voir Naples pour ses 60 ans

peinture de Pompeï

Il y a déjà quinze jours, j’ai fêté mes soixante ans à Naples, dans une petite auberge de la via Toledo, avec de délicieux spaghettis à la langouste et, spécialité napolitaine, des babas au rhum. Auparavant, avec C., nous avions visité Pompeï, Herculanum, et un bout de la côte amalfitaine, autour de Positano, et bien sûr Capri. Grands moments de bonheur. On est tenté de reprendre ce que disait Stendhal à la fin d’une première édition de Rome, Naples et Florence (celle de 1817) :

« la vieillesse morale est reculée pour moi de dix ans. J’ai senti la possibilité d’un nouveau bonheur. Tous les ressorts de mon âme ont été nourris et fortifiés ; je me sens rajeuni. Les gens secs ne peuvent plus rien sur moi : je connais la terre où l’on respire cet air céleste dont ils nient l’existence ; je suis de fer pour eux » (Rome, Naples et Florence, édition Folio 1987, p. 479)

Il faudrait des semaines pour explorer Naples qui encore aujourd’hui garde son mystère sous des ruelles étroites, les fils d’étendage joignant les fenêtres qui se tutoient d’où sortent des voix d’opéra, des maisons d’habitation encastrées dans le carénage des églises baroques, avec de l’herbe poussant entre les dalles disjointes des parvis de ce qui fut autrefois des palais.église napolitaine

Bien sûr l’attraction de Naples c’est cette via dei Tribunali où les splendeurs architecturales de l’âge baroque se côtoient sans aucun fard ni aucune restauration visible. La rue se prolonge jusqu’à la Piazza Bellini (terrasses de cafés chics et littéraires), et en continuant par la via Porta Alba, on atteint la Piazza Dante et cette via Toledo déjà citée qui court, rectiligne, sur de nombreux kilomètres séparant la ville en deux, avec à l’ouest le vieux quartier espagnol (que les rois d’Espagne avaient fait construire pour héberger leurs soldats) avant d’atteindre le chaudron des élégances, du côté du fameux Théâtre San Carlo, auquel Stendhal consacre la plus grande partie de sa description de la ville. Non loin de là, le Palais Royal. A l’angle le café Gambrinus. Autant de témoins de cette époque du XIXème siècle où Naples venait tout de suite après Paris et Londres dans l’ordre d’importance des villes occidentales, et bien avant Rome.café Gambrinus

L’avant-dernier jour de notre séjour, nous l’avons passé à visiter certains monuments comme la Certosa San Martino, à l’intérieur de laquelle figure l’intérieur d’église baroque le plus extraordinaire que j’ai jamais vu, si l’on excepte l’abbaye de Melck… Et le dernier jour nous l’avons dédié à la Danaë du Titien, magnifiquement mise en valeur dans l’écrin rouge du Musée de Capodimonte…

Danae

Dans Rome, Naples et Florence, Stendhal raconte les jours comptés de l’éphémère République Parténopéenne (du nom de la sirène Parténopée, patronne de la ville). Ces évènements eurent lieu de janvier à juin 1799. Les républicains de Naples, qui avaient fait fuir le roi Ferdinand, appelèrent à la rescousse le général Championnet (dont la statue se dresse encore aujourd’hui au milieu du champ de Mars, à Valence – Drôme) et toute la jeunesse républicaine se crut libre. Las, les français ne tinrent pas leurs engagements et désertèrent le pays, laissant livrés à eux-mêmes les révolutionnaires napolitains, qui se défendirent héroïquement face aux royalistes alliés aux anglais (lord Nelson naviguait au large, et la belle lady Hamilton exerçait sa cruauté envers ses ex-amants) mais furent tous massacrés. « On eut plaisir à pendre, nous dit encore Stendhal, Eleanore Fonseca, femme remarquable par le génie et la beauté : elle avait rédigé le Moniteur républicain, le premier journal qui ait paru à Naples ». Je sais, les temps ont changé, mais plût au ciel que cela ne soit pas le sort de Ségolène…

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Un commentaire pour voir Naples pour ses 60 ans

  1. F. Prost dit :

    Cher Monsieur,
    J’ai pris la liberté d’emprunter votre photo du Gambrinus pour agrémenter mon propre site (avec renvoi à votre page); j’espère que vous n’y verrez pas d’inconvénient – mais si tel était le cas, dites-le moi et je la retirerai. C’est un très beau blog que le vôtre; cordialement,
    FP

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