Foucault: faut-il du courage pour dire vrai?

Joie et curiosité lorsque je suis allé dans ma librairie favorite au premier jour du dé-confinement, d’y trouver le dernier cours donné par Michel Foucault au collège de France, en 1984, sous le titre : « le courage de la vérité ». Emotion d’abord, celle de lire les derniers mots d’un philosophe qui va disparaître du SIDA quelques semaines plus tard, retranscrits ici avec ce qui semble être un grand scrupule puisque même les interruptions par un bruit incongru (une mélodie pop issue d’un magnétophone suite à une fausse manœuvre !) sont mentionnées ; et celle de lire aussi que, dès le début de la première séance, Foucault fait référence à sa maladie qui l’a empêché de reprendre plus tôt son cours. Et puis curiosité, bien entendu, car si j’ai fréquenté la pensée foucaldienne dans ma prime jeunesse (vouant un quasi culte à son « archéologie du savoir », où se trouve enfermée toute une théorie des formations discursives qui devait longtemps m’influencer), je m’en suis éloigné par la suite, probablement sous la pression d’autres lectures qui m’orientaient vers des conceptions plus « analytiques » et « véri-conditionnelles » (influence de la logique, de la sémantique formelle etc.), et j’étais donc avide de renouer un contact. Je dois avouer que la façon usuelle dont on résume la pensée de Foucault, cette prétendue équation entre savoir et pouvoir, avait fini par me lasser. Si toute vérité repose sur un pouvoir, alors faut-il conclure que tout « dé-pouvoir » repose sur l’ignorance et le mensonge ? Ou dit autrement, si vous vous méfiez du savoir, essayez donc l’ignorance… Non, les choses ne vont pas ainsi. Foucault est malheureusement en grande partie responsable de cette dérive qui débouche aujourd’hui sur une remise en cause quasi systématique de la science. Or, ce n’est peut-être pas ainsi qu’il fallait le comprendre. Au début du moins, c’est-à-dire à l’époque de « L’archéologie du savoir » sus-mentionnée (1969), il s’agissait de montrer l’existence d’une généalogie, d’une histoire antérieure à tout établissement d’une science, ainsi de la linguistique, de l’anthropologie ou de l’économie, domaines instables s’il en est. Il faut, pour que les théories se stabilisent, « durcissent », beaucoup de tâtonnements et d’hésitations préalables – qui passent souvent par des prises de pouvoir sur les êtres et les choses – et peut-être est-il évident d’ailleurs que toutes ces disciplines en sont encore à ce stade aujourd’hui (qui croit en une science économique rigoureuse, « vraie »?). Foucault ne s’est jamais intéressé aux sciences exactes, laissant ce domaine à d’autres, plus compétents, mais il y eut à cette époque de très bons travaux aussi à propos des mathématiques (ceux de Pierre Raymond en particulier) qui montraient que même elles reposaient toujours sur des « pré-mathématiques », c’est-à-dire des notions élaborées pour certains horizons pratiques mais qui n’étaient pas encore entrées dans un vrai calcul. L’ébauche de la théorie des probabilités chez Pascal en fournissait un bel exemple. Mais aujourd’hui plus personne ne prétendrait que la théorie moderne des probabilités est « idéologique » ou qu’elle sert quelque pouvoir obscur tant elle s’est installée dans l’ensemble des mathématiques à titre de secteur comme un autre, qui entretient de multiples rapports avec les autres secteurs (théorie de la mesure, analyse fonctionnelle etc.). Personne ne dirait qu’elle est tributaire d’une épistémé particulière, puisque là était le grand concept foucaldien. La science ne relève pas d’une théorie générale des discours (ou des formations discursives) puisque tout l’effort d’une science consiste à se débarrasser des effets discursifs (métaphores et autres figures de style) pour ne maintenir qu’une écriture dont les termes désignent des entités expérimentalement observables ou justifiées par un calcul théorique (comme c’est le cas en mécanique quantique par exemple).

