Qu’aurait dit Aristote du débat sur le réchauffement climatique ?

Il est en général admis que les arguments « idéologiques » sont ceux qui ne renvoient pas à une possibilité d’évaluation scientifique rigoureuse. On dira que telle ou telle affirmation est « idéologique » parce qu’elle n’est pas prouvée et que donc elle ne peut provenir que d’un parti-pris, de quelque chose que l’on a posé comme postulat et que l’on ne souhaite pas remettre en cause. Le débat politique est ainsi admis être riche en formulations idéologiques, qu’il s’agisse de dire que  « le libéralisme, c’est la confiance en l’Homme et en ses étonnantes capacités » (Guy Sorman), ou bien, dans un autre sens, que « le capitalisme, c’est la mort de l’Homme »….

En somme, « l’ idéologie » est vue comme un masque qui nous trompe, et quand notre interlocuteur y fait recours, c’est afin de mieux nous entortiller, nous prendre dans ses rets, bref nous « persuader », et cela il le fait avec des moyens qui ne sont pas ceux de la logique du vrai, mais plutôt de celle de la vraisemblance.

baillargeon.1267697558.jpegDéjouer l’idéologie reviendrait donc à démonter les trucs et les méthodes par lesquels une relation de persuasion s’établit. On a vu paraître il y a quelques années un essai de l’universitaire québécois Normand Baillargeon, qui se présente comme un cours (« petit cours d’autodéfense intellectuelle  », chez l’éditeur Lux), excellent traité qui essaie de passer en revue les trucs et les sophismes échangés au cours des discussions (voir ci-dessous le sophisme du hareng fumé).

Sans rien enlever à la valeur de ce livre (salué entre autres par Noam Chomsky), il faut tout de même signaler qu’il a un ancêtre de taille, difficilement surpassable, qui n’est autre que le IXème livre de l’Organon, le Grand Traité de Logique établi par Aristote il y a environ deux mille cinq cents ans, « Les réfutations sophistiques », ou, pour faire savant : De Sophisticis Elenchis, qui commence par ces mots (trad. J. Tricot) :organon.1267697592.jpg

Parlons maintenant des réfutations sophistiques, c’est-à-dire des réfutations qui n’en ont que l’apparence, mais qui sont en réalité des paralogismes et non des réfutations. […] Que certains raisonnements soient des raisonnements véritables, tandis que d’autres paraissent l’être tout en ne l’étant pas, c’est là une chose manifeste. Cette confusion se produit dans les arguments, comme elle se produit aussi ailleurs, en vertu d’une certaine ressemblance.

Le grand Aristote avait déjà au préalable, dans les Topiques (livre V de l’Organon), jeté les bases de ce qu’il nommait la dialectique, et il devait ensuite compléter l’entreprise avec la Rhétorique, qui inaugure les recherches sur, d’un côté, l’argumentation, et, de l’autre, la théorie littéraire. Définir la dialectique comme topique, c’est en faire une affaire de « lieux », qu’on verra comme des « emplacements mémoire », c’est-à-dire les endroits où sont matériellement rangés, dans notre mémoire, les maillons obligés de nos raisonnements, qu’il s’agisse d’établir le propre d’une chose ou sa différence par rapport à une autre chose. Seulement, ce qu’ils contiennent n’a rien à voir avec la vérité, c’est plutôt le reflet de la doxa, ce sur quoi nous nous entendons, les points par lesquels nous adhérons les uns aux autres. Et comme de ces lieux il en est un nombre immense, nous ne pouvons jamais parvenir à les contrôler de manière ferme comme le ferait par exemple une doctrine logique élaborée sur une base binaire et avec comme points de départ uniquement des certitudes.

