Monde d’après

Sommes-nous en crise ou sommes-nous en catastrophe comme le disait récemment Boris Cyrulnik ? La crise disait-il, c’est simple, vous allez bien, tout à coup vous avez mal aux dents, vous souffrez, vous allez chez le dentiste, il vous soigne, vous n’avez plus mal, c’est ça la crise. Plus savamment, la crise est une phase grave d’une maladie. « Catastrophe » c’est autre chose, « cata » – « strophein » : il y a l’idée de « retournement », le monde n’est donc plus après ce qu’il était avant. Au cours du premier confinement, on parlait beaucoup du monde d’après, certains pour y croire (vous allez voir, il va se développer plus d’empathie, plus d’attention à l’environnement, plus de  care…), d’autres pour le railler (« le monde d’après sera pire que le monde d’avant » selon Michel Houellebecq, mais aussi Jean-Yves Le Drian). Aujourd’hui, on en parle moins, on a appris sans doute à être discret sur la question… quelle preuve a-t-on qu’un monde d’après serait plus accueillant ? Quelle preuve a-t-on d’un « monde d’après » ? La plupart des gens souhaitent sûrement qu’en guise de monde d’après… on retourne au monde d’avant, que ce ne serait pas si mal. On ne demande plus l’impossible, on ne rêve plus. Et pourtant… ce monde d’après ressurgit en filigrane. Ce n’est plus comme l’expression d’une volonté, voire d’un volontarisme, mais comme quelque chose d’inscrit, de désormais inévitable. Le monde d’avant a fini par sécréter un poison et nous sommes liés à lui. Il y a quelques temps, les médias donnaient la parole à des philosophes, des scientifiques qui se répartissaient en deux groupes : ceux qui nous disaient prendre conscience de la gravité de la situation et nous disaient d’attendre, ceux qui la refusaient et nous disaient qu’on en faisait trop, qu’il fallait nous détourner des discours mortifères pour ne penser qu’à la vraie vie et pas à la seule vie « biologique ». Parmi ces derniers, il y avait même ceux qui se disaient sûrs que cette « crise » n’était qu’une manière de nous imposer, par voie détournée, règlementations et contraintes (masques, tests, interdictions de réunion). En somme, le « système » avait trouvé cette aubaine pour nous contraindre à rentrer dans le rang. C’était ainsi qu’Orwell finissait par avoir raison. Grâce à un virus… et qui sait d’ailleurs s’il n’avait pas été « inventé » ?

Or, voilà que les discours changent, voici que les médias recherchent d’autres voix, ayant épuisé jusqu’à la corde les Comte-Sponville, les Onfray, les BHL et autres Agamben. Ces temps-ci, Bruno Latour fait… le tour des plateaux télé et des unes de magazines. Je l’ai vu sur la Cinq en compagnie de Boris Cyrulnik, c’était un très beau duo.