Mais toutes nos connaissances ne relèvent pas de cette science-là : les chasseurs-cueilleurs d’il y a 70 000 ans ne la possédaient pas et pourtant ils avaient d’innombrables connaissances. Les chasseurs-cueilleurs d’aujourd’hui, rassemblés en des peuples vivant aux confins du détroit de Béring (par exemple), qui ont des croyances animistes, en ont tout autant, il suffit de lire le livre de Nastassja Martin pour s’en rendre compte. Dans ce cas, les savoirs accumulés ne relèvent pas davantage d’une épistémé, ils sont enracinés dans les cerveaux des êtres humains qui les portent comme des prolongements de leurs aptitudes biologiques. Et l’évolution d’Homo Sapiens les en a souvent privé.

Ce qu’apporte Foucault dans ses derniers travaux semble être tout à fait différent. Dans sa leçon du 1er février 1984, il dit ainsi que s’il continue de penser « qu’il est important d’analyser, dans ce qu’elles peuvent avoir de spécifique, les structures propres aux différents discours qui se donnent et sont reçus comme discours vrai, l’analyse de ces structures [étant] en gros ce qu’on pourrait appeler une analyse épistémologique », il n’en reste pas moins « qu’il serait également intéressant d’analyser, dans ses conditions et dans ses formes, le type d’acte par lequel le sujet, disant la vérité, se manifeste, et par là […] se représente à lui-même et est reconnu par les autres comme disant la vérité ». En somme, est-il dit également au cours de cette leçon, « il s’agirait d’opérer un triple déplacement – du thème de la connaissance vers celui de la véridiction, du thème de la domination vers celui de la gouvernementalité, du thème de l’individu vers celui des pratiques de soi ».

Foucault analyse dans ses tout premiers cours de 1984, les diverses figures du dire-vrai à l’âge antique. Il commence par établir une classification des types de discours en fonction de leur rapport avec cette exigence de vérité. Il différencie ainsi le prophète, le sage, l’enseignant et l’authentique « parrêsiaste ». Ce dernier est défini comme un sujet qui s’expose, qui cherche à dire la vérité quoiqu’il lui en coûte, et souvent il lui en coûtera de perdre des amis, de susciter de la colère ou, au moins de l’irritation : « Pour qu’il y ait parrêsia, il faut que le sujet, en disant cette vérité qu’il marque comme étant son opinion, sa pensée, sa croyance, prenne un certain risque, risque qui concerne la relation qu’il a avec celui auquel il s’adresse. Il faut pour qu’il y ait parrêsia que, en disant la vérité, on ouvre, on instaure ou on affronte le risque de blesser l’autre, de l’irriter, de le mettre en colère et de susciter de sa part un certain nombre de conduites qui peuvent aller jusqu’à la plus extrême violence » (p. 12). Où il apparaît que pour qu’il y ait parrêsia, il faut être au moins deux et dans cette dualité on ne sait plus trop à qui adresser la qualité de parrêsiaste. On pense, et Foucault visiblement y pense aussi puisqu’il cite ce duo plusieurs fois, à l’analysant face à son psychanalyste, situation où il est bien sûr question, peut-être plus que dans toute autre à notre âge moderne, de dire la vérité sur soi, en poursuivant de plus un but de meilleur gouvernement de soi, mais il semble plutôt que dans cette paire, celui qui prend des risques soit l’autre, c’est-à-dire le psychanalyste puisque c’est lui qui, en délivrant par moment un signe, une objection, un doute, conduit l’analysant vers une vérité, mais au risque que celui-ci la refuse, la rejette et en nourrisse une colère face à son vis-à-vis (on s’amuse de beaucoup d’histoires de patients assassinant leur psychiatre…), à moins que les risques ne soient partagés puisque, dans le fond, l’analysant ne peut aller mieux, rejoindre son moi, qu’en supportant d’être mis en cause dans ses certitudes, ce qui, bien sûr, n’est jamais agréable au premier abord. Plutarque, Démosthène ont parlé de manière approfondie de la parrêsia. Foucault l’oppose à la rhétorique qui, elle, n’est qu’une méthode pour exposer des choses que l’on veut faire passer pour vraies même si on ne les croit pas forcément vraies. La rhétorique n’engage jamais le rapport de celui qui parle à la vérité, elle semble dire : qu’importe ce que vous pensez, si vous avez intérêt à ce qu’autrui pense telle ou telle chose, voici comment vous devez vous y prendre. On pense à la figure de l’avocat en son prétoire, soumis à une loi peut-être plus forte, ou qu’en tout cas il pense plus forte, que celle de la vérité, celle selon laquelle tout accusé à droit à une défense. Le prophète, comme le parrêsiaste, a pour fonction ou projet, lui aussi, de dire le vrai, à cette différence qu’il est toujours en position de médiation, il se fait le relais d’une parole, en général perçue comme divine, de plus, contrairement à ce que dit le parrêsiaste, la parole du prophète est souvent obscure, elle n’a pas pour mission d’être décryptée immédiatement comme un dire transparent, au contraire, plus elle est énigmatique, plus elle est forte. Lacan disait : « si je parle difficile, c’est pour que l’on m’entende ». Le prophète pourrait lui aussi s’exprimer ainsi. Une autre parole est celle du sage, mais « le sage tient sa sagesse dans une retraite », il n’a pas vraiment besoin de parler, son message passe par sa seule présence, par le fait d’être reconnu pour sage, là où le parrêsiaste, lui, doit s’escrimer, n’ayant rien d’acquis, rien qui le fasse reconnaître autrement que par ce qu’il dit. Et la dernière figure évoquée est celle de celui qui enseigne. Celui-ci s’appuie sur une tekhné, il sert d’intermédiaire, se fait chaînon dans une chaîne de transmission. Seulement il n’est pas comme le prophète qui est l’intermédiaire d’une parole divine, ce que dit l’enseignant n’a rien à voir avec une telle parole, c’est juste un savoir acquis que l’on transmet. L’enseignant se doit de dire le vrai, bien entendu, mais il ne lui faut aucun courage particulier pour cela, on pourrait dire à notre époque… qu’il est payé pour cela ! Comme dit Foucault (p. 24) : « tout le monde sait, et moi le premier, que nul n’a besoin d’être courageux pour enseigner ». Or, dirai-je en ajoutant mon grain de sel, voilà qui est curieux, Foucault dit cela au moment même où, atteint par la maladie, il se sait condamné et sachant cela, il pourrait justement cesser d’enseigner, et c’est là où nous nous disons au contraire : « quel courage ! », mais il faut reconnaître que ce courage-là n’est pas au niveau de celui du parrêsiaste. Ce dernier est courageux par le contenu de ce qu’il dit, alors que Foucault l’enseignant, lui, est courageux non pas par ce qu’il dit mais par le fait qu’il préfère le dire à ne pas le dire, quoiqu’il lui en coûte d’effort.

