Souvenirs d’une visite en Israël

Guerre entre Israël et le Liban (ou faut-il dire entre Israël et le Hezbollah ?). Je me souviens… novembre 2000, quand je me suis rendu en Israël. J’avais auparavant déposé un projet de collaboration scientifique franco-israélienne (dans le cadre d’un programme appelé « Keshet », ce qui veut dire « Arc-en-ciel » en hébreu), conjointement avec un partenaire du Technion de Haïfa. A vrai dire, ce qui me motivait, c’était plus le fait d’aller voir Israël que le projet scientifique lui-même… Pas de chance, la seconde Intifada venait de commencer, Ariel Sharon avait fait son tour sur la place des lamentations et cela avait été ressenti comme une provocation par les Palestiniens… et ça avait été justement le but recherché. Bref, je me souviens de Haïfa, aujourd’hui bombardée par les « katioucha », et je me souviens de la belle villa de mon collègue, à Naharya, encore plus proche de la frontière avec le Liban. Il faisait bon manger des salades fraîches sur la terrasse, face à une Méditerranée toute scintillante. Des années auparavant, sur cette même plage, un commando du Fatah avait enlevé des baigneurs, mais c’était avant, maintenant il n’y avait plus de risques. J’avais parlé avec un autre collègue, plus jeune que le précédent (lequel allait sur ses soixante, comme moi d’ailleurs…) à la terrasse d’un bistrot branché de Haïfa. Je lui avais fait part de mes impressions : que dès mon arrivée à Tel-Aviv, j’avais ressenti ce pays comme une « colonie », pays à deux vitesses, avec sa population arabe mise à part, qu’il faudrait un jour trouver des compromis, qu’on ne pouvait pas continuer comme ça, que Jerusalem devrait être administrée par les Nations Unies etc. Toutes idées avec lesquelles bien sûr il était en désaccord. Un apartheid ? Allons donc, la constitution israélienne donne exactement les mêmes droits aux Arabes qu’aux Juifs… « ils ont même plus de chance car ils ne sont pas contraints à la conscription »… Je n’osais pas lui faire remarquer que justement ce point montrait bien une discrimination. Quant aux compromis, lui était d’accord, mais étant donné qu’il savait bien que la majorité de la population ne l’était pas, il devait se rallier à cette majorité par solidarité.

Le week-end, nous visitâmes un kibboutz tout près de la frontière, mon partenaire dans l’échange, sa femme et moi. C’était le kibboutz où ils avaient vécu heureux dans les années cinquante, soixante, quand la vie était vraiment collective, que les enfants menaient leur vie séparés des parents, quand tout le monde partageait la même voiture, qu’on pouvait réserver à condition de s’y prendre plusieurs jours en avance. Ce kibboutz (je ne me souviens plus de son nom) était historique : il renfermait d’ailleurs un petit musée, qui racontait des épisodes héroïques de la « libération », entendez : de la libération par rapport au colon britannique. Il apparaissait au visiteur que ces terres avaient été arrachées aux Anglais… jamais aux Arabes ! En tant « qu’homme de gauche », j’adhérais au schéma selon lequel le conflit israélo-arabe était d’essence coloniale, même si je me rendais bien compte que les populations juives avaient en fait habité ces lieux, conjointement avec les populations arabes de tout temps. La femme de mon collègue était une sabra : elle m’émouvait par son attachement à son pays, c’était évidemment une femme de haute valeur morale et intellectuelle.

Six ans ont passé, et aujourd’hui les obus pleuvent sur les lieux visités naguère. Je ne pourrais plus me faire prendre en photo complaisamment devant le poste frontière annonçant d’un côté « Beyrouth, 105 kms » et de l’autre « Tel-Aviv, 200 kms »…

Mes schémas d’intellectuel de gauche devraient me commander de blâmer Israël pour son « attaque disproportionnée » à l’égard d’un « petit pays sans défense ». Mais je sais que ce n’est plus une guerre de décolonisation qui se mène là-bas (le Hezbollah ne défend pas les Palestiniens, on le sait bien), que les Israëliens sont des gens comme moi et qu’ils ne souhaiteraient rien tant que vivre tranquillement et aller en vacances à l’étranger dans les pays qui les bordent, qu’aucun pays n’accepterait que se constitue un arsenal gigantesque à ses frontières et que le Hezbollah est tout sauf un innocent mouvement de défense.

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Récemment j’ai réagi dans ce sens à un éditorial du Monde, révolté par un courrier qui parlait de la « lâcheté » des Israéliens et qui disait en substance qu’Israël ne devait pas être fier de « tirer sur une ambulance » (le Hezbollah, une ambulance…). Je ne comprends pas pourquoi mon message a été filtrée et n’est jamais paru sur le site….

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