Ponte Vecchio, lundi matin

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Hospitalité florentine

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Histoire d’Angellina, modèle du Bronzino (d’un week end à Florence)

lucrezia.1214600526.jpgVous me connaissez bien sûr : vous tous allez me dire que je suis Lucrezia Penciatichi, l’épouse de Bartolomeo, la mère du futur chambellan de François 1er de Médicis.

Eh bien non, vous vous trompez, en réalité je suis son modèle. Je m’appelle Angellina Ferrarini. Et j’ai posé bien des fois pour mon maître unique et préféré, je veux parler d’Agnollo, celui qu’on a surnommé Il Bronzino, allez savoir pourquoi : on a dit qu’on l’avait appelé comme ça à cause de la coloration de sa peau, on a même dit qu’il devait son bronzage à une maladie d’Adyson, mais s’il avait eu cette maladie il n’aurait pas eu cette sombre énergie qu’il a déployée toute sa vie, en faveur du développement de ses idées sur la peinture, c’est-à-dire du maniérisme.
Je sais ce que vous pensez : maniériste, c’est décadent, voire minaudant, eh bien détrompez-vous, mon maître a quand même commis quelques unes des œuvres les plus fortes de la Renaissance. Je ne vous parle pas seulement de son allégorie avec Vénus et Cupidon, présentant à notre vue l’un des nus les plus charmants de tous les temps, mais je vous parle aussi de ses fresques, comme cette descente de la Croix, aujourd’hui au musée de l’œuvre de Santa Croce, à Florence, si bien restaurée.descente-du-christ.1214600685.JPG
Regardez d’ailleurs cette fresque : parmi les corps nus qui s’emmêlent les uns aux autres, vous percevez encore le visage d’une femme : c’est moi.descente-du-christ-detail.1214600745.JPG

Je ne vous dis pas le nombre de séances de poses qu’il m’a fallu endurer.

Agnollo peignait sur motif, comme son père adoptif, le non moins célèbre Pontormo, lui avait appris à le faire. Heureusement lui ne procédait quand même pas comme son maître, qui collectionnait les cadavres et les entassait derrière de hautes vitres pour mieux peindre le réalisme des chairs blafardes et des membres tordus.

Nous restions entre vivants et personnes de bonne famille. Enfin, quand je dis ça… Souvent les séances collectives de pose tournaient à l’orgie. Un jour une bagarre éclata sous l’emprise de l’alcool et Matteo, que je connaissais très bien, s’en prit à Arnolfo Verano pour une histoire de fille, et il le tua d’un coup de couteau. Chose relativement fréquente à notre époque, sous Cosme 1er de Médicis et qui en principe eût du passer inaperçue, seulement voilà, cet Arnolfo était le mignon d’un des princes bien en vue à la cour et Cosme dut dépêcher sa police sur les lieux du crime. Son inspecteur, Beltramo, vint m’interroger et j’osai déclarer que je ne connaissais pas ces messieurs, puis m’encourut chez Matteo pour le prévenir qu’on le soupçonnait. Pas de chance, dans l’escalier, toute essouflée, je tombais sur l’inspecteur qui, narquoisement me demanda ce que je faisais ainsi en la demeure d’un homme que j’étais supposée ne pas connaître. Ceci me valut quelques jours d’arrêt, mais heureusement mon maître sut intervenir, et par la suite, plus que jamais, je lui demeurai attachée. Jusqu’à sa mort, en 1572.

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L’Afrique et les maths

Encore sur France-Inter, mais dimanche vers midi, au cours de l’émission Kriss crumble (on ne dira jamais assez la qualité de notre service public de radio, j’y insiste en ces jours de grève) : un formidable chercheur, un de ceux dont on dit sans réserves : c’est un savant. Il s’agit d’un ethnomathématicien belge (voilà, je l’espère, de quoi faire plaisir à l’auteur du blog Je suis Belge mais je me soigne) : Dirk Huylebrouck, huylebrouck.1213804634.jpgqui exposait avec une énorme passion ses découvertes concernant les mathématiques africaines. Nouveau sujet d’étonnement : après les femmes et les maths : les Africains et les maths. Les vieux réacs (Zemmour et compagnie) vont décidément m’en vouloir (mais je m’en fiche pas mal), eux qui croient ces termes antinomiques, alors que pourtant… il y a de fortes chances que les mathématiques aient été inventées en Afrique, et, qui plus est, vraisemblablement par des femmes (car c’est à elles qu’étaient dévolues les activités de gestion et de répartition). Cette reconnaissance ira bien en revanche, je l’espère, dans le sens des billets publiés récemment sur un autre blog apprécié : celui de Chantal Serrière, qui nous racontait en début de ce mois, son voyage au Burkina-Fasso et les découvertes qu’elle y a faites. Et pas du tout dans le sens, bien entendu, d’un tristement fameux discours de Dakar…

Le premier objet portant la marque d’une activité hautement mathématique a été découvert là-bas, et il a environ 22 000 ans. Il s’agit de l’os (ou du bâton, comme on voudra) d’Ishango.

