En revenant de Bordeaux

Je reviens de Bordeaux, ou plus exactement de Pauillac, où mes collègues avaient gentiment organisé un colloque pour mes soixante ans.

 

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vignes près de Pauillac

Voilà à quoi ça vous donne droit, l’âge. Ici, je ne me vante pas. Quand on fait un colloque autour de vos travaux, c’est à double tranchant : d’abord c’est extrêmement sympathique, c’est un geste de réelle amitié car aucun des participants n’a à en attendre le moindre « profit » du point de vue carrière ou finances, ils sont juste là pour vous témoigner de leur sympathie, et c’est bien sûr très touchant, et on est très heureux de ça. Mais c’est aussi l’occasion pour eux de vous dire qu’eux, sûrement n’auraient pas fait comme ça, et si vous êtes un peu paranos, vous pouvez comprendre qu’ils vous disent que dans le fond… vous n’avez rien compris. Comme je ne suis pas parano, je comprends qu’ils veulent dire que j’ai touché du doigt certaines questions, mais que je suis bien loin de les avoir réglées. Donc c’est un appel à la modestie, et c’est toujours nécessaire. En somme, plus que jamais je me sens en conformité avec le titre de ce blog (et c’est bien pour ça que je n’en changerai pas) : quand les Ladakhis disent, en arrivant au sommet des cols, que « les dieux seront toujours vainqueurs », ce qu’ils veulent dire vraiment c’est que quels que soient les efforts que vous avez faits pour gravir une montagne, vous n’arrivez jamais au bout, il y a toujours « des dieux » qui ont fait bien mieux que vous. « Dieux » est bien sûr métaphoriques. Nos « dieux » modernes sont ceux qui sont toujours allé plus loin dans la pensée, ce sont ces fameux « Géants » sur les épaules desquels un Stephen Hawking prétend qu’il est possible de se hisser….

Nos politiques et en particulier ceux qui nous gouvernent n’ont aucune idée de ça.

 

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Bords de la Gironde… une nasse pour attraper les idées?

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De quoi S***y est-il le nom ?


Ceci est le titre du dernier livre d’Alain Badiou, un philosophe (il enseigne la philosophie à l’Ecole Normale Supérieure, après l’avoir enseignée à Paris VIII).

Ne le cachons pas : Alain Badiou sent le roussi : c’est un « vieux soixante-huitard » demeuré très fidèle à « l’évènement-Mai 68 ». Il fut maoïste et…. l’est toujours ( !).circonstances400.1195293772.jpg

Alors bien sûr, la presse l’attaque facilement : comment peut-on encore aujourd’hui… etc. De fait, la question est sérieuse : comment peut-on encore aujourd’hui être « maoïste ». Plus précisément : qu’est-ce qu’il veut dire par là ? Je n’ai pas l’intention de le « défendre » : après tout, il n’a qu’à s’expliquer lui-même. Je crois simplement avoir compris que son « maoïsme » d’aujourd’hui est un pur « idéal », celui d’une société où l’homme serait libéré des contingences matérielles et pourrait se tourner uniquement vers l’épanouissement de ses aptitudes morales et intellectuelles. Badiou en appelle aussi à une glorification de « l’évènement » en tant que moment de créativité pure où l’homme se transcende. Cela me semble être hélas pur idéalisme et ne tenir aucun compte de l’enracinement concret, biologique, neuro-cognitif de l’être humain. Mais bon, ce n’est pas une raison pour le disqualifier.

Et en l’occurrence pas une raison pour passer son livre sous silence, qui, à mes yeux est le premier essai vraiment engagé, et radical, d’analyse critique du sarkozysme, et d’exploration des conséquences du sarkozysme : ce que, en tout cas, il nous fait, ce qu’il entérine dans les mentalités et consacre comme mode de pensée qu’il voudrait définitif.

Prenons par exemple, cette notion de « mérite » toujours mise en avant, et qui semble tant plaire à une partie au moins de la population, et qui n’est rien d’autre qu’un appel à la soumission, un appel aux gens pour qu’ils admettent qu’ils sont là où ils doivent être (« vous avez, vous êtes, ce que vous méritez ») et rien d’autre, rien de mieux, rien de plus. Cette notion de mérite, en outre, pousse les gens à se dresser les uns contre les autres, car au-delà du « mérite », c’est la réussite individuelle qui est en jeu. Vous prouvez votre mérite en écrasant le voisin. Il en est du mérite comme de la grâce. Théoriquement, vous avez la grâce ou vous ne l’avez pas, mais comment le savoir ou le prouver si ce n’est justement en mettant en œuvre les actes qui sont censés la faire advenir ? Une société gouvernée par le mérite est donc une société où s’impose de faire reconnaître sa réussite et la réussite la plus évidente est bien sûr matérielle, financière, d’où la forme dérivée, « dégradée » mais bien réelle : « gagnez plus de sous ! ». Guizot est enfoncé depuis longtemps.

