Instantanés ladakhis – IX – Polyandrie

« Instituée au XVIIIème siècle pour des raisons essentiellement économiques, la pratique de la polyandrie tendait à préserver l’intégralité du patrimoine familial en empêchant sa division entre les divers héritiers, ce qui s’avérait indispensable dans ce pays pauvre en terres arables. Aussi, lorsque le fils aîné se mariait, son épouse (tib. nama) devenait aussi et systématiquement celle de son (ou de ses) frère(s) ; cependant, si ce dernier le souhaitait, il avait aussi la possibilité d’épouser une femme, à condition toutefois de s’établir dans une maison différente et de renoncer à tout l’héritage. Bien qu’ayant, génétiquement, des pères différents, les enfants reconnaissaient néanmoins tous les hommes de la famille comme leurs pères ; cependant l’aîné des frères avait droit au titre d’aba (« père ») tandis que les cadets étaient appelés aba chun ou aba-chunun (« petit-père »), parfois encore agu (« oncle »). Dans le cas où la famille n’était composée que de filles, le schéma restait identique : l’aînée prenait un époux (tib. magpa) qui devenait nécessairement celui de ses sœurs aussi. Le plus souvent fils cadet, donc sans fortune, ce dernier ne jouissait pas pour autant d’un sort agréable : ajouté au fait qu’il ne possédait aucun droit sur les biens de sa femme, il lui devait en plus obéissance absolue, ce qui signifie qu’il passait son existence à travailler et était plus ou moins considéré comme un commis de ferme ! Sort peu enviable donc, comme en témoigne le proverbe ladakhi qui affirme : « Il y a toujours une corde autour de la tête du magpa » (la corde évoque ici tout labeur pénible). De plus, si ses services n’étaient pas satisfaisants, son épouse pouvait divorcer très facilement et à n’importe quel moment : il lui suffisait de porter l’affaire devant le chef du village (tib. goba) qui faisait alors fonction de juge. Et le pauvre magpa pouvait aussi, du jour au lendemain, se voir refuser les faveurs de sa dame si celle-ci décidait de prendre un pho-tsak, c’est-à-dire littéralement un « mari en plus »… Propre aux pays de civilisation tibétaine mais plus particulièrement au Ladakh, cette institution sociale, qui agit comme un moyen naturel de limitation des naissances, permit avant tout d’éviter le phénomène de famine endémique qui autrement n’aurait pas manqué de frapper la population ladakhie ».

 Extrait de Géraldine Doux-Lacombe : « Ladakh », guide Arthaud, 1987

photos prises par C.

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Un commentaire pour Instantanés ladakhis – IX – Polyandrie

  1. michèle dit :

    Belle photo de la femme ladhaki, émouvante: finesse des boucles d’oreilles en contraste avec la simplicité de la mise.
    En France, les femmes qui ont la fortune tiennent leurs maris par la bride aussi, et courte, je vous le dis.
    Je les plains ces pauvres hères qui pour l’aisance matérielle ont renoncé à l’essentiel (il leur reste la médiocrité de prendre une maîtresse de cinq à sept heures ou sur la moquette de leur bureau, mais leur vie n’est qu’un vaste désert).

    Sur la corde sur la tête, je mettrai cela volontiers en lien avec les sherpas qui, lorsque leur charge est très lourde ont une corde qui ceint leur front en oblique et qui est reliée à leur charge sur leur dos, et être sherpa, c’est un boulot harassant.

    Merci pour ce reportage dont vous nous faites bénéficier.

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