Sur un livre d’Erri De Luca

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(glacier dans le val Gaudemar)

Je parle quelquefois de la montagne. Oh ! ce n’est pas que je sois un grand montagnard ! Souvent je peste contre le froid qu’il y fait et j’ai peur de m’aventurer sur les glaciers. Bref, « j’sui nul ». Mais j’admire les montagnards. Si je pouvais revivre ma vie, je serais sportif, montagnard et musicien, trois choses que je ne suis pas. Ce serait mieux que d’être, entre autres, plus ou moins mathématicien… Comme je l’ai déjà dit sur ce blog, je dois mes plus beaux souvenirs de montagne à C. qui, elle, à su m’entraîner sur des chemins que je n’aurais jamais empruntés si elle n’avait pas été là. Je reviendrai un jour sur mon premier six mille, et j’ai déjà évoqué cette merveilleuse traversée sur les glaciers, de Verbier à Zermatt, qu’on appelle « La Haute Route », magnifiquement décrite par le poète suisse Maurice Chappaz (je reviendrai aussi un jour sur ce poète). J’ai parlé aussi de cette expédition à moitié ratée dans la vallée du Khumbu , à la recherche du mythique Chomolungma (autrement dit l’Everest).

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(Namche Bazar sous la neige, dernière « ville » avant le parc de l’Everest)

Si je parle aujourd’hui de cette montagne… qui me donne tant à condition que je fasse tant d’effort (sur moi-même d’abord), c’est que j’ai lu ce week-end un petit livre éblouissant à son sujet: « Sur la trace de Nives » d’Erri De Luca (traduit de l’italien par Danièle Valin).

erri_de_luca.1226265038.jpgQui est Nives ? qui est De Luca ? Celui-ci d’abord : un écrivain italien ayant déjà obtenu, en France, le Prix Fémina Etranger (en 2002) pour son roman « Montedidio ». Natif de Naples, il a été fortement engagé à gauche durant les « années de plomb » et a connu, pour cela, les geôles italiennes. Ayant dû se réfugier un temps en France, il y vécut de durs travaux dans le BTP, avant de retourner en Italie et de développer une carrière littéraire qui en fait aujourd’hui un des premiers écrivains transalpins. Il est par ailleurs un « écrivain alpiniste » (comme on dit « un écrivain voyageur »). Pour Nives maintenant : il s’agit de Nives Meroi , l’une des plus grandes alpinistes femmes au monde, qui a accompli déjà de nombreux huit mille. « Nives » signifie « neiges » en latin… un signe !

Si ce livre est beau c’est parce qu’il parle sans détour du contact direct des hommes et des femmes avec l’univers blanc, celui qui peut nous (me ?) terroriser parfois (souvent…). Il nous parle des départs de nuit, à la lampe frontale, sur des pentes gelées, quand parfois le vent, à l’aide de ses petites bourrasques, est le seul à nous rappeler, en nous projetant de la neige au visage, que nous sommes environnés de crêtes et de sommets.

On disait que la neige est du papier blanc qui redevient blanc. Mais la nuit, elle est noire et avec la lampe frontale qui n’en éclaire qu’une partie, tout le contour est encore plus noir. C’est beau pourtant de partir vers le haut avec l’obscurité qui t’enveloppe et ton petit faisceau de lumière au-dessus du nez. Le silence grince sous les pas pointus des crampons, le silence et la neige sont la même chose la nuit et tes pas brisent les deux.

La montagne ? Nives dit :

La montagne est pour moi un lieu désert où l’on voit le monde tel qu’il était sans nous et tel qu’il sera après.

Au cours de leur dialogue, Erri et Nives passent par les sommets de l’Himalaya qu’elle a atteints (Lhotse, Gasherbrum…), leurs escalades dans les Dolomites, mais aussi par la poésie et par l’histoire.

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(Aiguille du Dru, depuis le balcon du Brévent)

Monde de la montagne : un de ces territoires que jamais n’atteindra la logique absurde des rendements économiques (« Dans le grand atelier quotidien des efforts consacrés à un avantage, à un intérêt, l’escalade est enfin affranchie de l’obligation d’être utile »). C’est comme la poésie, dans le fond. Evoquant un poète yougoslave, Ante Zemljar, qui passa de nombreuses années dans les prisons de Tito, De Luca dit en passant, de celle-ci, (la poésie) « qu’elle a été la plus forte machine de résistance du vingtième siècle pour ceux qui n’avaient foi en aucun Dieu ». Et quand Nives parle de cette lumière qui souvent nous aveugle en haut des montagnes, ses accents (« Nous sommes si fragiles que nous ne pouvons pas nous permettre de regarder cette lumière ») rappellent le fameux vers de Rilke : « la Beauté n’est jamais que le degré du Terrible qu’à jamais nous supportons ».

