J. D. Salinger, plus haut la poutre maîtresse

salinger2.1271333799.jpgQuand je me suis remis à lire Salinger, j’ai choisi de me plonger dans des nouvelles qui m’étaient inconnues, et ce titre m’a plu : « dressez haut la poutre maîtresse, charpentiers ». Cette phrase étrange intervient à la page 86 de l’édition de poche actuelle, quand le narrateur – un soldat américain en permission pendant la seconde guerre, réquisitionné par sa famille pour assister au mariage de son frère, lequel n’est pas apparu à la cérémonie, ayant auparavant enlevé la fiancée – a dû se réfugier dans l’appartement familial et qu’il entre dans la salle de bains. Sa sœur, Boubou, conformément à leurs habitudes a laissé un message écrit au savon sur le miroir : « Dressez très haut la poutre maîtresse, charpentiers. L’époux, comme Ares, s’approche, et il est de plus haute taille que le plus grand d’entre les hommes […]. S’il te plaît, sois heureux, heureux, heureux, avec ta belle Muriel. C’est un ordre formel : je suis le plus haut gradé dans tout l’immeuble. »

Je lis sur le blog de K . cette citation de Lydie Salvaire : « J’ai parfois l’impression que l’édition survit aux livres. Que veux-tu dire? Dis-je. Je veux dire, dit BW, que je lis de moins en moins de livres qui me brûlent ». Sans doute voulait-elle parler de ce qui s’édite de nouveau aujourd’hui… encore qu’il faille à mon sens beaucoup nuancer cet avis. Qu’est-ce que cette brûlure des livres ? Ce serait sans doute qu’ils laissent en nous des cicatrices, comme, parlant de Seymour, le frère tant admiré,
« 
[c]es cicatrices sur les mains qui [lui] viennent d’avoir touché certaines personnes ».

«Un jour, [écrit-il] dans le parc, alors que Franny était encore dans sa voiture d’enfant, j’ai posé la main sur le dessus duveteux de son crâne et je l’y ai laissée trop longtemps ».

Et plus loin, cette formule :

« Oh ! mon Dieu ! si ce que j’ai porte quelque nom savant, c’est que je suis un paranoïaque à l’envers. Je soup­çonne les autres de faire des complots pour me rendre heureux.»

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10 commentaires pour J. D. Salinger, plus haut la poutre maîtresse

  1. Dul dit :

    Salut Alain,

    J’sors enfin d’un long silence.

    J’ai vu plusieurs éditions de nouvelles de Salinger en espagnol. Il y avait comme une tentation pour cet auteur dont je n’ai jamais réussit à finir le moindre livre.

    Du coup je crois que je vais me relancer, merci.

    J’suis actuellement plongé dans les univers passionnants de Gelman, Galeano, Eloy Martinez et Bayer. Dire que certains disent qu’après Borges c’est le vide en Amérique latine.

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  2. michèle dit :

    Pas lu Salinger du tout, et Modiano non plus, difficile de commenter dès lors.

    Mes amours sont tenaces et brûlantes avec ce jour Stefan Zweig Le voyage dans le passé qui m’a bouleversée, et Ella Maillart que je découvre à peine mais nous allons faire un bout de chemin ensemble elle et moi et N. Bouvier son cadet écrivain-voyageur. Il y a une expo à Lisbonne au musée Berardo —->25 avril sur AM Schwarzenbach ; j’ai rêvé d’aller la visiter, ce ne sera sûrement pas le cas.

    Le nombre de livres qui me brûlent s’accentue, comme si je savais désormais ce qui m’anime et décide avec une prescience rare, une évidence, celle d’un amour partagé, même si l’auteur m’est inconnu, c’est de l’ordre de la rencontre amoureuse, nous étions faits pour être là ensemble, je les ouvre, nous baignons dans la même intimité ; les relectures sont de l’ordre de la plénitude, les attentes sont sans impatience, le seul souci étant au niveau des yeux et de leur bonne santé « physique ». Je pense alors à mon grand-père, à son désespoir à 97 ans de perdre la vue et d’être aveugle.
    Parfois donc je me prépare ; je marche dans le noir. Je descends les escaliers en tâtonnant, je finis le sentier Martel dans les gorges du Verdon sans lampe de poche. Une petite fille la dernière fois a demandé à sa mère qu’est-ce qu’elle fait la dame ?. Je m’entraînais à être aveugle pour quand je serai très vieille. Même pas peur. Mais triste oui.

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  3. leila zhour dit :

    avez vous vu le film « meeting Forrester », avec Sean Connery dans le rôle d’un écrivain très inspiré par Salinger?

    J’aime beaucoup ses nouvelles.

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  4. alainlecomte dit :

    Ah, Dul! en effet, il y avait bien longtemps… qu’es-tu devenu entre temps? je ne connais aucun des auteurs cités, honte à moi.
    Michele: en effet, c’est curieux, de rencontrer quelqu’un qui tente de s’habituer au noir. On ne pense pas souvent à cet aspect là des choses; pour lire, il faut d’abord voir.
    Leila: non, je ne connais pas ce film.

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  5. RV dit :

    Salinger est vraiment un écrivain unique, exceptionnel. La densité et la beauté de ses Nouvelles est unique. Je vous plussoie, Alain !

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  6. RV dit :

    J’ai dit « unique » deux fois, mes excuses ! 🙂

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  7. Dul dit :

    Galeano tu dois connaitre, c’est l’auteur des veines ouvertes de l’Amérique latine. Un bouquin passionnant.

    Nous ben on devient pas grand chose, y a un 2ème petit qui est en route :).

    Et c’est grisaille automnale aujourd’hui, logique :).

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  8. michèle dit :

    >Alain L. contente de vous revoir
    >Dul je ne vous connais pas du tout mais félicitations pour la graine à germer, ça c’est très chouette, et pitié pitié dites à sa maman que c’est pas la peine de le nommer Ulysse. Je me mêle de ce qui ne me regarde pas, c’est pas mieux qu’Assedic ou Trinité mais Ulysse arrrgh, j’en fais un caca nerveux, très mauvais pour ce que j’ai.

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  9. Alain L dit :

    Mais Michele, je ne crois pas que Dul ait dit qu’il avait envie d’appeler son fils Ulysse ?!
    (si jamais c’est un fils d’ailleurs, car quand on dit « un petit », c’est vague).
    En tout cas, félicitations Dul, et au plaisir de peut-être faire sa connaissance (au petit, et à l’ainé aussi) une de ces prochaines fois à Buenos Aires!).

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  10. Dul dit :

    ah non ça ne me serait même pas venu à l’esprit de l’appeler Ulysse d’autant moins que j’suis pas un grand amoureux de l’Odysée.

    pour le prénom, j’crois pas que nous ferons dans le bizarre. Très probablement un nom français classique, p’tre un prénom espagnol mais pas sur du tout.

    Pour le moment on ne sait pas si sera un monstre ou une monstrette.

    Toujours le bienvenu ici Alain :).

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