Quatre figures propres à l’âge antique donc, mais que l’on ne retrouve pas nécessairement à notre époque où ces rapports à la vérité sont brouillés. Sans doute mettrai-je (encore) mon grain de sel personnel en pensant que c’est le surgissement de la Science à partir du XVIème siècle et particulièrement depuis le XXème qui est en grande partie responsable de l’éclatement de cette quadrilogie. Comment parler du rapport au vrai aujourd’hui sans parler du rapport à la vérité scientifique ? Sans dire ce qu’il en est au juste de celle-ci, surtout au moment où elle est remise en cause dans ses fondements pour cause d’urgence à soigner les malades atteints par la pandémie (affaire Raoult etc.) ? Le régime de vérité du scientifique est sans arrêt mis en cause par les intérêts, la connaissance est instrumentalisée, elle a un coût chiffrable en millions de dollars. Nous ne sommes plus face au savant d’Aristote. Et pourtant, l’idéal de la science persiste à n’en pas douter chez la majorité des chercheurs et le rapport de ces derniers à la vérité demeure exigeant : il est louable qu’en temps de crise où des fortunes sont à faire (ou à défaire) autour d’un médicament ou d’un vaccin, on entende encore dire par la majorité d’entre eux qu’il faut un temps long pour répondre aux questions qu’on se pose, qu’une expérimentation sérieuse ne se fait pas en quelques mois.

Comme au temps de la tekh, le rapport du scientifique à la vérité est médiatisé par une méthode, une technique voire une machine. Le rapport du scientifique à la vérité est sous l’autorité de l’administration de la preuve, quelle meilleure caractérisation du scientifique d’ailleurs que celle que donnait Bachelard en le qualifiant de « travailleur de la preuve » ?