En tout cas, pour que ça fonctionne, il faut éradiquer toute trace de ce qui pourrait constituer une entrave à cet « enrichissez-vous ». En voulant liquider Mai 68, Sarko et ses sbires ne veulent pas seulement remettre de l’autorité là où elle s’était perdue (l’enseignement…), ils veulent ôter de la mémoire des gens tout souvenir d’un espoir possible que l’humain puisse être autre chose que la réalisation par les biens matériels.

Mai 68 a été un grand moment d’expression de ferments révolutionnaires : le dernier de notre histoire.

Badiou a raison de dire que, même si cela s’est fait de manière chaotique (mais c’était inévitable, étant donné la nécessité d’inventer en permanence ce qui n’existait pas et n’a jamais existé), ce moment a été notamment celui d’une rencontre entre la classe ouvrière et la jeunesse étudiante, ce qui est, en soi scandaleux car, dans une société « normale », les étudiants sont destinés à être les cadres, les chefs, les dirigeants, et les ouvriers sont destinés à rester à leur place d’ouvrier, et si donc les premiers s’allient avec les seconds, alors on met tout pas terre, et c’est ce qui s’est produit d’une manière certes fugitive, éphémère, en Mai 68 (oui, bien sûr, ceux qui avaient le moins compris cet aspect des choses sont vite retournés à leur fonction dirigeante, et comme il y en eut beaucoup, cela donne l’impression que tous ont viré à droite), et c’est ce qu’il faut à tout prix qui ne se reproduise jamais. S***y (celui que Badiou appelle « l’homme aux rats ») nous dit : plus jamais ça.

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« Etrangers choisis »

Brassens chantait les « amis choisis de Montaigne et La Boétie », mais ce que l’on choisit aujourd’hui se sont les étrangers acceptables sur notre sol… et ceux-là, ce ne sont pas Montaigne et la Boétie qui s’y collent, mais Sarkofeux et Hortezy.

Libération du 29 octobre donnait la liste des métiers qui pourront permettre la venue légale en France de travailleurs étrangers. Elle comporte des chiffres très précis, dont, notamment, pour chaque métier, un ratio de l’offre et de la demande. On saura ainsi qu’on souhaite vivement la venue d’experts en informatique. Nos « experts en immigration » se sont bien sûr imaginés attirer de cette façon des spécialistes formés à cette discipline venant du « Tiers-Monde », ils se sont dit, naïfs, que les Indiens, dont on vante les compétences, feraient bien l’affaire… parce que, bien sûr, ils pensent que l’Inde est toujours une nation du Tiers-Monde… mais le malheureux ingénieur indien débarquant à Paris (le seul, l’unique, il en faudra bien un) leur montrera qu’il a depuis longtemps intégré les valeurs d’une haute civilisation, et quand on prétendra lui interdire de faire venir sa famille, ou quand on imposera à ses enfants des tests d’ADN afin de vérifier leur filiation, je pense qu’il leur rira au nez, et ce sera bien fait.

Je me souviens… décembre 2003, un colloque et un workshop franco-indien à Mysore, initiés par une personnalité connue de l’INRIA, (mon ami G. un grand informaticien et un connaisseur de la culture indienne, et notamment du sanskrit)… nous étions plusieurs Français invités dans un Centre d’Etude des Langues Indiennes qui faisait preuve d’un dynamisme étonnant. Les ingénieurs et chercheurs de ce Centre étaient capables en quelques jours, grâce aux outils qu’ils avaient créés eux-mêmes, de numériser n’importe quel corpus d’une des au moins 450 langues du sous-continent et d’en tirer un dictionnaire électronique et une grammaire, de fabriquer des analyseurs morphologiques de la langue en question et mettre ainsi immédiatement à la disposition des chercheurs du monde entier des données linguistiques précieuses. Nous n’étions vraiment pas « les experts » apportant nos connaissances à un peuple sous-développé… Les universitaires qui nous accueillaient avaient beau, pour certains, revêtir le blanc dhoti de Gandhi et chausser de mauvaises sandales caoutchoutées, et pour d’autres se draper dans des saris de toutes les couleurs, ils/elles avaient beau nous surprendre en nous assurant gravement qu’il n’est point de salut hors le sanskrit, ils/elles n’en possédaient pas moins un savoir technique qui n’avait rien à envier au notre. Dommage, le projet franco-indien n’a pas abouti, semble-t-il pour d’obscures raisons politiques. On m’avait mis en binôme avec une directrice d’institut de Chennai (ex-Madras) qui était fière du pouvoir que les femmes avaient pris dans l’institution scientifique, en grande partie selon elle à cause des luttes continuellement menées en Inde du Sud, à partir de l’exemple du Kerala (une société matriarcale).