Je crois, finalement, que la montagne est la plus belle métaphore des efforts énormes que nous devons (ou que nous devrions) continuellement faire sur nous-mêmes pour, dans nos vies, transcender le quotidien. Et c’est pour cela qu’elle est si difficile.

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(Kanchenjunga, vu de Darjeeling)

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Paraconsistance

Les temps doivent aller bien mal pour que le mot « communisme » revienne sur les ondes, comme s’il n’était plus un gros mot, ainsi l’autre jour (un samedi je crois) sur France Inter, le matin, on avait invité entre autres Alain Badiou, badiouafppatrickherzog.1225300340.jpgle dernier philosophe, sans doute, issu de Mai 68, et se revendiquant de cet « isme » qui sent le souffre et jette encore la panique dans les milieux de la politique officielle et de la finance. Il a eu cette formule heureuse pour caractériser nos banquiers et autres politiciens agités : « l’excitation prédatrice d’un petit nombre ». Oui, c’est cela en ce moment, l’excitation prédatrice d’un petit nombre face à une marée d’humains dépossédés chaque jour. Et chaque jour son lot de révélations… les sept mille ultra-riches qui ne paient pas d’impôt, les milliers de milliards déversés aux banques et si peu, si peu pour aider les chômeurs et ceux qui vont le devenir. Ces gens du petit nombre devraient avoir honte, mais ils ont peur. Banalement peur. Un ex-PDG (Georges Pébereau, c’est ça ?) annonçait il y a peu dans une page « débats » que selon lui, nous étions en époque pré-révolutionnaire, que les gens du grand nombre n’allaient plus accepter qu’on les prenne à ce point pour des imbéciles. Le suprême agité, celui qui est en haut de tout ça en ce moment et se démène comme un beau diable, nous donne l’impression d’être une girouette. Ce qu’il a encensé hier n’existe plus, ce qu’il a honni (les emplois dits « aidés ») devient sa planche de salut. Pragmatisme ? non, ère du n’importe quoi. Quand la contradiction n’existe plus. Lacan disait que c’était dans l’inconscient que la contradiction n’existait pas, autrement dit quand on laisse ce dernier s’exprimer. Or, il n’est pas sûr du tout que ce soit la bonne solution pour résoudre des problèmes économiques…. Bachelot dit un jour qu’il faut interdire l’alcool aux jeunes, le lendemain elle en autorise la publicité sur Internet. La contradiction n’existe pas, je vous dis. C’est le triomphe de la logique para-consistante (cette logique inventée pour que la cohérence ne soit plus une norme). Et ils ont peur, alors ils font semblant de s’accrocher aux valeurs humanistes : un scandale que ce monsieur Rouilhan n’ait pas clairement et explicitement dit qu’il reniait son passé ! Des fois que ça donne des idées à d’autres. Bien sûr, ils ont (partiellement) raison : on ne va pas prôner l’assassinat militant, Rouilhan a commis un crime et, en plus, une faute : l’action de tuer un PDG n’a jamais fait progresser la cause ouvrière. Pourtant quand il s’agit de refouler les migrants et de pousser à la mort des milliers d’Africains qui essaient de se réfugier au Nord, ils ne montrent pas autant d’humanisme. Paraconsistance vous dis-je. Tout, et son contraire.

PS: dans mon billet « je suis sinéphile », j’ai pu donner l’impression de chipoter sur la portée de l’évènement que constitue la victoire d’Obama, et Chantal m’a objecté que  » Ce qui se passe aujourd’hui s’inscrit dans l’histoire comme un événement absolu ». Je crois que c’est elle qui a raison. Plus je lis, vois des images etc. de ce qui s’est passé et de ce qui se passe aux US, plus je ressens à quel point l’élection d’un Afro-Américain à la présidence des US transcende les personnes et les contingences politiciennes. Au départ, ce PS ne devait rien avoir de commun avec le reste de mon billet, or je me rends compte que justement Badiou a fait de la catégorie « d’évènement » un maillon central de sa pensée. Il parle volontiers de « l’évènement mai 68 » etc. voulant dire par là que l’évènement ne se ramène pas seulement au fait brut et à ses acteurs. Nul doute qu’il y a aussi un « évènement Obama » et que celui-ci est capital pour des millions d’êtres humains, à commencer par la population noire des Etats-Unis.

