Passage de milans

Oiseaux bariolés sur perchoirs en fibres, les coureurs cyclistes foncent dans l’air bleu des villes à destination de succès imprévus et de gloires éphémères…

Le 12 septembre à Lyon passait le Tour de France. Je ne pouvais pas manquer ça. Il montait sur le plateau de la Croix-Rousse pour redescendre ensuite par la Montée de la Boucle : plongée vers le Rhône avant de longer à toute allure le quai jusqu’au pont Wilson… c’est ce « à toute allure » qui me fait vibrer. Beaucoup ne le comprendront pas, beaucoup ne comprennent pas une seule seconde qu’on puisse se passionner pour spectacle aussi vain. Quoi ? Une bande de cyclistes qui se tirent la bourre sur des pavés ou du goudron pour finir exténués. Parfois (toujours?) dopés dit-on, et précédés par des chars ridicules vantant les mérites de Cochonou, de la banque Cofidis ou des bonbons Haribo… J’ai honte. Ce samedi, je ne devais pas être le seul, à en juger par les rangs clairsemés auprès des barrières de sécurité, nombre de gens ayant dû penser que ça ne se faisait pas ou que ça ne se faisait plus d’aller applaudir les coureurs du Tour de France.

Le 12 septembre dans Lyon Croix-Rousse, le peloton emmené par le Suisse Marc Hirschi – photo A.L.

Que dis-je, honte ? Et bien non, j’assume. Le Tour de France est un spectacle d’émotion. J’ai souvent dans ma vie, rêvé d’être un grand sportif, et surtout un grand cycliste. Il m’est arrivé de me galvaniser, de me donner des coups de fouet, à la montagne au cours d’une marche un peu longue, au passage d’un col himalayen qui demandait un surcroît d’effort, ou même face à des livres où mon désir de comprendre des choses absconses rencontrait une difficulté imprévue (un col de première catégorie en quelque sorte), en pensant simplement à quelques gestes de grands sportifs que j’avais admirés. Le but marqué à la dernière minute du match par Sylvain Wiltord lors de la finale France-Italie de l’Euro 2000… les derniers mètres de l’ascension du Ventoux par Richard Virenque en 2002 après 200 kms d’échappée ou bien les championnes françaises battant les américaines en finale du 4×100 m des championnats du monde 2003 au stade de Saint-Denis (j’y étais) tout aussi bien que le saut en longueur admirable de l’athlète ex-sierra-léonaise Eunice Barber ou la course de Carole Merle aux J.O. d’Albertville en 1992 (j’y étais aussi).

Que se passe-t-il dans notre tête à ces moments-là ? Quelle projection s’opère qui fait que nous, si peu sportifs, voire même maigrichons et vite essoufflés, nous nous sentions catapultés en peu de minutes dans la peau de ces héros d’un instant, car oui, en plus, leur gloire ne dure pas longtemps, que dit le nom de Richard Virenque à un jeune d’aujourd’hui ? Qui se souvient de Carole Merle et qui connaît par coeur les noms des quatre finalistes du 4×100 mètres à part quelques spécialistes qui enregistrent les records comme le fait un botaniste des noms latins des plantes ?

