Le voyage de Christine Angot

Il y a des livres qui nous tombent des mains, du moins lorsqu’on les lit à certain moment de notre vie, et puis qui, à d’autres moments, ne nous tombent plus des mains, et même auxquels on s’accroche.

La première fois que j’ai voulu lire un roman de Christine Angot, il m’est tombé des mains, je ne suis pas allé plus loin que les toutes premières pages. Cela ne m’intéressait pas. Christine Angot a écrit plusieurs livres depuis, a même écrit pour le théâtre et son œuvre « Un amour impossible » a été portée au cinéma (par Catherine Corsini, avec Virginie Efira, Niels Schneider et Iliana Zabeth). Son tout dernier livre, « Le voyage dans l’Est », vient de paraître. Il reprend l’ensemble des récits précédents et notamment la trame de « Un amour impossible ». Pour moi, désormais, difficile de cacher mon intérêt, mon attrait, je suis « accro », je lis les mots d’Angot à toute allure, ils m’emportent comme s’ils devaient me conduire vers une vérité qui m’importe. Et j’ai du mal à m’expliquer pourquoi je n’ai pas eu cette attitude autrefois. Ou plutôt, non, je me l’explique, de la façon dont elle-même le dit : la plupart des critiques ont négligé et moqué ses premiers romans, nous nous sommes laissés influencer. Ces choses-là ne se disaient pas. Les scènes où Christine Angot exposait crûment les actes sexuels de son père, dont elle était victime, étaient ridiculisées, on affectait de prendre ça pour des facilités destinées à attraper le chaland. On se gaussait de ces scènes qui apparaissaient dès le début du roman. Mais pourtant, merde, c’est comme ça que ça se passe… et si c’est comme ça que ça se passe, il n’y a pas de raison de le cacher, bien au contraire. Il faut dire ces choses, pour que les gens au moins sachent.

On a, jusqu’à il y a peu, maintenu un voile pour cacher les faits d’inceste. Je me souviens qu’autrefois, je pensais même que ces faits n’existaient pas, prenant à la lettre les lectures que j’avais faites d’ethnologues qui faisaient de l’inceste l’interdit majeur de toute société. La théorie de Levi-Strauss était que la prohibition de l’inceste était nécessaire parce qu’elle assurait le maintien de la structure sociale par le biais de l’échange des femmes entre clans (j’aurais dû me méfier, déjà la notion de circulation des femmes au même titre que celle des paroles ou de la monnaie me mettait mal à l’aise). La découverte du fait que cela existait, et même pas comme cas pathologique extrêmement rare, mais comme réalité presque quotidienne, si on en croit aujourd’hui maints témoignages, a suscité la stupéfaction, en tout cas la mienne. L’un des mérites de Christine Angot aura été et est toujours d’insister sur cette banalité de l’inceste, sur la manière dont elle opère dans les familles, parfois au vu de tous ou du moins de tous ceux qui peuvent savoir (et ce n’est pas tout le monde qui veut savoir, la preuve : mon refus passé de lire les livres de madame Angot).

Le récit de ce « voyage » (« dans l’est » car la plupart des événements cruciaux se déroulent du côté de Strasbourg, le père ayant été traducteur au Conseil de l’Europe) est extrêmement clair, il ne saurait souffrir d’interprétation ambiguë, du genre de celles que parfois certains critiques ou commentateurs (y compris télé) ont voulu opposer à l’auteure, lui balançant au travers de la figure qu’elle devait bien y être pour quelque chose, qu’elle avait bien dû y trouver du plaisir (!) etc. etc.

Bien sûr que le rapport de la fille au père est compliqué, bien sûr qu’une petite fille ne veut pas décevoir son père, et qu’elle veut toujours obtenir son amour. On ne saurait le nier. Mais prétendre qu’elle désire ce que lui fait son père dans les mauvais cas est une monstruosité absolue.