PPS: (qui a à voir cette fois directement avec le reste du billet!) RV de Posuto illustre fort à propos la notion de « socialisation des pertes » avec l’exemple des injonctions qui pèsent aujourd’hui sur les mutuelles, dont certaines ont une gestion capitaliste, avec des biens immobiliers etc. et d’autres, comme la MGEN, sont toutes entières dévouées aux valeurs mutualistes et se trouvent de ce fait pénalisées par une taxe spéciale sur les mutuelles, avec le résultat que ce seront évidemment les adhérents qui devront payer la note.

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Printemps en automne

le samedi, ça fondait déjà….

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Hiver en automne

vendredi 30 octobre, val Ferret (Suisse)

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Il était tombé soixante-dix centimètres de neige en une seule nuit. Le vent, soufflant en rafales, outre qu’il avait depuis longtemps dépouillé les feuillus, construisait des congères qui atteignaient déjà deux mètres par endroit. Pourtant dès dimanche, presque tout avait fondu. beau temps pour aller voir l’expo Balthus à Martigny (Fondation Gianadda).

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Je suis sinéphile

une-sine-hebdo-4.1225889072.jpgEh oui, je tombe le masque. On me prenait jusqu’ici pour un garçon très bien, ne parlant dans son blog que de sujets nobles et littéraires… et pourtant, voilà la réalité : je suis un ignoble sinéphile. Moi qui n’ai jamais acheté « Charlie Hebdo » de ma vie, méprisant ses couvertures accrocheuses, me doutant que cet humour affiché soi-disant subversif ne cachait en réalité qu’un conformisme s’accommodant très bien de la situation ambiante (et même du sarkozysme ambiant), quand la crise a éclaté et que ce Val, que je trouve sinistre, a voulu évacuer le vieux Siné pour un prétexte ridicule (se ramenant en fait à un crime de lèse-sarkozysme), je me suis senti plein de sympathie pour ce dernier. Depuis le premier numéro de Siné-Hebdo, je les ai tous achetés et je me suis délecté à les lire.

Val, vous vous souvenez, c’est ce type qui se dit de gauche mais tire à boulets rouges sur tout ce qui bouge à gauche. Sur Chomsky par exemple, exhumant une vieille histoire de défense de la liberté d’expression (où le linguiste n’avait peut-être pas été clair, mais de là à l’accuser d’anti-sémitisme…) ou bien se référant à des attaques de cet intellectuel américain contre la politique du gouvernement Sharon pour le traiter d’antisémite. Bref, il existe une frange d’intellectuels en France, se disant de gauche, mais faisant leur fromage de toute velléité de défense de la cause palestinienne. Val est de cette frange. Siné pas. Lequel Siné a pourtant donné plus que son tribut à la lutte contre le racisme et l’anti-sémitisme.

Eh bien, Chomsky justement, causons-en.

Voilà que le dernier numéro de Siné-Hebdo (le numéro 9) lui consacre deux pages pleines sous le titre :

 

Noam Chomsky dissèque la crise
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(dessin Jiho, Siné-Hebdo n°9)

Le « célèbre linguiste », comme dit le journal, analyse de façon claire la crise que nous connaissons à partir du concept « d’externalité » :

« Par exemple, si vous me vendez une voiture, nous pourrions tous les deux faire une bonne affaire, mais nous ne prendrions pas en compte les conséquences de cette transaction sur les autres. Pourtant, si je vous achète une voiture, cela va augmenter la consommation d’essence, la pollution et les embouteillages, etc. Mais dans notre transaction, nous ne prenons pas en compte ces effets. C’est ce que les économistes appellent des externalités. »

Il explique ensuite que ces « externalités » sont considérables dans le cas des institutions financières, que les banques et autres prennent bien en compte dans leurs calculs la part de « risque », mais que ce risque est toujours limité à celui qu’elles doivent assumer individuellement, en propre, jamais le risque systémique (les dégâts causés aux autres banques en cas de faillite). Résultat : le risque réel est sous-évalué. Et les fameux « nouveaux produits financiers » ne font qu’aggraver cette tendance.

Ce que la crise montre alors c’est à quel point nous sommes bien dans un capitalisme d’Etat, un système « de socialisation des coûts et des risques et de privatisation du profit ». En somme, l’Etat dit : « prenez des risques, enrichissez-vous tranquillement, nous sommes là pour rattraper vos déboires. Nous, nous avons les reins solides et nous sommes solvables. Pourquoi ? Eh bien , pardi, parce que nous pouvons toujours lever l’impôt ! ».

Sur l’élection américaine, Chomsky n’y va pas de main morte :

« Il faut avoir à l’esprit le fait que l’éventail politique est très étroit aux Etats-Unis. C’est une société dirigée par le monde des affaires. Fondamentalement, les Etats-Unis sont un Etat à parti unique, avec un parti des affaires qui comprend deux tendances, les démocrates et les républicains ».