Romain Bardet au départ d’une étape
du Critérium du Dauphiné, en 2018

Les biologistes du cerveau ont leur mot à dire là-dessus, il serait sans doute question de neurones-miroirs, ces neurones qui sont excités « aussi bien lorsqu’un individu exécute une action que lorsqu’il observe un autre individu (en particulier de son espèce) exécuter la même action, ou même lorsqu’il imagine une telle action » (wikipedia). Ces gestes que nous avons admirés, auxquels nous nous sommes identifiés, s’inscrivent en nous, oserais-je dire qu’ils nous marquent à vie ? D’autant que chaque année, ils se renouvellent, réapparaissent sous une nouvelle modalité, avec d’autres corps, d’autres équipes, d’autres casquettes. Le contexte a changé, mais l’invariant est toujours là : l’effort, la vitesse, l’audace, et pourquoi ne pas le dire aussi : l’art du geste. Voir un coureur en descente, un coureur qui enroule un énorme braquet dans un contre la montre, et même un coureur qui sprinte… évoque en plus de l’impression d’effort, la recherche d’un style : mise en équilibre d’un corps en situation périlleuse, comme procède le danseur sur le parquet glissant de la scène. La comparaison n’est pas saugrenue. Il y a, à coup sûr, une chorégraphie du vélo. Je me souviens avoir lu il y a quelques années une interview de Romain Bardet après une étape du Dauphiné Libéré qu’il avait remportée, et qui comportait la dangereuse descente du col de la Madeleine, dans laquelle il racontait comment il avait gagné : il avait appris par coeur les virages avant de la faire, au point qu’il aurait pu dévaler la côte les yeux fermés. Cette fois-ci, ce même Bardet, hélas, a raté son coup, résultat: commotion cérébrale et abandon. J’ai été très triste pour lui en apprenant cette nouvelle. J’espère qu’on reverra sa silhouette si gracieuse et si fine. Je me souviens l’avoir rencontré dans un avion, c’était sur la ligne Lyon – Toulouse, et je me rendais à un colloque de logique et tout à coup j’avais vu dans l’allée centrale un groupe de très jeunes gens en blazer bleu, d’une minceur hors du commun, ils s’étaient installés au rang juste derrière mon siège, ce qui fait que je pouvais entendre leurs conversations qui tournaient évidemment uniquement autour du vélo et des courses précédentes qu’ils avaient disputées, des chutes qu’ils avaient faites et de celles qu’ils avaient su éviter, et aussi de leurs soucis au sujet des incessants contrôles dont ils étaient l’objet. Que je les écoute si ostensiblement ne leur avait sans doute pas plu, ils se méfiaient un peu quand je leur adressai la parole pour savoir où ils allaient. Mais Bardet m’avait répondu qu’ils allaient disputer une épreuve qui existait en ce temps-là et qui s’appelait « la Route du Sud ».

Ma passion pour le Tour de France date de mes douze ans. Cette année-là, Federico Martin Bahamontes, surnommé « l’Aigle de Tolède », terminait en jaune, devant un tout jeune champion français dont je fis mon idole : Henry Anglade. Il ne figurait pas dans la liste des favoris, n’ayant pas été sélectionné en équipe de France (en ce temps-là, le Tour se courait par équipes nationales). Il courait pour l’équipe régionale « Centre-Midi » et il remporta l’étape-reine du Tour de cette année-là : Albi – Aurillac. L’année suivante, sélectionné en équipe de France, il revêtit le maillot jaune dès les premières étapes, mais les dirigeants lui préférèrent Roger Rivière. Il fut distancé lors d’une étape ultérieure et n’eut alors plus aucune chance de revenir au classement. Il fut champion de France deux fois, en 1959 et en 1965, puis il disparut lentement de l’actualité. Je me souviens qu’une fois j’entendis parler de lui comme s’étant mis à la sculpture sur métal. Je savais qu’il vivait dans la région lyonnaise. L’an dernier, je tombai par hasard sur un article qu’un journaliste avait fait sur lui dans le journal « L’Equipe ».

Soixante ans après, ce journaliste l’avait retrouvé. Il avait quatre-vingt-cinq ans et prévenait qu’il n’avait plus toute sa tête, que sa mémoire lui faisait défaut. Mais il avait toujours gardé son maillot jaune et faisait toujours du vélo, bien que désormais sur home-trainer. Le reportage était bouleversant. Malgré l’âge il parvenait à rassembler quelques souvenirs. En 1960, les coureurs se partageaient entre deux managers, lui avait choisi le gentil, Rivière le méchant. Tout était fait pour que Rivière gagne mais Anglade avait perçu le défaut principal du coureur stéphanois : il descendait mal. Anglade savait que, piqué au vif, Rivière ferait tout pour suivre Gastone Nencini dans les descentes, là où l’italien était un virtuose, et il avait dit craindre que l’on ne fût obligé d’extraire un jour le recordman de l’heure du fond d’un ravin. Hélas, c’était justement ce qu’il était advenu dans la triste descente du col du Perjuret. On sait que le champion français ne s’en remit jamais. Handicapé à vie, il termina ses jours tristement en 1976, miné par les drogues. On sentait que cela avait bouleversé aussi la vie d’Anglade. Heureusement, il avait eu deux filles. Une aide ménagère lui apportait son repas à domicile. Celle qu’il appelait « ma petite femme », atteinte par la maladie d’Alzheimer, avait été mise en EHPAD, et était morte tout récemment.