Je garde de cette visite un autre souvenir : celui de notre embarras face à l’interpellation que nous subîmes de la part d’un universitaire sikh, furieux de savoir que s’il était en France, ses enfants, pour aller à l’école, auraient été obligés de quitter leur turban, une chose que même le colonisateur anglais n’avait jamais songé à demander…

Je doute que ce chercheur sikh ou n’importe lequel de ses compatriotes ait la moindre envie d’aller vivre dans un appartement de la région parisienne seul ou accompagné d’une famille dont les enfants subiraient l’humiliation d’un rejet qu’ils n’ont jamais expérimenté.

Libé rappelle aussi la parole si juste d’Abdoulaye Wade : « ce n’est pas honnête de vouloir nous prendre nos meilleurs fils ».

Curieuse façon en effet de concevoir le « co-développement »…

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Vacance de blog

ne nuit pas….

(un peu trop de travail ces temps-ci, mais promis, je vais profiter de mes prochains voyages en TGV pour y remédier, en attendant, voici juste quelques photos automnales, signes d’une activité sylvestre au cours du dernier week-end, en Suisse… oui, en Suisse, où on a voté comme on sait… j’y reviendrai, oublions-le un instant)

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S*ophie C*alle

Maintenant que j’ai repris mes voyages hebdomadaires à Paris, maintenant que je continue à essayer de combler mon « inexistence sociale » (voir mon billet du 6 octobre) par les cours que je donne dans une université parisienne, maintenant que je passe plusieurs heures par semaine en compagnie de charmantes têtes noires ou blondes tentant de leur enseigner un peu de logique et de sémantique (et j’interdis qu’on les dénigre, comme c’est la mode dans certains milieux universitaires, à en croire tous ces livres qui moquent la soi-disant « inculture de la jeunesse », mais s’ils sont si incultes que vous le dites, demandez-vous pourquoi plutôt, et dites-vous qu’après tout ce sont vos enfants et que s’ils sont si « incultes », vous devez y être pour quelque chose, seulement ils ne sont pas si incultes, parfois ils ignorent certaines choses, mais qui n’en ignore jamais ? et ils apprennent vite pour peu que vous vous donniez la peine de les écouter, de leur faire des cours qu’ils peuvent comprendre, cela ne veut pas dire des cours dont on diminuerait le niveau, mais des cours qui, tout simplement, ne se moulent pas dans un parler académique et de bon ton, du ton que l’on dit « universitaire », docte et plein de figures de rhétorique inutiles, de ces figures dont déjà Pierre Bourdieu dans les années soixante-dix avait montré qu’elles n’étaient que des discriminateurs de classe sociale, dans « les Héritiers « , je crois, puis dans « la Reproduction » – reproduction des élites s’entend – oui, ils apprennent vite et les questions qu’ils – je devrais dire « elles » car en réalité, je vous l’avoue : je n’ai que des filles ! – posent, si parfois elles peuvent paraître naïves, oui, naïves, pas « bêtes », eh bien ces questions, lorsque vous y répondez, vous faites un effort, qui est méritoire, utile, et même utile pour vous-même, car ces questions, vous ne les avez pas toujours prévues, vous qui êtes dans le confort d’un savoir qui vous paraît acquis et immuable, que rien ne saurait jamais mettre en cause et surtout pas la remarque ironique de la petite blonde du premier rang, avec ses lunettes et le crayon qu’elle mâchouille, celle dont le projet de vie est : « devenir écrivain »), maintenant donc qu’entre un bistrot pour grignoter à midi et la porte de mon hôtel – un peu vieillot, avec des planchers qui craquent, mais de très grandes chambres, sans la télé, avec un couvre-lit sur le lit comme on n’en faisait que dans les années soixante, en simili velours côtelé – je passe devant une librairie de livres d’occasion,sophiecalle068.1192705550.jpg je rapporte chaque semaine des « nouveautés » anciennes. Par exemple, la semaine dernière, j’ai trouvé pour trois euros un petit livre de Sophie Calle, qui m’avait probablement échappé lorsqu’il est sorti, et qui ne contient que de courts récits, illustrés chaque fois par une photo. C’est d’un drôle… Tenez, par exemple celui-ci (celui sur lequel je suis tombé en premier et qui m’a décidé à acheter le livre) :

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j’y pense aussi parce qu’en tant que membre de jury de diverses thèses, je mets à l’occasion une cravate (mais que pour ces occasions).

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Chez mon kiné

[Contexte :

1) Je suis nul aux jeux de ballon. Cela peut s’expliquer par de nombreuses considérations : enfant unique, j’étais souvent seul, en tout cas rarement dans une bande assez nombreuse pour qu’on puisse faire un jeu de ballon quelconque, l’école de banlieue que je fréquentais n’avait pas de terrain de sport, et je n’ai donc jamais développé de goût particulier pour ce genre de jeu, sauf à la rigueur le foot, quand on se retrouvait à trois ou quatre dans une rue du Blanc Mesnil (93) pour taper dans un improbable ballon,

2) Je souffre de mon genou droit (tendons) et pour cette raison je consulte un kiné deux fois par semaine. L’un des exercices consiste à se tenir en équilibre sur la jambe dont le genou fait mal en essayant de rattraper un ballon. Je rate souvent.]

