Bifurcation nécessaire

« Bifurquer », sous la direction de Bernard Stiegler (avec le collectif Internation), est un livre plutôt difficile à lire. Comme souvent dans le cas d’écrits théoriques, les auteurs se croient obligés d’employer une langue lourde où les nominalisations occupent le devant de la scène et où les phrases avec relatives et subordonnées abondent, donnant l’impression d’expressions figées contraignant le lecteur à les reprendre du début afin de pouvoir en tirer la signification essentielle… est-ce cela qui fait sérieux ? scientifique ? N’y aurait-il pas une autre manière de dire, avec des phrases plus courtes et davantage d’élan… les auteurs d’écrits théoriques devraient s’inspirer parfois de la poésie…

Il faut donc de la patience pour arriver à décortiquer une pensée qui, déjà, en elle-même, n’est pas simple. Mais si l’on produit cet effort, alors on est gratifié d’une compréhension de phénomènes auxquels souvent nous ne savons pas donner de nom. L’œuvre de Stiegler est complexe, on le sait. Elle ne se limite pas à fournir « une opinion », à décrire une tendance qui serait toujours plus catastrophiste ou à s’indigner d’une politique désastreuse, elle construit lentement mais sûrement un arsenal de concepts explicatifs qui s’enchaînent les uns avec les autres pour donner une théorie d’ensemble dont nous manquons cruellement depuis Marx et Freud. Le concept central de ce recueil de contributions est celui d’entropie, dont tout le monde connaît la nature physique, qui va de pair avec l’énoncé du deuxième principe de la thermodynamique selon lequel l’entropie d’un système isolé est croissante. Cournot, Brillouin, Costa de Beauregard (Le Second Principe de la science du temps, entropie, information, irréversibilité, éditions du Seuil, 1963) l’ont exploré et l’ont relié à la flèche du temps, ainsi qu’à la notion d’information. Une barre métallique chauffée à une extrémité mais pas à l’autre possède une quantité d’information (permettant de distinguer les deux extrémités par exemple), en même temps qu’un certain degré d’entropie (autrement dit une certaine dose d’organisation), au fil du temps, la température va s’uniformiser, ce qui va conduire à une indifférenciation des deux extrémités (perte d’information) et à une évolution vers moins d’organisation et donc plus de chaos (hausse de l’entropie). La hausse de l’entropie qui est une progression vers le désordre est en même temps une perte d’information, d’où le fait que l’information soit, depuis Brillouin, qualifiée de néguentropie.

Les systèmes non isolés peuvent échapper à cette tendance inexorable, c’est le cas de la vie sur Terre, où l’entropie est contre-carrée par le rayonnement solaire. Déjà Schrödinger, dans Qu’est-ce que la vie ? en 1944, mettait le doigt sur le fait que « lutter contre l’entropie, c’est ce que fait le vivant », et c’est là qu’il parlait d’entropie négative. Mais l’humain, en tant que vivant d’une espèce un peu particulière, qui possède en particulier son entrée dans la noosphère (c’est-à-dire le monde des idées, du langage et des pensées) en ajoute une couche, si on ose l’expression. Les organes dont il est doté ne sont pas seulement endosomatiques (liés au développement de son propre corps), mais aussi exosomatiques : ce qui sort de lui et s’érige comme outils – du levier à l’ordinateur – productions, écrits, textes qui finissent comme des entités stables au moins pour un temps, situées en dehors de lui et ayant leur autonomie et développement propres. Ces productions, que Stiegler qualifie parfois de pharmaka, ont une double face, l’une pouvant contribuer à davantage d’organisation et de savoir (en ce cas ils contribuent à augmenter la néguentropie) et l’autre au contraire pointant vers plus d’entropie, ou anthropie (l’anthropie étant le part spécifiquement humaine de l’entropie) : ils ajoutent au désordre, on peut ici penser à l’usage abusif de l’automobile engendrant pollution et conditions d’encombrement qui finissent par ruiner les conditions d’un emploi néguentropique. Elles occupent donc une place majeure, au point que l’ère qui les voit dominer à ce point a mérité d’être qualifiée d’anthropocène (terme utilisé par le météorologue et chimiste de l’atmosphère Paul Josef Crutzen à la fin des années quatre-vingt-dix).

Erwin Schrödinger

L’anthropocène serait donc cette ère géologique où l’entropie a commencé à être de l’anthropie. De même que la vie s’édifiait en luttant contre l’entropie, il faut qu’à l’anthropocène, quelque chose lutte contre l’anthropie, évidemment on peut s’en douter c’est la noèse, autrement dit la pensée, le savoir, les idées.

