Un festival de philosophie à Lyon

Gino Severini autoportraitJeudi dernier, « Festival de Philosophie » à Lyon, organisé par une association étudiante de Lyon-III (« Les médiations philosophiques »). Initiative que j’ai trouvée très intéressante. Par ses étudiants, l’Université essayait de s’ouvrir à la population en général : il y avait là des retraités, surtout des retraitéEs à vrai dire, qui disaient venir chercher, une fois leur carrière professionnelle achevée, un « complément de vie », et il y avait aussi bien entendu beaucoup de jeunes étudiants, de toutes les universités lyonnaises. On m’avait invité à venir parler sur « Logique et langage », et je me retrouvais au pupitre avec deux amis de longue date. Mon thème : comment penser le sens des phrases ? Doit-on le faire en termes de valeurs de vérité (et de référence) ou bien en termes de conséquences que l’on peut tirer (autrement dit d’inférence) ? Je sais très bien que beaucoup préfèrent la première solution (dont Pascal Engel, probablement) et cela pour quelques raisons dont je reconnais la légitimité : on a envie de préserver la vérité en tant que valeur fondamentale et de croire que tous nos énoncés sont dirigés par une prétention à la dire, allant ainsi à l’encontre d’une tendance contemporaine à faire fi du vrai, n’accordant de l’importance qu’à la manière de communiquer. Mais lorsque Frege, à la fin du XIXème siècle,frege jetait les bases de la conception (dite « véri-conditionnelle ») selon laquelle la signification pouvait se ramener aux conditions de vérité (comprendre le sens d’une phrase c’est savoir quand elle est vraie), il le faisait davantage pour se faciliter la tâche et en pensant aux mathématiques que pour honorer une vertu éthique. Et les « sémanticiens formels » qui lui Richardmontagueemboitèrent le pas (en particulier le sulfureux Richard Montague dans les années cinquante et soixante du XXème) y virent aussi surtout la possibilité d’une grande aisance calculatoire : il est facile de supposer des propositions appariées à des valeurs « vrai » et « faux » pour ensuite calculer plus loin la valeur de vérité d’une expression complexe, mais s’interrogeaient-ils vraiment sur notre manière réelle de capter la signification du vrai et du faux associés ainsi à nos productions verbales ? Qu’y a-t-il, dont on puisse être sûr que ce soit vrai dans notre discours ? Bizarrement des énoncés triviaux comme « je suis ici (et maintenant) » car évidemment le locuteur ne peut pas être ailleurs que là où il est au moment où il prend la parole ! Ceci est le ressort de l’humour du fameux dessin du Chat de Philippe Geluck. Le Chat est drôle car il fait opérer au langage une subtile translation ; remplaçons « je » par le nom du locuteur et « ici » par le lieu où il se trouve en effet, alors l’énoncé obtenu, pourtant « équivalent » en termes de valeurs de vérité à « je suis ici », n’a plus la même évidence, car s’il est nécessaire que je sois là où je suis, il n’y a aucune nécessité pour que le locuteur soit à tel emplacement, il est donc normal qu’il s’étonne face à l’aplomb manifesté par l’annonce. On me dira ici que je redécouvre le Cogito cartésien, que la seule certitude soit que « je pense » au moment où j’y pense et que cela fonde le fait que je sois (car qui pourrait penser à ma place ?) est en effet une évidence du même ordre que le « je suis ici ». Il est d’ailleurs des philosophes qui ont tiré le cogito du côté de la pragmatique du langage. Cela donc est vrai…

7Mais hormis ces cas, la notion de vérité n’apparaît qu’en mathématiques, et elle repose alors sur des preuves. Un mathématicien ne se contentera pas de prétendre que tel théorème est vrai (par exemple que toute suite de Cauchy converge dans un espace compact) comme s’il n’y avait qu’à regarder pour se convaincre. Il étaiera son jugement par une démonstration. Ceci est vrai parce que c’est prouvable. Dans le domaine de la réalité (mais y a-t-il « une réalité » ?), on essaiera d’étayer un jugement par tout ce qui peut y contribuer… par l’observation, par la loi, par l’archive ou par le reportage. Mais sans être certain de « gagner ». « Gagner », le mot est lâché : c’est au travers de lui que certains philosophes ont vu une manière d’établir la vérité d’un énoncé. On oppose un joueur qui défend une thèse à un autre qui essaie de la réfuter. Un énoncé est vrai s’il possède une stratégie gagnante, que les joueurs la connaissent ou non d’ailleurs… car ils peuvent fort bien ne pas la connaître. Où gît-elle, alors ? Nous sommes ici face à un dilemme sérieux : la vérité peut exister en soi, quitte à ce qu’on ne sache pas la prouver, opinion du réalisme métaphysique, ou bien n’exister que si on trouve comment l’établir, la prouver, la rendre gagnante, opinion de l’anti-réalisme, dit aussi constructivisme. Il n’y a pas de troisième terme. C’est dommage. J’ai parlé dans mon exposé du philosophe américain Robert bob-leipzigBrandom, qui se rattache au courant du pragmatisme (philosophie typiquement américaine, issue de Peirce et de Dewey). Selon lui, le sens d’un énoncé réside non seulement dans les inférences qu’on peut tirer de lui, mais aussi dans ce qui autorise à l’asserter (en quoi il se trouve lui-même inscrit comme conséquence d’autres raisonnements en amont), en somme dans ce que nous pouvons faire de lui, du point de vue des inférences : voilà bien en quoi cette conception est bien pragmatique ou pragmaticienne… mais elle est intéressante en elle-même car elle permet d’avoir une vision plus réaliste du langage et de la signification que celle proposée par les valeurs de vérité en tant que supposées références des phrases.

