Paris, révolution, art et culture

Aller à Paris par les temps qui courent… les grenades qui éclatent au loin, les fumées des incendies, Paris enfiévré – sommes-nous au bord d’une révolution ? Nous étions à la capitale parce que nous avions des places pour Ivanov… Je ne sais pas si, un jour, plus tard, loin dans le temps (dans l’au-delà?), je répondrai à ceux qui m’interrogeront que le 1er décembre 2018 nous étions au théâtre de l’Athénée. Mort en 1904, Anton Tchékhov n’a pas eu le temps de connaître les révolutions russes, qu’en aurait-il pensé, qu’aurait-il fait ? Il semble qu’il n’ait guère prêté attention aux mouvements révolutionnaires, bien que pourtant si proche des gens pauvres, de la misère sociale, au point d’aller jusqu’à l’île de Sakhaline pour y soulager les bagnards. Je ne connaissais pas très bien Ivanov… juste avant d’assister à la pièce, mise en scène par Christian Benedetti, j’apprenais qu’il en existait en fait deux versions, l’une de 1887 et l’autre datée de deux ans plus tard. La première version n’avait pas plu : la critique l’avait trouvée incohérente, une partie du public l’avait sifflée pour quelques raisons que l’on dirait aujourd’hui de convenance. D’abord, on ne fait pas rire du malheur des gens, on ne mélange pas l’humour et le tragique, il faut se tenir à un cap : comédie ou tragédie ? A la fin de la pièce, Ivanov se suicide, au moment où l’esprit optimiste se dit que peut-être tout pourrait s’arranger : il vient d’épouser celle qu’il aime, cette mort intervient sans qu’on s’y attende. Les premiers spectateurs n’ont pas compris. Alors, la deuxième version s’alourdit de considérations verbeuses où il « s’explique ». Christian Benedetti a dû juger que nous n’en étions plus là et que, en public adulte, nous pouvions comprendre les « surprises » apparentes de la pièce. Les personnages sont pleins de truculence : Borkine, l’intendant qui incarne l’amoralité, l’esprit de lucre et de jouissance (joué par Christian Benedetti lui-même – certains trouveront sûrement qu’il en fait trop), l’oncle Chabelski qui ne veut plus être cantonné à distraire la femme d’Ivanov, et explose d’ennui. Ivanov, lui, remarquablement joué par Vincent Ozanon, se tient de côté, vaguement intellectuel, pris, lui aussi de crises d’ennui, il devrait s’occuper de sa femme phtisique mais au lieu de cela va courir le guilledou chez la famille Lebedev (pourtant ses créanciers), où les femmes expriment en son absence jalousie et méchanceté. Si cette pièce a un lien avec la situation que nous vivons en ce moment, il est bien dans cette mise en avant des frustrations d’une micro-société à l’écart de tout, monde « périphérique » s’il en est, mais en plus de l’analyse sociologique que l’on pourrait en faire, il y a bien sûr, comme toujours chez Tchékhov, et ce qui fait son génie, la part proprement psychologique du personnage principal. Quel psychiatre viendra dire les raisons d’une telle asthénie ? Celle d’un homme dont tout le monde se moque parce qu’il n’a plus le courage de rien faire, même pas le courage d’aimer ? S’il se suicide à la fin, c’est bien parce qu’il a compris que cette jeune Sacha qu’il épouse, et qui est follement amoureuse de lui, il ne va pas tarder à ne plus l’aimer… peut-être même comprend-il qu’en épousant la fille de ses créanciers, il n’a fait que vouloir leur échapper (motivation moins louable que l’amour, on en conviendra…).

On parle de psychiatrie… au musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, se tient justement une très belle exposition sur Sigmund Freud : « du regard à l’écoute ». Toute la carrière de l’inventeur de la psychanalyse est là, étalée, illustrée, avec le grand tableau d’André Brouillet montrant le docteur Charcot à la Salpêtrière dans un cours où il présente une hystérique, les appareils étranges dont se servirent très tôt neurologues et fervents du magnétisme, ainsi le premier « analyseur du timbre des sons à flammes manométriques » (le locuteur parle devant des cylindres creux dont la résonance fait varier la hauteur des flammes observables dans un miroir en rotation!) ou bien le baquet à magnétiser de Franz Anton Mesmer (1734-1815). On voit aussi un petit film tourné au moment du départ de Freud de Vienne vers Londres, via Paris, en 1938, où l’on voit toute la famille y compris les chiens, Anna toujours très prévenante à l’égard de son père, Marie Bonaparte hôtesse parisienne, Freud et ses petits-fils dont Lucian qui deviendra le peintre que l’on sait… A ce moment, Freud est fatigué, nous savons qu’il ne lui reste que quelques mois à vivre, il est néanmoins guilleret quand il s’agit d’aller poser face à la caméra. Et puis dans un recoin, « L’origine du monde », longtemps détenu par Jacques Lacan qui avait fait confectionner par André Masson un cache en carton stylisant le modèle pour le demeurer voilé au commun des mortels. Le rapport de Freud au judaïsme est mis en exergue, « la spiritualité juive – dit le texte introductif – à défaut d’une foi et d’une pratique, irrigue ses travaux, de L’interprétation des rêves – ouvrage dont l’herméneutique talmudique n’est pas absente –, jusqu’à l’essai final, Moïse et le monothéisme ».