Et le père dans tout ça ? Le père, il dit qu’il aime sa fille, et que c’est pour cela qu’il veut avoir des relations sexuelles avec elle, allant chercher des prétextes fallacieux chez les pharaons ou d’autres cultures soi-disant très évoluées, mais il ne l’écoute jamais, il n’est jamais à l’écoute de son désir à elle, or on sait bien que l’amour c’est justement être à l’écoute de l’autre, et de respecter son désir.

Je lisais il y a peu un article du Monde signé par la spécialiste dans ce journal des chroniques ayant trait à la sexualité, dans lequel elle se faisait l’écho d’articles parus dans la presse étrangère concernant des recherches qui auraient paraît-il montré que la très grande majorité des femmes n’étaient attiré que par une petite minorité d’hommes. On n’ira pas chercher ici le bien fondé de ces « résultats » présentés comme « scientifiques »… on ne demandera pas s’il y a eu enquête rigoureuse, si, à supposer qu’il y en ait eu une, elle concernait toutes les cultures et toutes les populations du monde ou seulement notre société occidentale (on pourra objecter qu’il y a sûrement de très grandes différences compte tenu en particulier de l’évolution des corps dans les diverses sociétés, qui aboutit entre autres dans la notre à l’existence d’un grand nombre de corps qu’on dira « non désirables », résultats souvent d’une mauvaise hygiène de vie, de la malbouffe et des différents stigmates de la misère sociale). Mais cela en tout cas était présenté comme entraînant chez les hommes une compétition, une rivalité profonde sur le « marché des femmes », et qu’ainsi, si certains hommes se pliaient à l’injonction (souvent d’origine religieuse) d’une femme pour un homme, d’autres recherchaient avant tout la maximisation du nombre de femmes en leur possession. Je ne sais pas, encore une fois, ce que valent ces travaux, toujours est-il que cette conclusion nous importe : oui, la rivalité intra-masculine est féroce, oui, cela entraîne que les moins scrupuleux des hommes cherchent avant tout cette possession, par tous les moyens possibles, y compris en s’en prenant à leurs propres enfants. Quoi de plus facile que de s’en prendre à une fille de quatorze ans, et quelle meilleure assurance que son âge et son statut peut-on avoir qu’elle nous appartiendra, d’une certaine façon, toujours ? C’est ce qu’explique et montre très bien Christine Angot. L’acte incestueux est tel qu’il s’imprimera pour toujours dans l’inconscient et le conscient de la victime, au point que même lorsqu’elle aura un compagnon (ou une compagne), il continuera d’insister, et peut-être même, comme cela est le cas dans le récit de ce « voyage », au point de revenir se produire.

Les métaphores souvent employées (notamment par les ethnologues) de « marché des femmes » ou de « circulation des femmes » sont extrêmement choquantes si on les prend comme dénotant des réalités objectives au même titre que la circulation de l’argent ou celle des marchandises, elles ne le sont plus si on les pense comme reflets de ce qui se passe dans la tête de beaucoup d’hommes (peut-être dans l’inconscient de tous? Ça, je ne sais pas, je suis incapable de le dire) qui ressentent les choses de cette façon, souvent parce qu’on leur a inculqué ces représentations, qu’ils auront été éduqués dans la perception de la femme comme objet sexuel, et qu’il leur est conseillé de mettre de côté de tels « objets », comme on met de côté une somme d’argent afin de se prémunir contre les périodes de disette.

Mais Christine Angot ne cherche pas encore d’explication anthropologique à ces comportements, elle dit qu’elle a d’abord à les décrire, à bien mettre dans la tête de ses interlocuteurs et interlocutrices qu’ils existent bel et bien, et si c’est nécessaire, elle le répétera autant qu’il le faudra, jusqu’à ce que plus personne n’ose hausser les épaules ou sourire d’un air gêné. Un passage central est celui où elle dit clairement son projet d’aujourd’hui:

J’hésite à ce stade. Assembler les pièces éparses, avec le secours de la trame romanesque, et présenter un tissu reconstitué et logique? Ou, poser les pièces les unes à côté des autres, comme celles d’un vase retrouvé dans des fouilles, pour permettre aux autres de savoir ce qui s’est passé? Et qu’ils puissent reconstituer l’ensemble? Dans mes livres précédents, j’ai utilisé les deux options. Ce que je n’ai jamais fait, que je n’ai jamais pu, ou voulu faire, ou cru utile, c’est faire reposer toute l’architecture romanesque sur la solidité de mes points de vue, successifs, leur évolution, leur coexistence. Chaque fois que ce serait possible, ajouter une parole, un mouvement, un paysage. Comme une vie normale, linéaire, pas morcelée, pas non plus imaginée. Il pourrait y avoir un paysage à Nice et ce qui s’y est passé. ce qui a été dit, ce qui a été pensé. A cet endroit-là. Je m’en souviens. Je le sais. Les points de vue sont tous là. (p. 37)

Autrement dit, exposer tous les points de vue que l’on a pu avoir sur cette histoire. La littérature, pour Angot, est une collection de points de vue: un tel objet se définit par ses circonstances, son lieu, son temps, ce qu’on pensait à ce moment-là, quelle voiture est passée dans la rue, quelle femme en imperméable a traversé la rue. Je viens de voir Christine Angot dans un festival littéraire (j’y reviendrai la semaine prochaine, il s’agit de la manifestation « Le livre sur les quais » qui a lieu à Morges chaque année) bien interviewée par un journaliste suisse, celui-ci lui disait qu’elle procédait à une « archéologie de la parole ». En tout cas, ce qui me reste (et sur quoi je reviendrai) c’est l’extraordinaire force d’une parole, laquelle s’oppose au banal « discours » tel qu’on peut l’entendre sans arrêt ici ou là, sur tel ou tel sujet « d’actualité », du réchauffement climatique au viol des femmes. Le discours, oui, c’est quelques mots clés toujours les mêmes (Christine Angot cite : « omerta », « témoignage », « souffrance »…) et on brode autour. La parole c’est dire les faits. Crûment s’il le faut.

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12 commentaires pour Le voyage de Christine Angot

  1. francefougere dit :

    Christine Angot a du courage, du talent et une voix nécessaire

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  2. Debra dit :

    Tous les points de vue ?
    EXPOSER tous les points de vue ?
    Il s’agit bel et bien d’une esthétique, non ?
    J’appellerai ça une esthétique « scientifique ».
    D’une certaine manière, il s’agit d’une esthétique, un point de vue ? qui se voudrait neutre ? OBJECTIF ?
    C’est intéressant. Ce qui est OBJECTIF, c’est ce qui est projeté devant les yeux. Les yeux comme une forme de… caméra ? Appareil de photo ?
    Force est de constater que pour nous, à l’heure actuelle, l’appareil de photo.. OBJECTIF fait vérité.
    Mais je suis dubitative sur le fait que l’appareil de photo fasse vérité. Parce que l’appareil de photo est obligé de CADRER, et ce qui cadre, forcément sélectionne un agencement, UN point de vue.
    Ce n’est pas en multipliant les points de vue de manière encyclopédique qu’on fait vérité non plus.
    La somme.. de tous les points de vue ne fait pas la vérité.
    Il y a le petit problème du statut de l’interprétation. Comment on interprète ce qui est devant les yeux, avec un appareil de photo, ou pas.
    Nous avons déjà eu cette discussion, et beaucoup de fois.

    Il me semble que… il y a une forme de détermination ? dans le fait de désigner une victime. Que nous DEVONS désigner des victimes. Une victime est forcément un être qui souffre. Un être qui subit. Qui plus est… une victime est l’objet même d’un sacrifice. Le mot « sacrifice » est traditionnellement, et historiquement associé à la « victime ». C’est très important, ça. Cela fait de nous… des animaux qui sacrifient, comme je le dis souvent.
    Le fait de désigner des victimes, en contrepartie, désigne des persécuteurs en face (dans le monde moderne, en tout cas).
    Et cette affaire réduit la complexité du réel, de la réalité de nos vies, en caricatures.
    Je rappelle que le mot « victime » est du GENRE FEMININ en français. C’est peut-être important ? (Ne pas confondre « genre » et « sexe ». Capital.)

