les cacahuètes de la peur

Après les raisins de la colère, voici…. (tin tin tin tin) … les cacahuètes de la peur…

Dans la série « je vais vous en apprendre de bien bonnes » et après avoir lu le billet de Kiki (Posuto) sur la peur et l’élimination de la peur (sûr que ce serait une catastrophe et que tous les régimes totalitaires ont rêvé de ça, de même d’ailleurs que du (vrai) détecteur de (vrais) mensonges, et vous allez voir que les deux vont être liés dans ce que je vais vous raconter, ça fait froid dans le dos, j’allais écrire : dans le d’eau, mais ça veut rien dire, quoique de l’eau j’y pense tout le temps depuis mon rêve de cette nuit (je me liquéfiais), et le rêve justement a aussi sa place dans cette chronique, autre rêve des régimes totalitaires : éradiquer les rêves et vous allez voir qu’ils vont bientôt nous le proposer, les bougres… mais vous allez me dire : si le rêve des régimes totalitaires est d’éradiquer les rêves, alors il va s’éradiquer lui-même ? oh que vous seriez optimiste de penser cela),

dans cette série donc, je vais vous parler aujourd’hui de… la voie colliculaire ( ?!?!?).

D’où je tiens mes renseignements ?

De ce livre-là, qui est une mine : Le Nouvel Inconscient de Lionel Naccache (ed. Odile Jacob).naccache.1183013303.gif

C’est une mine, et en même temps, lui-même il nous balance de ces perspectives qui font, comme je l’ai dit plus haut déjà (je me répète), froid dans le dos, et ce, sans ciller, comme si c’était normal.

Bon, on va revenir là-dessus plus bas (« ci-bas » comme disent les Québécois)…

Alors où en sommes-nous ?

D’abord au fait que plein de nos processus cérébraux sont inconscients. Ça vous paraît banal, je sais. Pourtant c’est pas si évident que ça. Il n’y a pas longtemps, j’assistais à une discussion entre collègues où on se demandait comment il faut faire pour convaincre quelqu’un de rétif que l’inconscient, ça existe. De fait, comme ça, par la pure argumentation philosophique, je ne pense pas que cela soit possible (problème similaire : comment convaincre de la justesse de la théorie darwinienne quelqu’un qui s’y oppose ? j’ai eu à le faire, j’ai abandonné la partie assez vite). Mais avec le livre de Naccache, alors il faudrait être vraiment de très mauvaise foi pour refuser de se laisser convaincre.

Ce livre présente en effet des expérimentations tout à fait décisives, comme celles qui concernent le phénomène de blindsight. Blindsight, what is it ?

Eh bien, il y a des gens qui souffrent de lésions cérébrales (plus précisément à l’arrière du cerveau, dans la région qu’on appelle le cortex occipitalvispri.1183013557.jpg) telles qu’ils ne voient que dans une moitié de leur champ visuel. Par exemple ils ne voient rien dans la partie gauche. Vous leur montrez des points lumineux dans cette partie et ils vous disent qu’ils n’ont rien vu. Mais un jour de 1971 (une paille…), trois chercheurs du MIT eurent l’idée de quand même insister. Ils montrèrent des petits points lumineux dans cette partie gauche et ils demandèrent au patient s’ils les voyaient… PUISQUE JE VOUS DIS QUE JE VOIS RIEN ! NOM DE DJU ! seulement voilà… les chercheurs lui demandèrent quand même de laisser aller son regard vers d’où venait la lumière de ces points lumineux, évidemment ça devait l’agacer le type… mais bon, bon prince, il se laissa faire et dirigea son regard au hasard… eh bien, vlan, c’était justement dans la bonne direction ! autrement dit, il avait quand même « vu » quelque chose, mais sans en être conscient.blindsight.1183013470.jpg

Plus tard, les choses se sont compliquées. On a (Béatrice de Gelder et Larry Weiskrantz) montré des visages possédant plusieurs expressions (dont la peur, ça y est nous y voilà !) justement dans cette partie « invisible » du champ visuel, et on a voulu (Bauer, Tranel et Damasio) enregistrer les réactions épidermiques des sujets au moyen des vieux soi-disant « détecteurs de mensonges »,detecteurdemensonge.1183013664.jpg en réalité des appareils qui enregistrent les brusques variations de différence de potentiel électrique sur la peau des individus (mais ces variations ne sont pas forcément dues à la peur, bien entendu, il suffit d’être un peu ému). Et là, qu’est-ce qu’on a constaté ? Eh bien, que les « semi-aveugles » percevaient quand même, mais inconsciemment, les visages en question, et qu’ils étaient sensibles à leurs expressions.

Alors, là… comment ça se fait ? qu’est-ce qui voit en nous quand nous ne sommes pas conscient de voir ?

Il y a plusieurs voies dans la vision. Il y en a une qui est royale… elle passe par le chiasme optique et le corps genouillé latéral et elle arrive dans notre cortex occipital susnommé. Celle-là, si elle est lésée, on a des problèmes de vision consciente. Mais il y en a une autre, qui passe par ce qu’on appelle le colliculus supérieur, elle est très minoritaire et rudimentaire… c’est la transmission par morse comparée à la télévision numérique, mais elle charrie quand même des informations.