portrait par Salvador Dali

Cette misère sociale dont l’évocation affleure dans les combats d’aujourd’hui, on la trouve exprimée par la peinture chez le Picasso bleu des années 1900. Très belle exposition au musée d’Orsay qui retrace trois périodes successives du maître, la bleue, la rose et l’ocre qui ouvre déjà timidement la porte du cubisme. Pourquoi le bleu est-il associé à la misère, à la tristesse ? Dans son essai sur la couleur bleue, Michel Pastoureau rappelle ce qu’il advint de cette couleur au 18ème et au 19ème siècles et la part prise par le romantisme allemand : « Goethe (Traité des couleurs, 1810), réaffirme contre Newton la forte dimension anthropologique de la couleur. Et c’est lui aussi qui, avec l’habit bleu de Werther (1774), lance le bleu romantique, celui de la « petite fleur bleue » de Novalis, couleur de la mélancolie et du rêve qui aboutira vers 1870 au « blues » anglo-américain ». Mais chez Picasso, le bleu exprime plus qu’une mélancolie, sa froideur est là comme un rappel de la difficulté de vivre dans des conditions de misère où l’eau gèle dans les baquets, où les frêles jeunes femmes qui n’ont pas d’autre ressource que de se prostituer grelottent dans leurs peignoirs trop légers. Un jour, sur la joue d’un portrait – la Célestine – vient un peu de rose… ce rose redonnera enfin un peu de chaleur, jusqu’à l’ocre, découvert en Catalogne, à Gosol, en 1906. Des enfants, des saltimbanques, redonnent vie et joie à cette période, et les femmes deviennent plus douces : bientôt, nous aurons les Demoiselles d’Avignon, oeuvre-clé du XXème siècle.

La lecture de la lettre, oeuvre de jeunesse, Picasso, dessin et peinture à l’essence

Autre peintre qui s’affronte à la misère : Caravage, exposé avec ses amis et ennemis au Musée Jacquemart-André. Lui est d’une autre époque certes, une époque où l’on peignait encore sur commande et pour le compte, la plupart du temps, de « gens très riches », des ducs, des princes, des papes, mais cela n’empêchait pas Merisi de casser les codes en vigueur. Finis les angelots inutiles et futiles, finis les portraits des donateurs, à la rigueur se mettre soi-même dans un coin du tableau mais le plus souvent y mettre des visages de gens ramassés dans la rue, des pauvres, des voyous, des prostituées là encore. Et au cours de ces mauvaises rencontres, éclatent des bagarres au cours desquelles des meurtres sont commis. Un ami est attaqué par une bande rivale, Caravage vient le défendre, en le défendant il perce de son épée la jambe de l’adversaire qui mourra d’hémorragie. Résultat : l’exil, la fuite hors de Rome, vers Naples, puis vers Malte où la même scène se reproduit. Caravage n’a qu’une obsession : revenir à Rome où sont ses amis et ses mentors, il lui faut pour cela convaincre le pape, il emporte avec lui trois toiles parmi les plus belles, mais las, il se fait encore arrêter, voit sa barque dériver, il perd ses toiles et lui bientôt sa vie, on ne sait comment sur une plage de Porto Ercole. Comme toutes les expositions du musée Jacquemart-André, celle-ci est très pédagogique. Il est passionnant de pouvoir « lire » et comparer les styles de peintres contemporains, affrontés aux mêmes problèmes de représentation. L’ennemi Baglione – qui traîna en justice Caravage pour insultes publiques – continue encore à flatter le goût maniériste et à enrober d’angelots les montées dans les cieux. Dans les concours, parfois Caravage perd, comme pour cet Ecce Homo qui, pourtant, a une sacrée gueule, mais on lui a préféré Cigoli qui, lui, est plus doux à regarder.