    Alors, le langage cru d’Angot ? Est-ce que ce langage cru est forcément.. neutre ? objectif ?
    Le langage cru est-il… réaliste ? Pourquoi ?
    Cela fait très longtemps que je ne vois plus de gynécologue. Entre autres raisons, il y a le fait que, progressivement, je suis devenue de plus en plus mal à l’aise avec l’idée de parler de moi, de mon sexe, avec les mots scientifiques. Employer les mots scientifiques me semblait, et me semble toujours… OB-SCENE dans ce contexte. J’ai même arrêté de fréquenter des gynécologues, parce qu’avoir ce rapport là avec un(e) personne en blouse blanche ? baragouinant un vocabulaire truffé de mots savants en latin ne me convenait plus. Et les instruments qu’on introduit en moi ne sont pas folichons, (même si c’est fait… « pour mon bien »).
    Mais les mots qui sont employés dans l’argot ne me conviennent pas plus.
    Ce qui est crû est souvent perçu comme sale. Et nous croyons toujours que le sexe est sale. Si, si. Même les plus raisonnables d’entre nous.
    Nous nous battons férocement sur le chapitre propre/sale.
    Pour les femmes comme « objets sexuels » à troquer, je ne sais pas. Je partage votre inconfort sur ce dossier. Surtout parce qu’il y a tendance à réduire la relation entre un homme et une femme à une affaire de pur intérêt, et d’esclavage. Il me semble que beaucoup d’anthropologues, dont Lévi-Strauss, réduisent les relations entre hommes et femmes, comme toutes les relations, d’ailleurs, à une affaire de pur intérêt. C’est mauvais pour les têtes. Et encore une fois, il y a une fâcheuse tendance en Occident de décréter que quand on trouve une « raison » pour quelque chose, un comportement quelconque, on a expliqué l’intérêt des.. intéressés à faire ce qu’ils font. Tss, tss. C’est mauvais pour le moral, (et la morale aussi).
    Je serais moins gênée avec Angot si je ne sentais pas l’obsession de notre civilisation de braquer la Lumière sur tout ce qui pourrait ? devrait ? rester dans l’ombre, de manière à faire disparaître tout ombre. Je pense que c’est un projet néfaste qui fait souffrir tous les… intéressé(e)s. C’est un projet qui porte une atteinte terrible à notre capacité de désirer, et Nous n’avons vraiment pas besoin de ça en ce moment.
    En tout cas, j’ai envie de dire que pour moi, Angot n’a pas écrit un livre de littérature avec les extraits que vous avez cités. Elle s’est engouffrée dans une démarche scientifique (et/ou de reportage, d’information ?). Dans la petite bibliothèque que je ne fréquenterai plus en tant que bibliothécaire, je la mettrais dans le rayon « sciences ». Sciences… de la victime ?
    Nous voilà dans le noeud du problème : la manière dont l’OPTIQUE SCIENTIFIQUE moderne a chassé d’autres manières d’aborder l’expérience des hommes et des femmes.
    La démarche scientifique vise à SE SUBSTITUER à l’art, et à le faire disparaître, dans beaucoup de domaines, y compris dans la médecine.
    Niet. Je veux résister. Même si j’ai du mal.

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    • alainlecomte dit :

      Non, vous êtes à côté de la plaque. Christine Angot ne revendique jamais une approche « scientifique ». La vérité elle la connaît. Ce qu’elle veut seulement c’est qu’on l’entende une bonne fois. Vous pourriez seulement dire que son approche est « pédagogique ». Votre réaction prouve qu’elle a encore du boulot, alors je suis sûr qu’elle reviendra, avec toujours les mêmes faits, mais peut-être dits autrement. Je ne vois pas pourquoi l’inceste commis devrait rester dans l’ombre. Notre époque veut que les choses soient mises en lumière? eh bien tant mieux, c’est un atout de notre époque.