Le kiné : vous avez une attitude féminine typique quand je vous envoie le ballon. Vous savez, j’ai lu un excellent livre qui montre que les hommes et les femmes n’ont pas le cerveau fait pareil…

Moi : vous trouverez aussi des livres qui vous diront le contraire…

Lui : mon livre est très documenté, il s’appelle, ah oui, comment déjà, « pourquoi les hommes n’écoutent jamais rien et pourquoi les femmes ne savent pas lire les cartes routières »…

Moi [ça me dit quelque chose ce titre, c’est un truc idiot écrit en gros caractères, qui ne contient aucune référence à un travail scientifique quelconque] : je ne crois pas que ce livre soit étayé sur des observations scientifiquement éprouvées.

[entre temps j’ai réussi à arrêter le ballon de manière plutôt bien]

Lui : ah vous vous améliorez !

Moi : pfff ! ça n’est qu’une affaire de concentration !

Lui [vexé] : ouais ben n’empêche, c’est vrai. Par exemple, les architectes le savent bien : pour les femmes, ils savent qu’il faut réaliser une maquette 3D car elles n’ont pas la faculté d’imaginer la réalité à partir d’un simple plan, comme nous, nous l’avons…

Moi [i m’énerve !] : tout ça, ce sont des choses qui s’apprennent, peut-être certaines femmes n’ont pas été mises très tôt devant ce type de problème.

Lui : Bon, remarquez, pour les jeux de ballon, c’est vrai qu’il m’arrive de masser des joueuses de baskett, elles ne demandent pas leur reste !

Moi : ben, vous voyez. Moi, je n’ai pas eu l’habitude de jouer au ballon. Mais souvent c’est vrai que ce sont les garçons à qui on propose des jeux de ballon, alors ils développent plus de talent dans ces jeux-là.

Lui : mais pourquoi ? ils sont peut-être spontanément attirés ! Autre chose : les hommes sont « mono-tâche » et les femmes sont « multi-tâche », c’est bien connu. Par exemple si ma femme me parle pendant que je regarde la télé, je ne peux pas comprendre ce qu’elle me dit, je suis obligé de fermer la télé. Elle, elle peut.

Moi : c’est une question d’entraînement, moi aussi, j’étais comme ça, avant, mais depuis je me suis entraîné. Maintenant, je suis tout à fait capable de suivre les informations sur France Inter tout en écoutant ce que me dit ma femme, le matin. Vous savez, pour beaucoup, il y a de la paresse à ne pas essayer.

Lui [à son tour énervé] : Oui. Vous, vous êtes un scientifique, alors forcément vous vous faîtes un devoir de contester tout ce qui ne vous paraît pas fondé sur des travaux scientifiques

Je devine ce qu’il va me dire la prochaine fois… forcément il va me parler du match France – Angleterre… Forcément. Il va me dire :

Lui : z’avez vu le match ?

Moi [qui n’avais pas regardé le précédent, ce qui, déjà, lui avait déplu] : ouais, j’ai jeté un œil

Lui : et qu’est-ce que vous en avez pensé ?

Moi : z’étaient nuls.

[ben oui, quoi, c’est vrai, dès les premières secondes, ce type français qui rate le ballon, devant l’anglais qui en profite, rattrape le ballon et… lui saute par-dessus ! (par-dessus le français, pas le ballon, parce que le ballon, lui, il l’avait bien en main) et… poum ! essai ! Try, il s’appelait le français, en plus… Ah c’était malin !

Je n’aurais jamais dû continuer à regarder. Qu’est ce qu’il m’a pris ?]

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Mais que se passe-t-il chez nos voisins helvètes ?

Comme il y a quelques temps que je ne suis pas allé en Suisse (ce que C. et moi avons l’habitude de faire plusieurs fois par an pour diverses occasions de rencontre familiale) sauf pour des errances au fond d’une vallée heureusement peu urbanisée, du côté du mont Dolent et du lac Fenêtre, je ne suis plus tellement au courant de l’actualité helvétique. Grande a donc été ma surprise de lire, envoyé par un ami, un article récent du New York Times (eh oui, il faut passer par New York pour avoir des nouvelles sérieuses de la Suisse – je n’ai rien lu de tel pour l’instant dans nos journaux nationaux – ) faisant état de graves désordres dans les rues de Berne et d’un climat très détestable à la veille des futures élections nationales. Je traduis ci-dessous un passage de cet article :

« Les affiches placardées sur les murs pour un rassemblement politique ici (à Schwerzenbach – Suisse -) révèlent la crudité de la campagne électorale nationale en Suisse : trois moutons blancs se dressant sur le drapeau suisse pendant que l’un d’eux éjecte un mouton noir. « Pour notre sécurité » dit l’affiche. L’affiche n’est pas la création d’un mouvement marginal, mais du parti le plus puissant au sein du Parlement Fédéral et faisant partie de la coalition gouvernementale, un parti d’extrême droite appelé Parti du Peuple Suisse (ou SVP). Elle a été distribuée dans un mailing de masse et reproduite en des millions d’exemplaires dans le pays. »

Pour plus de précision, je dois ajouter que « SVP » est le nom que s’est donné en Suisse alémanique un parti qui jusque là, sur tout le territoire, s’appelait « UDC » (dénomination qu’il a gardé en Suisse romande). UDC : Union Démocratique du Centre… ça vous a un air anodin, bonhomme, centriste, quasi bayrouesque… mais SVP : Schweizerische Volkspartei, ça sonne tout de suite un peu différemment… plus martial, disons.