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Ishango est un petit village au bord du Lac Rutanzige (connu aussi comme Lac Edouard), lac-edouard.1213805116.pngune des sources les plus lointaines du Nil, aux confins du Congo et de l’Ouganda (région hélas où il n’est pas recommandé de se promener de nos jours…). C’est là que l’archéologue belge Jean de Heinzelin de Braucourt découvrit il y a plus de cinquante ans un os d’à peine dix centimètres, comportant trois colonnes d’encoches, rangées en groupes de respectivement 11, 21, 19 et 9 entailles, ensuite de 11, 13, 17 et 19 encoches (vous avez remarqué ? les nombres premiers entre 10 et 20 !). la troisième colonne (celle que nous retiendrons comme le « milieu ») présentant, quant à elle, huit groupes d’entailles : 3, 6, 4, 8, 9 (ou 10 ?), 5, 5 et 7.

Certains ont voulu y voir un calendrier lunaire, mais plus sérieusement, un ingénieur du nom de Pletser a fait le rapprochement avec les règles à calcul (celles que les plus anciens d’entre nous ont utilisées à l’école, longtemps avant que n’existent nos calculatrices électroniques) et qui se composaient de réglettes coulissant les unes par rapport aux autres. Les trois colonnes avaient exactement une interprétation possible en termes de ces réglettes !
Bon, prenez une feuille.
Mettez en ligne la colonne du milieu de l’os :

3 6 4 8 9’ 5 5 7

Additionnez 3, 6 et 4 : vous obtenez le 13 de la colonne de gauche. Additionnez 4, 8 et 9 : vous obtenez le 21 de la colonne de droite, 8 et 9 le 17 de la colonne de gauche, 9, 5 et 5 le 19 de la colonne de droite… et admettez pour le reste qu’il y a peut-être des erreurs. Il semble qu’il y ait une imprécision entre 9 et 10. On a aussi remarqué que 5, 7, 11, 13, 17, 19 avaient tous la particularité d’être des multiples de 6 plus ou moins 1 (17 = 3×6 – 1, 19 = 3×6 + 1 etc.), alors hésiterait-on entre multiples de 10 et multiples de 6 ? Oscillerait-on entre une base 10 et une base 6 ? et qui dit « base 6 » dit « base 12 » bien entendu…

Fascinant objet qui nous ramène à d’autres recherches contemporaines portant sur les manières de compter chez des peuples « non lettrés » (les Mundurucus encore…) où l’on perçoit un conflit entre base deux et base cinq cette fois… à moins que cela ne soit qu’une illusion, la base « deux » s’expliquant par un amour pour la symétrie et la base « cinq » par des exigences de représentation sur le corps (pieds, mains).

Le projet de cet ethnomathématicien était d’envoyer une réplique de l’os d’Ishango dans l’espace, à la rencontre éventuelle de civilisations extra-terrestres (car c’est ainsi qu’on a en effet pensé qu’il était possible de s’envoyer réciproquement des signaux, entre êtres intelligents, puisque l’intelligence est synonyme ici de reconnaissance d’un caractère non hasardeux des systèmes d’encoches), mais il raconte qu’au moment de faire l’expérience, ce qui aurait été de plus un merveilleux hommage à l’Afrique, la NASA a préféré envoyer dans l’espace… une broderie de bonne sœur !

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Football

 

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Pourriez-vous nous parler un peu du rôle que les sports jouent dans notre société pour dépolitiser les gens : il me semble que c’est plus significatif que ce que les gens supposent généralement.

 

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Voilà qui est intéressant, en fait. Je n’en sais pas grand-chose moi-même, mais en regardant seulement le phénomène de l’extérieur, il est évident que les sports professionnels, et les sports auxquels on ne participe pas en général, jouent un énorme rôle. Il ne fait aucun doute qu’ils captent une immense attention.

