Un salutaire plaidoyer pour la raison (P. Engel)

En ces temps de crises multiples, la réalité du monde nous échappe de toutes parts. Au point que nous en venons parfois à douter de la raison, elle qui devrait demeurer ce noyau irréductible nous permettant d’aligner deux idées cohérentes l’une à la suite de l’autre et d’entrevoir au-delà de ces enchaînements, une vérité possible. Comment croire à son empire lorsqu’on voit autour de nous à quel point il en est fait peu de cas. Quand des millions de gens ne se déterminent plus qu’à partir de mensonges (rebaptisés « fake news ») et ne sont capables que d’émettre des cris pulsionnels en guise de jugements, évidemment on doute sérieusement, à la fois de la raison du monde et de la nôtre propre. On peut dire que c’est la faute aux réseaux sociaux. Oui, mais encore ceux-ci ne sont-ils que des vecteurs : ce qu’ils propagent n’est pas né d’eux, mais bel et bien de ceux et celles qui les utilisent. Cette course aux mensonges, course aux histoires les plus folles, explique (en partie) aussi bien la solidité du vote pour Trump aux Etats-Unis que la reprise déraisonnable de la Covid-19 en nos pays qui, pourtant, avaient les moyens et les ressources pour contrôler l’épidémie.

Tout l’été ont circulé sur le web des annonces de charlatans qui ont colporté la rumeur que l’épidémie était finie, qu’il n’y aurait jamais de seconde vague et que le gouvernement ne prenait des dispositions de précaution que dans le but de nous tromper, de nous habituer à l’enfermement, de nous empêcher de manifester etc. que sais-je encore. Les Raoult, Perrone, Toussaint, Toubiana et compagnie ont construit de toutes pièces des discours, voire même des idéologies qui ont trompé des milliers voire des millions de gens qui ont trouvé plus confortable de les croire que de s’en remettre un instant à la science et à sa méthodologie. On se rappellera entre autres choses que l’homme à la barbiche s’est prétendu épistémologue et, pour jeter de la poudre aux yeux, s’est référé à Feyerabend pour proclamer une épistémologie anarchiste, autrement dit l’épistémologie du n’importe quoi, mais probablement sans avoir jamais lu une ligne du philosophe américain. Ces gens, que beaucoup d’adeptes des réseaux sociaux ont repris et relayés à longueur de journée, ont sur leurs épaules une lourde responsabilité (et aussi ceux qui les ont relayés, par la même occasion). Il y a même eu des « philosophes » pour entonner leurs refrains (Onfray, BHL…).

Il fallait donc du courage à Pascal Engel pour publier, dans ce contexte, un Manuel rationaliste de survie. Vous avez dit « rationaliste » ? mais quelle horreur… entend-on déjà dans la bouche de maints apôtres de l’absence de vérité et du refus de la science. N’ayant pu me procurer le livre immédiatement pour cause de confinement (mais heureusement mon libraire de Nyons pratique le « click and collect »!), je l’ai d’abord découvert par la recension qu’en a faite le philosophe Roger Pouivet dans l’excellente revue numérique « En attendant Nadeau ».

Dans un Manuel rationaliste de survie, Pascal Engel défend la raison menacée par l’irrationalisme et l’antirationalisme de la postmodernité. Les membres du « Parti de l’anti-raison » sont clairement identifiés : Derrida, Foucault, Deleuze, Badiou et autres Latour. Comme nos institutions intellectuelles, éditoriales et médiatiques plus qu’universitaires, recrutent constamment de nouveaux membres pour le parti, de plus jeunes et fringants sont aussi clairement identifiés. Et les naturalistes, façon sciences cognitives, ne sont pas en reste. L’indignité rationnelle s’est répandue dans la république des lettres. Et pour échapper à l’épidémie, il faut un manuel rationaliste de survie.

Pascal Engel (photo personnelle, aout 2013)

J’avoue avoir longtemps prêté l’oreille à de nombreuses sirènes « irrationalistes », il est si agréable de flatter les ego, les désirs, les plaisirs, et de dire que l’on s’en remet à la poésie ou aux délices d’une philosophie de l’ineffable. Nous voyons cependant où se situent les risques. A avoir crié que la raison n’était pas assez subtile pour avoir accès au plus intime de nous-mêmes, nous l’avons dévalorisée et à l’heure où nous en aurions le plus besoin, nous nous retrouvons nus pour affronter pire qu’un orage cytokinique.

L’exigence de raison

Le livre de Pascal Engel en impose par son érudition et sa verve. Il s’en prend aux têtes d’une intelligentsia d’hier et de maintenant qui se sont illustrés par le défi qu’ils ont représenté et représentent encore à la rationalité. Il ne répond pas à la question « d’où vient la raison ? », il ne s’aventure nullement dans les parages d’une métaphysique. Je me souviens avoir été convaincu autrefois par Habermas qui disait qu’était venu le temps d’envisager la raison non plus sous un angle métaphysique mais sous un angle plus empirique : d’où vient-elle, qu’est-ce qui lui communique sa force ? Mais à cet angle de vue, s’oppose un écho de la réflexion kantienne à propos de la logique, que Cavaillès avait mis en relief dans son « Sur la logique et la théorie de la science », qui mettait en cause une approche empirique (psychologique) car alors il aurait été légitime de se demander quelle logique cette approche aurait suivi. La philosophie est alors contrainte d’admettre que la raison s’impose à nous de façon transcendante. C’est en tout cas le parti que prend Pascal Engel, qui commence par poser les bases essentielles du débat par le biais d’amusants dialogues qui concernent respectivement la raison, la vérité, et le relativisme.