Détail de Saint-Jérôme (l’écriture)

Week-end à Paris pendant que s’échangent des horions à quelques centaines de mètres de là, mais ce n’est que le dimanche, près du musée Jacquemard-André, boulevard Haussmann, que nous trouvons quelques dégâts apparents, vitres de banques fracassées, motos de luxe incendiées, feux rouges renversés. Pour le reste, la vie a déjà repris ses droits. Mais les esprits seront longs à s’en remettre si l’on en croit les débats politiques, les annonces véhémentes, les « leçons » qu’il faut tirer…

Paris est trop beau, trop riche, trop luxueux… voilà ce que j’en dis. Quoi d’étonnant, dès lors, à ce que des gens qui n’ont pas tout ce luxe à disposition explosent de colère et de frustration. Ce n’est pas seulement le pouvoir d’achat qui fait réagir, c’est se dire que notre vie sera toujours tenue à l’écart des lieux de réjouissance. Si j’étais « gilet jaune », ma première revendication serait que tout français reçoive un chèque lui permettant d’aller passer un week-end à Paris au moins une fois par an, avec visite incluse des plus grands musées, d’expositions temporaires, représentation à l’Opéra, que sais-je encore ? J’entends peu prononcer le mot « culture » dans tous ces débats d’aujourd’hui… et pourtant, art et culture ne constituent-ils pas les deux ressources essentielles permettant de vivre une vie meilleure ?

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13 commentaires pour Paris, révolution, art et culture

  1. Paris n’est pas seulement un musée réservé à quelques privilégiés…
    Le nouveau ministre de la culture a lancé l’expérimentation du « Pass culture » (500 euros, âge d’obtention : 18 ans, soit 800 000 jeunes, financement à 80 % privé).

    La colère populaire s’exprime forcément près des lieux du pouvoir, Paris en est un, ce n’est pas seulement à cause des boutiques de luxe qu’il y a des dégâts et des casseurs.

    Macron était allé visiter l’expo sur Picasso, peu avant d’aller faire un saut à Buenos Aires : apparemment, la « culture » l’intéresse plus qu’une réponse rapide et concrète aux revendications des manants ! Son affidé Philippe a été chargé de traiter le dossier. 🙂

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    • alainlecomte dit :

      oui, je sais, bien sûr, on manifeste à Paris parce que c’est LE lieu du pouvoir en France… certes, mais « en même temps » c’est aussi le symbole de ce contre quoi s’insurge la plèbe provinciale (j’en sais quelque chose pour fréquenter pas mal de gens qui sont loin de tout ce qui se passe à Paris, dans la Drôme ou ailleurs)

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      • @ alainlecomte : qui parle de « plèbe provinciale » ?
        J’ai écrit : « près des lieux du pouvoir, Paris en est un », et c’est un fait.
        Tu sais peut-être qu’une préfecture a été incendiée « en province » ?
        Mais nul doute que Macron ne « décentralise » rapidement son Palais au Puy-en-Velais (une fois le bâtiment restauré) de manière à être au plus près du « terrain », comme il le montre tous les jours ! 🙂

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      • Debra dit :

        Sur la « plèbe provinciale »…
        Il y a quelques années j’ai participé à une réunion rassemblant une majorité de personnes retraitées de l’Education Nationale, parmi d’autres.
        Le souhait bienveillant des acteurs était d’apporter la culture au peuple.
        J’avoue avoir été perplexe, là.
        Dans le tour de table pour commenter les ambitions et désirs de chacun par rapport au projet, j’ai dit qu’à ma connaissance, « le peuple », c’était.. NOUS.
        Avouez tout de même que si le peuple n’est pas nous, il y a un grand problème là…

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    • alainlecomte dit :

      je suis content d’apprendre que « Le nouveau ministre de la culture a lancé l’expérimentation du « Pass culture » (500 euros, âge d’obtention : 18 ans, soit 800 000 jeunes, financement à 80 % privé) », c’est formidable en effet mais…. QUI le sait?

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      • @alainlecomte : cette « mesurette », lancée par l’éphémère ministre de la Culture qui a précédé Franck Riester, est sans doute peu connue (et limitée dans les accès qu’elle offre) : les lycéens, comme les étudiants, qui sont opposés aux réformes de Blanquer, ont d’autres soucis apparemment.
        Et si cet immense progrès « culturel » n’est pas connu, c’est sans doute que la communication ad hoc a été – il ne s’agit d’ailleurs pour l’instant que d’une « expérimentation » ! – ratée, elle aussi. 😉

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  2. Debra dit :

    Merci pour les comptes rendus d’expo. J’essaierai d’aller voir l’expo de Caravage à André-Jacquemart.

