La BD aussi peut porter à réflexion

Nouvelle incartade du côté de la BD, avant que je ne disparaisse pour quelques jours…

La BD aussi peut porter à réflexion. La narration du type « bande dessinée » privilégie en général l’action et les représentations concrètes. Son style est « dénotationnel ». Vous voyez une auto, un revolver, un personnage féminin : cela veut dire qu’une action est en cours. L’image d’après, le coup de feu éclatera. « Pan ! », telle sera la seule (pauvre) représentation du son. Parfois, les lettres seront plus grosses : gros caractères noirs qui, conventionnellement, signifient la colère. Ou très petites : il s’agit d’un murmure. Mais les variations permises sont de peu d’étendue. C’est ce qui fait la limite du genre. Que certains bien sûr compenseront par du texte : mais alors, ce n’est plus de la BD. C’est de l’illustration. Les tentatives d’intégrer au monde de la bande dessinée des codes autorisant l’abstraction n’en sont que plus précieuses. Dans cette perspective, le très récent album de Bruno Le Floc’h (« Saint-Germain, puis rouler vers l’ouest ! ») saint-germain.1241354130.jpgest étonnant dans sa manière de s’affranchir des règles habituelles du genre. Ici, les bulles sont restreintes au minimum de texte. Le héros est un joueur de saxophone souvent éméché et amoureux d’une belle Mary qui se fait la belle, et dont il part à la recherche du côté de St Malo. Nous sommes dans les années soixante (clin d’œil vers la guerre d’Algérie d’où reviennent d’anciens soldats à l’abandon) et le héros roule en 203 décapotable. L’esprit embrumé, le mal de crâne, le cauchemar d’une nuit a bord du coupé beige en rase campagne, tout cela est montré sans mots et en quelques images. Il suffit par exemple d’une silhouette de voiture qui semble s’enfoncer dans une page blanche qui est comme un brouillard ouaté. Trouvaille unique : la répétition d’images à l’identique crée l’illusion d’une pensée symbolique : la seconde image fait fonctionner la première comme signe. Le plus fort dans le genre est atteint quand la deuxième image – pleine page – reproduit la précédente mais… sortie du cadre !

bd009.1241354013.jpg

Il y a peu d’action dans cette BD basée sur la répétition : une succession de Mary trouvées en chemin jusqu’à l’ultime, celle que le héros retrouve enfin.

bd012.1241354045.jpg

Cet article a été publié dans BD, Livres. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour La BD aussi peut porter à réflexion

  1. leila zhour dit :

    En effet ça donne envie. Connaissez vous les Bandes dessinées de Cosey ? C’est du grand art à mon avis. « Le bouddha aux yeux d’or » et « le voyage en italie », notamment, valent le détour.

    J'aime

  2. Carole dit :

    Je trouve que le blog est un excellent outil pour montrer comment est conçue une bd et en quoi c’est un art à part entière. ENCORE !

    J'aime

  3. Un amateur de coupé décapotable de ce genre ne peut être qu’un être aimable !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s