Seulement, l’aporie où tombe la science est celle du scientisme : il s’agit, dans l’effort de méthode et de rigueur qui caractérise le scientifique, de franchir une ligne, celle à partir de laquelle on veut interdire qu’il existe d’autre type de savoir valide, que toute autre approche de la vérité doit être bannie, en somme croire que la science peut tout dire (un jour viendra où…), idéal du début du XXième siècle, incarné par Hilbert au sein des mathématiques : toute théorie sera mathématisée et pour toute proposition exprimée dans la langage mathématique, on saura dire si elle est vraie ou si elle est fausse, il suffira de s’en remettre à un système formel autrement dit une axiomatique, sorte de machine, très bien réalisée de nos jours par l’ordinateur. Seulement voilà, il fut démontré dans les années trente (déjà!) qu’un tel espoir était vain : théorème d’incomplétude de Gödel, mais aussi démonstration de l’indécidabilité du problème de l’arrêt etc. et il n’y a aucun moyen de contourner le théorème de Gödel… Ici se révèle une Vérité… une vraie ! Vérité donc toute négative mais peut-être le sont-elles toutes…

Comme dit plus haut, la science est subordonnée à l’administration de la preuve, mais celle-ci, quand elle devient mécanisée (et elle ne tarde pas à l’être comme toute procédure codée, incluse dans un protocole précis) peut prendre le pas sur le sujet, c’est ce dont prévenait Giuseppe Longo dans un article sur les mathématiques datant de 1997 : le théorème des quatre couleurs(*) a été « démontré » mais la démonstration est si complexe (les cas à énumérer sont si nombreux) qu’elle n’a pu être vérifiée que par une machine. Mais quelle machine vérifiera la correction de celle-ci ?

La figure du scientifique est parasitée par celle du mage qui, en un sens, n’est pas si éloignée que cela de celle du prophète de l’âge antique dans la mesure où, comme lui, il tient sa parole dite « vraie » d’un ailleurs, qui n’est plus forcément Dieu, mais peut être autre chose, par exemple à notre époque contemporaine, ce sera souvent la Nature. Une nature divinisée bien entendu, qui s’exprime au travers de la parole du mage là aussi de manière énigmatique, faisant appel à des pratiques analogues aux rites que le prophète accomplit, mais ce sera ici des impositions de main, des formules magiques, des propos prononcés à l’insu du patient, ou tout au moins de celui qui vient rendre visite. La vérité qu’expose le mage a le mérite d’être intemporelle, de ne pas reposer donc sur des démarches longues et fastidieuses, c’est cela qui la fera préférer par certains interlocuteurs.

À côté des régimes de vérité incarnés par le scientifique (qui culmine dans le scientisme) ou par le mage, figure aussi celui incarné par le journaliste. Je n’aime pas la caricature, aussi ne parlerai-je pas des liens de subordination du journaliste envers le propriétaire du journal, souvent un milliardaire, c’est vrai, en termes de réception d’ordre direct de sa part, les rapports me paraissant beaucoup plus complexes (le journaliste moderne n’est pas contraint par la menace à dire ce qui plairait au commanditaire, il est essentiellement sous la contrainte de faire vendre le journal auquel il collabore ou de faire regarder la chaîne de télévision ou le site Internet où il vend ses services). A l’âge moderne, l’information est devenue une denrée qui se monnaye, ce qu’elle n’était pas à l’âge antique.

Le régime de vérité incarné par le scientifique et celui incarné par le journaliste se rencontrent à l’occasion de crises comme celle que nous venons de vivre, la méthode d’administration de la preuve dont se prévaut le premier entre alors en conflit avec le désir de vendre, lequel pourra peut-être être mieux satisfait par les propos du mage.