Les signes de la croissance d’entropie au niveau global de la vie sur Terre sont nombreux, ils comportent notamment la réduction de la diversité biologique, dont les effets de désordre sont souvent relevés : la crise du Covid-19 ainsi que d’autres épidémies à venir, liées à des passages de virus d’une espèce animale à l’homme, en sont des exemples. La réduction de cette diversité réduit le nombre d’espèces vers où un virus peut migrer, augmentant la probabilité du passage vers l’humain. La globalisation est donc entendue comme manifestation d’entropie. Ce qui entraînera la nécessité de se concentrer sur le local.

Si l’entropie réduit le vivant (et notamment la biodiversité), l’anthropie réduit la pensée, le symbolique, et particulièrement ce que l’on peut appeler en analogie avec la biodiversité : la noodiversité, c’est-à-dire la diversité des points de vue, des idées, des langues (et à l’intérieur de chaque langue elle se traduit par un appauvrissement de celle-ci, un article récent encore signalait à quel point se réduisaient à vue d’œil les compétences linguistiques des êtres parlants, restreignant par exemple la gamme des temps verbaux disponibles – qui utilise encore le passé simple ou le subjonctif en français ? – l’éducation telle qu’elle est dispensée y étant évidemment pour quelque chose, appauvrissement qui ne peut conduire qu’à celui de la pensée, le sujet perdant à la fois l’habitude et la capacité d’approfondir ce qu’il pense et la nuance sous laquelle il lui faudrait l’exprimer).

Comment empêcher l’entropie de croître ? Si cela est impossible pour le système global isolé (notre univers cosmologique par exemple), on peut par contre penser que cela est possible aux divers niveaux de localité qui nous concernent, nous humains. On sait en effet que des systèmes locaux peuvent échapper au principe, même si, globalement, l’entropie continue de croître. On trouvera ici la raison de fond pour laquelle Stiegler et al. mettent l’accent sur la localité (mais une localité extensive, par emboîtements successifs pouvant atteindre la biosphère).

J’ai, dans un article précédent concernant la logique (la logique de la logique – III), mis l’accent déjà sur la « locativité », concept légèrement distinct de celui de localité en ce qu’il porte sur le caractère locatif (inscrit dans un lieu) d’une idée ou d’une parole, alors que « localité » renvoie simplement à une opposition au « global » ; on voit néanmoins la proximité des deux notions. Le local naît d’un lieu. Seulement il ne doit pas y demeurer car, et c’est le propre de la topologie, les lieux s’emboîtent les uns dans les autres. En topologie, discipline mathématique aux lointaines origines eulériennes, on définit la notion de voisinage, ce n’est pas quelque chose d’absolu, du genre « est voisin qui vit à moins de 500 mètres de moi », mais quelque chose de relatif se situant dans un système : si V est un voisinage de x, tout W incluant V en est encore un. Ce qui est fascinant dans cette notion mathématique (qui a permis aux Bourbaki de refonder complètement l’analyse au sens où l’entendaient Leibniz et Newton) c’est donc qu’elle contient en elle-même une notion d’ouverture. Pas étonnant d’ailleurs si on l’utilise pour définir la notion d’ouvert : en topologie, un ensemble est dit ouvert s’il est voisinage de chacun de ses points. Comme il est dit par Stiegler et al. « la localité est le processus d’une identification toujours ouverte, et non la projection fantasmatique d’une identité donnée ».

Si lutter contre l’entropie suppose le ressaisissement du niveau local car c’est de là que naissent les processus néguentropiques, cela suppose aussi une forme d’intervention ou « d’ajout » au réel. De par les facultés propres à Homo Sapiens, de par son immersion dans ce qu’on appelle noosphère, cela se fait par le savoir. J’ajouterai aussi que cela se fait par l’art : l’art ajoute quelque chose au monde, qui est justement ce qui, à un niveau local, remplace une région du réel qui irait vers l’entropie croissante par une région presque identique mais nouvellement informée : songeons à l’artiste Christo, récemment disparu, dont l’œuvre a principalement consisté à ajouter des matières et des formes, tissus enrobant le Pont-Neuf ou le Reichstag, planchers flottants entourant des îles ou palissades dans le désert californien (clin d’œil ici à mes compagnes de stage de peinture à Crest du 29 juin au 3 juillet).