Recherchant dans la presse suisse, de quoi recouper ces informations, je tombe, sur le site du journal « le Temps » :

 

« Jamais campagne électorale n’a été si agressive. Un pas de plus est franchi avec les batailles de rue. • Empêchée de défiler et de tenir son meeting sur la place Fédérale, l’UDC se pose en victime. • Quelque 500 casseurs mobiles et déterminés ont semé le chaos et mis en déroute la police bernoise ».

 

Gloups. J’ai le sentiment d’avoir raté quelque chose au film… ceci est également illustré par une photo que publie Dunia [qui diffuse en ce moment sur son blog, son second roman par épisodes – publicité non payée -], montrant une affiche de ce parti, surchargée d’inscriptions par ses opposants et où le dirigeant Christophe Blocher est maquillé en Hitler.

Sachons encore que ce parti peut remporter les élections au prochain scrutin, que le Christophe Blocher qui le dirige est un milliardaire, actuellement conseiller fédéral en charge du Département… de la Justice, un tribun populiste qui fait campagne contre les étrangers depuis de nombreuses années. Pour dire où en sont venues les choses, un autre conseiller fédéral, en charge du Département de l’Intérieur celui-là, et membre d’un autre parti, le Parti Radical, Pascal Couchepin, est allé dans une interview donnée à un journal tessinois jusqu’à comparer Blocher à Mussolini. Quand on sait le caractère feutré des débats en Helvétie, c’est hautement significatif d’un ébranlement profond de la société.

Pour corriger l’article du NYT, il faut nuancer la notion de « coalition au pouvoir », qui donne l’impression, telle qu’elle est dite, qu’une union de circonstance se serait produite entre partis modérés et partis extrémistes pour diriger le pays, de manière analogue à ce qui s’était produit en Autriche à l’époque de la gloire de Jörg Haider. En réalité, la Suisse est dirigée depuis la fin de la seconde guerre par une coalition « instituée », qu’on appelle souvent « la formule magique » : un doigt de libéraux, un doigt de conservateurs, un doigt de chrétiens démocrates, un doigt de socialistes et vous touillez. Ce qui s’est passé en réalité c’est que l’un de ces partis (l’UDC) a été victime d’entrisme de la part de l’extrême droite et a changé de nature au cours des années récentes. C’est ainsi que son leader est, de manière toute naturelle, l’un des conseillers fédéraux et donc… appelé à devenir président de la Confédération en 2009 !

Mais revenons à l’affiche incriminée, que je reproduis en petit ci-contre (oui, en petit, ce n’est pas la peine de lui faire trop de pub…). bild-nav-links-f.1192178685.pngEvidemment, la présidente actuelle (dont j’ai déjà dit le plus grand bien ) s’est insurgée contre elle : « dégoutante, inacceptable ». On croirait entendre Fadela Amara… (sauf qu’il n’est vraiment pas question qu’elle démissionne, cela ferait la part trop belle au facho du coin). A y réfléchir un peu, on pourrait se dire que c’est quand même un peu fort d’assimiler ainsi les Suisses… à des moutons, et que l’électeur ne saurait accepter une telle identification. Il faut alors se reporter à l’analyse de Jean-Michel Adam, célèbre linguiste de l’Université de Lausanne, parue dans un tout jeune journal indépendant genevois : Le Courrier , qui dit ceci :

 

« Même blancs comme nos neiges éternelles, de tels moutons doivent être bien parqués, bien gardés et protégés du loup par un berger et ses chiens. Ceux-ci ne sont pas loin, ils sont cachés sous le slogan, tout en bas à droite de l’affiche: «Pour une Suisse forte». On a compris le message: une Suisse forte a besoin d’un chef fort et de chiens forts et d’éviter tout métissage… Le sens de cette fable, qui a le mérite de la clarté, rappelle les pires temps de la propagande politique menée par un sinistre autre Volkspartei ».

 

Je ne sais pas ce que sera le résultat des futures élections suisses. Rien n’est encore perdu et les institutions suisses renferment des mécanismes éprouvés de prévention contre les régimes autoritaires. Mais on aurait tort de dire « c’est la Suisse, cela ne nous concerne pas »… car la Suisse est, contrairement à ce que pensent ici certains esprits forts, infiniment proche de nous…

 

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(le Palais Fédéral à Berne)

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Un (autre) air de famille

Comment cela se passe dans les familles ?