Que se passe-t-il ? Finirait-on par comprendre que cette pandémie, loin d’être un phénomène isolé qui ne se reproduira plus dès que l’on aura trouvé les bons remèdes et les bons vaccins, loin d’être une sombre manigance inventée par Bill Gates (version 1) ou par Xi Jingping (version 2), est une sorte de répétition générale avant les vrais ennuis… D’autres virus peut-être. Et surtout les dégâts causés par le réchauffement climatique et la nouvelle extinction des espèces. Que Moderna ou AstraZeneca nous sorte pour un temps d’affaire, il demeurera au-dessus de nos têtes fragiles une épée de Damoclès et nous aurons à faire face à des cataclysmes atmosphériques qui nous forceront à nous protéger avec encore plus de précautions qu’en ces temps de Covid. C’est la thèse de Latour. D’autres voix s’étaient déjà exprimées dans le même sens (le climatologue Edouard Bard en avril 2020). Début mars, Slavoj Zizek disait quelque chose de semblable, mais on ne les écoutait guère. De fait, ce que disait Zizek n’était pas exactement la même chose. Il disait : « contrôler, surveiller, punir ? – oh oui, s’il vous plaît » et ce n’était pas par masochisme, mais tout simplement pour exprimer que nous étions désormais confrontés à une situation qui nous dépassait, ce qui entraînait… qu’on fût bienheureux qu’un État prenne en charge les décisions à prendre, et les assume ! Mais aujourd’hui, même ces propos ne sont plus de mise car ils sous-entendaient que le mauvais cap allait être dépassé. Car aujourd’hui, nous ne savons pas. Nous nous sommes laissés prendre par toutes les lueurs d’espoir… il n’y aurait pas de deuxième vague (quelques charlatans ont fait leur beurre de cette fausse nouvelle), il y aurait une deuxième vague, mais, par chance, les vaccins allaient arriver, ce virus avait bien eu déjà quelques mutants mais sans gravité, nous allions être tous vaccinés d’ici l’été etc. etc. C’était sans envisager les retards de production et l’apparition de nouveaux variants et la course qui se profile entre les variants du virus et les adaptations du vaccin. Un coup l’un, un coup l’autre. J’avance mon pion, tu avances le tien. Peut-être une partie infinie. Atmosphère qui sent la lente extension d’une situation qui dure. Comme une dépression atmosphérique qui s’installerait dans la durée. Il nous faudrait revêtir imperméable et parapluie, k-way ? Ciré jaune des matelots ? Finies les tongues, les bermudas, les ombrelles et les shorts fleuris… Plus grave : finis les voyages (et donc les métiers qui les organisent), finis les restaurants et les bistrots, finies les stations de ski et les emplois qui vont avec (pisteur, moniteur, serveur de bar, gérant de remontée mécanique…). Le professeur d’éthique Emmanuel Hirsch dit les choses avec justesse quand il appelle à une adaptation progressive de notre part, non seulement adaptation de nos comportements, mais aussi adaptation de nos institutions, de notre conception de la démocratie : on ne peut plus accepter que quelques dirigeants décident (parfois… un seul) et que les gens ordinaires appliquent. Les gens ordinaires doivent participer aux décisions, dire ce qu’ils pensent dans des dialogues qu’il faut bien sûr savoir organiser. Si vaccination il y a, dans quel ordre, selon quels hiérarchies d’urgence ? Les principes auxquels on obéit aveuglement ne marchent plus. Il n’y a pas de recette à suivre, de principe a priori selon lequel ce sont les personnes (très) âgées qui devraient passer en tout premier, par exemple. Ça se discute. Car s’il y a des gens plus jeunes dont notre avenir dépend (au plan de l’économie, de l’éducation, de la recherche, de la santé) alors ce sont peut-être eux qu’il faut d’abord protéger. On a beaucoup dit que ce n’était pas la peine de s’en préoccuper puisque le virus ne s’en prenait gravement qu’aux plus âgés et plus fragiles, mais cet argument est dépassé : demain, des variants peuvent arriver qui s’en prendront aux jeunes adultes et même peut-être aux enfants. Et puis de plus en plus se révèlent des cas de personnes peu âgées mais qui souffrent gravement, et restent handicapées pour un temps très long, ce qui nous prive de toutes façons de leur apport à la société pendant toute la durée de leurs symptômes.