Pas d’Obamania donc… Je crois savoir, par mes informateurs en Chomskyland, qu’au début de la campagne, Chomsky avait refusé de se prononcer en faveur de l’un des deux candidats et que c’est seulement dans les derniers instants qu’il se serait manifesté en faveur d’Obama… probablement plus en raison du spectre « Palin à la Maison-Blanche » que pour le programme du leader démocrate. « L’idiote qui vient du froid », comme l’appelle Siné, en a en effet refroidi plus d’un…

Mais je me rappelle ma conversation avec un collègue américain (engagé aux côtés des démocrates, plutôt pour John Edwards) venu faire un séminaire à Paris. Comme nous mangions ensemble le soir dans un petit restau indien du quartier de l’Odéon, et que je lui demandais son avis sur Obama, il me répondit en me donnant une tape cordiale dans le dos : « Hey ! We’ll CHANGE ! ».

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Il ne s’agit évidemment pas aujourd’hui de bouder son plaisir : évidemment on ne peut que se réjouir de la victoire d’Obama. Le symbole bien sûr. Mais justement : attention à la « mythologie du symbole » qui marche trop bien pour créer les unanimismes de façade. Nous sommes tous frères, n’est-ce pas ? tous identiques, tous unis dans la même Nation. La fabrication du consensus fonctionne à plein rendement. Il n’y a tellement plus de « différences » qu’on invite le camp d’en face à table : on nous dit depuis plusieurs jours que Robert Gates serait maintenu à la Défense ( !) et que Arnold Schwarzenegger ferait son entrée au gouvernement, à l’Energie !

En démocratie, (si démocratie il y a) ce n’est pas de consensus que nous avons besoin, mais (comme le disait Lyotard ) de dissensus.

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L’éthique de Le Clézio

Mauvais temps sur la région. La neige est tombée bas sur les flancs du Vercors et je ne vois plus Belledonne de ma fenêtre exposée vers l’est… Un fauteuil en cuir abimé, très ancien, acheté cent vingt euros à la brocante de la place Hoche, ça fait mon bonheur pour lire le soir ce qui me tombe sous la main.

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Fini « La Quarantaine », bon, je sais, je me répète, mais quelle merveille ! L’un des thèmes les plus courants chez Le Clézio, c’est l’Utopie, dans « Angoli Mala », dans « Ouriana », dans « la Quarantaine », toujours cette résurgence de l’innocence, d’un temps d’avant le profit et la haine. Dans ce dernier roman par exemple, une fois que les « civilisés » sont partis rejoindre les plantations de l’île Maurice et leurs propriétaires avides de gain, Léon, « le Disparu », celui qui a voulu rester, trouve enfin un moment de sérénité, hors du temps, là où les hommes et les femmes vivent simplement en contact avec la nature. Il ne reviendra jamais parmi les siens. Ce genre romanesque est bien le propre d’une littérature « de rupture », comme l’ont reconnu les jurés de Stockholm, et c’est ce qui fait son attrait.

On parle beaucoup de littérature américaine à cause sans doute du dépit d’avoir raté le Nobel que l’on promettait à P. Roth ou bien qui sait, à d’autres, les Mc Inerney, les Bret Easton Ellis etc. chez qui on ne trouve pas cette recherche d’un ailleurs. Je me souviens cette année avoir lu « La belle vie », dernier roman publié en français de Jay Mc Inerney : c’est ce qu’il advient après le 11 septembre. Deux familles vont vaciller : la femme de l’une rencontrant l’homme de l’autre autour des soupes chaudes que l’on distribue aux sauveteurs. Un exemple de la façon dont les êtres se transforment quand ils sont plongés dans un évènement qui les dépasse. Comme si cet évènement leur faisait découvrir la vérité de leur être. Mais une fois l’amour déclaré, que reste-t-il ? Comme après les plus belles révolutions, le retour à l’ordre. Les institutions se reforment, le « familialisme » triomphe, comme c’est le cas d’ailleurs dans l’immense majorité des productions américaines en matière de littérature ou de cinéma.

Le Clézio est sur une autre voie éthique. Celle que Lacan caractérisait en disant que la pire chose dont on puisse être coupable, c’est d’avoir céder sur son désir.

Je vais revenir bientôt sur ce thème de l’Utopie.

