Questions à 2023

Nouveau lieu de la Biennale, le vieux musée Guimet, celui qui était inemployé depuis une quinzaine d’années, ex-musée d’histoire naturelle après avoir été la première tentative de faire un musée dédié aux arts asiatiques, ayant migré par la suite vers Paris… salles froides et sombres. Vieux étalages abandonnés pour des collections disparates et disparues. Aujourd’hui devenu l’espace d’un automne le haut-lieu des créations vidéo pour une Biennale qui essaime dans Lyon. Je trouve qu’il y a comme un fossé entre les créations plasticiennes que l’on peut voir à Fagor ou au MAC et les vidéos, installations et autres réalisations 3D que l’on peut voir ici. Un pas est franchi vers le futur. De quoi avoir envie de se plonger dans la SF. J’ai commencé. Je vais sans doute dans les prochains mois me laisser absorbé dans un méta-univers où se frôlent sans cesse des mondes parallèles, j’ai essayé Greg Egan auteur du recueil de nouvelles Axiomatique, dont le titre déjà dit long sur les ambitions spéculatives de son auteur, il y est question d’une infinité non dénombrable de mondes parallèles. Utilisant la correspondance de Cantor, on conçoit qu’à certains moments les mondes s’agglutinent dans un segment réduit par rapport à l’intervalle 0, 1, laissant vacant l’autre segment… (j’ai aussi suivi la première saison de Vortex sur France TV, prenante et touchante même si pleine d’incohérences scénaristiques).

Dans cette partie de la Biennale, on peut voir une installation qui tient sous la grande coupole, faite d’un centre de données (Data Center) recouvert par une végétation débridée, fixé au sol par une terre qui contient les déchets d’un monde disparu, dont des ossements humains… (Ugo Schiavi, 1987, France)(voir dans une photo ci-dessous, tout petit, à moitié enfoui dans la terre, un crâne humain).

Ugo Schiavi
Lucile Boiron

On peut voir aussi une réalisation en 3D (lunettes requises) au cours de laquelle le logiciel GPT-3 (« Générateur de textes pré-entraîné ») dialogue avec Max Frisch et où le sosie d’un chanteur rock parait-il connu interpelle les spectateurs pour les faire réfléchir sur l’Intelligence Artificielle :

– l’intelligence bêtement humaine a-t-elle encore longtemps à vivre ?

– N’est-elle pas bien moins fiable que l’IA ?

– Y a-t-il besoin d’une enveloppe biologique pour une Intelligence Artificielle ?

– Le crime, la guerre, le mal ne sont-ils pas l’apanage du seul genre humain, dont l’IA enfin nous délivrerait ? (kennedy+swann, Berlin)

On peut voir encore une belle animation poétique autour de la guerre, un personnage courant en sens inverse d’un flot d’humains qui la fuit (celle du Liban, Nadine Labaki & Khaled Mouzanar, Beyrouth, 1974), une série de plexiglas qui coulent et se répandent sur le sol, contenant des fragments de corps humain, seins, ventres, intestins qui font des vagues (Lucile Boiron, France, 1990). On peut voir aussi des dessins au graphite sur des supports de feutre (Zhang Yuyao, 1985, Shanghaï), un lutin vert égaré, posé sur un tronc d’arbre (Kim Simonsson, 1974, Finlande), une grande salle verdâtre pleine de vieux rayonnages métalliques inondée de sons grinçants et inquiétants (Evita Vasiljeva, 1985, Riga), etc. etc.

Stop. Nous sommes déjà en 2023. On ne rigole plus. Le futur est inquiétant. Un ami m’envoie un dessin humoristique qu’il a fait lui-même et qui représente deux personnages en route vers le bout de l’année 2022, l’un est réticent, l’autre insouciant, mais finalement le premier gagne : ils décident tous les deux de s’arrêter à 1 mètre du but… barrière à ne pas dépasser.

D’où les questions, qui complètent les précédentes :

– y a-t-il une intelligence intermédiaire, entre artificielle et naturelle ? Si oui, à quoi sert-elle ? Est-elle revêtue d’un corps désirable ?

– si on admet, comme on nous le dit, que la fusion nucléaire va se développer et devenir dans trente ans une source d’énergie inépuisable et quasi-gratuite, pouvons nous arrêter pendant trente ans et revenir au bout de ce temps ?

– une IA va-t-elle nous remplacer, interdisant que nous sombrions dans la misère et les souffrances qui font le lot des humains dans notre monde contemporain ? Si oui, dans combien de temps, pour que nous puissions donner espoir aux Ukrainien.ne.s sous les bombes, aux Iranien.ne.s sous la répression, aux Yéménites abandonné.e.s ?

– l’humain ordinaire, sans prothèse et sans greffe d’organes supplémentaires, sera-t-il encore viable dans trente ans ? Dans cinquante ans ? Demain ? Ou devra-t-on le changer comme on songe à le faire actuellement pour une voiture, passant d’un modèle thermique à un modèle électrique sans coup férir ?

– les humains de demain, autrement dit les trans-humains, se déplaceront-ils en téléportation, évitant ainsi tous les rejets de CO2 dans l’atmosphère ?

– si, comme le dit Joseph Razinger, récemment décédé, « face à la souffrance de ce monde la protestation contre Dieu est compréhensible », mais « la prétention que l’humanité puisse et doive faire ce qu’aucun Dieu ne fait ni est en mesure de faire est présomptueuse et fondamentalement fausse » (Encyclique Spe salvi du 30 novembre 2007), ne devons-nous pas penser qu’il n’a fait que changer l’ordre des causes, et que ce qu’il voulait dire était que « la prétention que l’humanité puisse et doive faire ce qu’aucune Intelligence Artificielle ne fait ni est en mesure de faire est présomptueuse et fondamentalement fausse » ?

PLEASE GIVE ME ANSWERS

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2 commentaires pour Questions à 2023

  1. bpmakemo dit :

    sur ce thème les auteurs de SF sont sans doute les plus pertinents. Je recommande ici un auteur de BD Mathieu Bablet pour « Carbone et Silicium ». Je rajoute l’auteur Nantais Pierre Bordage dont l’oeuvre entière aide à penser ces sujets. C’est très loin d’être léger et pour peu qu’on supporte ces genres littéraires dits mineurs, on y trouvera des réflexions profondes sur l’expérience humaine qui n’ont rien à envier à mon avis à des penseurs plus orthodoxes.

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  2. alainlecomte dit :

    Salut Bob. Merci de la référence. Dans ce domaine, j’ai beaucoup de retard de lecture! On me dit aussi qu’il faut commencer par Damasio! Mais je suis convaincu de ce que tu dis, la SF paraît être aujourd’hui le principal lieu où se poursuit une réflexion de fond sur l’humain.

    Aimé par 1 personne

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