Et ces informations, elles continuent de circuler après le colliculus… et elles arrivent où ? si vous avez lu le blog de Posuto, vous savez que Kiki y parle de cacahuètes. En fait, je crois qu’elle veut parler des amygdales cérébrales (rien à voir avec celles qu’on a au fond de la gorge) qui sont « de petites structures cérébrales profondes et symétriques en forme d’amande qui appartiennent à notre cerveau limbique » (le mot amygdale vient d’ailleurs d’un mot signifiant « amande » en grec). Appartenir à notre cerveau limbique, ça veut dire que c’est très vieux (du point de vue de l’évolution des espèces) et assez « primitif » comme truc. Bref, c’est quelque chose qui a été mis au point dans les premiers temps, quand je dis « mis au point » bien sûr, c’est pour aller vite : il faudrait dire que l’Evolution (avec un grand ‘E’) a sélectionné les lignées d’individus qui avaient les « bons » réglages.amygdale-peur.1183013886.gif

Et là, on n’a pas fini d’être étonné. D’abord bien sûr, qu’est-ce qui se passe quand quelqu’un est privé du bon fonctionnement de ses amygdales ?

Quand c’est un macaque, la description est apocalyptique : « un singe atteint du syndrome de Klüver et Bucy porte indistinctement tous les objets à la bouche, se livre à tout bout de champ à des comportements sexuels de type masturbatoire […] et manifeste surtout une altération profonde de la capacité à identifier ce qui, dans son entourage immédiat, est potentiellement dangereux ou menaçant pour lui ».

Quand c’est des humain(e)s, euh… je sens que ça va faire rire : « l’une des patientes étudiées par Damasio était une jeune femme atteinte de la maladie d’Urbach-Wiethe, pathologie rarissime qui se caractérise en particulier par la destruction des neurones amygdaliens. Cette femme d’une trentaine d’années était décrite par son entourage comme hypersociable, un peu naïve sur le plan social et d’un abord sexuel plutôt facile ».

Bref, les amygdales en question s’occupent de colorer nos perceptions au moyen d’émotions, et en premier lieu la peur…

munch.1183013932.jpg

Ensuite il apparaît que les amygdales reçoivent des messages de toutes les voies de la vision, évidemment de la voie royale, mais aussi de l’autre. Or, l’autre, on a vu qu’elle était très fruste. Les neurologues, en utilisant des filtres, sont arrivés à voir exactement quelles informations portées par les visages exprimant des émotions transitaient par le colliculus de manière à susciter une réaction des « cacahuètes » : uniquement la taille du blanc des yeux !

Comme quoi il fallait drôlement que ce soit important de percevoir que « l’autre a peur » pour que ce soit codé d’une manière aussi robuste par notre cerveau limbique… parce que, lorsqu’il a peur, on peut mieux lui régler son compte ? ou bien parce qu’il était important pour notre survie que tout soit mis en œuvre pour que tous les signaux de danger soient détectés (et la peur dans les yeux de l’autre en est un) ? c’est au choix… (c’est peut-être les deux).

Et le mensonge dans tout ça ? images.1183014072.jpgBon, c’est clair, les vieux détecteurs de mensonges, c’est de la blague. Mais, nous dit Naccache en note page 24, « ce qui est actuellement à l’étude, ce n’est plus d’essayer de lire les conséquences du mensonge sur l’état du corps, mais plutôt d’aller directement détecter le mensonge à sa source, en analysant les variations d’activité cérébrale chez un sujet allongé qui ment dans une IRM ». Il nous dit ça comme ça… comme si de rien n’était, sans ciller. Il ajoute juste, rigolard : « Il n’est pas certain que ce procédé ne soit réservé qu’aux futures séries B ! » tu parles… que du côté de Darko (je renvoie à ce blog vraiment très marrant) on serait drôlement content que ces recherches là débouchent bien vite sur des résultats….

Et après, on s’étonne du rejet de la science ….

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3 commentaires pour les cacahuètes de la peur

  1. expat'à-pattes dit :

    pardon de m’incruster… vous connaissez un creationniste je croyais que c’était plus qu’en voie d’extinction… malgré la mauvaise note obtenue par mr Darwin à l’ecole des papes.
    bon mais fo faire attention qu’il ne se reproduise pas alors.

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  2. alainlecomte dit :

    eh oui, expat’à pattes, j’ai rencontré une créationniste un jour dans ma vie, une « scientifique » en plus (informaticienne). C’est sa religion qui lui dictait sa position. quand j’avais évoqué devant elle le théorie darwinienne, elle avait reculer de frayeur: « mon Dieu quelle horreur! ». Si cette espèce risque de se reproduire, hélas… on peut penser que oui (elle va se marier cet été et je crains hélas qu’elle ne passe son virus à ses descendants…)

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  3. Michèle dit :

    Je ne résiste pas au plaisir de vous relater l’anecdote d’Yves Coppens en conversation avec sa grand-mère après la découverte de Lucy. « Tu sais Mémé et bien on le sait maintenant l’homme descend du singe on en a les preuves scientifiques ». La mémé outrée lui a rabattu son caquet vertement « toi tu descends de qui tu veux mais moi, c’est Dieu qui m’a créée.  »
    A propos de l’inconscient, il suffit de commettre lapsus linguae ou actes manqués pour ne pas échapper à sa dure réalité…

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