Dong San Huan Nan Lu

Après « armement des toboggans » et « vérification de la porte opposée », c’est toujours une aventure qui commence… On part en s’élevant puis on atteint sa vitesse de croisière dans des bruits de tuyauterie et des chuintements, la petite lumière « maintenez vos ceintures attachées » s’éteint puis se rallumera ensuite en fonction des turbulences… Turbulence, voilà un mot qui fait penser à l’enfance car il qualifie les enfants qui ne tiennent pas en place, là c’est la carlingue qui ne tient pas en place, ni d’ailleurs les petites bouteilles posées en équilibre sur la tablette devant soi. J’ai pris du Champagne et du vin blanc. Mon Champagne valse sur mes chaussures défaites et il me reste juste assez de vin pour finir un repas plus que léger. On tente de s’endormir, on y parvient un peu, on bouquine et alors qu’il reste encore trois heures de vol (sur les neuf et demie) on se décide à regarder un film. « La belle saison », de Catherine Corsini, avec Cécile de France, Noémie Lvovski, et Izia Higelin, que je n’avais pas vu à sa sortie. Beau film militant. Je ne regrette pas de l’avoir regardé quelque part au-dessus d’Oulan Bator. C’est un film dont l’action se passe au début des années soixante-dix, aux beaux temps de la lutte des femmes, quand les combats étaient clairs. Il s’agissait de lutter pour la liberté de l’avortement, l’égalité des salaires entre hommes et femmes, le refus du statut de femme-objet. Au début du film, désopilante séquence où une escouade de filles, du côté du Jardin du Luxembours, mettent la main aux fesses des hommes … pour leur faire voir ce que c’est, et s’en prennent, comme dit l’une d’entre elles, à leur « imago viril ». C’est là que Delphine et Carole se rencontrent, l’une est paysanne, l’autre est parisienne, elles vont tomber amoureuses. Belles séquences, séquences émouvantes. Bref, un film sur la liberté, dont nous avons bien besoin. On dirait qu’il y a quarante ans, le mot de « liberté » ne faisait pas peur, au moins à une partie de la population, alors qu’il fait si peur aujourd’hui… Mais retour dans l’avion. Ça s’agite, on relève les rideaux des hublots, il fait jour… mais déjà plus pour longtemps car là où je vais, la nuit tombe dès cinq heures trente. Contrôle de police passé (policière très aimable), valise récupérée sur le tapis, taxi qui m’arnaque. C’est de bonne guerre. Ensuite, embouteillage monstre sur autoroutes surpeuplées…

Guangqu Rd, vue de ma fenêtre

Guangqu Rd, vue de ma fenêtre

Là où je vais, c’est Pékin, ou Beijing, comme vous voulez. Je vais exactement à Dong San Huan Nan Lu, le long de Guangqu Road, au 5 précisément. Cherchez pas, c’est le nom d’un quartier. Nous dirions plutôt une cité. Me voilà replongé des années en arrière, quand nous habitions en HLM, voire beaucoup plus loin lorsque j’habitais une cité d’Oran (Dar Beida). Mêmes couloirs en béton, murs blancs zébrés de traces noirs, ascenseurs mastoques en acier blindé. Mais portes charmantes. A la chinoise. Inspirées du style des hutongs. Comment s’y retrouver ? Là où me laisse mon chauffeur de taxi heureux de sa journée, ce n’est pas vraiment l’entrée de mon escalier… J’appelle mon pote Sam qui n’est pas loin. Avant qu’il n’arrive, j’ai immanquablement affaire à un aimable policier qui se demande ce que je peux bien faire là. Je lui tends mon plan Google approximatif, il se marre… « oui, oui, vous êtes bien là où il faut ! » et il s’en va. Sam arrive. Appartement confortable pour quatre personnes, chacun a sa chambre évidemment. Je suis censé être là pour tra vailler… co-écrire un livre… qui n’a rien à voir avec la Chine ! Mais les hasards de la vie nous poussent parfois à saisir de drôles d’opportunités… Mes compagnons ? Sam, donc, grâce à qui je suis ici et avec qui ce livre doit se faire, N. qui fait une thèse en sciences de gestion, et un autre Alain qui, lui, chimiste, s’est orienté vers l’étude des supports matériels de la peinture, ce qui le conduit aujourd’hui à fréquenter les milieux de l’art contemporain (notamment des graffeurs).
En bande, le soir, nous mangeons au restaurant. Nous arrivera un plat délicieux de poissson recouvert de multitudes de piments, cacahuettes, bouts de poulets et de poireaux, avec des saveurs parfumées si particulières que je n’ai jamais rien goûté de tel. Sichuanais bien sûr. Et l’addition est même toute raisonnable (moins de dix euros par personne, bières comprises).
Enfin dormir pour de bon… il est minuit heure locale, autrement dix dix-huit heures en France. Google n’est pas accessible. Je ne peux donc pas lire mes mails. Tant pis, on passera par un autre chemin.

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2 commentaires pour Dong San Huan Nan Lu

  1. Partir vers l’inconnu, ne pas comprendre la langue entendue, mais voir la même chose que ce qu’enregistrent les regards étrangers : communauté ou communion dans le même fleuve.

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  2. alainlecomte dit :

    merci de ce beau commentaire. Je ne sais pas si je vais réussir à poster celui-ci… les relations Internet en Chine ont des aléas!

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