Dès que l’on pense, on est dans la raison, ou du moins on se confronte avec ses canons. On peut la caractériser de façon minimale, on retiendra volontiers alors le principe du modus ponens et le principe de non-contradiction (certains incluraient aussi le tiers-exclus, mais cela peut être contesté). Il n’est pas possible, du moins si l’on est honnête (en tout cas ayant ce type d’honnêteté qui est requis de la part de tout chercheur c’est-à-dire de tout être humain qui cherche à penser) de mettre dans un même discours une thèse et son contraire. Par exemple, il n’est pas possible de dire à la fois, comme font les complotistes, que le Covid-19 est une maladie insignifiante (et que les gouvernements ont des motifs cachés pour nous faire croire le contraire) et qu’elle est une maladie fabriquée de toutes pièces dans le but de supprimer des milliards d’improductifs sur la planète, car si elle est faite pour supprimer des milliards d’habitants de la planète, c’est une maladie très grave, et si elle est insignifiante, elle ne peut pas tuer des milliards de gens.

Je sais : certains philosophes veulent passer outre, se font fort de penser le même et son contraire en même temps, jouent de tours de passe-passe, que par exemple Derrida ose dire que si une chose est possible, alors elle est impossible ou d’autres choses de ce genre, ils font exprès de dérouter les habitudes de rationalité du lecteur, est-ce bien malin au vu de ce qui se passe aujourd’hui ? Il y a même des « logiciens » qui tentent cet exploit insurmontable de permettre des contradictions dans un discours sans que celui-ci, disent-ils, en devienne incohérent… autrement dit des (pseudo) logiciens de l’irrationnel – logiques para-consistantes. Rien à voir, au passage, avec la pensée d’un Jean-Pierre Dupuy qui, lui, veut rationnellement construire une approche qui tout en nous annonçant la catastrophe comme certaine, veut justement utiliser cette annonce comme ayant des propriétés auto-invalidantes, c’est-à-dire soit telle qu’en l’énonçant on parvienne peut-être à la rendre fausse. Il peut y avoir des subtilités réelles dans l’emploi de la négation. Ici faire en sorte que prédire p puisse impliquer non-p… ce n’est pas une contradiction, cela pose juste la question des propriétés modales que doit avoir le verbe «prédire » pour qu’il en soit ainsi.

Modus ponens et non-contradiction donc, et nous sommes d’accord, mais je lui objecterai que cela n’empêche pas d’aller plus loin dans la recherche des soubassements, pourquoi refuser que ces propriétés requises pour qu’il y ait rationalité soient elles-mêmes basées sur des principes encore plus profonds ? On a pointé ici, avec les chercheurs en informatique théorique, l’idée de boucle dans une évaluation, par exemple, si tant est que tous nos discours soient « évalués » au sens entendu en informatique – on peut aussi les dire « interprétés » ou « compilés » – et que notre premier objectif en parlant soit peut-être de faire en sorte que cette évaluation ait un point de terminaison. C’est ce que suggèrent des travaux de logique contemporaine et que j’ai essayé de développer sur ce blog il y a quelques temps. Nous ne sommes peut-être pas condamnés à l’argument sceptique d’Agrippa soutenu par Minerva : « ou bien la raison n’a pas de fondement parce qu’il faut toujours un fondement au fondement, et ainsi de suite, ou bien elle est dogmatique, parce qu’elle doit poser un fondement lui-même injustifié et arbitraire ; ou bien elle est circulaire car le fondement présuppose ce qui est en question », ce qui, vous l’aurez compris, ne fait que renforcer le plaidoyer de Pascal Engel en faveur de la raison (sauf que celle-ci pourrait être fondée sur un extérieur, un ordre du réel).

Les nouvelles « réfutations sophistiques »

L’un des meilleurs chapitres du livre est le sixième: Nosologie de la raison. J’oserai dire sans peur d’être taxé de désir de flagorner que ce chapitre est comparable aux célèbres Réfutations sophistiques de notre maître à tous… ou, à un niveau moindre, au « Petit traité d’auto-défense intellectuel » du philosophe québécois Normand Baillargeon. Il serait même plus complet en ce qu’il donne une liste bien plus longue des sophismes courants, et en les étayant par des exemples frappants tirés de la philosophie contemporaine (surtout française). On a là bien sûr une illustration de ce que, pour caractériser une entité si difficilement appréhendable que la raison, il vaut mieux en général passer par la caractérisation de ce qu’elle n’est pas. Faire une liste d’entorses plutôt qu’une liste de règles positives. Citons en vrac et au hasard : les paralogismes, l’ignorantio elenchi, l’équivoque, le sophisme génétique, le raisonnement en vue de la conclusion, ou bien les sophismes modaux ou les différents tropes comme ceux du retournement, de l’abîme ou du quiétisme. Le tableau ainsi dressé nous laisse souvent pantois : quoi ? autant de mépris d’une argumentation juste parmi les fleurons de notre intelligentsia ? Le comble étant, à mon avis, ceux qui, tout bonnement, nient la nécessité d’argumenter, qui affirment, avec tranquillité, que la philosophie n’a pas à perdre son temps avec une activité si futile. Il est vrai que nous en avons vu un exemple déjà dans la lecture du livre d’Isabelle Stengers, « Réactiver le sens commun », dans lequel la philosophe s’appuyait sur Whitehead pour défendre une position similaire. Malgré toute ma bienveillance de principe, j’avais bien dû, à un moment, reculer de frayeur face à pareille désinvolture…

