De quelques intellectuels qui nous restent…

 

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Après mes billets récents sur « Finkie » et sur Onfray, on pourrait croire que je passe mon temps à ironiser sur les philosophes français. Non, ce n’est pas le cas, il ne s’agissait d’ailleurs que de ce que le texte suivant appelle « l’intelligentsia médiatique ». Il reste fort heureusement, dans le paysage intellectuel français, quelques penseurs lucides, qui savent remettre à l’endroit « l’ordre des effets et des causes », voici ce que répond, dans « le Monde » daté du 2 juillet, le philosophe Jacques Rancière à une question portant sur l’apparent dépérissement de la pensée en France :

Sur le fond des choses, il est certain que, depuis trente ans, la réac­tion académique, le retour procla­mé à la bonne vieille philosophie politique et le poids de la pensée dite républicaine ont fermé la France ou ont marginalisé ses chercheurs et chercheuses par rap­port aux recherches qui se déve­loppaient notamment dans le monde anglo-saxon : études posl-coloniales, travaux sur le genre et critiques des identités. Quelle par­ticipation aux discussions sur la pensée postcoloniale attendre dans un pays où les législateurs commandent d’enseigner les « aspects positifs de la colonisa­tion» et où l’intelligentsia média­tique déverse jour après jour ses fantasmes anti-arabes et antimu­sulmans ?

Cette France-là assurément n’in­téresse personne à l’étranger. Il n’en va pas de même pour celles et ceux qui poursuivent l’effort des penseurs des années 1960 pour redéfinir l’image de la pensée, les formes de la communauté et les voies de l’émancipation. On dira que c’est une France de morts et de septuagénaires. Mais la ferveur avec laquelle les premiers sont lus et les seconds écoutés par les jeu­nes qui veulent aujourd’hui chan­ger le monde permet de penser que le travail d’étouffoir a atteint ses limites et que de nouvelles audaces de pensée vont naître.

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8 commentaires pour De quelques intellectuels qui nous restent…

  1. Carole dit :

    Est-ce que c’est comme en Foot ? est-ce qu’il faut à tout prix défendre les « couleurs », le prestige, la valeur de la FRANCE ? J’vais encore m’en prendre un, moi ! (je parle du carton jaune 🙂

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  2. jmph dit :

    S’agit-il des « couleurs » de la France ? Ou plutôt de sa participation à un débat international ? L’absence d’une pensée française audacieuse et originale accentue le repli sur soi qui est trop bien illustrée par les « philosophes médiatiques ».
    Ceci étant, il faudrait définir ce qu’est l’intelligentsia médiatique ? Sartre n’a t-il pas été très médiatique, lui aussi ?

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  3. jeandler dit :

    N’est-ce pas ringard de parler des couleurs d’un pays comme des coqs, chacun, sur son tas de fumier?
    Alors qu’il s’agit des couleurs de l’homme.
    Il ne faut jamais désepérer:
    « de nouvelles audaces de pensée vont naître »
    elles sont là
    à nous de les trouver

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  4. alainlecomte dit :

    mea culpa. Vous avez raison: on se fiche pas mal de la nationalité d’un philosophe… Le seul point est celui que souligne Jean-Marie: il est gênant que nous devenions membres d’une nation qui se replie sur elle-même, ce qui de ce fait, a tendance à nous couper de la pensée neuve qui s’élabore. Or, (et j’y reviendrai), vous le savez bien, Carole, ce qui me préoccupe le plus c’est que la vie intellectuelle ne soit pas cantonnée dans des chapelles ou des castes mais soit considérée comme l’affaire de tout le monde. Elle n’est pas l’affaire de tout le monde si on doit lire les écrivains actuels dans leur langue (car beaucoup d’entre nous ne connaissent pas forcément ces langues) ou si on doit attendre dix ans qu’ils soient traduits en français. Et puis, on ne peut que souhaiter que la vie intellectuelle soit riche partout dans le monde, y compris « chez nous ».
    pas de carton jaune (pour cette fois 🙂 )

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  5. Carole dit :

    les audaces de pensée ? 🙂 et oui ! les trouver ? où ? quelques fois elles peuvent très bien surgir du quotidien, être inventif, avoir de l’imagination, trouver ses propres audaces. pourquoi attendre le penseur providentiel. (ça c’est que je me dis à mon niveau quand je me prends à chercher dans les livres quelque vérité absolue qui me permettrait d’éviter l’effort de trouver moi-même une solution)

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  6. alainlecomte dit :

    on ne peut pas s’empêcher de penser que nous arrivons après des milliers d’années de pensée, où déjà, l’audace a pu se manifester à maintes reprises… alors, nous, chacun isolé, comment pouvons-nous espérer avoir une pensée vraiment neuve? Des audaces de pensée surviennent, certes, mais probablement quand on ne les attend pas (et de la part de gens auxquels on ne s’attend pas).

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  7. Carole dit :

    en fait, je ne me situe pas sur le même plan que vous. Je parlais des pensées personnelles, celles qui peuvent changer le cours d’une vie quelques fois. une pensée vraiment neuve qui changerait le monde ? euh !!! ça non bien sûr. Mais si je peux me révolutionner un peu moi-même ce sera déjà une pierre, un cailloux, un gravier un l’édifice.

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  8. Emmanuel CHEIRON dit :

    http://www.mediapart.fr/node/92825
    Très belle pensée de Rancière, maître ignorant par excellence.

    Une petite pensée, aussi pour Pierre Hadot, maître en sagesse, qui nous a quittés, et qui fut, certainement, en contact durant la vie de son corps avec l’éternité spinozienne.

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