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Pourquoi Jean-Marie Le Clézio mérite le Prix Nobel de Littérature

Dans « le Monde » des 19-20 octobre, une étonnante tribune d’un professeur de lettres, qui dit s’exprimer en tant que tel, (il y insiste et en est fier). Son propos : nous convaincre que Jean-Marie Le Clézio est un piètre écrivain. La méthode ? Inventer une classification ad hoc (les bons versus les mauvais) et extraire de l’œuvre abondante du romancier… en tout et pour tout huit lignes, celles qui débutent le texte de « l’Africain », récit publié en 2004 où l’auteur relate les années d’enfance passées en Afrique lorsqu’en compagnie de sa mère, il avait rejoint son père, médecin de brousse au Nigeria, qu’il n’avait pas connu jusque là. C’est le seul récit réellement autobiographique de Le Clézio (même si la plupart de ses romans tirent leur inspiration des épisodes de sa vie). Le Clézio est accusé par ce professeur du crime de banalité, de non littérarité à partir de huit lignes qui disent en effet l’évidence : « Tout être humain est le résultat d’un père et d’une mère ». Le procès et la méthode sont stupéfiants. Passons sur la mauvaise foi évidente qui consiste à bâtir cette dichotomie ad hoc où l’on range, contre toute attente Le Clézio entre Amélie Nothomb et Alexandre Jardin ( !), suggérant ce qu’on appelle parfois avec mépris une « littérature de gare » (bien qu’avant qu’il ne reçoive le prix Nobel, je n’aie jamais vu ses livres en promotion sur les rayons des kiosques ferroviaires…), mettant à l’autre pôle des écrivains, certes hautement estimables, mais pas si éloignés de lui de par leur style et leur manière de concevoir la littérature (comme Annie Ernaux). L’analyse des huit lignes en question est encore plus étonnante. Le professeur révèle ses « critères » : le seul élément qui pourrait à la rigueur sauver ces lignes, c’est…. à la ligne 4, un soupçon d’allitération : il est écrit « ils sont là avec leur visage, leurs attitudes, leurs manières et leurs manies etc. ». « manières et manies », à la rigueur… ça c’est bon, coco ! mais le reste… Ainsi, on a compris : la qualité littéraire d’un texte se mesure au nombre d’allitérations ou autres figures de styles. Oserons-nous dire : au nombre de jeux de mots ? (« comment vas-tu y’ au de poêle », ça marche aussi ?).

En réalité, la prose de Le Clézio est toute autre, et c’est là que réside sa faculté puissante d’envoutement, car elle se construit justement sur le rejet de ces artifices de littérarité.

Je lisais récemment (je ne l’avais pas encore lu) ce roman paru en 1995 : « La Quarantaine ». Magnifique roman qui s’ouvre sur la rencontre entre l’arrière grand-père du narrateur avec Rimbaud, qui ensuite se continue par un long voyage vers Maurice qui fait bien sûr escale à Aden, où l’on retrouve Rimbaud mais cette fois sur son lit de souffrance, puis par la quarantaine proprement dite, due à une épidémie de variole qui s’est déclenchée sur le bateau. Les passagers, dont le narrateur Léon sont alors installés dans une attente qui ne peut se nourrir que d’une lente et longue exploration d’une île, et d’une rencontre de l’autre : les pauvres, les coolies, qui ont été souvent abandonnés sur cette île depuis bien plus longtemps. Le style de Le Clézio se révèle dans la description de cette attente : accumulation de petites phrases sèches, comme si le souffle était suspendu, l’angoisse du personnage étant à peine devinée sous cette progression méticuleuse du texte, rythme en accord à la fois avec le battement régulier des vagues et le va et vient permanent qu’adopte le narrateur, partagé qu’il est entre la fascination que lui inspire le camps des Doms (où figure la belle figure de Suryavati) et la répulsion qu’il éprouve pour le camp des siens.

Ce roman à lui seul, est exemplaire, de la démarche de Le Clézio : il s’agit de fuir l’artifice et le convenu pour développer, d’une manière manquant peut-être « d’humour », voire « d’esprit », une vision du monde pure, du monde tel qu’il a pu apparaître avant que ne soient superposées les couches de discours qui ont voulu en faire un « objet de littérature ».

Le professeur de lettres auteur de cette tribune est comme ces gens qui croient que le secret du succès auprès d’amis consiste à être « drôle » à tout prix, par l’accumulation de mots d’esprit qui finissent par lasser, alors que ce que l’on attend d’échanges avec un ami est simplement une parole dépouillée d’artifices, qui dise la vérité des sentiments ou des préoccupations de l’instant.

Il y a bien sûr une poésie de ce style : elle se marque dans le rythme, comme quand, de l’accumulation due au hasard, des formes de branches et de galets sur la plage, naissent des harmonies où nous croyons voir des œuvres d’art. Le génie de Le Clézio est dans la manière de simuler ce hasard, de simuler « la Nature »-même, afin de nous faire croire que la beauté de l’œuvre est due à la seule beauté des choses (et des personnes), alors que bien sûr, il intervient dans cette description du Monde à la façon d’un poète. C’est pourquoi la vision du monde qu’il nous donne est si puissante, et porte en elle un tel message d’espoir : espoir en la possibilité d’un monde qui serait tel que l’écrivain nous le décrit, avec ces êtres humains rejetés qui viendraient enfin occuper le devant de la scène, nous faisant découvrir à nous-mêmes notre propre humanité, ainsi que le fait, pour le narrateur, Suryavati dans « La Quarantaine ».