Henry Anglade et sa femme en 1959 – photo Alamy Stock

Ainsi se défont les vies, les carrières, même celles des grands champions. C’était Henry Anglade. Henry avec un « y » parce que « sa petite femme » trouvait que ça faisait tellement plus joli.

Ce samedi 12 septembre à l’angle de la rue Philippe de Lassalle et de la rue Hénon, en haut de la Croix-Rousse, nul n’avait probablement le souvenir d’Anglade, tous les regards se portaient sur Julian Alaphilippe car c’était un parcours fait pour lui, ressemblant au tracé de la course Milan San-Remo qu’il avait gagnée l’an dernier et avait failli encore gagner cette année, il tenta sa chance dans la montée des Esses mais quand le peloton passa devant nous, il avait été repris, le Suisse Marc Hirschi menait la course bon train. C’était avant que le Danois Kragh Andersen se détache dans la descente et finalement gagne en solitaire au bout de la longue ligne droite… que d’émotions !

Ainsi, dans le miaulement des rouages et des roues, les claquements des freins et des vitesses, les coureurs cyclistes disparaissent au bout des routes, dansent auprès des cols ou virent au ras des pistes. La victoire ne les attend pas, elle fuit le plus souvent telle un renard dont le dos roux s’éteint au crépuscule.

Des arches en papier saluent des combats menés à coups de grands braquets et de reins rageurs et des vents fragiles enveloppent leurs corps dans de mortelles descentes.

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16 commentaires pour Passage de milans

  1. @ alainlecomte : On a retrouvé ici Antoine Blondin !!!
    (Yannick Jadot a eu raison de s’élever contre les critiques ridicules de certains « Verts » concernant le Tour « machiste » et « polluant » – et leurs petits aboiements, ici ou là, commencent à nous casser quelque peu les esgourdes…). 😉

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  2. SALGRENN dit :

    A chacun ses héros d’enfance, les miens s’appelaient Merckx et Ocana. Désolé, mais j’ai beaucoup moins de sympathie pour ce Mr Virenque (pas plus mal que les jeunes l’oublient… !) et à vrai dire, il serait même plutôt l’anti-héros par excellence pour moi… Merci en tout cas pour ce joli texte évoquant un grand champion et une passion que je partage comme vous.

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    • alainlecomte dit :

      je vous comprends un peu (sur Virenque… celui qui… à l’insu de son plein gré!) mais pour Bardet, ça vous va?

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      • SALGRENN dit :

        Comprenons nous, je n’ai rien contre les coureurs cyclistes « préparés » (doux euphémisme). A une certaine époque (pas si lointaine que cela), ceux qui fonctionnaient uniquement à l’eau minérale faisaient bien figure d’exception, et étaient d’ailleurs souvent rejetés par le reste du peloton (le monde à l’envers !). Ce qui me gêne c’est le fait de ne pas assumer une tricherie et de la nier en pleurnichant, la seringue encore chaude à la main ! Pour le défendre (je ne suis donc pas si méchant que cela) : j’avoue bien volontiers que peu nombreux ont été ceux qui ont reconnus les faits avant et après lui. Certains, à la retraite aujourd’hui, vont même jusqu’à trouver cela honteux (le doping) alors qu’ils ont fait comme tout le monde ! Impossible de citer des noms bien entendu, mais ils se reconnaîtront. Un tricheur reste un tricheur… Fignon, mais il aura attendu tout de même de se savoir condamné, aura eu au moins le courage de nous l’avouer, lui. Attitude bien plus respectable.

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  3. valérie dit :

    Merci pour « l’art du geste ». De l’inscrire là, dans un virage, une inclinaison, une vitesse. C’est très précieux le geste. Le mien, que j’avais encore avant que l’ordinateur ne me le confisque, j’y tenais. L’art du geste c’est passer comme un coureur sur le monde. ça laisse une trace dans le coeur.

