Encore la mort, encore l’amour

joan_didion1.1190789169.jpgJe continue sur le thème de la mort et de l’amour qui dure : hier, dans le TGV, j’ai lu « L’année de la pensée magique » de Joan Didion. Un livre d’une précision émouvante sur son expérience de deuil à la suite du décès soudain de son mari, qui s’appelait John Dunne et était aussi écrivain (ils ont travaillé notamment à des scénarios de films à Hollywood, « Panique à Needle Park » c’était elle). Ils revenaient de l’hôpital, où leur fille Quintana était soignée pour une sérieuse infection pulmonaire. C’était un 30 décembre. Elle a proposé à son mari de manger à la maison, au coin d’un feu qu’elle allumerait, plutôt que d’aller au restaurant. Ils sont rentrés. Elle lui a servi un whisky, il est resté un moment la main en l’air. Et puis il est mort.
S’en suit une longue méditation sur la solitude de celui ou celle qui reste.
Elle n’en finit pas d’interroger cette frontière entre l’avant (celui de la vie) et l’après. On s’apprête à diner et la vie telle qu’on la connaît s’arrête.didiondesireegammaeyedeapress.1190789240.jpg

(à gauche: Joan Didion jeune, à droite: Joan Didion aujourd’hui, photo DESIREE/GAMMA/EYEDEA Press)

C’est encore et en même temps, comme « Lettres à D. », un texte d’amour. Joan et John ont vécu quarante ans ensemble. « Tout ce temps, excepté les cinq premiers mois de notre mariage, quand John était encore au magazine Time, nous avons travaillé chez nous. Nous étions ensemble vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ce qui inspira toujours un mélange de joie et d’inquiétude à ma mère et à mes tantes, « présent pour le meilleur ou pour le pire, mais jamais pour le déjeuner », me disait souvent l’une ou l’autre, les premières années. Impossible de compter toutes les fois, au cours d’une journée ordinaire, où il se passait soudain quelque chose qu’il fallait que je lui raconte ». Et pourtant : « Nous nous imaginions que nous connaissions chacun toutes les pensées de l’autre, même quand nous ne le voulions pas forcément, mais en réalité, j’ai fini par m’en apercevoir, nous ne connaissions pas même la plus infime fraction de ce qu’il y avait à connaître ».

André Gorz et sa femme Dorine sont morts. j’en ai parlé hier.

Maïa Simon est morte (dans les conditions que l’on sait, avec une mise en cause que je trouve odieuse de la part d’un digne professeur de médecine, patron d’un service de réanimation – Le Monde daté du 26 septembre – ).

Christian Delacampagne est mort. J’en avais dit un mot sur ce blog.

Pas drôle de parler de la mort sur un blog ? Mais on peut en parler aussi…
le dalaï-lama dit qu’il nous faut passer au moins une heure par jour à y méditer si nous voulons nous y préparer.

 

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6 commentaires pour Encore la mort, encore l’amour

  1. Dunia dit :

    Bonjour,

    Je me fends d’un commentaire juste pour dire que j’ai aimé ces deux derniers post. Je n’appronfondirai pas car la mort est, à travers ceux que j’ai aimés, ma compagne depuis l’adolescence et ne tiens pas, en ce moment ou je suis moi-même un peu « bof » comme dirai Kiki, à m’étendre sur le sujet.

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  2. Alain L. dit :

    merci Dunia pour ce commentaire. Je lis toujours ton blog avec intérêt.

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  3. lavirgule dit :

    La mort, en tout cas, nettoie beaucoup de chose… Etrange relation sociale à la mort : l’imunité nécrologique, sans rapport avec les décédés évoqués dans votre blog.
    Amicalement,
    Sergio c,

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  4. alainlecomte dit :

    la virgule, vous voulez certainement dire que dès que quelqu’un est mort, il apparaît comme absout de tout reproche, c’est assez vrai en ce qui concerne en général les réactions des médias… pour ma part, rassurez-vous: je choisis les disparus dont je parle… je n’ai pas fait de billet après la mort de Pierre Messmer, par exemple 🙂

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  5. Sergio C, dit :

    Je respecte vos choix n’ayez crainte. vous avez compris le fond de ma pensée et je vous en remercie et vous respecte d’autant plus.
    le dalai lama a sans doute raison, ainsi je me permets de poster ce lien : http://www.darwinawards.com/
    qui prouve que la mort n’est pas toujours triste…

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  6. jmph dit :

    Mozart pensait à la mort chaque jour, il a composé la musique la plus vivante qui soit…
    Autre livre sur la mort, celui de Jim Harrison « Retour en terre »

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