Bruno Latour, Jean-Pierre Dupuy, Boris Cyrulnik

Les discours d’Agamben (discours repris par le romancier Philippe Forest), de Stiegler (Barbara, pas Bernard) ou de BHL sont déjà devenus ringards, discours de philosophes dénués de connaissances précises autant en virologie qu’en épidémiologie et qui tentent de plaquer sur une situation inconnue jusqu’ici des analyses pré-construites. On ne veut plus entendre que la protection de la vie tue la vie, que l’appareil pandémique a pour but de supprimer nos libertés ou que l’acceptation des mesures-barrières est une odieuse compromission avec le système ultra-libéral. Zizek avait déjà répondu à Agamben, Jean-Pierre Dupuy lui répond encore ainsi qu’à Comte-Sponville ou à Luc Ferry et à ceux qui opposent vie au sens biologique et vie humaine, et qui ont dénoncé une soi-disant « sacralisation de la vie », comme Olivier Rey. Ces penseurs s’offusquent que l’on attache autant d’importance à la simple vie, à la « vie nue » car, à leurs yeux, il est d’autres valeurs qui méritent que l’on s’attache à elles, et même que l’on sacrifie sa vie pour elles. Autrefois, disent-ils, on n’avait pas peur de sacrifier sa vie pour une cause plus grande que soi… la Patrie par exemple, ou bien une certaine conception de Dieu… mais ils ne sont pas allés demander aux pioupious de Verdun s’ils avaient vraiment l’intention de sacrifier leur vie à la Patrie. Et ils n’osent peut-être pas aller jusqu’à rendre hommage aux djihadistes qui tuent et se tuent pour leur Dieu (soi-disant) – bien qu’il me soit arrivé d’entendre ce genre de propos après les attentats, idée selon laquelle ces jeunes qui les commettent ont un idéal, au moins, eux ! Je sais qu’il est facile – et moi-même, je m’y suis laissé prendre au début de la pandémie – de dire que la préservation de la santé à elle seule ne justifie pas tout car il y a bien d’autres choses susceptibles de rendre notre vie heureuse, l’amour bien sûr, sous toutes ses formes, mais aussi le goût de l’art, les plaisirs de la nature, l’écriture, le théâtre… mais c’est oublier que la santé, si elle n’est « valeur » en elle-même est toujours condition pour l’existence de ces sources de bonheur. Un ami me fit remarquer qu’il ne faut pas confondre maladie et handicap. Une personne handicapée peut développer les sources de bonheur mentionnées ci-dessus, et vivre heureuse. La maladie, elle, le plus souvent, l’empêche, surtout quand elle fait planer une menace de fin prochaine, ou alors celui ou celle qui en souffre essaiera de donner le change, de donner l’apparence d’un bonheur d’autant plus extériorisé qu’éphémère, comme le montre si bien La Montagne magique (dont un autre ami m’a conseillé la lecture, surtout dans la nouvelle traduction française!). Entendons-nous bien : je serais prêt sans doute à risquer ma vie dans des circonstances exceptionnelles, notamment pour venir au secours d’une personne en danger, et je ne renie pas le fait d’avoir dit que j’étais prêt à risquer d’attraper le virus en me proposant pour faire l’école à nos petits-enfants durement atteints dans leurs possibilités d’envisager l’avenir sous un jour heureux. Je veux seulement dire que je ne verrais jamais cela sous l’angle d’un « sacrifice ». On ne sacrifie une chose ou une vie que par rapport à une divinité. On peut risquer sa vie pour une autre vie parce qu’on estime que cette dernière a au moins autant de valeur que la sienne propre, c’est un jugement rationnel. En revanche, qui « sacrifie » une vie pour une autre le fait en fonction d’une morale mystique qui n’est pas la mienne (et ne devrait même pas être celle de gens qui se réclament de la Bible si l’on en croit Jean-Pierre Dupuy qui cite le Deutéronome : « Je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance […] »).

Dupuy défend la vie parce qu’il n’y a rien d’autre au monde, finalement. Certains philosophes dénigrent la vie biologique parce qu’ils dénigrent la biologie, ce qu’ils font parce que celle-ci est une science, terme honni. De façon très brillante, il montre que cette attitude est puérile : la science n’est pas la continuation du discours galiléen, elle n’est plus depuis longtemps seulement inspirée par un déterminisme qui traiterait les humains comme des choses inertes, elle a pris connaissance de l’imprévisible, de l’incertitude et même du chaos. On a arrêté de considérer que la biologie s’achevait avec la carte du génome humain (voir mon billet sur Giuseppe Longo). On ne saurait opposer la vie et le monde comme l’effectif et le possible, l’immanence et la transcendance car tout est beaucoup plus difficile. « La vie, dit Jean-Pierre Dupuy, fût-elle la plus nue qui soit, réduite à ce qu’en dit sa science, la biologie, est la condition de possibilité du monde ». Si, dans le cas de pandémie que nous connaissons, la préservation de la vie peut donner l’impression de menacer la vie c’est pour d’autres raisons que métaphysiques : parce que, par exemple, les règles édictées pour préserver la vie se retourneraient contre elle en ce qu’elles engendreraient des désarrois psychiques tels que l’on commencerait à voir des suicides. Ce qui se passe effectivement. Et c’est là que doivent intervenir des spécialistes de la santé mentale et de l’éthique pour mettre en garde et dire que les mesures à prendre pour contrecarrer le virus doivent être déterminées collectivement, après information véritable et débat public.

Jean-Pierre Dupuy note encore que, bien souvent, ceux qui s’élèvent contre cette prétendue « sacralisation de la vie » sont les mêmes que ceux qui s’attaquent aux défenseurs de l’écologie, comme si, là encore, on allait empêcher les gens de vivre simplement pour sauver ce qui reste à sauver. Ainsi par leurs négateurs aussi, la gravité de la Covid et le réchauffement climatique (ainsi que la disparition des espèces) auraient partie liée. C’est donc à raison que Bruno Latour conjoindrait les deux situations. Je ne sais pas si Jean-Pierre Dupuy reconnaît sa pensée dans celle de Bruno Latour, et réciproquement si Latour reconnaît la sienne chez Dupuy. Sans doute ont-ils des différences, Latour fait quand même partie de ces « irrationalistes subtils » dont parle Pascal Engel. Néanmoins ils se rapprochent par leur vision exigeante de l’écologie.