NB: pour une très savante analyse de ce roman, on pourra se reporter à cet article paru dans « les Cahiers de Narratologie », qui porte sur le vertige de l’intertexte chez Le Clézio.

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Le libéralisme économique est faux

Ce que les approches contemporaines en logique ont mis en valeur (je sors justement d’un séminaire de trois jours sur ces questions), c’est, entre autres choses l’intérêt des résultats… négatifs ! On s’est beaucoup intéressé jusqu’ici aux « vraies preuves », celles qui sont correctes, attestées et approuvées par une assemblée de mathématiciens (voire avec l’aide d’une machine, ainsi que cela s’est fait récemment à propos du théorème des quatre couleurs ), mais fallait-il jeter à la poubelle les « mauvaises » preuves, celles qui ne marchent pas, celles qui tiennent pour acquis un résultat intermédiaire, alors qu’il ne l’est pas ? Eh bien non, de tels objets ont une vie eux aussi, après tout. Ils interagissent avec d’autres essais de preuve et si, un jour, on veut obtenir une vraie preuve d’un résultat, peut-être aura-ce été justement en se servant de bouts de fausses preuves, de résultats partiels.

Et puis bien évidemment, démontrer qu’une preuve qu’on croyait juste était en réalité fausse, voilà qui peut nous permettre d’accéder à des conclusions insoupçonnées, bien plus riches peut-être que celles que le résultat positif attendu nous aurait permis d’atteindre. Les Grands Théorèmes sont souvent des résultats négatifs. On parle ainsi souvent du fameux théorème d’INCOMPLETUDE de Gödel. godel.1224445273.jpgQue dit-il ? Il dit ceci : que contrairement à l’optimisme début de siècle (le 20ème) dont faisait preuve le grand mathématicien Hilbert, il ne sera jamais possible d’écrire un système d’axiome « complet », c’est-à-dire permettant de démontrer toutes les propriétés valides au sein d’une théorie mathématique incluant au moins l’arithmétique. On n’aura donc jamais une « machine » qui dévidera l’écheveau de toutes les vérités des mathématiques, permettant notamment de répondre aux problèmes posés par diverses conjectures (celle de Goldbach notamment). Alors qu’on aurait pu penser que ce théorème ferme définitivement les voies de la recherche en logique, au contraire, c’est à partir de lui que s’édifie la partie sérieuse de la logique mathématique. Car il a fallu compenser ce résultat, l’analyser, le comprendre, approfondit ce qu’on entendait par le mot de « complétude » etc.

Il existe un autre exemple fameux (ceci me vient de communications entendues à ces journées), c’est celui du problème des trois corps , que Poincaré avait un temps pensé avoir résolu (en réponse à un concours proposé à l’occasion de l’anniversaire du roi de Suède, en 1889). Il croyait avoir démontré le résultat suivant : tout système d’au moins trois corps soumis aux forces de gravitation réciproques, pourvu que deux des corps ne soient pas trop gros, évolue vers une situation d’équilibre. Il envoya ce résultat à la publication. poincar2.1224445211.jpgPuis il se ravisa : quelque chose clochait dans sa démonstration, alors il se remit à l’ouvrage et finalement démontra que… c’est le contraire qui est vrai ! Autrement dit, aucun système de trois corps soumis aux forces de gravitation réciproques, même si certains des corps sont « petits » n’évolue vers un équilibre ! Autrement dit, il demeure toujours chaotique, et son évolution est imprévisible. De même que le résultat négatif de Gödel sonnait le glas des espoirs en une « machinisation » des mathématiques, celui, tout aussi négatif de Poincaré, sonnait le glas du déterminisme laplacien. On ne peut plus désormais penser qu’à partir des conditions initiales de l’univers, on peut prédire ce que sera exactement sa situation à un instant t. Les vrais scientifiques ont ceci d’admirable qu’ils n’hésitent pas à dire qu’ils se sont trompés (et il y a sans doute là de quoi fonder authentiquement une éthique). Et leurs erreurs dans le fond, soit rectifiées soit simplement rendues explicites, nous apprennent autant que leurs succès.