En fait, quand je conduis, j’ai l’habitude de mettre l’un de ces programmes radio où les gens téléphonent. Et c’est frappant quand on écoute ceux qui traitent des sports. Il y a des groupes de journalistes sportifs ou une sorte de table ronde d’experts, et les gens appellent et discutent avec eux. Premièrement, le public consacre un temps énorme à tout cela. Mais le plus frappant, c’est que les auditeurs sont de grands connaisseurs, ils ont une connaissance détaillée de toutes sortes de choses, ils mènent des discussions extrêmement complexes. Et de façon étonnante, ils ne craignent pas du tout les experts, ce qui est un peu inhabituel. Voyez-vous, dans la plupart des secteurs de la société, on est encouragé à se soumettre aux experts : nous le faisons tous plus qu’il ne le faudrait. Mais dans ce secteur, il semble que les gens ne le font pas : ils sont enchantés de discuter avec l’entraineur des Boston Celtics et de lui dire ce qu’il aurait dû faire, d’entrer dans de grands débats avec lui et ainsi de suite. Donc, le fait est que dans ce domaine, pour une raison ou pour une autre, les gens se sentent sûrs d’eux et savent beaucoup de choses : ils y consacrent manifestement beaucoup d’intelligence.

En réalité, cela me rappelle d’une certaine façon ce qu’on trouve dans les cultures non lettrées ou non technologiques – ce qu’on appelle les « cultures primitives » – où, par exemple, on a des systèmes de parenté extrêmement élaborés. Certains anthropologues croient que ces systèmes ont quelque chose à voir avec les tabous de l’inceste et ainsi de suite, mais cela paraît improbable parce que ces systèmes sont compliqués bien au-delà de toute utilité fonctionnelle. Et quand on examine leurs structures, ils ressemblent à une sorte de mathématique. C’est comme si les gens voulaient résoudre des problèmes mathématiques, et comme ils n’ont pas l’algèbre et l’arithmétique, ils le font au moyen d’autres structures. Et l’une des structures dont tout le monde dispose est celle des relations de parenté : donc on construit des structures élaborées autour de ça, et on développe des experts, des théories etc. Ou autre chose que l’on trouve parfois dans les cultures non-lettrées, c’est le développement de systèmes linguistiques les plus extraordinaires : il y a souvent une immense sophistication à propos du langage, et les gens jouent à toutes sortes de jeux avec le langage. Ainsi, il existe des rites de puberté durant lesquels les « initiants » développent ensemble un langage qui leur est propre et qui est habituellement une modification de leur vraie langue, mais avec des opérations mentales très complexes pour la différencier. Ensuite, elle devient leur langue à eux pour le reste de leur vie, et pas celle d’autres personnes. Et ce que tout ceci semble montrer, c’est que les gens veulent utiliser leur intelligence d’une façon ou d’une autre. Et si on dispose de peu de technologie, on essaie autre chose.

Eh bien, dans notre société, nous avons des thèmes sur lesquels nous pourrions exercer notre intelligence, comme la politique, mais les gens ne peuvent pas vraiment s’y impliquer de façon très sérieuse ; alors ce qu’ils font, c’est se concentrer sur d’autres thèmes, comme les sports. Vous êtes formés à obéir, vous n’avez pas un travail intéressant ; il n’y a pas de possibilité de travail créatif pour vous ; dans l’environnement culturel, vous êtes un observateur passif de trucs qui sont habituellement d’un assez mauvais goût ; la vie politique et la vie sociale sont hors de votre portée, elles sont aux mains des gens riches. Alors, que reste-t-il ? Eh bien, ce qui reste, c’est le sport : donc vous mettez là beaucoup d’intelligence, de réflexion et d’assurance. Et je suppose qu’il s’agit là aussi d’une des fonctions de base que le sport remplit dans la société en général : il occupe la population, il l’empêche d’essayer de se mêler des affaires vraiment importantes. En fait je présume que c’est là une partie de la raison pour laquelle les sports que l’on se contente de regarder en spectateur sont soutenus à un tel niveau par les institutions dominantes.

 

Noam CHOMSKYComprendre le Pouvoir » trad. franç. de « Understanding Power », interview de 1989 dit « colloque à Rowe, Massachussetts »)

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Les femmes et les maths

Samedi matin, Stanislas Dehaene était interviewé sur France-Inter dans le cadre d’une série d’émissions matinales sur l’intelligence. Dans le peu de temps qui lui était consacré, il a soulevé deux ou trois points à mon avis très importants et qui dépassaient ce que les autres intervenants ont pu dire pendant la matinée. Il a fait référence à sa théorie du recyclage neuronal bien entendu (exposée dans Les neurones de la lecture ), théorie selon laquelle au cours de l’évolution, certains circuits neuronaux auparavant dédiés à certaines tâches en ont été détournées et attelés à d’autres, comme par exemple la lecture (l’espèce humaine n’a pas eu le temps de muter pour faire apparaître un circuit neuronal spécifique à celle-ci).