Un dimanche (de quelle saison ?), un certain Louis, qui a trente-quatre ans, retourne voir sa famille après une longue absence (dans quelle région ? je vote pour la Franche-Comté). Oh ! sa famille, elle consiste simplement en : sa mère, son frère (marié entre temps) et sa sœur. On devine qu’il est parti il y a longtemps pour mener une vie d’écrivain, une vie de solitaire, une vie d’intellectuel. Et là, il revient, pour leur annoncer quelque chose qui n’est pas rien : sa mort prochaine. Enfin, c’est son but avoué, son but tel qu’il se le déclare à lui-même, mais c’est probablement pour tout autre chose, allez savoir… Alors il arrive dans la petite maison toujours habitée par sa mère et sa sœur, mais comme on est dimanche, le frère et sa femme sont là, en visite. Ils ont laissé leurs enfants chez l’autre grand-mère. Ils ne pouvaient pas savoir. Ce grand frère, ce Louis, l’aîné, il est tellement avare de nouvelles. A peine a-t-il prévenu sa sœur plus jeune, Isabelle, par une carte postale. Il leur envoie en effet des cartes postales de temps en temps. Pour les anniversaires notamment. Mais lui qui est écrivain, ne pourrait-il pas faire un peu plus que des cartes postales ?

Mais jamais, nous concernant,
jamais tu ne te sers de cette possibilité, de ce don (on dit comme ça, c’est une sorte de don, je crois, tu ris)
jamais, nous concernant, tu ne te sers de cette qualité – c’est le mot, et un drôle de mot puisqu’il s’agit de toi –
jamais tu ne te sers de cette qualité que tu possèdes, avec nous, pour nous.
Tu ne nous en donnes pas la preuve, tu ne nous en juges pas dignes.
C’est pour les autres
(…)
Comme si, par avance,
tu voulais réduire la place que tu nous consacrerais
et laisser à tous les regards les messages sans importance que tu nous adresses

Il est là maintenant, et il ne connaît même pas sa belle-sœur, il n’était pas venu au mariage. Juste une carte postale. Que sait-il dans le fond, d’eux tous ? que sait-il de son jeune frère qui travaille. Ouvrier.

Sa situation, vous ne la connaissez pas,
Est-ce que vous connaissez son travail ? ce qu’il fait ?
Ce n’est pas un reproche, ça m’ennuierait que vous le preniez ainsi…
Moi-même, ce que je peux dire, moi-même je ne saurais exactement, avec exactitude, je ne saurais vous dire son rôle.
Il travaille dans une petite usine d’outillage,
par là
On dit comme ça une petite usine d’outillage, je sais où c’est,
parfois je vais l’attendre

Il construit des outils, j’imagine, c’est logique, je suppose, qu’est-ce qu’il y a à raconter ?

Oui, qu’est-ce qu’il y a à raconter ? Voilà de quoi on se meurt : d’avoir si peu de choses à raconter, de donner si peu à raconter. Antoine, le jeune frère, donne peu à raconter. Il aimerait pourtant. Il aimerait vivre autrement. Il aimerait vivre librement. Comment est-ce qu’il dit déjà ?

Il voudrait pouvoir vivre autrement avec sa femme et ses enfants
et ne plus rien devoir
autre idée qui lui tient à cœur et qu’il répète,
ne plus rien devoir.

Et Louis, le frère aîné, que peut-il faire ? Lui, l’intellectuel, dont le métier est justement d’en inventer des histoires, et de les raconter… mais arrive-t-il seulement à faire en sorte que ses histoires on les croie ? Pour celui qui est de l’autre côté de la vie, par rapport à l’écrivain, celui qui est resté au sol, au pays, à la mère, que comprendre de ces « histoires » ?

C’est cela,
c’est exactement cela, ce que je disais,
les histoires,
et après on se noie
et moi,
il faut que j’écoute et je ne saurai jamais ce qui est vrai
et ce qui est faux,
la part du mensonge.
tu es comme ça,
s’il y a bien une chose
(non, ce n’est pas la seule !)
s’il y a bien une chose que je n’ai pas oubliée en songeant à toi,
c’est tout cela, ces histoires pour rien,
des histoires, je ne comprends rien.

Ainsi va la vie. Antoine s’est toujours cru obligé de protéger son frère plus grand, mais moins costaud que lui, qui croyait et disait ou faisait semblant de croire que « personne ne l’aimait », au point que lui, ce jeune frère, il se sentait coupable, coupable de quoi ? « coupable de ne pas être assez malheureux », et il cédait. Toujours il cédait. Aujourd’hui, mais qu’est-ce qu’il est venu donc faire, cet aîné, qu’on aurait pu finir par oublier ? et quand va-t-il se décider à partir ? On ne le retient pas pourtant !
Et il part, le grand fils. Il n’a rien dit. Il n’a pas hurlé. Il n’a pas crié sur le grand viaduc lorsqu’il s’y est retrouvé seul, une nuit, à marcher, et que, coincé entre le ciel et le fond de la vallée, il aurait pu enfin émettre un cri libérateur. Il ne l’a pas fait. Et s’il y a bien des choses qu’il regrettera à jamais, c’est des oublis comme cela.