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    • alainlecomte dit :

      merci! très beau! bien dit…

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      • Debra dit :

        Très beau papier, bel hommage ; j’ai été très émue en le lisant, même si je ne regarde pas le Tour de France.
        Je suis pourtant capable encore (je l’espère…) d’aimer un homme qui aime le Tour de France tout de même, et de frémir en imagination devant l’exploit de ces Achilles ? modernes.
        Oui pour la beauté du geste. J’aimerais qu’ « on » puisse garder, revaloriser la beauté des gestes, car la beauté des gestes rend l’homme et la femme beaux, ce qui est salvateur pour moi. Probablement même, la beauté, la grâce des gestes rend intelligent aussi. En plus de rendre… humain. A méditer.

        Puisque nous vivons à une époque de grande confusion, j’aimerais dire que si j’admire et respecte la volonté, la détermination, le courage de ces hommes, j’aimerais que le vocabulaire du sport n’envahisse pas tous les domaines, comme.. la musique classique où on vante la performance de performateurs qui sont des « sportifs de haut niveau », comme si forcément le sportif ne pouvait être QUE.. de haut niveau, et comme s’il était l’étalon ? idéal pour toutes nos mesures de… qualité.
        Mais, assez ergoté, là. Merci encore de m’avoir tiré une larme de l’oeil. Je ne regrette pas.

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  4. alainlecomte dit :

    @SALGRENN : je suis bien d’accord avec vous sur tous ces points. Je distingue le contexte juridique et médical dans lequel s’effectue ce sport de la valeur intrinsèque de l’épopée qu’il représente. Il est inévitable que les coureurs cyclistes qui font le TdF prennent des produits leur permettant de maintenir un tel effort si longtemps… hélas sans doute. Comme dans d’autres domaines, peut-être ne s’agirait-il pas d’interdire mais d’encadrer. Après tout, ceux qui les engagent dans cette aventure (des organisateurs aux journalistes et… au public!) sont aussi « coupables » qu’eux. Ceci dit, il ne faut pas tomber dans la morale, qu’est-ce, en l’occurrence, que « tricher »? On peut surtout regretter que certaines pratiques nuisent à la santé des coureurs, encore que, sans doute, certains médecins du sport nous diraient exercer un haut niveau de surveillance. Il faudrait aussi identifier différents niveaux de dopage. On dit beaucoup en ce moment que les dix premiers du classement devaient être particulièrement dopés… ainsi donc, Guillaume Martin serait le vrai vainqueur! c’est quelque chose qui me fait plaisir car voilà un coureur atypique qui, en plus d’être un champion, a passé un master de philosophie sur Nietzsche, ce qui n’est pas courant… Et puis aussi, je dois dire, j’ai plus d’indulgence pour un coureur qui se drogue – quand on sait les risques qu’il prend, les efforts qu’il doit accomplir et la vie spartiate qu’il doit mener – que pour un Enthoven ou un Houellebecq qui sniffent de la coke pour leur confort.

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  5. SALGRENN dit :

    Merci pour votre réponse (pertinente, Ô combien !). Preuve que le vélo mène a tout : nous voici maintenant à philosopher ! Je trouve tout de même que vous avez beaucoup d’indulgence et de sympathie envers ses tricheurs. Pour moi, un tricheur reste toujours un tricheur (et même après avoir posé sa bécane). Selon vous si la norme est de tricher, il n’y aurait plus finalement de triche ? Désolé, mais une fois de plus : je ne suis pas de votre avis. Il est tout à fait possible de faire du vélo sans prendre des produits stupéfiants. On ira moins vite, mais on ira, je vous le garanti ! J’ai pratiqué moi-même le cyclisme (à haut niveau, si l’on accepte comme définition : huit heures d’entraînement par jour, une vie d’ascète, et tout ce qui va avec de privations pour un jeune de 17 ans ). Je n’ai jamais pris quoi que ce soit d’interdit. Rien ! J’ai gagné des courses malgré tout et me destinai à une carrière pro dans une belle équipe (Renault-Gitane). Vous voyez donc que je sais de quoi je parle. La norme était effectivement de se droguer à cette époque. Pas ou peu de contrôle (personnellement, je n’ai jamais été contrôlé dans toute ma carrière d’amateur !). Et lorsqu’ils existent (les contrôles) : des médecins complaisants (ben, si !), des enveloppes glissées pour fermer les yeux, des pissettes avec l’urine du copain (ou d’un soigneur, mais attention quand même, car eux aussi en prennent pour conduire les bagnoles toute la nuit !). Bref… une autre époque, car maintenant il y a un suivi bien plus sévère (mais la médecine a fait aussi des progrès, qu’on se le dise !). Si j’ai renoncé à une carrière pro, c’est uniquement parce que je ne voulais pas me droguer (si vous n’avez encore rien pris (oiseau rare, toutefois !) on vous fait vite comprendre qu’il va bien falloir passer par là pour tenir le coup toute l’année) et nous en revenons à votre norme : tout le monde se drogue, alors c’est normal ! Mais dans la vie, je crois que l’on a toujours le choix. Perso, j’ai choisi de pouvoir me regarder dans une glace sans état d’âme…

