Du politique dans les rêves…

Plat1JaccottetIl y a tellement de choses à dire, à lire et à écrire… Tiens, il n’y a pas si longtemps, dans le train encore. J’avais acheté le dernier livre paru de Philippe Jaccottet, dont j’ai assez souvent parlé ces temps-ci – sans savoir qu’il allait être autant célébré, qu’il aurait par exemple l’honneur d’une page entière dans « Le Monde des Livres » (du 5 avril), sous la forme d’un article de Monique Petillon, intitulé « Carnets passés au tamis du temps » – un poète, peut-être le plus grand poète contemporain – on annonce son œuvre complète pour bientôt en « Pléiade », à quand le Nobel ? – Ce dernier livre est celui dont l’article du Monde annonce la parution. « Tâches de soleil, ou d’ombre », aux éditions « Le bruit du temps », l’éditeur étant peut-être son propre fils, Antoine. Le résident de Grignan (Drôme) a trié dans ses notes depuis 1952 jusqu’en 2005. Il a du être très sévère dans son tri puisqu’il ne reste qu’un petit livre d’à peine deux cents pages. Certaines années ne sont représentées que par un seul billet, parfois deux pages, d’autres fois dix, mais jamais guère plus. Par exemple, pour 1959, un billet daté du 15 juin :

Chant du loriot, d’une tranquillité étrange, comme un chant du détachement ; tandis que j’arrache les mauvaises herbes.

Je note l’emploi du point-virgule (entendu récemment dans une émission littéraire que tout était là, dans le point-virgule, pour faire office de littérature, c’est le moment de respiration optimal, entre la virgule, à peine perceptible, et le point. Qui, lui, assomme).

Outre de telles chroniques des saisons (Jaccottet, à côté d’être le poète de la lumière est aussi celui des saisons, comme son maître, Gustave Roud, sur qui je reviendrai bientôt), ce carnet offre des souvenirs de visite ou de rencontre avec des pairs. Michel Leiris, René Char, Francis Ponge…

Il rencontre René Char un premier mai (1975) dans une maison un peu à l’écart de L’isle sur la Sorgue – probablement celle qui, depuis, a été transformée en musée(1) – il est « vêtu d’un pantalon qui flotte sur son corps, d’une chemise de toile bleue : une espèce de grand jardinier ». Accueil chaleureux qui, pourtant, n’éloigne pas le visiteur de ses vieilles réserves. (Lesquelles ?)

Ponge en 1976, qui habitait rue Lhomond. Devenu, dit Jaccottet, plus gaulliste que Michel Debré, dur avec Perse et avec Char. Ponge vaniteux (« un orgueil aussi naïf me chagrine »), mais « cela dit, le sentiment qui domine en moi quand je regagne l’hôtel est l’indignation devant les difficultés matérielles que doit endurer, à son âge, un écrivain de pareille envergure ». Générosité du poète.

Etonnant : un rêve « politique » (1993) : « dans une lutte électorale engagée entre la droite et la gauche, la droite, majoritaire, affiche une confiance arrogante en son succès ; mais quelques signes, peu à peu, à notre grand soulagement, montrent que la gauche non seulement remonte, mais va, presque à coup sûr, l’emporter ». Plus loin, dans ce rêve, Mitterrand apparaît : il voit, dit-il, face à lui, des femmes toutes en noir, qui sont en réalité des hippopotames… le poète ne conclut pas, il ne dit pas, par exemple, si en fait d’hippopotames, ce n’étaient pas des éléphants métamorphosés.

Ainsi, même chez le poète, le politique transparaît. Inquiétant ? Rassurant ? Je ne sais ce que vingt ans plus tard, on peut mettre comme contenu à un tel rêve. Ni bien sûr, quels sont les rêves actuels de Philippe Jaccottet.

 Voit-il François Hollande dialoguer avec un envol de libellules ?

(1) Réflexion faite, non. Voici l’évocation de la visite de ce musée, en 2009.

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Un commentaire pour Du politique dans les rêves…

  1. Rêves ou cauchemar… ?
    Actuellement, j’espère que l’on ne va pas non plus exiger bientôt des poètes qu’ils exhibent leur patrimoine…
    Poésie et politique : comment ne pas les lier ? Je ne sais pas non plus quelles sont les réserves de Jacottet sur René Char : mais un grand « jardinier » aussi de la Résistance.
    Merci pour ce billet sensible.

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