Echos de campagne

DL-2014-03-28Hier soir, après vingt heures, parvis de la MC2, un chapiteau était dressé pour recevoir l’ultime meeting de campagne de la liste écologiste. Comme toujours en ces circonstances, nous rencontrons quelques vieilles figures du militantisme comme mon vieil ex-collègue Robert C. historien, spécialiste d’histoire sociale, aujourd’hui retraité,  j’ai fait avec lui du syndicalisme dans ma jeunesse (SNESup), appartenu aux mêmes cercles crypto-PC… Il n’a guère dévié de ses idées. Il n’aimait pas beaucoup les socialos, il ne les aime toujours pas beaucoup, un reste des années cinquante. La guerre d’Algérie. Plus généralement : les guerres coloniales. Il dit que les gens ne connaissent pas leur histoire, qu’en 1956 déjà on s’était fait berner. Aux élections ils annonçaient la fin de la guerre en Algérie. Six mois après, non seulement ils ne l’avaient pas terminée mais ils en remettaient une couche. Deux ans plus tard ils votaient la Constitution de 1958, qu’ils n’ont pas reniée depuis. Agé, il dit qu’il n’a pas bien vu le temps s’écouler, qu’il n’a pas eu le temps de se faire aux changements. Il pensait trouver sous ce chapiteau surtout des jeunes, comme au pied des amphis qu’il avait tellement fréquentés, mais non, dit-il, ce sont surtout des plus vieux qui sont autour de nous, des têtes blanches. Mais bon, lui fais-je remarquer, pas que. Non pas que. Sur scène : deux musiciens de Sinsemilia, dont le chanteur, que j’ai bien connu autrefois, pensez : j’étais son prof de maths ! Il nous chante : « Un autre monde est possible », sur un rythme vaguement rap, vaguement slam. Il précise bien que c’est la première fois qu’il accepte de venir en soutien à une liste pour des élections, qu’il est là mais c’est avec une attitude d’expectative : il attend de voir, il ne donne pas un chèque en blanc. C’est d’ailleurs la teneur générale de cette soirée : les participants en ont tellement vu, tellement entendu, ils ont avalé tant de couleuvres, ont eu tant d’espoirs déçus… mais là, il y a peut-être un espoir, parce que l’enjeu est modeste : il est local, et que, localement, bien des choses peuvent advenir. Après tout, le maire a des pouvoirs… que les présidents n’ont pas, paradoxalement. Par exemple, le candidat vert, s’il est élu, en dépit de l’absence de loi donnant le droit de vote aux étrangers pourra quand même s’il le désire consulter les habitants de la ville quelle que soit leur nationalité. Si seulement Grenoble pouvait redevenir une ville d’expérimentation sociale… Certains orateurs ne sont pas très bons. Qu’importe. Christiane Taubira est la seule entorse à la règle de ne faire intervenir que des membres de la liste. Elle aurait du venir en personne. Quelles obscures interventions l’ont contrainte à rester à Paris? Elle se contente donc d’un message video. Un peu grandiloquent. Un peu pompeux. Grenoble, ville du savoir, de la science, des technologies, des bio- des nano- des cyber- … trop de mots glorifiant les techniques. Dans le cours des interventions, cela revient : Université, recherche, industrie, transferts de compétences, comme si l’on devait toujours, parlant des projets grenoblois, tirer sa révérence au monde technologique. Rien n’est possible sans l’innovation, sans la science. Les écologistes grenoblois sont en réalité très divisés : il existe une autre tendance (appelée « pièces et mains d’œuvre ») qui s’est illustrée au contraire par sa critique des technologies. On l’a enterrée un peu vite, alors que chacun est conscient que ce qu’il faudrait ici, c’est un vrai débat concernant le développement des nouvelles industries. Mais il n’en sera jamais question dans cette réunion pré-élections. Pas plus qu’il ne sera question de l’air que nous respirons, du diesel qui pollue, des routes qui nous asphyxient… Sans doute est-ce politique. Mieux vaut se faire tout petit avant le choc final, essayer surtout de ne pas faire peur. Mais après, après ? hein, après ? aurons-nous les vrais débats sur ce qui peut fâcher ?

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Un commentaire pour Echos de campagne

  1. « Pas plus qu’il ne sera question de l’air que nous respirons, du diesel qui pollue, des routes qui nous asphyxient… »
    Bizarre quand même, de la part de ces écolos ! Il faut croire qu’ils préfèrent tirer des plans sur la comète.

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