Il y a déjà une trentaine d’années, un linguiste qui pourrait bien avoir sa place dans l’aimable pochade que consacre l’auteur Laurent Binet à Roland Barthes (« La septième fonction du langage ») aux côtés de Julia Kristeva et de Tsvetan Todorov, je veux parler d’Oswald Ducrot (mais peut-être Binet n’avait-il pas de détails assez croustillants sur le personnage, il est vrai assez austère), avait étudié dans le menu détail nos « mots du discours » : si, mais, même si, au contraire… et ce faisant, il avait montré combien une approche purement véri-conditionnelle ne permettait pas d’établir les discriminations de sens entre ces mots. Plus que les conditions de vérité, ce sont les conditions d’emploi qui sont nécessaires. Et par les inférences, justement, nous pouvons les cerner. Ce que nous inférons de « cette robe est belle mais chère » n’est pas exactement la même chose que ce que nous inférons de « cette robe est belle et chère ». La sémantique inférentialiste a donc de beaux jours devant elle, en récupérant notamment les analyses pragmatiques de Ducrot et al.

Encore faut-il sans doute aller plus loin que le simple lien entre prémisses et conclusion pour caractériser une inférence. Si l’on tient à une approche « réaliste » des énoncés, on constatera l’évidence qu’ils ne sortent jamais « du bleu » (ils ne sont jamais « out of the blue » comme disent les anglophones) : ils émergent d’une situation de dialogue. Je m’engage dans ce que je dis au moment où je le dis (j’en assume les conséquences) mais je ne suis pas habilité à prendre n’importe quel engagement… Les cas où nous sortons des limites de cette dialectique engagement / habilitation sont connus, ils s’illustrent notamment dans la rupture par non partage des pré-supposés (« alors, tu as cessé de fumer ? – moi : ??? je n’ai jamais fumé ! »),  et c’est mon interlocuteur qui, en général, me délivre les autorisations dont j’ai besoin. Nous voici encore face à une situation de « jeu », celle que Robert Brandom définit comme le jeu central du langage : le jeu de l’offre et de la demande de raisons. Il nous reste alors à définir le cadre formel dans lequel peut s’exercer un tel jeu (j’ai jeté les bases de l’utilisation de la ludique de J-Y. Girard dans ce but).

Voilà, grosso modo, ce que j’ai raconté au cours de cette intervention de 45 minutes face à un auditoire attentif et même concentré. Surprise après cet exposé : un journaliste de FR3 Lyon qui tient à m’interviewer. Première question : « à quoi sert la philosophie ? », je m’entends répondre des banalités bien entendu (« répondre aux grandes interrogations qui sont celles de tout le monde, parmi lesquelles : pourquoi parle-t-on ? Comment parle-t-on ? etc. ») et enfin dernière question : « que pensez-vous de Michel Onfray ? »… celle-là, je ne m’y attendais pas… Beaucoup de mal, bien entendu (« des gens qui utilisent leur notoriété médiatique pour s’exprimer sur tout et n’importe quoi »…). On mesure ici la pollution de l’espace de la pensée en France aujourd’hui, provoquée par ceux qui passent pour les « philosophes engagées » du siècle, les Onfray et les Finkielkraut, qui estiment qu’ils peuvent tout dire (exprimer des « opinions ») à partir du moment où ils ont reçu le label de « philosophe »… Des intellectuels qui n’ont « d’engagé » que de se mettre à la remorque des politiques quand ceux-ci ont les objectifs les plus douteux…

Le lecteur ou la lectrice patient(e) pourra attendre exactement 3’03’’ sur la video ci-jointe (figurant à ce lien) pour avoir un aperçu et du cours et de l’interview…

Matisse Le rêve 1935illustrations: en haut à gauche: autoportrait de Gino Severini, ci-dessus: « Le Rêve » de Matisse, 1935, en ce moment visibles à l’exposition « Matisse en son temps » à la Fondation Gianadda, à Martigny (Suisse).