Il est des cas en revanche où l’on n’hésite pas à conserver des résultats faux, ainsi de ce « théorème » de Léon Walras , l’illustre fondateur de l’école marginaliste en économie, selon lequel si on laisse le marché « libre », on arrivera nécessairement à un équilibre global de l’économie. Si on veut faire les choses rigoureusement, on s’aperçoit bien vite que ce problème n’est autre qu’une formulation équivalente, transposée à un autre domaine, du problème des trois corps. Autrement dit si ce théorème était vrai, le problème des trois corps aurait une solution, or Poincaré vient de dire que non, résultat : bien entendu, ce résultat est faux. Or c’est celui qu’on nous serine sans arrêt pour justifier le libéralisme économique. Conclusion : le libéralisme économique est faux, et les gens comme ce Nicolas Baverez qui clament que « le libéralisme n’est pas la cause mais la solution de la crise », nous bourrent le mou.

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JMG again

leclezio.1224054652.jpgIl est inévitable qu’un auteur se voyant attribuer un aussi prestigieux prix que le Nobel soit jalousé et critiqué par ceux qui sont restés sur le quai, amers, et qui savent que, eux, probablement, ne l’auront jamais… Je pense à Houellebecq qui « ne le connaît pas », ou à d’Ormesson qui doute que Le Clézio « ait la stature d’un grand écrivain ». Je jubile, quant à moi, qu’un écrivain s’étant tellement peu mêlé à la vie littéraire parisienne, ayant gardé son cap, indifférent aux modes et critiques, tour à tour se retirant au Mexique ou en Corée, voyageant incognito un peu partout dans le monde, parvienne à ce niveau de reconnaissance, presque « de surcroit ». Pour ceux qui me disent le trouver ennuyeux (ce que je regrette), ceux qui peut-être le trouveraient trop facile, ne trouvant pas en lui de « message » ou de « contenu » propre à susciter l’enthousiasme, je suis allé exhumer du fond de ma bibliothèque, devenu poussiéreux et abimé, mal destiné qu’il était à devoir être conservé, ce petit livre qui fut publié dans la collection de poche « idées » de chez Gallimard – c’était il y a longtemps, j’avais été fasciné par son premier roman, « le Procès-Verbal », dont on a eu raison de dire qu’il s’inscrivait dans la veine de cet extraordinaire roman de Camus, « L’Etranger », en ce qu’il faisait apparaître un personnage solitaire, dont on ne savait pas s’il sortait de la caserne ou d’un hôpital psychiatrique, errant sur une plage de la Méditerranée, roman dépourvu de toute « psychologie », restant à ce niveau où se confondent les êtres et les choses, comme s’ils surnageaient simplement dans une brume de chaleur, légèrement au-dessus de la mer – ce petit livre donc, intitulé « l’extase matérielle ». Car c’est dans ce livre – rarement cité – que peut-être on trouve la meilleure formulation de ce que Le Clézio voulait faire, écrire, et à la lumière de quoi on peut regarder son œuvre.

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Ecrire, ça doit sûrement servir à quelque chose. Mais à quoi ? Ces petits signes tarabiscotés qui avancent tout seuls, presque tout seuls, qui couvrent le papier blanc, qui gravent sur les surfaces planes, qui dessinent l’avancée de la pensée. Ils rognent. Ils ajustent. Ils caricaturent. Je les aime bien, ces armées de boucles et de pointillés. Quelque chose de moi vit en eux. Même s’ils n’ont pas de perfection, même s’ils ne communiquent pas vraiment, je les sens qui tirent vers moi la force de la réalité. Avec eux, tout se transforme en histoire, tout avance vers sa fin. Je ne sais pas quand ils s’arrêteront. Leurs contes sont vrais, ou faux. Ca m’est égal. Ce n’est pas pour ça que je les écoute. Ils me plaisent, et c’est avec plaisir que je me laisse tromper par le rythme de leur marche, que j’abandonne tout espoir de les comprendre un jour.