Mais il a aussi mentionné deux types de résultats récents en sciences cognitives : d’une part l’identification du rôle de l’école dans le développement de certaines capacités, et d’autre part, en réponse aux questions inévitables sur la différenciation des cerveaux selon le sexe, il a cité une étude récente qui fait le point sur les rapports entre les femmes et les mathématiques. Il se trouve que les travaux traitant de ces deux sujets ont été publiés dans un numéro récent de la revue « Science » (le numéro du 30 mai 2008 ).

Le premier point ressort d’un article de Dehaene lui-même en collaboration avec Pica, Spelke et Izard prenant prétexte d’études anthropologiques dont j’ai déjà parlé dans ce blog , menées au contact d’une tribu amazonienne, les Mundurucus qui ne disposent pas de noms de nombres au-delà des petits nombres de 1 à 4 et sont pourtant en mesure de faire des calculs approximatifs. Dehaene trouve là le moyen d’étayer des hypothèses qu’il a déjà formulées dans son premier livre à succès : « La bosse des maths », selon lesquelles les humains (et aussi semble-t-il beaucoup d’autres espèces animales) possèdent des intuitions du nombre (ce qu’il appelle « le sens des nombres ») très corrélées à celles de l’espace. Pour le prouver, les chercheurs ont demandé à des indiens Mundurucus n’ayant reçu aucune éducation (de la part des missionnaires brésiliens) de disposer des nombres sur une échelle dont l’extrémité gauche est marquée par un cercle contenant un point et la droite par un cercle contenant dix points. « deux » par exemple est mis du côté de « un », « trois » entre « deux » et « dix » plus proche de « deux » que de « dix » etc. La particularité est que les segments séparant deux nombres consécutifs se rétrécissent en allant vers « dix », au lieu d’être de longueur constante. On peut même exactement dire que l’échelle obtenue est logarithmique : le nombre « n » est placé à une position de l’ordre de son logarithme. Faites la même expérience avec des individus de la même culture mais qui sont passées par l’école : ils vous donneront une échelle où les segments sont de longueur quasi-constante (donc une échelle « linéaire »). L’éducation a donc un rôle. Mais ce rôle n’est pas de faire apparaître de toutes pièces des notions comme celle de nombre, il est de transformer ces notions, donnant ainsi naissance aux possibilités du calcul exact (et à une certaine séparation des entités numériques par rapport aux entités spatiales).

Le deuxième point est développé dans un article de Guiso, Monte, Sapienza et Zingales , de l’Institut Universitaire Européen de Florence, qui ont étudié les différences dues au genre (en fait, on dit « genre » maintenant, dans les études sérieuses, et plus « sexe » !) dans les résultats à certains tests dans différents pays. Il s’agissait de tests de mathématiques et de lecture. La conclusion est la suivante : « dans les cultures qui tendent le plus à traiter hommes et femmes sur un pied d’égalité, le fossé qui sépare leurs aptitudes en mathématiques disparaît, alors que le fossé qui sépare leurs aptitudes en lecture s’accroît (à l’avantage des filles) ». Le fossé mathématique est corrélé avec le statut accordé au genre, mesuré selon une échelle dite GGI. (Gender Gap Index). Ainsi, en Turquie, la réussite en mathématiques des filles est-elle significativement inférieure à celle des garçons, alors qu’en Islande, c’est l’inverse !

La vieille théorie des filles nulles en maths en prend un sacré coup, de même que celle d’un cerveau différent pour les hommes et pour les femmes.

 

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(Cecylia Rauszer, brillante mathématicienne polonaise décédée en 1994)

Reste malheureusement que trop souvent encore, beaucoup de femmes préfèrent sans doute masquer leurs aptitudes (ce qui expliquerait qu’on ne les retrouve pas encore en grand nombre au sommet des hiérarchies) au prétexte que les révéler risquerait de nuire à leur image féminine ou leur attirerait les foudres de la gent masculine…

 

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Le parti des vaches

 

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Et les vaches ? vous y pensez, aux vaches ?
C’est ce week-end que dans tout le Valais
elles tiennent leur congrès annuel.
Chaque section du parti des vaches doit élire sa présidente et sa secrétaire générale.
Pour cela elles se réunissent sur un pré
et participent à ce que l’on nomme
le combat des reines.
Chacune affronte chacune en un seul round.
Le combat demeure largement symbolique.
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On se flaire, on s’examine
on se montre les cornes, on fronce les cils,
on exhibe ses muscles et parfois on meugle,
celle qui devine qu’elle aura le dessous
bien vite abandonne.
La victorieuse s’en va combattre une autre vache.
Et ainsi jusqu’à ce que le troupeau se fasse
et défile au matin comme au soir
(retour à l’étable)
dans le bon ordre établi par
la coutume du combats des reines.