Le travail de Foucault aurait mérité d’être continué. Dans une de ses leçons il explique pourquoi il lui est difficile de parler de l’époque contemporaine. Parler de l’Age antique, dit-il, nécessite juste que l’on se pare des 200 volumes de la collection Budé et qu’on les lise dans la solitude d’une retraite studieuse, alors que parler de l’âge actuel ne peut se faire à un seul, requiert une équipe. Foucault aurait aimé avoir la possibilité d’un « séminaire fermé » ce qu’interdisent les statuts du Collège de France, cela lui aurait permis de constituer cette équipe. Mais ni le droit ni l’état des connaissances médicales ne lui ont donné cette possibilité. Je ne vois pas actuellement (mais je me trompe peut-être, je me trompe sûrement, mon savoir en la matière est loin d’être exhaustif) de travaux portant sur les régimes de vérité à l’époque contemporaine. Sans doute parce que le sujet est trop vaste, me répondront certains, qu’il y faut inclure de l’économie et de la sociologie des réseaux et peut-être (ce que se gardait bien de faire Foucault semble-t-il) un peu de psychanalyse. En tout cas, ce qui se passe sur les réseaux, ces nouveaux « media », est fascinant et mérite d’être exploré. Quel est le ressort, par exemple, de cette exposition permanente des sujets sur les réseaux sociaux, et notamment Facebook, alors que tout leur dit qu’ils sont ainsi en permanence suivis et dépossédés de leurs croyances intimes au moment même où ils les exposent naïvement ? Comment se fait-il qu’une application de traçage contre les pandémies soit à ce point fustigée par ceux-là même qui confient en toute confiance et par leur pure volonté leurs réseaux d’amis à l’observation du monde entier ? Il faudra bien un jour répondre à ces contradictions apparentes. Elles font partie des questions sur les régimes de vérité qui s’instaurent.

Cela nous concerne donc désormais, nous qui sentons obscurément le besoin d’écrire et de parler en notre nom et en « disant le vrai », c’est-à-dire ce qui nous semble à nous comme étant ce qu’on appelle souvent « notre vérité » en un sens dont il faut bien dire qu’il nous paraît flou. Qu’est-ce par exemple que cette manière de balancer à la façon d’un métronome, chaque semaine, un billet de blog par exemple. Pour y dire quoi ? Si ce n’est ce que nous avons réellement pensé au cours de la semaine, à propos de tel ou tel livre, de tel ou tel spectacle voire même à propos de rien, juste pour dire une chose qui sera telle qu’une fois dite, nous nous sentions débarrassé du soucis de la dire, en quelque sorte plus libre, content d’avoir accompli un devoir et prêt déjà à attaquer ce que nous allons dire la semaine suivante. Cet acte régulier, ce rituel, que disent-ils de nous et, plus généralement de l’acte d’écrire ? Nous sentons confusément qu’il a bien trait à ce vers quoi pointe Foucault en nommant la véridiction, la gouvernementalité et les pratiques de soi. Toutefois, il ne faudrait pas exagérer la portée de notre geste ; si nous parlons ou écrivons ainsi, d’une manière qui consiste à viser une certaine vérité, il ne nous faut pour cela aucun « courage » particulier, nous ne nous exposons pas (sauf parfois à quelques critiques, mais qui ne sont guère méchantes et nous laissent tout loisir de répondre), nous ne sommes pas dans la peau du parrêsiaste dont Foucault nous trace le portrait. La question reste donc entière et nous n’avons pas un Foucault (voire plusieurs) pour nous éclairer sur ces pratiques étranges et récentes par lesquelles il faut bien dire que beaucoup d’entre nous entendent en grande partie se construire comme sujets ne serait-ce qu’en se donnant des règles et notamment celle d’écrire. Mais s’agit-il seulement d’écrire ou bien d’écrire le vrai ? Je ne sais pas répondre à cette question… je vois après tout beaucoup de choses qui s’écrivent sans que pour autant je ressente en elle une intention d’écrire la vérité

(*) cf. Wikipedia : Le théorème des quatre couleurs indique qu’il est possible, en n’utilisant que quatre couleurs différentes, de colorier n’importe quelle carte découpée en régions connexes, de sorte que deux régions adjacentes (ou limitrophes), c’est-à-dire ayant toute une frontière (et non simplement un point) en commun reçoivent toujours deux couleurs distinctes.

Cet article, publié dans Philosophie, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

6 commentaires pour Foucault: faut-il du courage pour dire vrai?

  1. Debra dit :

    Très intéressant, merci.

    J'aime

  2. Girard dit :

    Je confirme, très intéressant: un descriptif qui satisfait et nourrit mes interrogations actuelles sur les dimensions de la notion de vérité, qui raisonne et résonne avec les prétentions de certains: praticiens, mages, chamans, scientifiques.

    J'aime

    • alainlecomte dit :

      et oui, Albert… j’entendais encore ce matin s’exprimer le Pr. Raoult, et j’étais effaré face à un tel discours. Comme disait le philosophe interviewé (Tristan Garcia), ce type réussit le tour de force de focaliser l’attention en essayant de capter toute légitimité, il est soi-disant le seul scientifique, en même temps que le seul épistémologue (ainsi il accapare à la fois la pratique scientifique et sa critique, en une seule et même personne).