    A bon, vous trouvez que Paris est trop beau, trop luxueux ? Moi, cela fait des années que Paris ne me fait plus rêver, et que je trouve la ville de moins en moins belle. Son luxe en ce moment ? Il est de toc, grimaçant, et l’idée qu’autant de pauvres bougres puissent avoir la poudre aux yeux en regardant ce toc… vulgaire et scintillant, cela me déplaît. Cela ne les agrandit pas à mes yeux, et j’ai du mal à les.. plaindre, ni à justifier, encore moins à excuser, leurs débordements.
    Il n’y a que des enfants.. naïfs pour acclamer, et souhaiter, la révolution avec les étoiles dans les yeux. Il y a assez d’histoire humaine derrière nous pour nous permettre de savoir que les pauvres ne s’en sortent pas bien des révolutions que… les grincheux plus fortunés fomentent, dans l’ensemble. Par goût du pouvoir, ou par culpabilité errante, ou même les deux ensemble.
    Ça me déplaît de vivre dans une société qui se félicite d’avoir mis la réussite sociale (au mérite, obligée..) à la portée de tous, et POUR SEUL SALUT, sans se rendre compte que dans le même mouvement on instituait..(et pire encore, on JUSTIFIAIT) l’envie comme un énorme moteur social pour fomenter la révolution permanente. Tout en ignorant qu’une telle attitude constituait un mépris non assumé des pauvres, et une destruction de leur dignité.. de pauvres (si, si, j’y tiens. Ne pas y tenir constitue l’idolâtrie de la richesse). Comme quoi l’idéologie du progrès va main dans la main avec l’idéologie qui promeut l’avenir de progrès.. social, et réussite sociale, des pauvres.
    Comme quoi… le pauvre est une pièce maîtresse de notre… foi dans la valeur absolue du progrès.

    N’importe quel éclairé doit savoir que la lumière s’accompagne d’ombre…

    Hier, j’ai entendu une présentatrice de radio dire que Cendrillon était une esclave.
    Si, si.
    Retenez votre souffle ; c’est un signe, non pas du progrès, mais de la régression dans les têtes.
    Dire que Cendrillon était une esclave, c’est faire l’impasse sur le statut juridique de l’esclave dans l’Antiquité, et qui plus est, c’est décréter qu’être esclave c’est OBLIGATOIREMENT être objet de mauvais traitements. Cela va de pair avec notre impunité révolutionnaire qui décrète que toute forme de… service ? (et le service.. public ??) est une servitude, et qu’obéir, c’est être esclave.
    Tant d’inconséquence sur des sujets aussi graves me coupe le souffle.
    Vous savez quoi ? ce n’est pas l’oligarchie, et les « méchants » oligarques qui amènent cette inconséquence. C’est le flonflon permanent, l’effervescence, de l’invocation de la démocratie comme paradis terrestre. C’est… la corruption du peuple lui-même qui gangrènent ses dirigeants/représentants. NOTRE CORRUPTION à tous…

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    • alainlecomte dit :

      je retiens de votre harangue la notion de « dignité du pauvre », je suis d’accord qu’elle est à préserver, ce que ne font guère les acteurs sociaux du moment. Je bondis quand j’entends certains dire, comme symbole absolu de leur misère, qu’ils ne peuvent pas « acheter » de jouets pour leurs enfants pour Noêl… acheter, acheter toujours… (je retiens aussi ce mot d’humour: « achetez des choses! ça peut toujours servir! ».

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  3. francefougere dit :

    Paris est beau – quand on sait choisir ce que l’on veut voir !  » Mon quartier  » a été dévasté… mais heureusement, j’étais … ailleurs.
    Merci pour cet intéressant panorama. Amicalement

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    • Girard dit :

      Merci Alain, je dois me rendre à une conférence dans dix jours à Paris, et je profite quand c’ est possible des retours des événements culturels que tu signales, avec bonheur très souvent que ce soit sur Grenoble, Paris ou la Drôme.
      Quand à la culture il faudrait que nos dirigeants en soient pétris ce qui ne semble pas du tout être le cas. Ne serait ce que la culture historique. Force est de constater que cet exécutif , c’est à dire notre président, solitaire par sa posture hors sol, en manque cruellement. Les chiffres il connait .Il connait le logiciel de l’ultralibéralisme, mais quelle incompétence,quelle naïveté quand il s’agit du ressenti des gens.Il a cru que la communication tenait lieu de politique.Le masque est tombé.Sa fragilité est patente et il est désormais un personnage presqu’aussi inquiétant que son meilleur ennemi américain avec lequel il a voulu s’ acoquiner un certain temps.

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  4. Merci pour ces visites et critiques, toujours finement analysées.

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