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Voilà, ça s’appelle « Juste la fin du monde », c’est une pièce de théâtre de Jean-Luc Lagarce, qui passe en ce moment à la maison de la culture de Grenoble (MC2), avec Hervé Pierre dans le rôle de Louis, Bruno Wolkovitch dans celui d’Antoine, Clothilde Mollet dans celui de la femme de ce dernier (Catherine), Elizabeth Mazef dans le rôle d’Isabelle et Danièle Lebrun dans celui de la mère. Excellemment jouée et mise en scène (par François Berreur).

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Gens de la Haute (suite)

On aura peut-être lu dans « le Monde » du 2 octobre cet article : « La gauche à la noce », où, sur une pleine page, la journaliste Ariane Chemin nous raconte la folle soirée du 15 septembre 2007 au Cirque d’Hiver où, en présence de 800 invités, M. Henri Weber, fabiusien notoire et ex-cofondateur de la Ligue Communiste Révolutionnaire épousait la richissime Fabienne Servan-Schreiber. On a sans doute déjà beaucoup glosé sur cet évènement du Tout-Paris, fait part de son écoeurement devant les dérives de la Gauche caviar, ironisé de la présence de Lionel Jospin et Ségolène Royal, trouvé normale la présence de Strauss-Kahn (un président du FMI après tout…), admis comme respectable le fait que Laurent Fabius n’ait fait qu’une courte apparition et salué le refus obstiné d’Alain Krivine de se prêter à des commémorations douteuses… Moi, ce qui m’a le plus choqué, je vous le dis, c’est le constat « d’évidence » qu’en tire un Gérard Miller : « si on n’est pas invité ce soir, c’est qu’on n’existe pas socialement…. »

Il y a donc 61 537 200 français qui n’existent pas socialement (je reprends le chiffre de l’INSEE de 61 538 000). Ça fait mal quand même….

Je ne me sens pas très bien, à ne pas exister ainsi…

Eh ben… si jamais un jour tous ces gens-là se mettent à exister….

Autre chose… je lis pas mal de magazines, et notamment le Nouvel Observateur (personne n’est parfait). Que découvré-je cette semaine ? d’abord en titre : « comment être encore de GAUCHE ? ».

Ça, c’est alléchant… par qui ? par Bernard-Henri Lévy… je commence à douter, et je lis :

« Ce livre commence le 23 janvier 2007, à la suite d’une conversation téléphonique avec celui qui n’est encore que le possible futur président de la République Française. Il est 3 heures de l’après-midi. Mon vieil ami André Glucksmann vient de publier en première page du « Monde » un article où il annonce son ralliement au candidat de l’UMP. Le téléphone sonne. C’est le candidat, au bout du fil – patelin, voix suave : […]

« Alors, tu as vu « le Monde »… ? me demande-t-il, de cette voix de triomphe mal contenu que je lui connais bien. Tu as vu l’article de ton ami sur ton ami ?

oui, je lui réponds. […]

Bon. Venons-en au fait. Et toi ? Tu me le fais quand, toi, ton petit article ? Parce que Glucksmann, c’est bien. Mais toi… C’est toi, après tout, mon ami. »

Comme disait la belle-fille dans « Un air de famille », jouée par Catherine Frot, quand elle voyait s’embrasser la sœur (Agnès Jaoui) et le serveur du bistrot (Jean-Pierre Darroussin) : « j’savais qu’ils se connaissaient… mais à ce point…. ».

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Ce n’est pas tout, BHL lui répond : « je peux pas faire ça, la gauche c’est ma famille blablabla… », et le ci-devant futur président de lui répondre : « Quoi ? M. Emmanuelli, ta famille ? M. Montebourg, ta famille ? ces gens qui te pissent à la raie depuis trente ans, ta famille ? ».

Et grossier en plus….

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A propos d’un film de Claude Chabrol

claude-chabrol211157.1191577817.jpgJ’ai trouvé mauvais le dernier film de Chabrol (« La fille coupée en deux ») : dialogues insipides, situations stéréotypées, jeux d’acteur indigents. Ennui total au bout de dix minutes. Et pourtant… même dans la pire œuvre, on peut trouver des traces de pépite. Elles apparaissent ici, ces traces, dans les scènes proches de la fin. Attendez que je vous narre un peu cette histoire (sa banalité fait que vous n’en serez pas gêné si vous avez décidé d’aller voir le film).lafillecoupeeendeux.1191577920.jpg