J’approuve Latour quand il exprime le souhait que l’écologie désormais supplante l’économie. Car ce serait remettre le monde à l’endroit. Marx disait « la dialectique avait la tête en bas, je l’ai remise sur ses pieds », on pourrait dire la même chose du couple économie-écologie. Car l’économie, surtout depuis un demi-siècle, s’est arrogée un pouvoir surnaturel, au point qu’elle a développé une sphère de rapports de force et d’intérêt planant au-dessus de nos têtes, qui finit par ne plus avoir de relation avec le monde concret, avec notre planète Terre. Il n’y a aucune rationalité distinguable dans les mouvements boursiers. En plein été, Yannis Varoufakis exprimait sa stupeur face à certains phénomènes par un tweet ainsi libellé : « Le capitalisme financier s’est découplé de l’économie capitaliste, s’envolant hors de l’orbite terrestre, laissant derrière lui des vies et des rêves brisés. Alors que le Royaume-Uni s’enfonce dans la pire récession de tous les temps, et que les États-Unis se rapprochent du statut d’État en faillite, le FTSE100 augmente de 2 % et le S&P500 bat tous les records ! ». Il importe donc de retrouver le contact avec le sol, et c’est sûrement sous la pression du changement climatique que ceci peut être amorcé, de même que la pandémie a, au moins momentanément, mis en panne l’économie réelle (mais pas la spéculation, apparemment).

La question de la démocratie se trouve posée : quelqu’un m’a objecté sur FB qu’il n’était pas évident que l’on puisse aller de l’écologie vers la social-démocratie, alors que, selon cette personne, le trajet inverse apparaîtrait plus facile. Il me semble en réalité, et c’est là ce que disent Latour et les gens proches de lui (cf. le livre récent : « Le cri de Gaïa »), que l’écologie fasse appel à un concept plus large que celui de démocratie au sens strict, mais qui l’englobe : l’idée d’être à l’écoute du vivant, ce qui inclut évidemment le vivant humain. Le problème est qu’on ne sait guère comment faire pour donner la parole à ce qui n’en a pas et que jusque-là, la démocratie n’avait de sens qu’entre les êtres parlants.

Il faudra pourtant trouver une solution à ce problème, faute de quoi les non-parlants finiront bien par s’exprimer par une voie détournée, et alors il sera un peu tard pour organiser enfin les débats publics dont nous avons besoin…

NB: les articles de Jean-Pierre Dupuy et de Bruno Latour sont dans la revue électronique AOC, Latour a également publié récemment « Où suis-je – Leçons du confinement à l’usage des terrestres », aux éditions Les empêcheurs de tourner en rond, le livre « Le cri de Gaïa – penser la terre avec Bruno Latour » est sous la direction de Frédérique Aït-Touati et Emmanuele Coccia aux mêmes éditions. Boris Cyrulnik a publié récemment « Des âmes et des saisons » aux éditions Odile Jacob.

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7 commentaires pour Monde d’après

  1. Merci pour cet article d’une grande clarté et dirais-je équanimité.

    Philosophe de formation, je n’ai jamais supporté les discours d’Agamben et suiveurs sur le sujet – ce qui confirme d’ailleurs un doute que j’avais sur la valeur de ses derniers ouvrages. J’en ai assez de ce discrédit jeté sur la biologie, la science et la raison en général, dont l’usage doit être critique évidemment, mais non diabolisé comme l’origine du mal sur terre. Latour et quelques autres philosophes de la même tendance tombent parfois dans ce travers, même si je suis d’accord avec eux sur le fond. La philosophie dans ce qu’elle a de meilleur amène à l’alliance de la science et de l’éthique, du savoir et du politique et cette critique de la vie nue est presque insultante quand on sait ce que signifie sauver et soigner. Je n’ai même plus envie d’en débattre avec mes compagnons philosophes s’imaginant la victoire de la biopolitique…

    Merci aussi de cette distinction entre sacrifice et risque. Des distinctions, c’est ce dont nous avons besoin, plutôt que de tout confondre.