Sur un point essentiel et qui revient souvent dans les critiques des partisans de la raison, Engel à raison d’insister sur l’idée que la raison n’est pas responsable du fait qu’on l’invoque à tort. Il est évident qu’au cours des siècles, elle a pu être invoquée à tout bout de champ… le colonisateur n’était-il pas, par exemple, celui qui apportait la raison aux autochtones ? Le colon français en Algérie prétendait apporter des méthodes de culture, des pratiques hygiéniques qui allaient modifier pour le bien commun des pratiques ancestrales analysées alors comme fautives… Après coup, on constate qu’il n’en était rien, que leurs convictions étaient erronées, que la « raison » jouait un piètre rôle dans leurs motivations, qu’ils avaient cru bâtir un « système de raisons » là où les intérêts prévalaient sur des connaissances manquantes. Ainsi vont les représentations de la raison au fil des temps, qui, souvent se confondent avec l’état des sciences ou parfois avec des intérêts, mais le fait qu’il existe des représentations de la raison, souvent tronquées et imparfaites, ne lui nuit pas, puisque c’est encore en son nom que des siècles plus tard, on peut les remettre en cause et les dénoncer.

Eviter le réductionnisme

Mais attention qu’à vouloir trop prouver, on n’arrive à commettre quelques injustices. L’idée par exemple qu’il y a de l’intérêt à étudier nos facultés cognitives du point de vue de la sélection naturelle et donc d’un point de vue évolutionniste ne relève pas nécessairement du « sophisme génétique » car elle ne vise pas forcément à réduire une de ces facultés à ce qui peut avoir motivé son apparition puis son développement. Quand le jeune philosophe-écologiste Baptiste Morizot suggère que l’origine de notre passion pour l’enquête serait dans les premières activités de pistage de nos ancêtres pré-historiques, il ne dit pas que notre intelligence se réduit au pistage, ni que le métier de mathématicien n’est dans le fond pas très différent du mode d’être du loup à la recherche de sa nourriture… de même que la recherche psychanalytique des causes de tel comportement névrotique incluant – pourquoi pas – une activité créatrice n’est pas non plus une volonté de réduire l’œuvre à la névrose de son créateur, elle se veut seulement un éclairage qui peut intéresser tout lecteur sincèrement attaché à comprendre la genèse d’une œuvre qu’il prend plaisir à lire…

Et puis, la raison ne doit pas être l’ennemie de l’imagination. Elle est un système de règles implicites, ce n’est pas une liste de certitudes. Tout système formel part d’axiomes, c’est la machinerie des règles qui représente leur potentialité déductive, on doit s’entendre sur celles-ci pour pouvoir discuter, mais les axiomes peuvent varier. Leur évidence dépendra elle-même d’autres règles, d’autres principes implicites, on ne va pas dire que les axiomes sont arbitraires (comme l’ont pourtant affirmé certains formalistes) mais c’est souvent l’imagination qui nous commande de poser des axiomes nouveaux ou différents afin de voir ce qui peut advenir d’un tel changement, faisant cela nous sommes encore dans la rationalité (de fait, l’histoire des sciences montre que les choix ne sont pas arbitraires, le mathématicien est libre mais au sens de Spinoza, c’est-à-dire obéissant à une nécessité qui le transcende, sans que cette nécessité puisse être déviée par quoique ce soit, comme des considérations matérielles ou financières).

Ouvrir sur la diversité des systèmes de représentations

Nul ne peut être sûr que les systèmes de représentations par lesquels les humains appréhendent le réel sont dotés d’unicité, il faut être modeste en la matière. Ceci fonde bien sûr les travaux des ethnologues et des anthropologues. On ne peut sursauter et s’inquiéter que lorsque ces derniers semblent adhérer à des systèmes qui, de manière trop évidente, violent les principes de la raison. Mais même en ce cas, il convient d’être prudent. Pascal Engel souscrit heureusement à l’idée que la science n’explique pas tout et que, dans certains domaines, la raison semble impuissante, à moins qu’elle ne passe inaperçue aux yeux de l’observateur. Le voyageur européen perdu dans la forêt amazonienne est sidéré de voir avec quelle facilité un natif de l’endroit trouve son chemin alors que lui-même ne voit autour de lui que la répétition du même, et c’est alors le compagnon indien qui s’étonne de l’étonnement : « comment, tu as oublié de remarquer les branches cassées ? ». La raison était passée inaperçue. Mais lorsque l’ethnologue reçoit la confidence d’une villageoise évène qu’elle sait qu’il ne faut pas aller dans telle direction parce qu’on risquerait de se heurter à un ours et qu’elle le sait à partir du rêve qu’elle a fait la nuit précédente, bien sûr, il y a un « gap »… Notre rationalité nous interdit de croire au rôle annonciateur des rêves. Il y a donc bien un « clash » entre raison et « autre chose » que la raison (quoi ? Magie ? Mythologie?). On a alors le choix entre plusieurs attitudes : ou bien on ne prend guère au sérieux la chose et on range cela comme spécimen de pensée magique, ou bien on le prend au sérieux en admettant l’extrême complexité de l’esprit humain, la chaîne extrêmement longue des indices et inférences possibles avant d’arriver à une conclusion, le fait que ce qui est dit ici relève d’une réalité profonde d’accès difficile. Mais on ne prend pas à partie l’observateur-ethnologue en le taxant « d’irrationalisme », il ne fait que son boulot, qui est de rapporter des faits ethnologiques.

Il en va de même pour les concepts. On peut à bon droit pester contre les philosophes qui n’en finissent jamais de créer des concepts nouveaux, sans même se demander si les anciens ne faisaient pas l’affaire, comparables en cela aux législateurs qui font voter des centaines de lois nouvelles alors que souvent il suffirait de faire appliquer les précédentes… On ne niera cependant pas que parfois cela peut être bénéfique. Après tout, la réalité est changeante, nos préoccupations d’aujourd’hui ne sont pas toujours celles d’hier et on ne fera pas grief à tel ou tel de parler d’anthropocène ou d’adapter la notion d’entropie au constat que nous avons d’un monde qui lentement se désorganise et perd de sa (bio)diversité porteuse d’information.