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Il n’est pas du tout évident qu’Aristote aurait partagé le point de vue par lequel j’ai commencé selon lequel « l’idéologie » serait un masque sur la réalité, car c’est un point de vue qui suppose que dans toute circonstance, il y ait une réalité que l‘on puisse aborder d’une manière entièrement rigoureuse, conduisant à « établir la vérité ». Or, l’un des leitmotiv du Stagyrite est que dialectique et rhétorique sont les méthodes qui s’imposent lorsque justement nous ne sommes pas dans le débat scientifique (ou « dans la Philosophie ») et que nous devons, par tous les moyens, emporter la décision sur quelque point qui est l’objet d’opinions contraires. Il va jusqu’à dire (scandale !) :

En Philosophie, il faut traiter de ces choses selon la vérité, mais en Dialectique, il suffit de s’attacher à l’opinion. (Topiques, Livre I, 14)

S’il en est ainsi, nous sommes simplement condamnés à descendre dans l’arène, en étant persuadé que nous défendons nos propres thèses avec des armes qui ne valent pas mieux que celles de nos adversaires. Cela n’empêche pas pourtant de vouloir développer la connaissance de ces armes (et certes, comme dit Chomsky, « si nous avions un vrai système d’éducation, on y donnerait des cours d’autodéfense intellectuelle »).

La position d’Aristote est donc sans fard. Récemment, les étudiants avec qui je débattais de ces sujets se déclaraient même choqués d’un tel cynisme. « Ca n’a rien à voir avec la vérité » disait T. « il nous apprend à tricher, en tout cas à dissimuler pour mieux arriver à nos fins, qui sont de convaincre autrui alors que c’est peut-être autrui qui a raison ». En effet, Aristote dit, tout de go, par exemple :

Les propositions tendant à dissimuler la conclusion ne sont employées que pour les besoins de la discussion, mais étant donné qu’une entreprise de cette nature est toujours dirigée contre un adversaire, nous sommes obligés de nous en servir aussi. (Livre VIII, 1)

C’est dire que dans le débat, il est de bonne guerre de dissimuler le plus longtemps possible nos intentions (voire de les dissimuler complètement).

Le hareng fumé. (d’après N. Baillargeon)

Les prisonniers en fuite, paraît-il, laissaient des harengs fumés derrière eux pour distraire les chiens pisteurs et les détourner de leur piste. C’est le principe qu’on applique ici : le but de ce stratagème est de vous amener à traiter d’un autre sujet que de celui qui est discuté. Les enfants sont parfois champions à ce jeu: “Ne joue pas avec ce bâton pointu” dit papa; “Ce n’est pas un bâton, c’est un laser bionique”, répond Camille. “Range ta chambre”, dit papa; “Tu ne l’as pas demandé à Camille”, répond Marie.
À un autre niveau, on pourrait être tenté de voir dans un certain travail médiatique une sorte de méga-hareng-fumé. “Avez-vous une idée de tout ce qu’on nous cache à propos de la Guerre en Afghanistan?”, demande Le Couac. “Avez-vous entendu parler de cet enfant né avec deux têtes?”, répond Debilo Inquirer. “Voyez comme c’est inquiétant la privatisation des soins de santé”, insiste Recto-Verso. “Saviez-vous que Machin Radio-Télé a rompu avec Truc Bien-Connu?”, répond Nécro Vedettes. Et ainsi de suite.

Une variante très efficace de cette forme de diversion est d’évoquer un mal supposé pire que celui qu’on veut faire discuter et de laisser entendre que l’existence du deuxième dispense de traiter du premier. “Brûler de l’essence pour satisfaire des besoins en énergie pollue? Essayez avec le charbon: c’est bien pire!”.
On se prémunit contre tout cela en demandant qu’on revienne au sujet.

 

Tout cela devrait être appliqué aux débats actuels, ainsi de celui qui existe entre écologistes et « climato-sceptiques », débat exemplaire où les coups fourrés et les sophismes foisonnent. J’ai ainsi entendu dire par V. Courtillot, un matin sur France Inter que « de toutes façons, étant donné qu’il ne serait pas possible d’obtenir des grands pays et particulièrement de la Chine, de l’Inde et des USA, qu’ils se plient à des normes contre le rejet de CO2, il valait mieux se concentrer sur un autre problème », argument similaire à la plaisanterie courante selon laquelle il vaut mieux chercher là où il y a de la lumière que là où il n’y en a pas, même si on sait que ce que l’on cherche se trouve du côté de l’obscurité ! (je ne sais pas dans quelle case Baillargeon, ou Aristote, rangerait ce sophisme car c’en est bien un).