Ecrire si ça sert à quelque chose, ce doit être à ça : à témoigner. A laisser ses souvenirs inscrits, à déposer doucement, sans en avoir l’air, sa grappe d’œufs qui fermenteront. Non pas à expliquer, parce qu’il n’y a peut-être rien à expliquer ; mais à dérouler parallèlement. L’écrivain est un faiseur de paraboles. Son univers ne naît pas de l’illusion de la réalité, mais de la réalité de la fiction. Il avance ainsi, splendidement aveugle, par à-coups, par duperies, par mensonges, par minuscules complaisances. Ce qu’il crée n’est pas créé pour toujours. Ca doit avoir la joie et la douleur des choses mortelles. Ca doit avoir la puissance de l’imperfection. Et ça doit être doux à écouter, doux et émouvant comme une aventure imaginée. S’il pose des jalons, ce ne sont pas ceux de la vie humaine. Comme une formule d’algèbre, il réduit le monde à l’expression de figures en relation avec un quelconque système cohérent. Et le problème qu’il pose est toujours résolu. L’écriture est la seule forme parfaite du temps. Il y avait un début, il y aura une fin. Il y avait un signe, il y aura une signification. Puérile, délicate, tendre comédie du langage. Monde extrait, dessin accompli. Volonté implacable, éternelle avancée des armées de petits signes mystérieux qui s’ajoutent et se multiplient sur le papier. Qu’y a-t-il là ? Qu’est-ce qui est marqué ? Est-ce moi ? Ai-je fait rentrer le monde enfin dans un ordre ? Ai-je pu le faire tenir sur un seul petit carré de matière blanche ? L’ai-je ciselé ? Non, non, ne pas se tromper là-dessus : je n’ai fait que raconter des légendes des hommes.

L’extase matérielle, 1967, p. 104

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Ugly Delhi ?

Voici la dernière évocation de ce voyage en Inde d’il y a maintenant un mois… Hommage indirect à JMG qui, bien que n’ayant pas écrit à proprement parler sur l’Inde, a évoqué les îles de l’Océan Indien, et par qui j’ai découvert ce beau roman écrit par une Mauricienne (Ananda Devi) « Indian Tango ».

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Arrivée à Delhi : le thermomètre a tout à coup bondi d’une vingtaine de degrés. Retrouvailles avec l’atmosphère de l’Inde des plaines : harassés de chaleur et d’attente, les conducteurs de rickshaws et de taxis sont affalés sur leurs sièges sous des arbres tropicaux au sommet desquels s’épanouissent de brillantes fleurs orange, les flamboyants. Les grands corbeaux naviguent dans les airs en élisant leurs ports-étapes parmi ces feuillages.
Embouteillage monstre sur la voie rapide. Les vélos et rickshaws d’antan sont progressivement remplacés par des essaims de petites voitures (Maruti Suzuki, Tata…).
Nous logeons à Sunder Nagar. Plus calme quand même que Paharganj. Avec un jardin devant la maison et de grands palmiers nous faisant un peu d’ombre pour un breakfast tardif.
Sunder Nagar est connu pour son marché des antiquaires (boutiques-grottes d’Ali Baba fourmillant de Ganesh) et aussi pour sa pâtisserie, spécialisée dans les kulfis et ces petites sucreries roses ou bleu pale parfois recouvertes d’une fine pellicule dorée ou argentée (dont je raffole, bien entendu).
Quartier de luxe, du moins donné pour tel car cette notion de « quartier de luxe » m’a toujours surpris à Delhi : on s’attendrait à trouver des boutiques rutilantes arborant les écussons de prestige des grandes marques occidentales, en fait les façades s’effritent et se racornissent sous les coulées noires de moisissure, les lourds climatiseurs les plombent de verrues métalliques et rouillées qui vrombissent un boucan d’enfer pendant que les corbeaux, encore eux, mais cette fois mélancoliques, viennent picorer à leur porte les déchets d’un maigre repas.
Delhi n’est pas belle (d’où « Ugly Delhi »), Delhi n’est pas une ville, c’est un réseau de villages séparés par des bouquets d’arbres touffus et des autoroutes intraversables. Récemment « The Times of India » publiait une série de dessins humoristiques rapportant ce que Delhi sera quand la Nano l’envahira. Elle mettait en scène deux habitants, appelons-les M. Kumar et M. Tashoor : ils étaient voisins mais habitaient chacun d’un côté d’une avenue. Résultat : depuis vingt ans, ils n’avaient pu que se saluer de leurs balcons, car la traversée était impossible. Mais ils se réjouissaient car avec l’arrivée de la Nano, quand la circulation serait vraiment bloquée, ouf, enfin, il allait être possible de traverser en slalomant entre les voitures immobiles !

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Quartiers de Delhi sud, oasis de bruits au milieu des grands parcs, Defense Colony, où l’on peut trouver un excellent restaurant de poissons qui sert des spécialités de Mangalore, Hauz Khas village, près de l’antique citerne et de la tombe de Firoz Shah Tughluq, qui régna sur Delhi au 14ème siècle, avec son restaurant de spécialités du sud (délicieux thalis, boissons à base de noix de coco, évidemment pas d’alcool) et puis pour le repos les grands jardins de Lodi, pleins de tombes mogholes aux pierres bleues et roses…

Mon amour de l’Inde me fait passer au second plan les embarras de la circulation, le bruit infernal des deux-temps des auto-rickshaws, la chaleur étouffante, la laideur de Connaught Circus et le harcèlement (léger…) des rickshawallas…

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