    Au plaisir de vous lire 🙂

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    • alainlecomte dit :

      Merci beaucoup pour votre commentaire. Je suis heureux de trouver des personnes qui me comprennent en ces moments plutôt conflictuels. Je suis d’accord avec vous sur le fait que « Latour et quelques autres philosophes de la même tendance tombent parfois dans ce travers, même si je suis d’accord avec eux sur le fond ». Je prépare un billet un peu plus critique à propos de son dernier ouvrage. Latour est proche de cette mouvance qui comprend entre autres Isabelle Stengers, dont j’ai parlé aussi sur ce blog, mais de manière assez critique. Parfois ils s’adonnent à des développements qui avoisinent la divagation sans être de véritables arguments…

      Aimé par 1 personne

      • Oui, pour moi, ils ne sont pas si éloignés d’Agamben. Rien que par Emmanuele Coccia, il serait facile de retracer cette filiation.
        Le problème principal est celui du langage, de la confusion entre logique et poétique. Je n’ai rien contre la philosophie littéraire, mais soyons francs : n’est pas Nietzsche qui veut ; et l’honnêteté intellectuelle exige de distinguer l’usage du langage : ou l’on argumente dans la transparence presque mathématique du mot à la chose ou l’on recrée le réel par la puissance de l’image ; certains arrivent à marier les deux, mais j’ai l’impression que souvent l’image et autres effets (notamment des jeux sur les étymologies et les sonorités) dressent des écrans de fumée devant une logique qui n’est pas articulée au réel.
        J’ai l’air très critique, en vérité j’aime bien cette tendance, l’ambition qui la porte, mais que parfois elle tombe dans une sorte de naïveté, entre spiritualité et développement personnel. Rien que le titre que vous citez « Le cri de Gaïa »…
        Par ailleurs, je me demande si son succès lui vient justement de ce langage imagé, plus accessible que celui de la philosophie classique.
        Voilà, voilà, j’irai voir votre article. Quant à moi, je traitai de cette dérive dans plusieurs (Fille des lumières, Le risque d’un désastre, Libre de penser, etc.) de manière quelque peu répétitive sans doute et plus généraliste. Mais j’analyserai peut-être l’un d’entre eux plus en détail.

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      • J’oubliais parmi les artifices langagiers, la manière d’utiliser les verbes en en faisant des substantifs (ce qui ne suffit pas à faire un concept) ou en inversant sujet et objet, mais je vous renvoie à ce propos à un excellent article : https://www.librairie-ptyx.be/bardaf-et-patatra/

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  2. Girard dit :

    « Remettre l’église au centre du village » en écoutant des gens de terrain et d’expérience et non certains philosophes suffisants,aux grandes phrases oiseuses ou spéculatives de buzz qui pérorent ou assènent les belles valeurs tandis que des « pioupiou » s’attèlent au sort de ceux qui entrent aux urgences ou qui doivent reporter des interventions jugées moins urgentes.
    Un détenu qui réfléchit nous apprendra plus, aujourd’hui, sur la thématique du carcéral que les quatre experts en tout qui meublent ces débats interchangeables.Parler avec la cervelle c’est très bien mais aussi avec les tripes. Ce sera déjà plus vivant et cela nous fera du bien.
    Le monde d’après c’est peut être trouver d’autres débatteurs qui tentent de reformuler notre rapport au vivant , à la vie, avec des mots autres (sans les bannir bien sûr) que ceux de démocratie , humanisme, innovation, de ne plus les laisser porter aussi souvent par des gens qui ne font que conforter leur cadre intellectuel déconnecté me semble t-il de ce que certains d’entre nous aimeraient entendre. Peut être alors ces mots reprendraient ils de la consistance et arriverions nous à mieux respirer mêmes confinés.
    Finalement profiterons nous de cette crise pour éviter la catastrophe?
    Merci Alain de tes réflexions qui stimulent.
    Je vais me renseigner sur les auteurs cités que je ne connais pas.

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  3. alainlecomte dit :

    @Josephine Lanesem: je viens de lire l’article auquel vous me renvoyez (sur librairie-ptyx) et je l’ai trouvé très intéressant, j’aime bien la notion de chamanes 2.0 ! Le problème est que tout le monde sent bien la nécessité d’une pensée plus attentive aux choses de la nature, de l’écologie etc. que la philosophie classique (Descartes, Kant…) ne prépare pas bien à ce genre de problématique, mais il est vrai que certains en profitent pour jeter le bébé avec l’eau du bain (cf. Stengers et ses considérations sur Whitehead, qui voudrait nous faire croire à la non-nécessité d’argumenter en philosophie… c’est quand même un comble, ou bien à l’inanité de la logique). Sur l’art de jouer avec le langage, évidemment Latour est expert en la matière, il n’est pas le dernier à jouer par exemple avec le genre des mots, tirant des conclusions du fait que « nature » en français est féminin, que « soleil » est masculin etc. sans voir qu’une pensée, pour être admissible, doit pouvoir être traduite… y compris dans des langues qui ne sont pas sensibles au genre ou qui n’adoptent pas le même système de genre.

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