L’un des arguments  « sophistiques » les plus répandus est bien sûr « l’appel à l’autorité », il se traduit dans le cas de querelles pseudo-scientifiques par l’appel à des déclarations de personnalités prestigieuses du domaine, dans le cas extrême, on n’hésitera pas à en inventer ! (Allègre a ainsi trouvé un monsieur Tech, haute sommité en climatologie).

Le sophisme du « hareng fumé » (voir ci-dessus) est également abondamment employé : à propos du rassemblement sur le changement climatique, on s’étonnera par exemple que l’on ne fasse rien à propos de l’eau ( !), comme si l’un était exclusif de l’autre et comme s’il ne fallait pas « traiter chaque chose en son temps » (voici un exemple de « lieu commun » au sens aristotélicien).

Le débat contemporain se nourrit d’intervention de « la Science » : on veillera donc à amener les us et coutumes des scientifiques dans le débat public pour en faire des garants de vérité. On sait que l’autorité scientifique vient des publications, donc on publiera. Or, la publication n’est pas toujours une garantie de qualité scientifique : pour peu qu’on ait un nom déjà acquis par ailleurs, on doit bien pouvoir arriver à publier, même dans des grandes revues. L’argument deviendra alors « regardez le nombre de publications que mon équipe et moi avons publiées sur le sujet ».

Quant à l’argument ad hominem (qui aurait pu être classé par Aristote dans ses ignoratio elenchi, c’est-à-dire les cas où le locuteur croit qu’il a prouvé une chose alors qu’il en a prouvé une autre, par exemple ici les défauts de l’orateur plutôt que la non validité de ce qu’il dit), bien sûr il est employé, et de tous les côtés, par exemple c’est celui que j’utiliserais si j’éveillais la méfiance contre les déclarations d’Allègre sur la climatologie à partir des positions qu’il a tenues sur l’amiante (niant sa dangerosité et s’opposant résolument au désamiantage de Jussieu)….

Quant à savoir les conclusions dissimulées dont je parlais plus haut… chi lo sa ?

Dans certains débats, apparaît l’argument du « à qui cela profite ? » qui consiste finalement à questionner de telles conclusions. Il est parfois curieusement détourné. Ainsi Elisabeth Badinter (une autre climato-sceptique en son genre) présente-t-elle comme argument contre cette sorte « d’obligation (morale) à allaiter » qu’elle dénonce, le fait que celle-ci serait l’effet de groupes de pression (« Leche League » etc.), alors même que, comme lui objectait une pédiatre sur France Inter, les pressions pour encourager la consommation de laits « artificiels » sont beaucoup plus vraisemblables du fait du poids des multinationales (Nestlé…) qui les produisent. De même, dans le cas d’Allègre, il est étonnant de le voir brandir le spectre des pressions exercées par les écologistes alors que la force de pression de l’économie est vraisemblablement bien plus forte.

Comme quoi, (autre « lieu »…) « à trop vouloir prouver…. » on peut contre son gré apporter de l’eau au moulin de l’adversaire.

Evidemment ce billet (long, j’en conviens…) a l’air de ne dénoncer que les sophismes d’un seul camp, comme si les tenants du réchauffement climatique causé par l’homme étaient vierges de tout reproche. Mais que leur est-il reproché au juste ? D’avoir voulu présenter leurs données d’une manière plus lisible, plus accrocheuse (c’est le sens des fameux emails interceptés par un obscur opérateur basé du côté de la Sibérie), mais ils ne faisaient que se plier à la demande constante qui est adressée par les politiques aux scientifiques (n’est-ce pas, madame Pécresse ?), celle d’améliorer « leur communication ». Peu importe la rigueur, pourvu qu’on ait l’ivresse… On notera que, de ce point de vue, le développement énorme qu’ont connu les outils de présentation (Power Point et consorts) dans le cadre de l’informatisation de la société n’est qu’un prolongement de la rhétorique. Et c’est une autre manière de constater la prééminence de l’opinion sur la vérité, mais cette fois, à titre de volonté clairement affichée par les gouvernants.