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    • alainlecomte dit :

      Ah oui, je vois que vous êtes bien placé pour vous y connaître, en vélo! Mes félicitations pour vos succès. Evidemment, je ne peux pas en dire autant. Je comprends parfaitement que vous en ayez après les professionnels du cyclisme (entraîneurs, coureurs, médecins etc.) qui poussent inéluctablement à la consommation de substances toxiques, d’autant qu’ils s’adressent à de très jeunes gens qui souvent n’ont pas les moyens de se défendre. C’est triste, mais, comme je vous l’ai dit, j’ai essayé dans ce billet de rendre justice malgré tout à ces coureurs qui font un métier si difficile et qui nous apportent un spectacle exceptionnel. J’ai voulu faire preuve d’empathie à leur égard, en quelque sorte. Je persiste à penser que si vraiment, ce sport est si difficile qu’il faille utiliser des adjuvants de toutes sortes pour atteindre des performances, il faudrait au moins le dire ouvertement et voir la chose sous le jour de l’encadrement plutôt que de l’interdiction.

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  6. SALGRENN dit :

    Sport difficile n’excuse pas tout ! La plupart des pratiquants ne se droguent pas (heureusement !) et je reste persuadé que l’on peut même pratiquer de façon professionnelle sans se doper. Persuadé aussi que certains coureurs pro du moment ne se droguent pas (loin du milieu maintenant, je ne fais que des suppositions, cette fois-ci ). Bien sûr que l’encadrement a une grande part là-dedans. On en demande toujours plus et plus longtemps, alors c’est marche ou crève (dans d’autres sports ou milieux professionnels c’est souvent pareil d’ailleurs) ! Et puis maintenant les enjeux économiques sont considérables. À mon époque on ne faisait pas fortune en courant. Le salaire de base s’approchait tout juste du SMIC pour un équipier lambda. Mais maintenant les types gagnent mieux leur vie (et c’est tant mieux), les primes sont plus importantes ainsi que les budgets des équipes qui atteignent des sommets… Mais comme je l’ai dit (et fait) : on peut toujours refuser. Alors, l’histoire : « à l’insu de son plein gré… ! » ne fait pleurer que lui, Monsieur V. !
    Il est intéressant en tout cas d’avoir votre opinion sur le sujet, opinion que je respecte, et de savoir ainsi que certain comme vous-même, sont prêts à renoncer à une certaine éthique du sport pourvu que le spectacle soit beau ! Mais rassurez-vous, je regarde encore le TDF ou autres grandes épreuves malgré mes suspicions (dus à ma connaissance du métier) tout en me persuadant que les choses ont réellement changées…
    PS : Il est curieux de noter pourtant, que malgré ma passion pour le vélo et le sport en règle générale, je pense de plus de plus que tout cela n’a vraiment pas d’importance et en tout cas pas celle que l’on veux bien lui donner. J’en deviendrai presque anti-compétition sur mes vieux jours… !