Et puis pourquoi chicaner ? C’est contre-productif. Au lieu de mettre un cordon sanitaire autour d’un petit noyau d’irréductibles dont Engel ferait évidemment partie, ne vaut-il pas mieux s’ouvrir aux proches, à ceux ou celles qui, pour ne pas partager toute la panoplie des principes, n’en sont pas moins d’accord sur l’essentiel, à savoir la nécessité de maintenir un discours d’analyse face aux aberrations du temps. Plutôt que de chicaner Descola parce que celui-ci écrit que la séparation nature – culture, n’étant pas conceptualisée dans certaines civilisations, n’est pas universelle, on fait mieux d’admettre que tout le monde comprend ce qu’il veut dire : que cette dichotomie n’est pas ancrée dans tous les systèmes de représentations, ce qui est une réalité qui n’a rien à voir avec la raison mais a à voir avec les faits. Il vaut mieux constituer un front élargi qu’un front d’irréductibles. Un front républicain qu’un front épuré. Appelons-en donc à un rationalisme d’esprit large, un rationalisme « inclusif », qui ne soit pas la chasse gardée des grincheux et des ronchons (non que je veuille qualifier Pascal Engel par ces termes, bien sûr…).

Pourquoi devrais-je me plier aux lois de la raison ?

Je parlerai une autre fois du dernier chapitre, passionnant, où le philosophe se confronte aux thèses en apparence « scientifiques » des psychologues comportementalistes, des psycho-sociologues et autres sociologues des sciences. Il y a là beaucoup à dire. Peut-être aussi beaucoup de malentendus de part et d’autre. Les auteurs utilisent-ils bien toujours les mots avec les mêmes sens ? De même, l’avant-dernier chapitre, sur un « agenda pour le rationalisme », pose énormément de questions. Parce qu’il y a une question à laquelle ce livre ne répond pas (cela était déjà dit dans l’article de Pouivet ci-dessus mentionné) : pourquoi devrais-je me plier aux lois de la raison ? Nul doute que bon nombre de ceux qui aujourd’hui croient en des choses qui nous paraissent aussi absurdes que la théorie de la Terre plate, l’intention qu’a Bill Gates de munir tous les humains de puces électroniques introduites dans les corps au même moment que les substances vaccinales ou la conspiration des Illuminati répondraient à nos objections qu’ils n’ont rien à faire de nos arguments rationnels. Et si eux, ils ont envie de croire en ces fables ? S’ils pensent que cela leur rend la vie beaucoup plus simple à comprendre et donc plus plaisante, qu’allons-nous répondre à ça ? David Hume soutenait qu’il n’existait aucune raison objective pour laquelle il serait « contraire à la raison de préférer la destruction du monde à une égratignure de [s]on doigt », et peut-être a-t-il… raison ! Cet avant-dernier chapitre discute donc de ces points. C’est sans doute le plus ardu, mais on doit s’y accrocher. Personnellement, je partagerais volontiers la position d’un Christopher Peacoke qui voit dans le rationalisme moral une « théorie de la compétence » que nous avons quant aux concepts moraux (comme ceux de devoir, de permission et de raisons). Cela me rappelle les positions d’un Chomsky au sujet de la grammaire d’une langue, mais l’analogie est sûrement trompeuse, et puis c’est sans doute manifester une foi un peu trop idéaliste dans l’enracinement de l’esprit humain dans la raison. Alors… défendre un « argument d’indispensabilité », comme l’ont fait Quine et Putnam à propos de la « réalité » des objets mathématiques ? Mais comme le dit Engel, on se heurtera toujours au fait que les vérités morales ne sont pas aussi robustes que les vérités mathématiques…

Il reste néanmoins une chose, en dépit de ces débats et discussions, une au moins: c’est que face à ce déchaînement d’obscurantisme, de complotisme, de condamnation des principes de la science, notre arme principale, peut-être la seule, est bel et bien la raison et que nous ne procéderons jamais assez à l’analyse précise et rationnelle des (pseudo) argumentations qui nous sont présentées dans les multiples media qui se nourrissent de mensonges et d’idées non fondées.

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12 commentaires pour Un salutaire plaidoyer pour la raison (P. Engel)

