L’éthique de Le Clézio

Mauvais temps sur la région. La neige est tombée bas sur les flancs du Vercors et je ne vois plus Belledonne de ma fenêtre exposée vers l’est… Un fauteuil en cuir abimé, très ancien, acheté cent vingt euros à la brocante de la place Hoche, ça fait mon bonheur pour lire le soir ce qui me tombe sous la main.

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Fini « La Quarantaine », bon, je sais, je me répète, mais quelle merveille ! L’un des thèmes les plus courants chez Le Clézio, c’est l’Utopie, dans « Angoli Mala », dans « Ouriana », dans « la Quarantaine », toujours cette résurgence de l’innocence, d’un temps d’avant le profit et la haine. Dans ce dernier roman par exemple, une fois que les « civilisés » sont partis rejoindre les plantations de l’île Maurice et leurs propriétaires avides de gain, Léon, « le Disparu », celui qui a voulu rester, trouve enfin un moment de sérénité, hors du temps, là où les hommes et les femmes vivent simplement en contact avec la nature. Il ne reviendra jamais parmi les siens. Ce genre romanesque est bien le propre d’une littérature « de rupture », comme l’ont reconnu les jurés de Stockholm, et c’est ce qui fait son attrait.

On parle beaucoup de littérature américaine à cause sans doute du dépit d’avoir raté le Nobel que l’on promettait à P. Roth ou bien qui sait, à d’autres, les Mc Inerney, les Bret Easton Ellis etc. chez qui on ne trouve pas cette recherche d’un ailleurs. Je me souviens cette année avoir lu « La belle vie », dernier roman publié en français de Jay Mc Inerney : c’est ce qu’il advient après le 11 septembre. Deux familles vont vaciller : la femme de l’une rencontrant l’homme de l’autre autour des soupes chaudes que l’on distribue aux sauveteurs. Un exemple de la façon dont les êtres se transforment quand ils sont plongés dans un évènement qui les dépasse. Comme si cet évènement leur faisait découvrir la vérité de leur être. Mais une fois l’amour déclaré, que reste-t-il ? Comme après les plus belles révolutions, le retour à l’ordre. Les institutions se reforment, le « familialisme » triomphe, comme c’est le cas d’ailleurs dans l’immense majorité des productions américaines en matière de littérature ou de cinéma.

Le Clézio est sur une autre voie éthique. Celle que Lacan caractérisait en disant que la pire chose dont on puisse être coupable, c’est d’avoir céder sur son désir.

Je vais revenir bientôt sur ce thème de l’Utopie.

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5 commentaires pour L’éthique de Le Clézio

  1. Bien accueillant de fauteuil et la lumière éclairant la lecture du soir!

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  2. céleste dit :

    Belle série d’article sur Le Clézio.

    écrivain que j’aime beaucoup, écrivain du monde, qui emporte et fait rêver;

    j’ai été agacée par toutes les « chipoteries » des critiques et autres bavards.

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  3. Alain L. dit :

    Merci Chantal, merci Céleste pour ces commentaires.
    Céleste, je lis souvent votre blog et je l’apprécie beaucoup,
    vous y dites des choses fortes (en particulier
    l’un de vos billets récents sur la séparation pour cause de
    renvoi vers le pays d’origine).

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  4. leila zhour dit :

    Moi aussi j’ai adoré La quarantaine.
    Le Clézio a toujours cette écriture foudroyante de lumière. Sans doute, oui, est-ce là la force de l’Utopie. Savez vous que c’est en lisant Le désert, à seize ans, que j’ai réalisé que je pouvais écrire, moi aussi ? Oh, des belles bêtises, qui ne ressemblaient à rien, mais ce besoin d’exprimer en mot, la naissance de la voix, chez moi, à été concomitante de la lecture de ce roman. Depuis, je reviens régulièrement à le clézio. Révolution, plus récemment et pour ne citer qu’un seul de ses romans, m’avait également retournée et transportée.

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  5. alainlecomte dit :

    Merci leïla. ça fait plaisir de vous voir revenir!

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