Beauté des femmes indiennes et de la langue hindie

lunchbox1Le petit film indien, petit film en Hindi, petit film à cause de probablement le peu de moyens utilisés pour le produire, ou bien peut-être aussi du caractère ténu, très ténu de l’argument, mais pas à cause de sa longueur, car il est bien assez long comme ça, ce n’est pas que je lui reproche ses longueurs, c’est juste que je pense qu’à le faire plus long on eût risqué de s’ennuyer car dans le fond, il est assez répétitif ce scénario, on en a vu de plus complexes, avec une chute moins attendue, mais ce film est un petit bonheur quand même, de ces sourires, même si un peu tristes, qui s’inscrivent en passant dans les interstices d’une journée chargée, que raconte donc ce petit film ? ô j’imagine que tout le monde le sait déjà, car on en a bien parlé, dans les journaux et le bouche à oreille. Quoi ? l’histoire d’une « lunchbox », c’est-à-dire de ces empilements de paniers d’alu que les femmes indiennes communiquent à leur mari pour l’heure du repas de midi, car ils n’ont pas le temps de rentrer chez eux bien sûr, dans les grandes villes, comme ici Bombay, et lorsqu’ils ont la chance d’avoir un emploi qui leur rapporte de quoi appartenir aux classes moyennes, petits fonctionnaires, petits cadres dans des entreprises locales, et qui, pour parvenir à leur destinataire doivent parcourir un itinéraire compliqué, par train, par bus et par charrette, convoyés par des « whallas », membres du petit peuple des villes indiennes, reliés entre eux par les mailles d’un réseau compact, appartenant à la même organisation, organisation rodée, autant que celle de la caste des blanchisseurs, ceux qui vous prennent vos vêtements à l’hôtel, les nettoient, les sèchent au soleil, vous les ramènent et vous êtes dans le ravissement de retrouver vos choses, sans perte, sans échange, il en va de même pour ces « lunchboxes » qui toujours parviennent à l’heureux élu qui, sans avoir besoin de quitter son poste de travail, peut se nourrir, plus ou moins bien, selon le talent de la maîtresse de maison, et selon l’amour aussi qu’elle y met. Or, celle-ci y met de l’amour, car elle veut le reconquérir, lui, son mari petit cadre falot qui rentre le soir et ne fait même pas attention à elle, à sa beauté, qui est réelle pourtant, sont-ils ensemble à cause d’un mariage arrangé entre les familles, ou bien, appartenant aux couches modernistes de la population, se sont-ils choisis, hors des considérations familiales ? Nous ne le saurons pas, et nous resterons aussi pudiques sur la question des castes. Quand elle prépare les petits plats, elle y met du sien : il ne doit manquer aucune épice, et elle se fait aider pour cela par la voisine du dessus, que nous ne  verrons jamais au cours des deux heures du film, mais nous sentirons sa présence, elle que la femme du cadre d’entreprise (« Ila », la belle Nimrat Kaur) appelle de ces deux syllabes : « Auntie ! », et là le spectateur goutte tout le charme de la langue hindie car on ne dit pas banalement « auntie » avec un « t » bien plat comme chez nous, non, on le dit avec juste l’extrême pointe de la langue sur l’avant du palais, presque un « d », mais pas tout à fait, « Aundie ! » avec l’accent sur la dernière syllabe, et les voyelles très aigues, ainsi le « i » sonne-t-il comme un cri d’oiseau. Oui, c’est ça, j’ai trouvé, ce film ce serait une histoire d’oiseaux, elle, la mère oiseau qui s’échine à concocter un nid où toute la famille serait bien, et lui, le père volage qui va de nid en nid et s’en fiche pas mal des efforts de la mère oiseau, et en plus bien sûr l’oisillon, la petite fille, habillée comme on aime habiller les petites qui vont à l’école, en Inde, c’est-à-dire avec de jolies robes et des nœuds verts dans les cheveux, qui vont à l’école en rickshaw qui les attend auprès de la porte. La lunchbox, donc, se trompe de destination. Elle arrive entre les mains d’un monsieur bien triste, car veuf, car proche de la retraite, car seul et ces repas délicieux illuminent sa vie. Il peut même se payer le luxe de temps en temps de se plaindre, là c’était trop salé, là il y avait trop de piment, mais avec deux bananes consommées, le feu dans la bouche s’est éteint, occasion de nouer des relations épistolaires. Ce film est donc un cas unique de film épistolaire, où la lettre occupe le rôle de personnage principal, la lettre transmise par les petites cuves en alu. Le reste, la suite, je ne vous en parlerai pas. La belle femme seule continuera à rêver (au Bhoutan, pourquoi pas au Bhoutan, on apprend ainsi que le Bhoutan peut fasciner les indiens et les indiennes, car érigé – à raison ? à tort ? – en royaume du bonheur) et le vieux monsieur seul peut atteindre cet âge de la vie où l’on se résigne, que d’ailleurs la religion hindouiste a codifié, n’est-ce pas l’âge où, dans les conceptions les plus radicales, l’homme ou la femme doit partir sur les chemins avec un bol et un bâton pour devenir un renonçant, c’est-à-dire un saddhu ?

Irrfan-Khan-starrer-Lunchbox-won-Viewers

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Un commentaire pour Beauté des femmes indiennes et de la langue hindie

  1. Ah oui, je ne l’ai toujours pas vu… et ce que tu en écris conforte ce que j’ai pu en lire ou en entendre…

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