La photo de Richard Montague a ceci de particulier qu’elle est la seule que l’on connaisse…

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10 commentaires pour Un festival de philosophie à Lyon

  1. Debra dit :

    Je ne suis pas philosophe. Pas linguiste, ni logicienne.
    Beaucoup de votre exposé m’a dépassé…
    J’ai commencé un cours de Latin à l’UIAD à Grenoble, pour ma culture personnelle, et pour favoriser mes intuitions sur le rapport entre le Latin et nos langues modernes. (Le Grec, aussi, mais je ne suis pas sûre de commencer/poursuivre le Grec. En bonne femme.. contrariante, je suis un peu allergique à l’engouement français pour le Grec (classique)).
    Plusieurs années de comparaison entre le Latin et le Français (et l’Anglais) devraient me donner des éléments précieux pour affiner ma réflexion sur la traduction de la manière d’être Latin dans les langues romanes, et pas romanes, comme l’Anglais, qui a néanmoins été infiltré par le Latin, merci Guillaume le Conquérant, surtout.
    Je vois une certaine faiblesse dans les approches pragmatiques au langage : l’incapacité de considérer le langage comme autre chose qu’un outil, et, en contrepartie, la réduction de la psyché humaine à un (pur..) esprit, par l’évacuation (moderne) de l’âme.
    Ceci rend possible un curieux aveuglement sur la manière dont le lexique (et la grammaire) structurent la pensée ET le sujet lui-même dans des domaines qui ne lui sont pas visibles.
    Exemple : si on prend les mots « gagner », « jugement », « preuves », on POURRAIT penser un instant à nos lointains ancêtres, et leur manière de prouver la vérité dans un procès qu’on appelait « jugement de Dieu », si je ne fabule pas…
    C’est vrai, ça, non ? 😉
    Il y a certains mots de notre lexique qui sont de vraies bombes. Ils vont tellement loin en arrière qu’ils traînent avec eux une sédimentation considérable.
    Exemple : j’ai appris hier que « homo », nominatif du nom « homme » a donné le cas-sujet « on », puis, en français moderne le pronom indéfini, « on ». « hominem », l’accusatif du même mot a donné le cas régime « ome » puis, en français moderne, « homme ».
    Et quand on songe qu’il y a un mot grec, « homo », qui veut dire « le même », et bien, on voit subitement un énorme feu d’artifice qui fait fantasmer sur le pouvoir des mots sur nous, bien au delà du cogito…
    Une question… philosophique serait de s’interroger sur pourquoi nous divisons le monde, haut et bas, supra et infra, en théorie/pratique, par exemple, et pourquoi nous tenons dur comme fer à cette division/antagonisme.

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    • alainlecomte dit :

      oui, vous avez raison, les mots sont des bombes et ils renferment d’étranges choses que nous avons oubliées. Je n’ai pas parlé de ça car je ne suis ni lexicologue ni philologue. Que la pragmatique ait tendance à considérer la langue comme un outil, c’est en effet un risque. Un certain Paul Henry, en son temps (1980) avait écrit un ouvrage qui s’intitulait « le mauvais outil » justement pour critiquer la pragmatique sur cette base. La sémantique philosophique que défend Brandom est, elle, plus centrée sur la langue en tant qu’elle nous définit comme sujet, mais cela reste au niveau d’un usage conceptuel de la langue (Brandom veut définir ce que l’on entend par des concepts). mais nous savons qu’il existe des usages non conceptuels de la langue, la poésie par exemple, et ça, les philosophes n’en parlent jamais…
      Sur votre dernier point, voir le livre de Lakoff et Johnson: « Metaphors, we live by ».

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  2. Attention à ne pas tomber dans le tonneau médiatique dans lequel nagent les Onfray et Finkielkraut… 🙂

    La philosophie se creuse à la binette.

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  3. pascal engel dit :

    Pourquoi « dont Pascal Engel probablement » ? Que puis je avoir de si peu spécifique qu’on puisse m’attribuer une position aussi spécifique ( et selon le contexte , fausse) ? C’est trop d’honneur.