  1. Debra dit :

    Le mot « complotisme », qui est un néologisme, fait fureur en ce moment.
    Le Robert Historique de la Langue Française, d’Alain Rey tâtonne dans l’incertitude pour tracer une piste vers les origines du mot « complot ». Une hypothèse (scientifique ?….) fait remonter le mot à « pelote », qui serait devenu « plot », en anglais. Avec cette idée de « pelote », il y a l’idée d’un arrangement serré de petites cordes, tenues ensemble par une autre corde nouée autour.
    Comme on est dans des domaines où l’imagination peut.. sévir, et où il est impossible de prouver quoi que ce soit (ça arrive, ça arrive), je suis frappée par la ressemblance entre le mot « complot » et le mot « faisceau », ce mot qui nous a donné… « fascisme », un mot qui excite beaucoup notre imagination à l’heure actuelle aussi. Dans le « faisceau », il est question d’un assemblage de morceaux de bois pour faire des fagots (symboliques) dans les mains des licteurs qui accompagnaient les MAGISTRATS dans la République Romaine…
    Là, il s’agit de constater que se trouvent assemblés, mis en présence, le problème de l’autorité : QUI L’INCARNE, QUI DIT VRAI, QUI PEUT-ON CROIRE (on peut laisser de côté momentanément « laraison », car la raison est peut-être secondaire au problème de déterminer QUI DIT VRAI, même si on peut estimer qu’il ne faudrait à aucun prix que la raison soit séparée de ce problème.).. ET le problème d’assembler tout court pour donner sens, et rendre possible la pensée sous forme d’interprétation, là aussi où la raison peut être utile ? bonne ? possible ? mais pas forcément une évidence ou une donnée.
    La crise du Covid a mis dans une cruelle lumière la manière dont le mot « science » évolue à une vitesse comparable au flux des médias, dans un monde où le sens de ce mot ne peut pas échapper aux effets de la vulgarisation « scientifique », et les effets de se trouver comme référence (et autorité ?) fondatrice.. d’une manière ou d’une autre, sur les lèvres de Monsieur et Madame Tout le Monde, quel que soit son niveau d’instruction, ou sa classe sociale.
    Le sens du mot « science » que j’affectionne correspond à un discours qui s’appuie sur l’interrogation collégiale continue de phénomènes, dans un va et vient permanent entre théorie et observation empirique, qui se déploie DANS LE TEMPS, et est soumis à l’interprétation, dans un climat de controverse, comme confrontation de points de vue divergents. La « vérité » scientifique est une construction nécessitant plusieurs acteurs qui posent leur pierre dans l’édifice de la science.
    D’après cette signification, on peut voir que l’idée… d’expertise.. pose problème dans la mesure où elle tend à figer l’expert dans une position..de représentation d’AUTORITE incarnée, la position de celui qui, seul, détiendrait la vérité…ce qui va à l’encontre de l’investigation scientifique.
    Mais… en temps de crise, de panique, où l’idée de perdre sa vie préempte toute autre considération chez beaucoup de personnes, où.. L’URGENCE est le tempo, une démarche scientifique, qui se déploie dans la durée, ET DANS L’INCERTITUDE, EST-ELLE POSSIBLE ?
    Je crains que non. Je crois que non.
    En temps de panique, il est… humain de consulter.. les augures. (Si on n’arrive pas à prier…)
    Et quand on n’a pas d’augures sous la main pour pouvoir les consulter, et bien.. « ON » les… fabrique…. avec les matériaux du bord…
    Après, on peut, on DOIT (pour ceux qui souhaitent penser) se poser la question de la responsabilité éthique des personnes qui SE DISENT SCIENTIFIQUES (mais qui sont humaines…) devant la situation où « NOUS » ? les avons mises. On peut et doit se poser la question de notre propre responsabilité dans le processus de déterminer qui détient l’autorité ou pas.
    Pour ma part, je reste… fidèle, dans le temps, à ceux qui essaient coute que coute de tenir compte d’une temporalité qui se prolonge dans le passé, comme point de comparaison pour RELATIVISER, en estimant que la raison exige à certains moments qu’en comparant des phénomènes, on les RELATIVISE, les uns par rapport aux autres.
    Vu sous l’angle de la temporalité, je ne peux qu’interroger le fait que nos vies individuelles, ainsi que la vie de la collectivité se déroulent à un tempo effréné, où l’urgence et la crise n’ont rien d’exceptionnelle. Soit. Mais j’affirme que le discours scientifique, et peut-être la pensée tout court, sont incompatibles avec l’urgence, et que.. nos experts DEVRAIENT le savoir.
    Si.. NOUS FERMONS LES YEUX DESSUS… (y compris nos « scientifiques »…), OU EST LA RAISON ??
    Quelle est notre responsabilité individuelle et collective, en fabriquant un monde où l’urgence préempte toute autre considération, rendant l’exercice de la raison… impossible ?
    Là, c’est une vraie question…

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    • alainlecomte dit :

      « Le sens du mot « science » que j’affectionne correspond à un discours qui s’appuie sur l’interrogation collégiale continue de phénomènes, dans un va et vient permanent entre théorie et observation empirique, qui se déploie DANS LE TEMPS, et est soumis à l’interprétation, dans un climat de controverse, comme confrontation de points de vue divergents. La « vérité » scientifique est une construction nécessitant plusieurs acteurs qui posent leur pierre dans l’édifice de la science ». Je suis d’accord avec vous là-dessus. et oui, bien sûr, aussi, il est exact que la pratique scientifique est incompatible avec l’urgence. Alors que faire? S’il n’est pas possible de statuer positivement parce que la science n’a pas encore conclu ou trouvé ce que l’on attend, on peut toujours au moins statuer négativement et dire: non, ceci n’est en tout cas pas scientifique, pas conforme à la raison. Ici, la négation est plus simple que l’affirmation.

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      • Debra dit :

        Nous sommes en train de nous bagarrer pour avoir la mainmise sur la définition du mot « science », et investir.. de NOUVELLES autorités pour définir ce mot.
        Le mot « nouveau » est un fléau, vous savez. Où s’arrête l’exigence du « nouveau » ?
        Le mot « nouveau » fait partie de ces mots comme « liberté » qui sont… pires ? encore que le Covid 19 pour.. coloniser ? les esprits. Et quand la technologie permet de NOUS DONNER L’ILLUSION de pouvoir être.. UN (peuple), etc, etc, vous pouvez avoir le vertige. Il y a de quoi avoir le vertige, je crois.
        Je crois que Bossuet a déjà fait remarquer qu’il suffisait de prononcer le mot « liberté » pour avoir une.. foule de personnes accourir de toutes parts pour SUIVRE pour trouver le combat pour la liberté, et se battre. (On peut, on doit élargir cette observation pour l’appliquer au mot « science à l’heure actuelle.) Je suis d’accord avec Bossuet. En passant, Pierre Grimal, qui pour moi, était un homme avec des neurones, la capacité de penser ET UN COEUR, a écrit un petit livre qui s’appelle « Les Erreurs de la Liberté ». Très instructif, ce petit livre pour appréhender une certaine continuité dans notre civilisation. Il compare le « eleutheria » grec avec le « libertas » romain pour dégager les ressemblances, et les différences. Un bon comparatiste, Grimal, pour une époque où nous avions encore le droit, et le devoir, de comparer…

