux plaques de ciment disjointes quelques désoeuvrés sortant du dépanneur, ou de la SAQ, deux bouteilles sous le bras (la SAQ = Société des Alcools du Québec), c’est finalement trouver un éco-musée, au croisement d’Ontario, juste en face du marché Saint-Jacques, joliment baptisé « du fier monde ». Le fier monde, c’est la classe ouvrière, les milieux populaires qui ont bataillé dans la misère en ces lieux, depuis la fin du XIXème siècle, où s’étaient construites les premières usines. Epoque où Montréal était la ville du monde la plus dangereuse, juste derrière Calcutta, en matière de mortalité infantile. Trois enfants sur cinq n’atteignaient pas l’âge de cinq ans. Cette misère dura tout au long de la première moitié du XXème siècle. L’habitat insalubre, le manque de tout-à-l’égout, de toilettes dignes de ce nom, condamnaient la population à subir l’effet de la propagation des bactéries. Après la guerre, les usines commencèrent à reculer, de grandes constructions déstructurèrent le quartier: la tour de Radio-Canada, l’UQAM (Université du Québec à Montréal)… et en même temps que les usines, disparaissaient les emplois. Les années récentes ont connu un regain de vie du quartier et surtout de solidarité autour d’associations actives. On se reprend à espérer alors… donc tout n’est pas vain. Il peut toujours resurgir ailleurs un peu de souffle, un peu de solidarité, de vitalité, d’amour?

 annees-quarante

(années quarante dans le quartier Centre-Sud)

Mais depuis ces jours maussades, le temps s’est arrangé, le printemps est venu. La rue Sainte-Catherine est devenue partiellement piétonne, la place des arts s’anime. Ce 17 mai marque le début des festivités printanières et estivales, il est en même temps la journée internationale contre l’homophobie (banderole en travers de la rue Saint-Denis), journée qui, pour les Français, sera heureusement marquée par l’acceptation de la loi sur le « mariage pour tous » par le Conseil Constitutionnel (quelle belle rencontre de date… et merde à Christine Boutin). La musique et les spectacles sont dans la rue. Le musée du jazz mérite le détour: les grandes vedettes ont toutes légué quelque chose, un chapeau, une veste, une guitare, en souvenir de leur passage au grand festival de jazz de Montréal… Chacune de ces vedettes a son alvéole, avec possibilité de voir et écouter des vidéos de leurs performances. Ainsi Ray Charles, Miles Davis et Leonard Cohen. Quel beau tiercé… (pour moi les trois meilleurs) les deux premiers sont morts. Quand le troisième ne sera plus là, lui non plus, le moment sera peut-être venu de nous demander ce que nous faisons encore en ce monde…

place-des-arts

???????????????????????????????montreal-rue-2

Publié dans Villes | Tagué , , , , | 2 commentaires

Descendant sur Montréal

260px-Virginia_Woolf_with_her_father,_Sir_Leslie_StephenEn quoi se manifeste le mieux le génie littéraire… me demandai-je lors d’un de ces moments propices aux réflexions que sont les longs voyages. Du moins ceux assez longs pour qu’on ait le temps aussi bien de dormir que de lire avant l’atterrissage, forcément soudain, qui aura été précédé d’un lent – du moins en apparence – survol de terres inhabitées, blanches rayées de gris et d’ocre, tachetées de lacs inconnus, au-dessus de la péninsule du Labrador, de Terre-Neuve, lent survol au-dessus des toits plats des maisons individuelles des faubourgs de Montréal, ou d’un fleuve qui s’étale en baies et en méandres de son embouchure jusqu’à son resserrement quand il traverse la ville. Montréal, je n’y avais pas remis les pieds depuis quinze ans, depuis ce Noêl et ce Jour de l’An précédant le fameux hiver, celui du Grand Verglas, grand froid qui avait gelé les arbres autour du carré Saint-Louis comme partout ailleurs, alourdi les fils électriques qui étaient tombés sur la chaussée, privant les montréalais d’énergie, mais pas seulement, de ravitaillement aussi. On disait que des réflexes de solidarité nouveaux étaient apparus, que chacun aidait son voisin en attendant des jours plus chauds, des familles entières avaient du vivre une semaine dans des halles ou des pavillons de gymnastique. Mais pour en revenir à ma question initiale, je m’interrogeais, dans cet avion, sur le génie littéraire en personne, incarné à mes yeux par Virginia Woolf, dont je lisais pour la première fois – je ne suis pas précoce – le court roman intitulé « Le Phare » («  To the Lighthouse »), dans sa traduction française due à Françoise Pellan, qui me semble excellente, en tout cas pas un seul instant on ne doute que c’est bien la romancière anglaise qui parle, et que c’est bien son style qui est exprimé. Ce roman a cette particularité que toute une partie, pour un ensemble qui n’en contient que trois, concerne la vie d’une maison à l’abandon, sans qu’un seul personnage n’intervienne, à l’exception de la pauvre vieille qui doit en principe venir de temps en temps nettoyer le plus abîmé, le plus moisi, alors que bien sûr, seule elle ne peut pas faire grand-chose contre l’usure inexorable du temps, les pierres qui se disjoignent, les toits qui fuient, les rats qui finissent par rentrer et s’installer comme convives victorieux de leur combat contre les anciens propriétaires. Mais si la mort rôde et la décomposition s’étend, un seul évènement maintient le lieu encore en vie : le rayon lumineux du phare qui s’attarde régulièrement sur les murs intérieurs lorsqu’il a franchi au cours de la nuit la fragile barrière que lui opposent un volet disjoint, une vitre brisée. Pendant cette longue période – qui correspond à peu près à la durée de la guerre de 14 – où les Ramsay (c’est-à-dire les Stephens, famille de Virginia) ne sont pas revenus dans leur demeure estivale de l’île de Skye, de nombreux évènements surviennent, V. Woolf les a juste indiquées entre crochets, de manière laconique. La mort de la mère, Mrs Ramsay, soudaine, laissant Mr Ramsay veuf désemparé, celle de Prue, qu’on a connue jeune fille d’une grande beauté, décédée trois mois après son mariage, au cours d’un enfantement, ou celle d’Andrew, promis à un bel avenir de mathématicien, dans les tranchées de la guerre. Si le génie littéraire c’est, entre autres choses, réussir ce tour de force, c’est aussi maîtriser la langue au point que la forme du texte, sa syntaxe donc, s’en trouve affectée lorsqu’a lieu un évènement particulièrement troublant, un brusque accroc à l’ordre du temps qui se traduit alors en un accroc à l’ordre de la phrase. Mrs Ramsay meurt, je l’ai dit. Alors Virginia Woolf indique seulement, entre crochets (p. 116 de l’édition de la Pléïade, vol. 2) :

Mr Ramsay, titubant le long d’un couloir, tendit les bras un matin sombre, mais, Mrs Ramsay étant morte assez soudainement la nuit précédente, il tendit les bras. Ils restèrent vides.

Cette répétition marque le désarroi et rien ne pouvait mieux le rendre.

Je refermai le livre à l’atterrissage, il me restait à lire la troisième partie. Dehors, il faisait un temps radieux. On nous attendait pour nous conduire dans une maison au bord de la rivière des Outaouais, côté ontarien. De la terrasse, je suis face au Québec et je surveille les envols d’outardes. Elles sont de passage, emportant dans leurs cris les derniers rayons d’un soir.

???????????????????????????????

 

Publié dans Livres, Voyages | Tagué , , , , , | 2 commentaires

1er mai!

1er-mai-2

Publié dans Actualité | 2 commentaires