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      • Debra dit :

        C’est fou le nombre de gens dans l’histoire, hommes comme femmes, qui tiennent à nous asséner la vérité, au lieu de la suggérer, pour qu’on puisse… la déguster, en nous sentant libres de l’approprier à notre manière.
        Tant qu’on s’obstine à me mettre le nez dans la pâtée de force, je ne la mangerai pas.
        Et puis… la pédagogie, aussi, je finis par m’en lasser. Comme d’autres, à l’heure actuelle, j’imagine. Je me lasse d’entendre, que « encore un petit coup d’explication, et je ne pourrai qu’être d’accord ». C’est fatigant. C’est vrai, cette pression monstrueuse, et monumentale a fini par me braquer. Je trouve ça.. normal. Inévitable. Sain, que tant de pression finisse par braquer. On peut penser que la pression de l’Eglise, dans le très lointain temps, a fini par braquer avec sa bien-pensance globalisée et universelle à l’époque. Et que ça a fini par créer… des résistances. Ainsi va le monde.
        Vous savez, quand on condamne quelqu’un au tribunal, même pour les « faits » les plus terribles, on ne peut pas obtenir son remords par la procédure, même s’il est puni en allant en prison, mais encore… même si on le met à mort. La liberté humaine restera toujours intact, même si cela nous enrage à un point incandescent. Et ça nous enrage, je le vois bien. Les victimes, dans une démarche qui retourne le pouvoir, exigent de trôner dans et par leur sentiment d’impuissance ? Le côté sacré de ce qu’elles ont subies ? (Je rappelle que « victimes » est un mot au genre féminin, et pas une femme.)
        Dans le fond, tout cela finit par exacerber la violence entre les sexes, l’incompréhension, la méfiance, et ça ne nous fait pas de bien. Ni aux hommes, mais ni aux femmes.
        La vérité… révélée… ne nous fait pas tant de bien que ça. Surtout quand elle tend à devenir une nouvelle religion, avec une nouvelle distribution du pouvoir.. public.
        Mais notre religion… nous y tenons bien plus qu’à l’apaisement possible entre les sexes.
        Triste. J’appelle ça la condition humaine, et notre.. pauvreté.

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  3. alainlecomte dit :

    @Debra: « Les victimes exigent de trôner dans et par leur sentiment d’impuissance » « Dans le fond, tout cela finit par exacerber la violence entre les sexes ». Arrêtez ces propos stupides. ou alors je me verrai contrait de vous rejeter dans les « indésirables ».

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    • Debra dit :

      Je ne sais pas quel statut donner à ce que je vais exposer maintenant. S’agit-il de faits ? De quoi s’agit-il ?
      Mais il se trouve que pas loin de l’époque où Rome a subi de profonds remaniements de son pouvoir, la révolution augustinienne, un homme obscur, prêcheur itinérant, vivant dans les provinces (de Rome) a été désigné victime expiatoire, et a été mis à mort, comme un simple esclave. Les circonstances qui ont entouré sa mort, un procès qui nous a été rapporté comme un simulacre de justice, ont suscité une très grande indignation, et de prêcheur itinérant sorti d’une province obscure, il a peu à peu pris un statut de Dieu, et on a continué à célébrer son sacrifice jusqu’à une époque très récente, car l’Eglise Catholique officielle en ce moment escamote petit à petit l’idée doctrinale du sacrifice de Jésus célébré pendant la messe.
      Les victimes célébrées, (!!! pour l’orthographe, n’est-ce pas ?…) hommes ou femmes, ne manquent pas dans l’histoire de l’humanité. Pour n’en citer que quelques unes, nous avons Jésus, bien entendu, mais aussi Lucrèce, qui est là, à l’origine de la République romaine, et qui trône, elle, avec ce que son sacrifice consenti (dans et par son suicide) a déclenché comme éruption volcanique à Rome.
      Si on ouvre un dictionnaire étymologique, on peut voir que les mots importants de notre histoire, (le mot « science », le mot « laïc », le mot « efficace », juste pour en citer quelques uns) remontent dans la nuit des temps, jusqu’à la Grande Romaine, au moins.
      Se pose ainsi la question, et le problème, de la sécularisation de la religion. Jusqu’à quel point la sécularisation, en transformant un cadre religieux en cadre social ? politique ? évacue les problèmes de croyance, de foi qui sont rattachés à la religion ?
      Peut-on faire tabula rasa du passé religieux, en le…divorçant de la transcendance ? Ne fait-on pas autre chose que de reconstituer une autre.. transcendance ? pour remplacer celle qu’on voudrait destituer ?
      Dans quel cas, je persiste. Je ne crois pas que toutes les foi se valent. Et je ne m’engagerai pas dans une foi où je sens que mon héritage religieux est profondément trahi.