        Qu’est-ce qu' »on » attend, Alain ? Un médicament.. MIRACLE ? Un vaccin.. MIRACLE ? un… messie, des fois ? Un miracle pour nous préserver de la mort ?
        Ça fait combien de temps qu »on ».. ATTEND, Alain ?
        Je n’ai rien contre le fait… d’attendre. J’ai attendu huit mois et quelques pour voir mes enfants qui étaient cachés dans mon ventre. Mais…. je n’attends pas le Messie… ni qu’il arrive, ni qu’il revienne, d’ailleurs. Et je n’attends pas non plus que M. Macron, ou les laboratoires pharmaceutiques.. ME SAUVENT.
        (Se souvenir que le mot « salut » en latin était un simple souhait de trouver son interlocuteur en bonne santé corporelle…)
        Je ne prétendrai pas que j’ai le pouvoir de me sauver moi-même, car peut être contrairement à M. Engels ?, si je l’ai bien compris, je n’aime pas les démarches d’auto-fondation. Pour moi, l’auto-fondation, tout comme l’auto-référence (que je ne pratique pas totalement, tout de même…), sont des démarches d’hubris, et l’hubris est LE PLUS GRAND PECHE qui surclasse tous les autres péchés. Pas seulement pour le monde Judéo-Chrétien, mais pour nos ancêtres païens aussi. Il vaut mieux ne pas trop s’éloigner de la terre nourricière (que nous avons l’hubris de qualifier de « sale » en ce moment…) en poursuivant sa route (infinie) dans l’espace à la recherche du.. Créateur ?…Mauvais plan.
        Les tragédies grecques (et l’Ancien Testament) sont bien là pour NOUS ENSEIGNER ce qui se passe quand on perd la tête au point d’imaginer que nous pouvons être notre propre origine. Et c’est bien glauque.

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  2. Girard dit :

    la racine du mal dans cette fracture vertigineuse du raisonnable et de l’appropriation imbécile de l’ univers de la fake news réside dans la défiance de toute autorité et la paresse des gens à s’alimenter auprès de multiples sources institutionnelles (médias privés et publics , agences d’état) Les médias ce sont bien sûr les milliardaires, les politiques sont tous des pourris et évidemment les scientifiques sont inféodés aux labos pervers,etc.
    On va au plus vite et on se range derrière une source internet quelconque et un personnage infatué,agressif, immature dans la relation humaine, et incompétent dans les domaines qu’il prétend aborder: cela donne des Trump-Giuliani, Bolsorano, Raout qui se reconnaissent entre eux.
    Ce n est pas faire injure à l’intuition et à l’émotionnel que de dire que ces notions sont riches d’application et d’implication mais faire de la politique soit générale soit sanitaire avec la seule émotion ou intuition personnelle qui font fi de l’expérience, du savoir, de la compétence, c’est oublier que si la jambe de l’intime est importante c’est celle du rationnel qui permet à l’édifice de tenir et de définir un cap à nos sociétés.
    Cette crise sanitaire révèle et fracture gravement (concomitamment aux problèmes du terrorisme, du climatique) je l’espère momentanément, les perceptions du monde.Il est temps de se
    ressaisir, de tenter de se retrouver du lien et des leaders intellectuels et politiques en mesure de débattre, de combattre avec des arguments leurs opposants (en chair et en os et non derrière des réseaux ou bien dans des interviews solo) sur des plateaux médiatiques.

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    • alainlecomte dit :

      « si la jambe de l’intime est importante c’est celle du rationnel qui permet à l’édifice de tenir et de définir un cap à nos sociétés. » oui, c’est joliment dit! mais trouver des leaders politiques en mesure de débattre… hélas… tout le problème est là, peut-être. Actuellement, heureusement nous avons Macron, peut-être faut-il nous en contenter.;; (les autres étant singulièrement affligeants).

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  3. pascal engel dit :