Quant à la fonte des glaciers de l’Himalaya, prévue dès 2035 au lieu de… 2350 ( !), on peut évidemment tabler sur une erreur, regrettable certes, mais une erreur, or une erreur n’a rien à voir avec une intention délibérée d’induire en erreur….

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11 commentaires pour Qu’aurait dit Aristote du débat sur le réchauffement climatique ?

  1. michèle dit :

    Bonsoir Alain L.
    je n’entends pas les évènements tout à fait comme vous.
    D’abord, je relisais Aristote (indémodable) il y a peu, seulement ses soixante premières pages consacrées à la rhétorique et à la dialectique. le but est une joute oratoire, un art en soi, qui consiste à convaincre et aussi persuader d’une chose mais autant de son contraire, pour, autour de cette gymnastique intellectuelle, manier les idées et les concepts, ce que vous nommez sophisme ; cela me fait penser à la sagesse des soufis ou des sadhus, des sages.

    Cela m’amène à une notion de l’absurde, mis en valeur si bien par Beckett, Ionesco and co.
    Rien n’a d’importance.

    Second point, délicat, basé sur une intuition toute féminime (la politique ne m’intéresse pas du tout, elle est bien trop corrompue) : nous sommes dans le grand règne de l’arnaque.
    Les nouvelles donnes du capitalisme font que la scission s’accentue : au lieu de travailler, ce qui serait impérativement urgent, à la parité entre le tiers-monde et nous, la faille se creuse entre les riches et les pauvres, y compris dans les pays du nord, chez nous. Or, le bas-peuple, il faut bien l’occuper (et son temps de cerveau aussi selon Patrick Le Lay -mais quel cynisme !) et lui faire peur : donc on agite la menace du réchauffement climatique et là les gens tremblent, et pendant ce temps, les magouilles se placent, s’ancrent.

    Voilà, ce sont des combines.
    Il faudrait des analystes, des gens qui étudient précisément ; puis qui étalent les salaires, les profits, qui comparent les salaires, les retraites.

    Par exemple, je peux vous dire tout de go que le mouvement des ouvriers de chez Total est voué inexorablement à l’échec (l’usine dans le nord). Je voudrai leur dire aux syndicalistes. On les laisse s’agiter, s’user, y croire, se battre : tout est déjà joué. Ils sont morts. Sans emploi, pauvres, voué à l’alcoolisme, à l’hébétude, leurs mômes vont trinquer, se ratatiner, être déconcentrés, incapables d’apprendre, porter la misère -d’abord sociale, puis affective de leurs parents.
    Pourquoi vous dis-je cela, pourriez-vous me rétorquer ?
    Parce que chez nous, nous venons de vivre ce même évènement (deux, trois ans en arrière).
    Total : l’usine Arkema à Château-Arnoux. Plus de boulot, usine en passe de fermer ; de vagues indemnités, puis l’abandon puis le néant.
    L’année où il s’est passé cela chez nous, la même année Total a avancé des bénéfices insolents et impudiques. De plus gros bénéfices que jamais.
    Voilà : moi, en face de moi, journellement, j’ai les mômes ; des familles de quatre, cinq vivent avec 600 euros par mois ; je ne sais pas comment ils font. Les gosses sont « out of order » ; ils ne parlent que de pognon.
    Là ça va, parce qu’on est dans Vendredi ou la vie sauvage sur une île déserte. Avec rien, on fait tout.
    Moi, ils me foutent le blues, ces gosses de chômeurs.
    Mais je ne baisse pas les bras ; de plus, je ne crois pas que ce modèle de société-là soit viable, je le crois mortifère.
    Et un jour, donc, on sera capable, de, sourire aux lèvres, partager et fédérer.
    Pour cela, il faudra des cœurs purs et des justes. Des Albert Schweitzer, Gandhi et Martin Luther King.
    Nos gosses d’aujourd’hui seront peut-être ceux-là de demain.