Un écrivain célèbre, la soixantaine bien tassée, (Charles), drague une minette de trente ans plus jeune que lui (Gabrielle) supposée être dans l’air du temps, en réalité une godiche de première. Ladite Gabrielle est courtisée par Paul Gaudens, un jeune rejeton de « la haute » (comme disait mon grand père), dont la famille, qui a fait fortune dans l’industrie pharmaceutique, fréquente ce que la ville de Lyon compte d’importants : archevêque, général, politiciens éminents. La jeune beauté tombe amoureuse (« raide dingue ») de l’écrivain (on n’écrit de toutes façons que pour séduire, n’est-ce pas ?) qui, le beau salaud, en profite et ne lui demande pas que de jouer des scènes d’amour romantique, mais, afin de renflouer sans doute ses ardeurs vacillantes, de l’émouvoir à coups de mises en scène scabreuses (sadisme, fétichisme etc.). Au bout d’un certain temps, le barbon, face aux risques de difficultés conjugales (il tient à son confort affectif), préfère prendre lâchement le large et la naïve Gabrielle se retrouve avec ses yeux pour pleurer. Mais, lui dit sa maman, il y a le beau Paul, qui, de plus, est un beau parti (pas folle la maman) et qui continue de soupirer à la porte. Elle se laisse convaincre, emmener en voyage à Lisbonne, et l’épouse. Le gaillard gommeux se rendant compte des savoirs grivois acquis par sa belle au cours des jours et des nuits passés en compagnie de l’écrivain, en conçoit une jalousie maladive à l’égard de celui-ci. Tellement qu’il l’assassine en public ! Ouf, c’est maintenant que commence le film ( !)… La mère de la famille bourgeoise (comment l’appeler : la baronne, la douairière, la châtelaine ?), jouée par Caroline Sihol carolinesihol.1191578120.jpgveut évidemment faire diminuer le scandale. Pour cela, il faut sacrifier la fille (sa belle-fille donc, en principe, maintenant) c’est-à-dire la convaincre de témoigner au procès à décharge contre le fils, en racontant les turpitudes subies de la part du romancier. Normalement, étant toujours amoureuse, Gabrielle devrait refuser, mais voilà cette sentimentale troublée par le récit larmoyant que lui fait la vieille (personnage le plus réussi du film, il faut voir le maquillage et les yeux globuleux…) : elle accède à la demande de la grande bourgeoise, qui bien sûr lui laisse entendre qu’elle sera récompensée. Le procès a lieu. Le fils obtient les circonstances atténuantes. La Gabrielle, toujours correcte, va le voir en prison. Il refuse de la rencontrer. Malheureuse, elle s’en va naïvement se confier auprès de la vieille emperlousée. Voici la pépite : la scène représente cette dernière, coiffée d’un immense chapeau blanc, dans son jardin, en train de tailler ses roses. Elle consent à peine à lever le regard sur la jeune femme et lui assène avec le plus grand mépris qu’elle doit désormais retourner à sa place dans la société, sans attendre de la part de la famille le moindre centime. « il vous faut grandir madame » lui dit-elle en la prenant pour une cruche (bon, ce qu’elle est aussi, en réalité).

Pourquoi raconter tout cela ? Parce que, en me souvenant de cette scène, je lis un article de Politis sur un livre que viennent de publier deux sociologues assez connus Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, sur la haute bourgeoisie (« Les ghettos du gotha », ed. du Seuil, 288p, 18 euros). Dans leur essai, et selon le sous-titre de Politis, « les sociologues montrent comment la grande bourgeoisie constitue une classe consciente de son pouvoir et cultivant la solidarité avec ses semblables ». Ils vont jusqu’à dire que la force de cette classe réside dans le collectivisme. Ils disent aussi : « la réalité va à l’inverse de ce qu’affirme Christine Lagarde quand elle déclare qu’il n’y a plus de lutte des classes. Pour s’en rendre compte, il faut prendre la lutte des classes dans l’autre sens et aller voir du côté des dominants ».

 

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On déplore souvent que les ouvriers « aient perdu leur conscience de classe ». Je ne sais pas si c’est vrai. En tout cas, la haute bourgeoisie ne l’a jamais perdue, elle.

De méditation en méditation sur ce sujet, je retrouve le billet que RV (de Posuto) a mis l’autre jour sur son blog, où il fait un parallélisme étonnant entre la situation en France avant 1789 et la situation d’aujourd’hui. Les analogies sont frappantes (et le billet très bon, comme presque toujours !). Difficile de croire en une conséquence similaire (la Révolution, encore que…), mais le rapport de classes est bien là. Sauf qu’entre temps la communication a fait des progrès et les sarkozyens sont habiles à retourner les mots de l’adversaire (souvenons-nous du destin de Jaurès dans la phraséologie du candidat). Ils chercheront à nous persuader qu’ils sont eux aussi pour la fin des privilèges (donc héritiers de 89). Mais quand il s’agit des soi-disant « privilèges » des fonctionnaires à 1500 euros par mois… les effets de la persuasion ne dureront peut-être pas longtemps…

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