      J'aime

      • Debra dit :

        Je n’ai pas suivi cette histoire de près.
        Mais… les pouvoirs politiques s’en sont apparemment référés à… une seule personne pour décider le confinement, et cette personne qui.. SE DIT scientifique n’a jamais eu un article… scientifique publié dans un journal scientifique ayant pignon sur rue.
        Dixit Jean-Dominique Michel, anthropologue médical suisse, qui ne m’a pas fait l’impression d’une personne S’AUTO FONDANT pour sa propre légitimité, comme ce que vous fustigez plus haut.
        Le mouvement de la démocratie directe planétaire est de détruire l’autorité et la légitimité dès qu’elles émergent, et à la vitesse que les nouvelles technologies le permettent. C’est… logique, pour aller dans votre sens.
        Et l’utopie cartésienne s’appuie sur l’AUTO FONDATION. Vous pouvez voir cela, je crois. L’utopie cartésienne fait de l’Individu… son propre épistémologue et scientifique, tout seul. En tout cas, c’est le terme où aboutit l’utopie cartésienne A GRANDE ECHELLE, et nous y sommes maintenant, à grande échelle.
        Je me souviens de l’époque quand j’ai eu un enfant gravement malade, et que je l’ai remis entre les mains de l’establishment médical, reconnaissant ainsi… L’AUTORITE, LA LEGITIMITE ET LA COMPETENCE de l’establishment médical. A la suite de l’hospitalisation, c’est fou le nombre de discours différents émanant de médecins différents que j’ai pu entendre sur la suite à donner… (un peu comme l’épisode du Covid, finalement). J’ai fini par comprendre… qu’il y avait beaucoup de vérités différentes, et que cela me laissait.. libre.. de choisir la version qui était le plus en accord avec ma propre vision de ma place de mère (et soignant, malheureusement) de mon enfant.
        J’ai fini par choisir d’écouter la personne en qui j’avais le plus confiance, et cette confiance n’était pas tant une histoire de SAVOIR qu’une histoire de relation…Je n’ai pas choisi de… faire chemin ? affaire ? (!!!!) avec le médecin qui était le plus expert à mes yeux, mais avec le médecin qui m’écoutait aussi.
        Alors… auto-fondation dans mon cas, pour faire mes propres choix ?
        Peut-être. Mais l’histoire que je raconte est privée… et concerne mon propre choix, pas le choix de nos gouvernants A QUI NOUS NOUS SOMMES LIVRES CORPS ET AMES dans une conduite moutonnesque à souhait, et que je trouve très inquiétante. A tant… démissionner et abdiquer de notre liberté PERSONNELLE, et de la liberté fondamentale de mouvement, comme nous l’avons fait pendant le confinement, nous n’avons pas simplement laissé le loup entrer dans la bergerie, nous lui avons donné des couverts… pour nous manger. Alors, nous nous sommes peut-être sentis… tout puissants avec notre came virtuelle, mais… on ne peut pas tout faire avec la came. Nos corps resteront irréductibles quelque part.

        J'aime

  3. alainlecomte dit :

    ah non! vous n’allez pas parler de cet escroc de Jean-Dominique Michel, qui s’attribue le titre d’anthropologue. C’est lui, le premier, qui n’a aucun diplôme justifiant ses titres!!! Pour le reste, bon, bien sûr, nous savons que la médecine « n’est pas une science »… et que l’époque de Molière est à peine dépassée, et que l’effet placebo existe etc. etc. et qu’il est illusoire de soigner le corps comme s’il était indépendant de l’esprit. Plein de bons auteurs ont écrit aussi sur le panmédicalisme (en premier Ivan Illitch, puis Jean-Pierre Dupuy, récemment André Comte-Sponville etc.).

    J'aime

  4. Foucault, trop ignoré maintenant…
    (Au fait, le métronome est un excellent outil qui rappelle le temps, c’est en quelque sorte une horloge à variations Goldberg : un cours, un article ou un blog peut être alors « métronomique », le rythme seul est déjà un plaisir… à chacun le sien ! :-))

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s