Pékin XXI

Le Pékin moderne, c’est New York, c’est Berlin, c’est Londres, c’est toute ville internationale du monde mondialisé, des buildings qui se font la nique, à qui sera le plus beau, le plus élancé, le plus original. Les cabinets d’architecte prospèrent, ils pensent que l’art est dans la rue (le boulevard, l’avenue…) à coups de milliards et d’expropriations. Au prix de quoi on a évidemment ces grands ensembles impersonnels, faits uniquement pour les marques, où l’on trouvera Starbucks aussi bien que Dolce et Gabbana, mais avec en prime saugrenue, au coin d’une affiche sur une pallissade, une réclame pour « les vraies valeurs du socialisme »… Aujourd’hui, j’ai marché, marché, marché… de la station Dongsishitiao jusqu’à l’Institut de France en Chine, puis de là jusqu’au Temple du Pic de l’Est, puis du Temple du Pic de l’Est au Parc du Temple du Soleil, avant de rejoindre le World Trade Center et l’immeuble de CCTV qui lui fait face, puis Guomao, puis Shuangjing où nous sommes basés. Peut-être une dizaine de kilomètres au total. Et j’ai vu ce mélange, toujours, de Chine moderne et luxueuse, bien en avance sur nos sociétés occidentales sur certains points (deux-roues électriques partout, vélos très spéciaux pour les sportifs, dotés d’un anti-vol fixé au cadre que l’on ouvre via son application smartphone, ouverture des portes privées par code magnétique), de Chine traditionnelle (les temples) et de Chine mondialisée (les marques, les voitures de prix, Porsche, Maserati).

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J’ai toujours aimé, dans les grandes villes du monde, visiter les Centres Culturels Français… histoire de retrouver un moment de repos sans doute, mais occasion aussi de lire la presse, de prendre connaissance d’activités culturelles accessibles et peut-être de trouver dans la librairie qui, en général, est attenante à ce genre d’institution, un ou deux livres que je n’aurais jamais dénichés en France et qui me parleraient du pays visité d’une manière inattendue. L’Institut de Pékin a une belle architecture intérieure, on y expose en ce moment une photographe française (Isabelle Chapuis) qui orne ses portraits de fin duvet extrait de pissenlits quand les fleurs donnent lieu à ces fines étoiles blanches qui s’envolent comme de la neige. C’est fin, léger et duveteux. Mais la librairie, hélas, a peu de choses de plus que celles qu’on trouverait à G(1). en bas de chez soi, et puis, pour acheter… il faut être « membre ».

photo Isabelle Chapuis, exposition Dandelion, Institut Français de Pékin

photo Isabelle Chapuis, exposition Dandelion, Institut Français de Pékin

Le temple du Pic de l’Est est un temple taoïste, assez désert, qui abrite une collection de babioles de toutes les époques (je n’ai pas réussi à deviner la logique de leur classement), ainsi qu’un âne en bronze que l’on se doit de caresser si on veut obtenir les faveurs du ciel…

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Quant au Parc du temple du Soleil (ritan), c’est un joyeux espace pour les promeneurs de quartier chic, avec des collines surmontées de pavillons où l’on peut faire de la musique, parsemé d’étangs où se reflètent d’autres pavillons. On parcourt en en sortant une avenue longée d’ambassades (Inde, Roumanie, Grande-Bretagne) gardées par des soldats, figurines de plomb aux pieds de chateaux forts.

L’immeuble de la télévision (CCTV), dû à l’architecte Kohlaas, est un curieux anneau vertical aux contours triangulaires.

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Ce luxe et cette modernité n’empêchent pas (heureusement) les marchants ambulants de se réunir aux carrefours pour vendre des fruits, tout un bric-à-bric de vaisselle dépareillée et de vieux livres enrobés de poussière.

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Les passerelles surplombent les avenues, des échangeurs complexes font passer les voitures d’un étage à un autre, la ville bruit de sons de marteaux-piqueurs et de musique de publicité diffusée par des haut-parleurs. Arrivé au carrefour de Shuanjing, je mets longtemps avant de trouver ma destination finale tellement tout se ressemble, tellement on confondrait l’entrée du Starbucks local avec celle de la patisserie Wedome qui fait sa spécialité de ces petits gâteaux au coeur de flan que l’on trouve en général… à Lisbonne. Mondialisation, je vous dis.

(1) mis à part une série de petits livres consacrés à des photographes chinois contemporains, édités chez Thircuir, dont un certain Hen Lai, qui a photographié la population des années quatre-vingt-dix en noir et blanc d’une façon très intéressante, où l’on retrouve cette Chine d’il y a vingt ans, quand les usines étaient de vraies usines et non des friches pour artistes.

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2 commentaires pour Pékin XXI

  1. L’architecture moderne serait-elle un paravent à la régression vers un pur totalitarisme ? J’ai pensé hier soir à toi en voyant un reportage consacré sur France 2 au projet du gouvernement chinois de mettre toute la population sous cloche étatique, à partir des données informatiques que celui-ci détient sur les comportements – publics ou personnels – des citoyens : l’attribution de « points » (comme ici pour le permis de conduire) permettant ou non l’accès à tels ou tels services, récompensant ou sanctionnant tels faits et gestes, et surveillant à chaque instant le citoyen devenu un simple « numéro » interchangeable et emprisonnable à cause de la moindre « déviance » anti-parti…
    Alain Peyrefitte avait écrit « Quand la Chine s’éveillera » : mais il n’avait pas imaginé un système qui entend dépasser apparemment même les prophéties d’Orwell !

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  2. alainlecomte dit :

    hé oui, j’ai entendu parler de ça aussi (mais sur les medias français, pas en Chine, du reste, la presse chinoise m’est bien trop inaccessible), et quand ils auront 0 point… il faudra repasser le permis de vivre? Ceci dit, en lisant Anne Cheng, je vois que cela ne fait que reprendre une longue tradition, celle des « légistes » qui théorisaient ce genre de contrôle des individus déjà vers 200 ou 300 avant J.C. Je crois qu’il y a peu de changements en réalité, si ce n’est que la technologie informatique est là pour donner réalisation à ces théories folles…

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