Prolongement de vacances vers le Sud : Arles, Avignon, La Garde-Adhémar, Carpentras, Pernes-les-Fontaines.
à Arles les expos photos des Rencontres. Cette année, toutes ne sont pas à la même enseigne, elles n’apportent pas toutes cette émotion que l’on attendait autrefois d’un négatif émergeant du néant, photos de reportages anciens, portraits officiels, photos d’amateurs qui n’intéressent que ceux ou celles qui les ont prises, photos d’un règne animal qui nous plongent dans l’ennui de la répétition… on admirera toutefois le belge Harry Gruyaert en la chapelle de Méjan, incroyable ensemble de tableaux – Hopper n’est pas loin – montrant des vues étranges et sublimes des grandes villes Paris, New-York, Anvers, Bruxelles, le Maroc aussi, jeux de lignes rapprochement des couleurs, le vert d’une robe avec celui des bouquets, les rouge et les orange, les rambardes des quais et des escaliers quand on sort du train ou du métro, les visages rêveurs au gré des wagons,
on aime aussi le coréen Park Chong Wook, couleur et noir et blanc, caméra fixée sur un coin de forêt ou sur une femme pensive, ruban d’écume sur une plage,
en la maison Lee Ufan
ou bien aussi le finlandais Pentti Sammallahti, adepte de formats miniatures
ça change un peu
qui ne dédaigne ni les chats ni les oiseaux, et photographie toute de noir et de blanc, sa province enneigée, Carélie ou Kalmoukie, où les choses et les animaux sont comme des graphismes tracés sur la neige
et Les rêves lointains en la galerie Monoprix, qui fait le tour de tous les plus grands sous la voix tombant du ciel de Natacha Appanah
on peut voir aussi quelques photos d’Afrique, les photo-romances de Kodjo, les tissus imprégnés de Mallory Lowe Mpoka, quelques souvenirs de Kwameh Nkrouma, et la photographe noire américaine Ming Smith, aux autoportraits joyeux, volupté noire.
Avignon. On ne fait que passer. Merci à la dame – une artiste experte en tableaux bizarres inspirés de la Renaissance italienne et en montages baroques: microcosmes à l’intérieur de vieilles boites de camembert – qui nous héberge à côté du parking des Italiens.
Le lendemain, découverte de Carpentras et surtout de son immense palais, l’ancien Hotel-Dieu, transformé en vaste musée-médiathèque sous le nom de l’Inguimbertine, qui ne prend sens que si on le relie à celui de l’archevêque Inguimbert nommé là sur ordre du pape Clément VII pour gérer les terres du comtat, en l’Inguimbertine donc se tient en ce moment une exposition : celle des dessins que fit Ernest Pignon-Ernest autour de Naples
Ombres de Naples
le plus célèbre de ces dessins est celui de Pier Paolo Pasolini droit, debout, tenant dans ses bras son propre cadavre tel une piéta,
affiche collée sur les murs délabrés loin du centre-ville d’une cité de béton à moitié abandonnée mais où vivent encore de jeunes chômeurs, des pauvres, des miséreux qui ne connaissent pas Ernest Pignon-Ernest, à peine Pasolini, qui croient que ce dessin représente Jésus,
heureusement un homme, probablement un éducateur, leur explique qui était Pasolini, pourquoi il fut tué sur la plage d’Ostie
les jeunes n’en reviennent pas, et s’inclinent avec respect, Ernest Pignon-Ernest explique ce qu’il veut faire, son art n’est pas marchand, il est destiné à faire réfléchir les gens les plus modestes
et pour cela il ne peut qu’aller vers eux, disposer ses dessins là où ils vivent montrer que la beauté encore peut exister là où l’on a voulu condamner à la laideur des populations périphériques.
Ernest Pignon-Ernest choisit ses emplacements avec rigueur.
Il veut mettre une vierge alitée contre un mur mais il ne veut pas qu’elle soit isolée, extraite de tout contexte, il a repéré deux vieilles qui sont toujours là à vendre quelques babioles,
alors il la met là, pour tenir compagnie aux deux vieilles, cela fait une œuvre totale qui relie l’inanimé du dessin à la vie de la rue.
La Garde-Adhémar est un village perché au-dessus de la vallée du Rhône dont les pieds baignent dans un nid de verdure, au val des Nymphes, site existant déjà à l’époque antique où l’on y pratiquait des rites païens, avant de servir de lieu de recueillement pour quelques moines. Près du bel étang, aujourd’hui une bâtisse (ancienne usine de filature de soie) abritant un atelier de reproduction d’oeuvres d’art, la maison d’édition d’Eric Linard, avec en son rez-de-chaussée deux galeries d’art contemporain, en ce moment consacrées aux expositions de Jeremy Liron, Claude Viallat et Jean-François Lacalmontie. je connais bien Liron, je m’en suis inspiré pour faire un tableau, lequel justement… prenait pour modèle un aspect de cette même bâtisse que j’avais découverte au mois de janvier, un bassin sous un mur blanc décoré d’une œuvre en céramique de l’artiste Frédéric Bouffandeau. En montrant une photo au maître des lieux, il me dit, amusé, ah bon, Liron lui-même s’inspire aussi semblablement de ma maison…
Ci-dessous: photos de Harry Gruyaert (les trois premières), de Park Chon Wook (les trois suivantes) et de Penti Sammallahti







Ci-dessous: photos de Kodjo, Ming Smith, Biskri (photo prise sans caméra)



Ernest Pignon-Ernest