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  4. Girard A dit :

    Debra je n ‘ai pas( encore) compris votre grille de lecture du monde et quelles pourraient être vos propositions pour au moins adoucir la cohabitation des humains ce qui n’est pas une évidence.
    Ca me fait penser à l’intervention de Finkielkraut dans l’affaire Duhamel.
    Nos médias, pas toujours irréprochables, révèlent bien la condition terrible, de mon point de vue,des femmes en Afghanistan même si j’ai pu entendre des voix qui disaient que cela ne concerne qu’une minorité au sein d’un pays rural très ancré dans sa tradition.
    Ici il y a bien comme dans l’affaire Duhamel une personne qui prend le risque de se dévoiler pour survivre et s’exprimer.

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  5. Girard A dit :

    Je n’ai pas lu Angot mais je pense à mon premier poste dans la banlieue de Dunkerque. Lors de mon premier entretien, le surveillant général de l’époque m’avertit que dans mes classes il y avait beaucoup d’élèves victimes d’inceste.Je n’avais pas trop réagi devant cette information étrange pour moi et ne savait que faire de cette information.

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    • Debra dit :

      A Girard ? Je ne sais pas comment m’adresser à vous, exactement, pourriez-vous me dire comment vous souhaitez que je m’adresse à vous, svp ?
      Je voudrais répondre à votre dernier poste, et à votre désarroi ? inconfort ? en entendant les propos de votre surveillant général sur les élèves victimes d’inceste dans la classe.
      J’ai envie de rapprocher votre réaction à la réaction de Freud quand il s’est trouvé désemparé devant les récits de ses patientes où il entendait très souvent parler d’incestes. Inceste venant du père, ou d’un membre de la famille, mais pas seulement. Cela pouvait aussi être quelqu’un DANS UNE POSITION TUTELAIRE, quelqu’un avec de l’autorité, censé représenter la société à charge de transmettre.
      Freud a été d’abord déstabilisé, ensuite méfiant, en entendant tous ces cas d’inceste. Il a fini par dégager le concept de fantasme de ces récits. (Je voudrais préciser que pour la quasi totalité des personnes sous l’emprise d’une approche positiviste, le fantasme est un mensonge, tout comme la fiction au sens large. Mais je précise que Freud, en même temps qu’il dégage le fantasme, dégage l’idée de REALITE PSYCHIQUE. Il s’agit de dire que ce que la personne a IMAGINE a une réalité pour elle qui est tout aussi puissante, sinon plus, que… ce réel qui, de toute façon, est caché par un voile qui ne disparaîtra pas. Freud a dégagé que la petite fille, sous l’emprise de ? (et tout comme les hommes, d’ailleurs, en grande partie), imagine le rapport sexuel avec un homme comme un VIOL LUI FAISANT VIOLENCE. ((Regardez bien les deux mots.)) )
      Ici, j’entends des voix en choeur s’élever d’indignation. Je peux comprendre. Mais… m’ayant observé, ayant observé d’autres, je peux dire que je « produis » des récits différents sur les « événements » de mon passé. Quand je discute avec mon frère sur NOTRE PASSE COMMUN, nous n’avons pas les mêmes souvenirs. C’est banal. Cela peut se vérifier partout, dans toutes les familles. Il n’est pas rare que nos souvenirs soient conflictuels, d’ailleurs.
      Alors… que s’est-il réellement passé ?
      Comment savoir ? QUI peut le dire ? Dans des cas où c’est la parole de l’un.. CONTRE la parole de l’autre, et on n’a pas d’autres éléments, comment déterminer ? Sur quelles bases ?