    Merci, Alain Lecomte, d’avoir pris le temps de lire ce livre et de discuter certaine de ces thèses. Je trouve vos remarques justes et pertinentes pour l’essentiel. Quand j’ai écrit ce livre il y a quelques années, puis l’ai révisé cette année, je n’avais pas en tête les développements de l’ère post-vérité ni ceux de la panique collective du covid. J’admirais des livres d’autodéfense comme celui de Norman Baillargeon et celui de Jamie White , Crimes contre la logique, Belles lettres. Mais je n’avais pas l’intention de redoubler ces livres, pas plus que celui de Sokal et Bricmont qui reste, malgré son ton un peu positiviste, un modèle du genre. Mon objectif était surtout de décrire (partiellement) l’atmosphère d’irrationalisme qui a imprégné la philosophie française depuis au moins les années 60 du siècle précédent. Mais comme les thèmes et arguments de base (si tant est qu’il y en ait !) de l’anti-raison ne se sont pas beaucoup renouvelés depuis des siècles il n’y a rien d’étonnant à ce que les développements récents illustrent aussi les thèmes discutés dans le livre.
    En effet, dans ce livre je n’ai pas cherché à fonder la raison sur une métaphysique, même si j’indique que ses normes de vérité et d’évidence (présentées au chapitre II, dans le dialogue entre Pilate et Lamia) supposent une métaphysique réaliste – un réalisme normatif, pas très éloigné de celui de Frege et de Husserl, avec des nuances. En revanche j’essaie d’exposer l’épistémologie de la raison et des raisons au ch VII (un agenda pour le rationalisme). J’essaierai ailleurs de développer cette métaphysique de la raison, que je n’ai pas, à la différence de Roger Pouivet, l’intention de fonder dans un ordre divin. C’est vrai que les principes de la logique, peuvent être fondés autrement que sur le principe de non contradiction. Je suis d’accord avec vous que la logique paraconsistante ne peut pas le faire (je l’avais dit dans a norme du vrai) et je suis ouvert à cette possibilité et aux propositions que vous faites, même si je ne vais pas dans le sens des intuitionnistes (qui sont anti-réalistes). Mais dans mon chapitre I, quand je cite le trilemme d’Agrippa, je n’exclus pas l’idée d’une auto-fondation de la raison, autrement dit l’adoption de la solution de la circularité au trilemme.
    Je dénonce, tout comme Frege et Husserl, le sophisme génétique, mais je ne soutiens pas que l’on ne puisse pas donner des bases évolutionnistes à nos processus de pensée. J’avais discuté cela jadis dans Philosophie et psychologie, entre autres ouvrages. Je n’accuse pas les théories évolutionnistes de la raison, comme celle de Sperber et Mercier, de réductionnisme, mais d’éliminativisme. Ils soutiennent qu’il n’y a *rien de tel* que la faculté de raison au sens d’une capacité à la réflexion et à la logique . Mais ils sont réductionnistes au sens où ils nous disent que la raison c’est le raisonnement, que le raisonnement est une capacité acquise socialement, et qu’il y a une histoire darwinienne là derrière.
    Bien sûr que la raison n’est pas l’ennemie de l’imagination ! Et je ne dis pas cela. Mais elle est certainement l’ennemie de l’idée que l’imagination en est l’ennemie, et suffit à tout, qui est la version contemporaine du romantisme. Je n’ai rien non plus contre la créativité dans les concepts. Bien entendu c’est une vertu épistémique. Mais l’ériger en principe unique, comme on le fait dans l’irrationalisme bergsono- deleuzo-whiteheado centré, non.
    S’agissant de la pensée « autre », je n’ai pas souscrit à la pensée (initiale) de Levy-bruhl, et indiqué souvent (notament ici pour ceux qui ne lisent plus que sur écran : https://www.en-attendant-nadeau.fr/2020/07/29/fondane-levy-bruhl/ ). Ma position est néodavidsonienne, et je la répète p. 59-60quand il s’agit du principe de rationalité dans l’interprétation.
    Pourquoi devrait-on se plier aux lois de la raison ? Oui, en effet, pourquoi ? La seule réfutation possible, me semble-il (du moins pour ceux qui pensent qu’il put y avoir des justifications et des réfutations) est que cela conduit à des positions contradictoires et … auto réfutantes. Je discute au ch VII le défi de Hume, principalement en éthique, mais cela vaut aussi dans le domaine épistémique.
    Merci beaucoup !

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    • alainlecomte dit :

      Merci beaucoup de toutes ces précisions, je suis avide de connaître la suite. En ce qui concerne les derniers chapitres de votre livre, je m’aventure à en parler sur mon billet suivant. je suis bien sûr d’accord que la principale raison d’accepter la raison est que la position contraire est auto-réfutante, cela apparaît bien dans les positions de certain(e)s qui dénient à la philosophie d’être une entreprise d’argumentation et qui, inévitablement, tentent de l’argumenter… mais alors si l’on croit le contenu de leur thèse pourquoi lire l’argumentation qui prétend l’étayer (c’est le cas de Stengers et Whitehead). Sur la logique, on n’est pas obligé d’être intuitionniste pour fonder la logique sur un extérieur (théorie de la preuve etc.), par exemple, la logique linéaire n’est pas une logique intuitionniste, elle vise à reconstruire la logique classique.

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      • ENGEL dit :

        oui, je suis d’accord sur la logique linéaire, ou d’autres logiques. Mais je ne mets pas mes billes sur la logique paraconsistante, ni celle qui se dit « universelle » . Quand je parlais de l’intuitionnisme je voulais dire fonder la logique classique , ou la rivaliser, avec une logique d’arrière plan supposée plus générale, plus puissante et avec toutes les caractéristiques désirables ( complétude au moins). Mais « fonder » la logique peut avoir un sens plus général encore: la fonder sur des principes métaphysiques. Mais peut être la logique n’est elle fondée que sur elle même.

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  4. Pascal Engel dit :

    Cher Alain Lecomte

    j’ai déposé un commentaire il y a trois jours ici, mais il n’apparaît pas. Si vous souhaitez le publier, puis je vous l’adresser ?
    pascal engel

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    • alainlecomte dit :

      Je suis vraiment désolé, pour une raison inconnue, votre commentaire est allé se nicher dans les « indésirables » (!), j’ai immédiatement rétabli! Merci de m’avoir prévenu! je vais le lire attentivement maintenant!