Christo. La barrière qui court… (Running Fence)

Les auteurs de « Bifurquer » s’appuient abondamment sur les recherches menées il y a déjà longtemps (vers les années 1945) par des chercheurs comme Alfred Lotka et Georgescu-Roegen (économiste). Le premier a mis en lumière que « la production de savoir est la condition de la lutte contre l’entropie pour cette forme de vie technique qu’est la vie humaine ». Le second « reprendra le point de vue de Lotka en soutenant que l’économie a pour fonction de limiter l’entropie et d’augmenter la néguentropie », à condition bien sûr que cette économie « ne repose plus exclusivement sur la physique newtonienne, mais intègre la thermodynamique, comme question de l’entropie, et la biologie, comme enjeu de la néguentropie ». Pour Lotka, l’évolution exosomatique qui complète l’endosomatique est tout autant que celle-ci porteuse d’anthropie et néguanthropie (suivant le caractère bivalent des organes qu’elle engendre, les fameux « pharmaka »), d’où « la fonction vitale du savoir » qu’il faut non seulement protéger mais amplifier. Or, ici est intervenue une vraie catastrophe, contemporaine du début de l’ère anthropocène : la transformation du travail (au sens du grec ergon, travail comme producteur de savoir) en labeur (ponos) voire pire: en emploi. « Le travail a été transformé en emploi et les savoirs qui étaient mis en œuvre par le travail ont été progressivement transformés en formalismes machiniques » (p. 31).

Marx avait appelé prolétarisation ce processus de séparation de la conscience du travail accompli dans les fabriques industrielles. Déjà perçaient les effets de l’automation, de la fragmentation des tâches, du taylorisme et de la division du travail, le labeur n’était plus qu’une tâche fractionnée et répétitive accomplie pour un salaire sans que jamais n’apparaisse une possibilité de s’accomplir à travers lui. Les siècles postérieurs (le XXème et plus encore le XXIème pour ce que nous en voyons actuellement) ont amplifié le phénomène en s’étendant hors du monde de la fabrique des objets matériels vers celui des idées et du travail intellectuel, la recherche s’effectuant elle aussi désormais par « actions » fragmentées utilisant des prêts à porter méthodologiques (packages d’outils statistiques par exemple, dont l’utilisateur ignore souvent la manière dont ils fonctionnent). Stiegler parle donc de prolétarisation en un sens plus général, et plaide pour que l’ère nouvelle soit non seulement celle de la décarbonation mais aussi celle de la déprolétarisation. Par quels moyens ? Un gros effort doit être fait sur ce que les auteurs appellent l’économie contributive, dont le but est de « revaloriser les savoirs de toutes sortes – de celui de la mère qui sait élever ses enfants à l’heure des écrans tactiles aux savoirs les plus formalisés et mathématisés, bouleversés par les black boxes, en passant par les savoir-faire du travail manuel ou intellectuel à l’époque de l’automatisation » (p. 33).

L’entreprise est évidemment colossale. Monde de l’après-Covid ? Si seulement… Nous en voyons si peu les prémisses… pourtant le collectif « Internation » se prévaut d’un certain nombre d’expériences menées notamment à La Plaine Saint-Denis dans le 93. Il faudrait y aller voir de plus près. Les rapports de ces expériences proposés dans le livre sont hélas parfois obscurs (dans ce style évoqué au début de cet article, alors qu’on aimerait des récits, des témoignages un peu enthousiasmants). Il faudrait aussi parler de cette idée surtout développée au chapitre 10 par Daniel Ross mettant en parallèle les deux grands types de technologies aujourd’hui développées : celles à base de carbone et celles à base de silicium. Si les premières doivent être carrément éliminées (si nous souhaitons arriver à un monde où il soit encore possible de vivre), les secondes demandent un autre traitement : non pas les éliminer mais les aiguiller sur une autre voie. Ici repose l’idée de bifurcation qui donne son titre au livre. J’y reviendrai. Je termine par cette phrase qui (exception?) fait preuve d’une certaine envolée poétique :

Tout savoir sait quelque chose du monde en cela qu’il ajoute quelque chose à ce monde : il sait que ce monde est inachevé et qu’il faut continuer à le faire advenir. Cet ajout par lequel le monde advient par le savoir, c’est un apport néguanthopique aux mondes humains.

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2 commentaires pour Bifurcation nécessaire

  1. Belle illustration de Christo, le regretté, sans « relatives et subordonnées », seulement avec une ordonnée vers l’ailleurs. 🙂

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  2. Debra dit :

    Je ne comprends pas le sens/fonction de cet étymon ? « négu ». C’est en rapport avec la négation ? C’est quel genre de négation, svp ? Il est accolé à « entropie » et à « anthRopie », c’est ça ?
    Il y a une bonne dose d’hubris dans le fait d’appeler notre époque « anthropocène », je trouve…