    Pardon pour la longueur de mon com, mais votre sujet m’a passionnée.

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  2. Alain L dit :

    Je comprends votre colère. La situation en France aujourd’hui est devenue insupportable et tout est fait pour la dissimuler, mais ça craque de toutes parts. Vu et écouté récemment Florence Aubenas sur son livre sur les précaires. c’est édifiant, toute cette foule de gens (surtout des femmes) qui font tout pour glaner quelques heures par jour à… 8 euros 71 de l’heure!. A côté de cela, on fait de la philosophie pour passer le temps (« je chante pour passer le temps » chantait Aragon). Hier, un philosophe que je n’aime pas, Peter Sloterdijk disait pourtant à la télé quelque chose de juste: la philosophie est fille des défaites de la cité. Une fois que Socrate eut perdu et dut boire la cigüe, Platon se mit à s’échapper dans la spéculation pure. J’ai fait de même la plus grande partie de ma vie (maths, philo) car j’étais persuadé que c’était dans la réflexion abstraite que l’on pouvait trouver la vérité. Hélas, même si c’est vrai, personne n’y prend garde aujourd’hui… lorsque la vérité est démonétisée.

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  3. K. dit :

    Le réchauffement climatique? N’importe quoi! Vous voyez bien qu’il fait de plus en plus froid! Y en a marre de ces terroristes écolos qui veulent revenir à la bougie et refusent le progrès en surfant sur la peur…
    Blague à part, vous savez qu’on entend fréquemment ce genre de propos de la part de personnes prétendument informées et sensées..? Ca fait un peu froid dans le dos quand même.
    Assez aussi d’opposer les enjeux environnementaux et sociaux. C’est intellectuellement insupportable. Ce sont d’abord les plus exposés, les plus fragiles socialement qui sont touchés par les désastres environnementaux. C’est vrai partout dans le monde, à l’échelle internationale aussi quand on achète des permis de droit à polluer..ailleurs!
    Planète précaire, équilibre précaire, travail précaire. Oui ce sont les femmes qui sont les plus touchées par les conséquences de ces choix politiques. Parce que moins « assises » dans le monde du travail, moins payées, plus d’emplois non qualifiés, plus fragiles socialement que les hommes, double fragilité peut on dire… que faire ? Faire savoir, refuser, construire, faire vivre un autre modèle, autant qu’on peut..chacun là où il se trouve…quoi d’autre ? La philosophie pour nourrir réfexion et action…non?

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  4. michèle dit :

    >Merci à vous deux, K. et Alain L. pour le baume au cœur, car c’est exactement cela la situation.
    Alain L. en lisant votre réponse j’ai réalisé que oui, c’était de la colère, et oui cela concernait les femmes. Une, technicienne de surface, avec qui je parle souvent, me disait vouloir prendre sa retraire, elle a l’âge requis, mais n’a que 15 années de cotisation pour ses droits à la retraite.
    Puis, elle me demandait si elle aurait le droit de travailler en plus pour mettre du beurre dans ses épinards, et moi, j’avais le cœur serré pour elle. Oui, elle aura le droit, grâce à Sarkozy.
    Mitterrand avait promis, en son temps, avant d’être élu, un salaire donné aux mères de famille qui se consacrent à élever leurs enfants ; cela aurait pu être à parité, être versé au père aussi. Avec alternance. Ce point là n’a jamais été appliqué.
    Je lirai le bouquin de F. Aubenas, les extraits déjà lus m’ont fait frémir. Et demain, je m’habillerai en noir de pied en cap. Et serai silencieuse.
    Et puis, pour finir, le cher Aristote encore,
    Aristote : « C’est en vain que l’on fait avec plusieurs ce que l’on peut faire avec un petit nombre. (Frustra fit per plura quod potest fieri per pauciora) » (Summa totius logicae, I, 12) (1323).