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  5. Debra dit :

    Je reviens sur cette discussion de ma petite place de non expert qui essaie de comprendre quelque chose à ce que disent… les spécialistes. Alain Lecomte peut témoigner que je lis ses papiers les plus.. ardus, et que j’essaie d’y comprendre quelque chose. Je crois… qu’il peut également témoigner qu’à de rares moments je parviens à comprendre quelque chose à ses développements sur la logique, et que je dialogue avec lui, un peu, et que nous discutons ENSEMBLE de nos places respectives qui sont éloignées.
    Il me semble.. capital de pouvoir soutenir qu’il est possible pour l’homme/femme non spécialiste de comprendre quelque chose à un dialogue d’experts. Le fait de le soutenir pose qu’il y a un TERRAIN D’ENTENTE COMMUN qui est audible pour un non expert, et qui surgit de la possibilité de façonner des analogies, des points de comparaison, des ponts entre différentes matières pour déceler quelque chose de.. GENERAL et partageable dans les principes qui structurent la pensée des penseurs occidentaux, en tout cas. Je crois que là, je pose un principe d’… UNIVERSALITE qui traverse le cheminement de la pensée en Occident.
    De mon petit point de vue de feu-psychanalyste et en tant que lectrice de Freud et de Lacan, il me semble que… la compréhension actuelle du mot « science » et « logique » chez beaucoup de nos contemporains exclut la possibilité de l’imagination sous forme de métaphore, ou même de style FIGURE, tout en excluant la possibilité que les mots (au sens du lexique) puissent avoir plusieurs sens, mettant sur le même plan, dans une équivalence stricte et manifeste, (au moins) deux mondes qui ne sont pas de même nature, qui sont hétérogènes (tout comme la pensée se présente à l’Homme comme immatérielle, alors qu’il vit son corps comme une réalité matérielle très concrète).
    Ce travail de rouleau compresseur contre la métaphore et le.. figuré de manière générale (mais où avons-Nous déjà expérimenté cela ? Je crois que le sens historique du mot « iconoclaste » nous donne des pistes…) est dommageable pour notre capacité de penser de manière à appréhender une réalité riche et complexe.
    Je suis ravie d’apprendre qu’il y a une sortie du principe de non contradiction, mais j’ai senti.. au plus profond de moi que la découverte de l’inconscient, qui installe des plans différents de logique ? de réalité ? pour l’Homme permet de déjouer la nécessité d’un principe de non contradiction dans un monde réduit à une transparence.. manifeste. La découverte freudienne postule chez l’Homme une conscience divisée, autre manière de dire que nous sommes autres de l’image de nous-mêmes que nous CROYONS projeter à l’extérieur du fait de notre seule… volonté consciente. Une partie de qui nous sommes reste.. cachée pour nous-mêmes, et obscure. L’inconscient freudien est tout sauf.. un réductionnisme positiviste.
    J’ai déjà titillé Alain pour de plus amples développements sur le principe du tiers exclu, en sachant que je pars de la langue vernaculaire (pas de formulations mathématiques…) comme terrain, et force est de constater que dans le cadre de la parole, deux « tu/vous » qui discutent ensemble sur… l’extérieur le qualifie de « il », et je vois le tiers exclu dans les exigences de la langue elle-même, DANS L’ADRESSE. Evidemment, une parole NON ADRESSE pose un grand problème sur ce point. Et nous avons beaucoup de paroles non adressés qui nous sont jetées à la figure en ce moment.
    Je recommande à tous ceux que je peux la lecture d’un petit article d’Octave Mannoni, dans « Les Clefs pour l’Imaginaire », qui s’appelle « je sais bien mais quand-même ». Mannoni y explore le rapport entre foi/croyances et raison dans ce petit article très dense, et pour moi, Mannoni reste… un maître à penser. Il m’a fallu 20 ans pour pleinement digérer cet article, et maintenant, après l’avoir digéré, et en avoir tiré le suc, je peux dire même quelques (minces) réserves dessus. Mannoni traite dedans le cas de figure de ce qui se passe quand le sujet renvoie la foi à une affaire de dupes, comme si le fait d’avoir la foi et/ou de croire était en soi une affaire de dupes ou de manipulation, pour employer un mot qui a cours. (Pour ce mot, je souhaiterais ardemment que nous puissions TROUVER D’AUTRES EMPLOIS POUR NOS PAUVRES MAINS en ce moment que de pointer l’index sur les manipulateurs en tous genres, mais… je me contente de jouer du piano/violon et de tricoter, pour l’instant.) Mannoni pointe très bien qu’il est humain de croire, d’avoir besoin de croire quelqu’un, d’avoir une forme de foi dans l’autre, et que quand le croyant fait.. défaut CHEZ SOI, et bien, le naufrage… DE LA RAISON s’annonce, et ne tarde pas.
    Je maintiens que nous en sommes là, maintenant…
    Et puis.. un assez grand retour en arrière nous fait arriver à 1517, et le début de la Réforme en Occident. Cela fait 500 ans que Nous avons vécu un très grand chamboulement sur la question de savoir ce que l’argent pouvait/devait acheter, et ce qu’il ne devait pas acheter, 500 ans que les controverses ont flambé entre des… experts en tous genres, pour aboutir aux guerres de.. religion à partir d’une simple discussion entre experts théologiques (se souvenir que la science est la fille de la théologie, la première science..) qui étaient bien confortablement installés pour discuter ensemble entre eux au moment où l’imprimerie a permis que soit PUBLIEES les thèses de Luther, et DISSEMINEES en masse dans tout l’Europe.
    Je maintiens que l’analogie est pertinente entre ce qui leur est arrivé, et ce qui.. NOUS arrive en ce moment…
    Des fois, le RETOUR EN ARRIERE POUR REGARDER LE PASSE permet d’avoir quelques éclairages précieux pour comprendre…

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    • alainlecomte dit :

      oui, c’est intéressant, ce retour vers Gutenberg comme premier ayant ouvert les vannes qui se déchaînent aujourd’hui avec les « réseaux sociaux ». On peut en effet voir la raison aussi comme une instance particulièrement complexe qui a à voir avec la partition conscient / inconscient, mais il demeure que nous sommes sous son emprise et même Freud et Lacan (quoique ce dernier ait pu dire qui puisse passer pour « anti-rationnaliste » au sens d’Engel) en ont suivi les règles.

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