      Après, on a le problème très épineux de dire… A QUI VA-T-ON FAIRE CONFIANCE dans ce cas de figure ? Va-t-on… croire sur parole ? Dans des affaires menant jusqu’en prison ?
      C’est ici où j’ai commencé à mettre des distances, en regardant, et en tenant compte… du passé. Si on fait le lien avec les récits des patientes de Freud, avec l’époque de Freud, on peut voir déjà qu’au 19ème siècle, il y a une pression considérable pour transférer le pouvoir.. public, jusque là majoritairement exercé par les hommes, vers les femmes, avec l’idée que cela constitue une émancipation de la femme. (Déjà, Molière en parle dans « Les Précieuses Ridicules ».) Mais… ce qu’on « gagne » dans une sphère, on peut perdre… dans une autre, et le pouvoir n’est pas QUE public.
      Ce que je vois, pour ma part, c’est qu’il y a une lutte ? pour le pouvoir public, institué comme pouvoir.. UNIQUE, seul désirable, et qu’il y a une pression considérable pour détruire la légitimité ? de l’homme pour exercer ce pouvoir, comme son autorité. (Tout ceci est très lié à notre héritage religieux, en passant…)
      Il s’agit de promouvoir une nouvelle société. En sachant que de tous temps, il y a eu des femmes qui ont exercé un pouvoir public sans que le pouvoir public soit socialement une affaire de femme. Des femmes compositrices, il y en a eu, par le passé. Des artistes, aussi. Pourquoi ne le savons-nous pas forcément ? Quelle est la force qui est venue s’installer pour bloquer notre connaissance sur ce dossier ? D’où vient-elle ?
      Je n’aime pas ce modèle. En tant que femme, je ne m’y épanouis pas. Et je me sens… de plus en plus seule à être contre.

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  6. Girard A dit :

    Debra le dernier post était une réaction au billet de Alain et non un prolongement de ma première remarque.Je ne suis pas spécialement en désarroi.
    je faisais part de ma naïveté vis à vis de violences familiales (à priori avérées). Je crois qu’il y avait besoin d’éclairage sur des situations qui concerne beaucoup de personnes.
    Dans l’affaire Duhamel précisément, les subtilités de langage et d’argumentation de Filkienkraut me paraissent décalées.Bien évidemment qu’il y’a des problématiques de mémoire et d’interprétation du passé.
    Même le diable mérite d’être défendu mais il faut entendre les victimes et bien les entendre, ce qui n’était pas le cas.

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    • Debra dit :

      O.K. Mais j’ai mis des années à comprendre que ce qu’on « trouve » est profondément tributaire des idées qu’on a, avant, et en allant le chercher. La méthode scientifique reconnaît cette approche, et les scientifiques en qui j’ai foi souligne l’importance du point de vue ? des partis pris ? du chercheur dans ce qu’il trouve. Des recherches vont jusqu’à suggérer à quel point ce qu’on trouve est influencé par les idées qu’on avait avant d’aller le chercher. Normal, j’ai envie de dire.
      Et de mon point de vue, cela jette un certain trouble dans ce que nous trouvons en ce moment…
      On peut me dire que je suis en réaction, mais je crois qu’une certaine honnêteté intellectuelle oblige de reconnaître que nous sommes tous… en réaction vis à vis de notre passé, des idées et des personnes qui nous ont précédés. Peut-il en être autrement ?
      Pour Finkielkraut, je l’apprécie beaucoup dans les livres de lui que j’ai lus. Je ne l’ai jamais regardé à la télé, car ça fait plus de 20 ans que je n’ai plus la télé. Je suis très coupée de la culture (ou la culte ?) de l’information.

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