    P.S : comme le sujet est sur le réchauffement climatique, ce matin, chez moi, il neige…Ironie du sort ?

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  5. Alain L. dit :

    la philosophie peut nourrir l’action à condition qu’elle intègre la pratique comme une composante nécessaire, seul Marx a tenté cela et cela a échoué. La philosophie utile serait celle qui aiderait à comprendre les causes de cet échec. Ce n’est pas BHL qui va nous y aider… Badiou? peut-être… en ce sens, il serait moins « inutile » que ce que prétend ce même BHL…
    Autre chose: vu hier « The Ghost Writer » (j’y reviendrai peut-être), excellent film, et qui fait réfléchir sur la manière dont nous sommes manipulés… comment après avoir vu ce film s’étonner des « ennuis » qu’a subi Polanski?

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  6. jmph dit :

    Petite remarque sur la position d’Elisabeth Badinter. Prétendre que son opposition à l’obligation morale de l’allaitement maternel serait une concession faite aux multnationales productrices de lait artificiel, c’est pousser le bouchon très loin (pèse toujours sur elle sa position de membre du conseil de surveillance du groupe Publicis créé par son père, Marcel Bleustein-Blanchet). Il ne faut pas confondre deux situations : celle des femmes de nos sociétés développées qui ne veulent pas se laisser imposer la façon dont elles veulent nourrir leur bébé (avec ce que cela suppose comme fonctions féminines prédéterminées au sein de la société) et celle des femmes dans les pays pauvres et sous alimentés où le passage au lait artificiel a été fortement « conseillé » (par les dites multinationales) comme une avancée vers la modernité, pur mirage idéologique
    En fait, on en revient toujours au même problème qui se manifeste de façon différente, voire contradictoire, selon les époques et les latitudes : imposer un modèle, celui de la modernité ou celui de la nature bienfaisante, dissimule toujours plus ou moins une idéologie. J’osais espérer que le 21ème siécle allait tirer les leçons du poids insensé des idéologies de masse qui ont ravagé le 20ème siècle, quelles qu’elles soient. C’est mal parti !

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  7. Alain L dit :

    salut jm,
    je m’attendais à ce que l’incidente sur E. Badinter suscite quelques réactions. Je n’ai quand même pas prétendu que sa position soit « une concession faite aux multinationales productrices de lait artificiel ». J’ai juste voulu dire que l’argument qu’elle utilisait un peu trop facilement (celui des pressions) pouvait être fallacieux et pouvait se retourner contre elle. Ceci dit, je trouve étrange cette attaque concommittente de Badinter, Allègre et consorts contre l’écologie, une attaque bien sûr… très idéologique, si on y regarde d’un peu près, à mon avis (ne représentent-ils pas une vieille garde productiviste?). Je n’aime pas beaucoup la manière dont E. Badinter s’adresse aux femmes qui feraient un choix un peu différent du sien, avec beaucoup d’arrogance, et parfois du mépris. Les jeunes femmes, en France en tout cas, me semblent assez libres et décomplexés vis à vis de ces questions et choisissent la plupart du temps la solution qui leur convient relativement à l’allaitement. En général elles modulent, elles allaitent quelques mois et ensuite sont heureuses de retrouver leur travail quand elles en ont un, si elles allaitent c’est, je crois, la plupart du temps, par plaisir. Les regarder de haut en insinuant qu’elles sont des demeurées de le faire est presque insultant.
    Les écologistes (Cécile Duflot notamment) ont objecté qu’il valait mieux se battre pour une plus juste répartition des tâches à l’intérieur du couple, ce à quoi Badinter rétorque invariablement que c’est peine perdue, un peu comme si dans tous les conflits sociaux ou économiques, on conseillait à la frange actuellement dominée de laisser tomber étant donné le rapport de forces!
    La France par ailleurs n’est pas les Etats-Unis, je ne vois pas bien les effets de la pression de la Leche League chez nous…
    Pour la question des idéologies (ta dernière phrase), je crois qu’il ne faut pas se faire d’illusion, rêver d’un monde sans idéologies serait un peu comme rêver d’un monde sans guerres et sans conflits, l’idéologie n’est-elle pas immédiatement secrétée dès que nous ouvrons la bouche? C’est elle qui nous interpelle en sujet, comme disait l’autre….!