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    • alainlecomte dit :

      cher Pascal Engel…. Rassurez-vous, ceci n’était qu’un clin d’oeil très affectueux! Disons que je pense que vous êtes parmi les défenseurs
      d’une conception véri-conditionnelle de la sémantique, que vous avez à coeur de défendre l’idée de vérité (je me souviens avoir
      lu avec beaucoup d’intérêt votre petit livre sur la vérité), et je ne vous donne pas tort, même si, dans ce papier, je prends
      un tournant plus intuitionniste et « proof-theoretic ». J’ajoute qu’au moment où j’écrivais cela, je vous avais en tête
      parce que je venais d’écouter une de vos interventions au Collège de France de l’an dernier (sur les domaines de raisons)!

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      • pascal engel dit :

        En effet, « sans conditions de de vérité pas de sémantique » ( Lewis ). Je suis Fregeen, il y a le sens d’un côté, et il y a la référence et la vérité de l’autre. Je ne dis pas du tout que seules les conditions de vérité comptent. On peut avoir les deux. Deux exemples : les sémantiques à la Montague et Lewis sont intensionnelles et construisent le sens comme une fonction des mondes possibles aux valeurs de vérité, et les sémantiques dites « bidimensionnelles » ( Chalmers, Stalnaker) admettent aussi les deux niveaux, ainsi que certaines sémantiques dites du « rôle conceptuel » (le sens c’est le rôle inférentiel) qui ne rejettent pas l’idée de conditions de vérité. Mais Brandom quant à lui soutient que le sens est essentiellement le rôle inférentiel et conceptuel, et la vérité et la référence ne joue pas de rôle autonome. Cela me semble une erreur. En logique ce sont les conceptions purement proof-theoretic qui incarnent cette idée, qui est finalement assez proche de la sémantique en termes de théorie des jeux de Hintikka, et en effet de la sémantique intuitionniste. Outre que je ne sais pas trop bien comment on peut interpréter les théorèmes de Gödel dans ce cadre ( ils semblent montrer que la vérité excède la preuve), je trouve que la sémantique vériconditionnelle a encore des ressources.Sans l’idée que les mots représentent quelque chose, je ne vois pas comment on peut rendre compte de la signification. Mais je vous avoue que je n’ai pas suivi la littérature là dessus depuis des lustres.

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  4. alainlecomte dit :

    Je suis assez d’accord avec ce que vous dites. Je note que dans votre intervention sur les domaines des raisons, vous marquez bien la différence entre raisons pratiques et raisons théoriques et vous incriminez Brandom d’être partisan d’une subordination des secondes aux premières, ce qui, en effet, du point de vue de la recherche de vérité est fâcheux. J’ai été très enthousiasmé par Brandom quand je l’ai découvert, et je suis encore intéressé par cette manière concrète d’empoigner le langage, tout en regrettant que la vérité, chez lui, fasse l’objet d’une définition bien faible, bien dans la ligne du pragmatisme (en gros, la vérité s’obtient par accord intersubjectif). Comme je le dis dans mon billet, ou est réaliste ou on est anti-réaliste, il n’y a pas de voie moyenne (je dis que c’est dommage!). Ainsi ne peut-on pas prendre à un courant ce qui nous intéresse au mépris de ses points négatifs. Evidemment, on peut cultiver une sorte de pluralisme de points de vue (ce qui est un peu mon cas) et reconnaître la validité d’une sémantique bidimensionnelle. Dans cet esprit, Nicholas Asher a développé l’idée d’une sémantique interne (celle qui m’intéresse le plus) opposée à une sémantique externe (véri-conditionnelle), pourquoi pas? Mais il y a bien un moment où les deux doivent communiquer… (il y a des travaux intéressants de Timothy Potts sur ce sujet, repris par ma collègue Claire Beyssade). Sur le théorème de Gödel vu depuis le point de vue proof-theoretic, je vous renvoie à ce que j’écrivais sur ce blog, il y a quelques temps: https://rumeurdespace.wordpress.com/2014/09/01/linquietant-monsieur-godel/. L’incomplétude s’interprète simplement comme l’impossibilité de définir un système formel ou toute proposition serait soit réfutable soit prouvable. Amicalement.

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    • pascal engel dit :

      En fait, il y a au moins deux types de débats : l’un concerne la question de la bonne sémantique pour les langues naturelles, et là on peut être pluraliste; l’autre concerne la philosophie, les discussions sur le réalisme, et là comme vous, je pense que l’on ne peut être neutre, et je suis réaliste. Brandom adopte le point de vue anti-réaliste. Il pousse plus loin : il nous dit qu’il faut réhabiliter Hegel ( voir ses derniers livres). Quant à Gödel, je sais bien qu’il y a une manière preuve-théorétique de le formuler, mais je me demande si cela préserve la force du résultat , que Gödel interprétait, quant à lui, comme allant dans le sens du réalisme, et même du platonisme.

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