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  7. Debra dit :

    J’ai suivi cet échange avec un grand intérêt.
    Je crois qu’il n’est pas inutile d »évoquer ce problème de dopage à un moment où en France « on » envisage de légaliser le cannabis…
    « On » envisage de légaliser le cannabis parce que de plus en plus de gens fument, et en public, etc.
    Puisque « on » envisage de légaliser le cannabis pour ces raisons, je me demande si « on » pourrait être amené à légaliser… le meurtre, ou n’importe quoi d’autre à partir du moment où de plus en plus de gens le pratiquent. Jusqu’où sommes-nous prêts à aller sur cette pente savonneuse ?…
    Ces arguments ne me semblent pas tenir la route. (Alain, sur le plan de la logique, ces arguments tiennent la route ?… N’y a t-il pas une forme de PARESSE INTELLECTUELLE ET.. MORALE dans ces arguments ? un désir de confort social dans le refus d’imaginer comment instaurer un contrôle.. individuel avant de passer au contrôle social ?)
    Je voudrais mettre en question la.. croyance selon laquelle les SUBSTANCES (drogues…) seraient forcément plus efficaces pour « obtenir du résultat » que la foi ? l’enthousiasme (beau mot, je crois, qui a perdu trop de sa force depuis qu’il a été sécularisé, si je puis dire…) ?
    Je songe à un récit qui me tient à coeur, dans « La Mort Suspendue », un alpiniste à la jambe cassée descend sur les fesses toute une montagne en Amérique du Sud, alors que.. NORMALEMENT, il aurait dû mourir bien avant. Par son désir.. sacré de descendre cette montagne (pas de vivre, mais de descendre la montagne, j’y tiens…) (mais pourquoi nos coureurs cyclistes ne pourraient pas ressentir quelque chose de semblable ??) il a triomphé d’un sort que les raisonnables raisonneurs en tous genres croyaient écrit d’avance.
    Un champion se doit de… triompher, dans le sens antique du monde.
    Evidemment, dans un monde qui s’acharne à nous rapetisser, et bien, il ne peut plus y avoir de triomphes… que du petit spectacle à Net flix, et pour les réseaux sociaux.
    Quand allons-nous interroger notre FOI DANS LES SUBSTANCES ?…

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    • alainlecomte dit :

      je n’aurais peut-être pas du entrer dans ce débat, car il est évident que dans ce billet, j’ai cherché surtout à rendre hommage aux grands sportifs et à comprendre pourquoi leurs gestes comptaient pour nous, ce que nous éprouvons et pourquoi leur exemple nous est utile. je suis d’accord avec vous sur le point que nos champions sont à mettre en comparaison avec les héros de l’Antiquité. Après tout, eux aussi, lorsque nous lisions leurs exploits, nous enthousiasmaient, la mythologie faisait partie de nos livres d’images favoris. Il n’y a que ça qui m’intéressait lorsque je regardais les coureurs. Ce n’était même pas particulièrement tel ou tel coureur (je n’ai cité aucun de ceux qui ont finalement terminé dans les dix premiers). Mais inévitablement vient la question du dopage, c’est-à-dire des substances comme vous dites, dans lesquelles nous croyons. Les coureurs pourraient-ils remplacer cela par la foi tout court? c’est exactement ce que décrit l’effet placebo… je rêve que peut-être certains roulent au placebo. Qui sait? Mais lorsque nous étudions les récits antiques ou bien les récits bibliques ou encore les récits qui viennent des peuples dits « primitifs » ou encore ceux des peuples andins, n’y est-il pas question de substance? Que mangeaient les héros grecs? Les Incas avant leurs rites religieux prenaient de la coca, beaucoup de sacrifices avaient lieu sous halucinogène. Quant aux lamas tibétains… ils ont des rites si étranges que l’on peut tout soupçonner. Tout cela pour dire que la frontière entre foi et produits dopants n’est pas si hermétique!

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      • Debra dit :

        Oui, mais.. et je me tais après…
        Les lamas tibétains, les Incas avant leurs rites RELIGIEUX prenaient des « substances » dans l’optique de communier (et pas « communiquer »…) avec un au-delà.
        Le monde est radicalement différent selon qu' »on » ouvre la porte/fenêtre vers un ailleurs transcendant et qu’on reconnaît (et non pas méconnaît) comme étant transcendant, ou… pas. La nuance est capitale.

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