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  8. jmph dit :

    Par ma fille et ma belle-fille, j’ai eu quelques témoignages sur la façon dont les puéricultrices culpabilisent à la maternité les jeunes mères qui ne veulent pas allaiter leur bébé. Sans prendre l’ampleur de la Leche League, il y a une sorte de modèle moral qui exhorte les femmes à se comporter comme le laisse supposer l’existence d’un instinct maternel, notion contre laquelle E.B se bat depuis plus de 20 ans.
    Quant à son arrogance, n’est-ce pas une habitude de la plupart des intellectuels, à l’instar de Philippe Sollers ou de … Alain Badiou ?
    De beaux sujets de discussion en perspective….

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  9. michèle dit :

    >Alain L. je suis ( de suivre) votre point de vue sur les jeunes femmes d’aujourd’hui décomplexées, et capables de choisir en toute liberté. Dans ce domaine-là, très privé, il me semble qu’il règne encore une grande liberté de choix, hors les poncifs en cours. Il y a environ 25 ans, c’était déjà comme ça, et très partagé. Cela ne se discute pas, cela se vit. On allaite, ou pas, et ce que pensent les autres, on s’en fout, comme de l’an quarante.
    Badinter E. je l’apprécie bcp, mais n’ai pas suivi la polémique autour de ces derniers propos. Je lui conserve ma confiance : qu’elle soit amplement déboussolée par la tournure que prennent les choses aujourd’hui (un antiféminisme primaire et ardent), je peux le comprendre, car c’est le combat de toute sa vie et de celle de bien d’autres qui est blackboulée en ce moment. Dans ce genre de situation, on est à même de se demander où a-t-on failli, et c’est bien normal qu’elle soit dans ce questionnement-là.
    Je veux dire que les hommes ont tellement peur des femmes, et crachent avec tant de virulence sur les femmes et leur désir de parité qu’on assiste à un retour en force du lumpen-prolétariat constituée essentiellement par les femmes.
    Moi, je garde espoir en la capacité d’évolution des hommes (au sens de sexe masculin), s’ils s’impliquent avec force dans l’éducation de leurs enfants et s’ils manifestent avec détermination leurs convictions. Si nous n’y arrivons pas, ce sera nos enfants. Si pas eux, la relation garçon/fille n’est pas facile non plus pour les jeunes, ce sera pour les enfants de nos enfants.
    J’ai le même point de vue optimiste quant au tiers-monde et sur le partage des richesses. Un jour, on y arrivera, même si cela prend du temps.

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  10. alainlecomte dit :

    Bel optimisme, sans doute avez vous raison, mais hélas, il faut en convenir: il y a encore beaucoup de travail pour parvenir à cette évolution nécessaire!

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  11. Carole dit :

    Bonsoir, je navigue dans vos archives…pour apprendre un peu… apprendre la pensée critique : c’est exactement mon objectif, c’est cela qui devrait être fait à l’école, c’est cela qui aidera les gens à prendre leur destin en main… que faire, que dire face à la langue de bois, comment ne pas se laisser bâillonner par la manipulation, l’oppression ou la persuasion ou même la séduction du langage dominant. On remarque toujours que ceux qui ont le pouvoir sont ceux qui ont la maîtrise de la parole. Pourtant, je crois qu’iI y a une force du parlé « vrai » qui devrait pouvoir se répandre comme une trainer de poudre pour bousculer les sophismes bourgeois. La vérité, n’est pas forcément une vérité scientifique, issue de la haute spéculation intellectuelle, la vérité sur les questions humaines est quelques fois beaucoup plus viscérale, beaucoup plus sensible donc subjective. c’est mon point de vue mais je travaille à le rendre un peu plus intelligible, convainquant. a bientôt.

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