    Depuis quelque temps je me suis mise à faire de plus en plus de choses avec mes dix doigts, et à m’interroger sur pourquoi je ne voyais pas plus de gens faire des choses avec leurs dix doigts. Par exemple : déchirer les feuilles de salade avec mes dix doigts pour faire la salade. Je me suis rendu compte que, CHOSE TRES LOUCHE… il y avait plein de choses que je pouvais faire même mieux avec mes dix doigts qu’avec un quelconque OUTIL censé me venir en aide. Mon index fait un superbe spatule, par exemple. Mieux même qu’un spatule en caoutchouc. Pratique.
    Je ne sais pas si mon « semblable » qui est parfois si différent de moi est au courant de toutes les possibilités qu’on a avec ses dix doigts, sans outils, mais un petit oiseau me dit que peut-être pas…
    Je soupçonne que depuis belle lurette, nous avons terni et diminué les possibilités de nos mains par souci de… « civilisation »…par inhibition, et que, qui plus est, nous nous félicitons de notre « civilisation »…
    Pour le langage, et l’état de la langue, le VERBE SOUFFRE. Logique, je dis… (suivez mon regard).
    Le verbe fait partie de la COPULE qui permet de relier sujet et objet, si mes souvenirs sont bons, (peut-être pas…). Quand le verbe souffre… tout le monde souffre : les sujets (personnes, surtout), mais les objets aussi. Surtout le fait de se sentir.. RELIE au monde, que le verbe assure.
    Avouez que se sentir relié au monde par le truchement du verbe « être » est… très pauvre, et très appauvrissant.
    On retombe sur l’incarnation, ce qui est le fait d’asseoir le registre symbolique de l’activité humaine DANS le corps des membres de l’humanité.
    Pour moi, l’incarnation, cette reliure, est grandement en souffrance en ce moment.
    En ce moment je suis plongée dans « Le Marchand de Venise » de William, qui est une exploration jubilatoire de la vie de la maison, sous la forme des multiples relations possibles entre les êtres humains avec argent, sans argent, dans la chair, par le biais du contrat, du serment. « Le Marchand » invite à examiner attentivement la métaphore organisatrice qui ferait que la reproduction/multiplication de nous-mêmes en tant qu’êtres de chair soit assimilée à notre.. PRODUCTION, à ce que nous fabriquons avec nos dix doigts, ou ce que nous fabriquons tout court. C’est le problème du « genitum non factum », pour simplifier.
    Se souvenir des origines du mot « prolétaire », et le mépris fondamental qu’il véhicule envers nous, comme êtres de chair.
    Comme j’ai déjà dû dire ici, l’usine est le lieu où l’on dévie l’élan vers la vie qui s’exprime dans la sexualité POUR FAIRE DES ENFANTS en fabrication d’objets de consommation pour le bien ? l’intérêt ? général. On peut appeler ça « sublimation », mais il me semble me souvenir que Freud a reconnu que la sublimation, qui fait grandement l’affaire de la « civilisation » n’est pas sans contrepartie…
    Enfin pour le travail… si j’avais les moyens, j’essaierais de remonter bien avant en Occident, pour comprendre comment l’organisation sociale de l’Antiquité autour de l’esclavage a cédé. Elle n’a pas cédé avec la fin de l’Empire Romain, ni avec le triomphe de l’Eglise chrétienne. C’est un fait que pour l’Antiquité greco-romaine, PARMI LES HOMMES ET LES FEMMES LIBRES, il y avait un mépris pour toute forme de travail manuel, sauf… à Rome, le travail du fil, et le tissage des vêtements assurés par la patricienne dans sa cellule familiale. Ce travail là était même… sacré. La lecture des Evangiles permet de repérer en plus, que le travail salarié n’était ni respecté, ni respectable au moment où ces textes étaient écrits.
    C’est un fait aussi que pendant l’Empire Romain, l’esclavage n’était pas du tout ce que nous imaginons qu’il fût. La condition des esclaves était très variable, et il était quasi-obligatoire qu’un patricien emploie un esclave pour gérer sa propriété, par exemple. Bon nombre de fonctions que nous assignons à l’heure actuelle à des.. bureaucrates étaient assurés par des esclaves pendant l’Antiquité. (Ne croyez pas que je défends l’esclavage ; je défends la nécessité que nous OUVRIONS DES YEUX sur notre histoire/héritage pour essayer de comprendre ce qui est en crise chez nous.)
    Je vais rassembler ce que je viens d’écrire pour rappeler que les civilisations de l’Antiquité greco-romaine étaient des civilisations où la terre avait/était une valeur sacrée, et refuge, ce qui est très loin d’être le cas de notre civilisation occidentale en ce moment, où nous subissons de plus en plus de pression pour nous… délocaliser en permanence. Il est normal, logique, que se pose la question de notre ATTACHE à la terre, ne serait-ce que parce que beaucoup d’entre nous continuons à vivre dans des maisons/appartements.

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