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Argh ! ça nous rappelle bien des choses…
PS (sans aucune arrière pensée!) : vaches de la race d’Hérens (marque déposée). Chaque année la saison se clôt par le combat de toutes les reines (aux arènes de Martigny ou à Aproz). « Souris » souris-reine1998.1213444324.jpga été longtemps reine. A sa mort, elle a été embaumée. Il fait bon être taxidermiste en Valais .
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La force de l’eau a détourné le cours des Dranses

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La fonte des neiges a créé des ruisseaux multiples
un réseau de veines
dans le pelage de l’herbe,
qui baigne les sabots des moutons avides

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exubérance des gouttes mêlées aux boutons de renoncules

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eau furieuse après les rochers dont elle arrive à bout
de l’immobilité

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Le filon boueux des terres argileuses
corrompt le cristal des eaux
plus chanceuses
car elles viennent de plus haut

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La gauche et l’intelligence – 1

Récemment, je feuilletais quelques blogs pour en arriver à l’un d’eux , assez couru si j’en crois le nombre de commentaires, blog sympathique, où une dame parle de son vécu et développe ses analyses politiques, et dialogue avec ses lecteurs, en général de gauche. Lire son dernier billet m’a donné envie d’y répondre et de réfléchir un peu sur ce que devrait être une pensée de gauche en ce début de 21ème siècle… – Non mais quelle prétention ! allez-vous me dire, comment inventer comme ça, au débotté, une « nouvelle » pensée de gauche, après tous ceux qui s’y sont essayés et s’y sont cassé les dents…
Je vous répondrai que oui, certes, ça ne manque pas de culot, mais si tout le monde a ce genre de crainte face à ce sujet, on n’avancera pas beaucoup… et puis, il y a en ce moment des sources d’inspiration et de réflexion. Je citerai par exemple Badiou et Zizek , mais nous reviendrons sur ces exemples plus loin (ou dans des billets futurs). Qu’est-ce qui m’a fait réagir dans le billet de cette dame ? simplement le fait que j’ai cru y voir, hélas, ce que ne devrait pas (plus) être une pensée de gauche en ce siècle. Des aspects qui me font immédiatement penser que ce n’est peut-être pas étonnant que la droite « fasse des résultats »… Passons d’abord sur l’attitude désagréable qui consiste à s’en prendre à ses contemporains en les traitant de tous les noms parce qu’ils ne partagent pas les mêmes points de vue. « Ils » ont tendance à ne plus faire confiance dans les luttes, « ils » ne se battent plus pour préserver leurs acquis, bref, « ils » trahissent… Des lecteurs font part de leur dégoût et disent que, de toutes façons, ils ont abandonné la partie. On ne se pose pas la question de savoir pourquoi il pourrait bien en être ainsi, pourquoi les individus souvent exploités voire même surexploités, donnent l’impression de non seulement se laisser faire mais en plus semblent en redemander puisque certains… votent même Sarkozy !
Or c’est là que le bât blesse. Et il faudrait peut-être se demander en quoi et pourquoi la pensée officielle de gauche (de Hollande à Besancenot y compris) n’attise que le scepticisme alors que les discours de droite paraissent plus en prise sur la réalité vécue des citoyens. Cela veut dire exactement tenter de renouveler la pensée de gauche, ne plus chercher à s’accrocher, en tout cas, à la « vieille », celle dont, hélas, cette dame nous donne quelques exemples.

Faisons le point.
Notre siècle n’a plus grand-chose à voir avec celui du capitalisme industriel, époque où s’est forgée la matrice de nos discours politiques. La phase historique qui y correspondait commandait qu’avant toutes choses on visât à libérer les « armées de travailleurs » et que pour cela on mît en place des organisations quasi militaires (« militantes » à la même racine). On sait ce que ça a donné : partis communistes, union soviétique et puis un beau jour tout s’est écroulé. Badiou décrit ça très bien. La phase actuelle n’est plus celle du capitalisme industriel, n’est plus celle des « armées de travailleurs » : elle a mis en place la fiction d’individus autonomes qui ne se battent pas pour la victoire de leur « camp » mais pour la reconnaissance de leur rôle. Zizek met cela en rapport avec les nouvelles manières d’appréhender la réalité humaine au travers du cognitif. La cognition supplante en effet la « force de travail ». On ne « s’élève » plus aujourd’hui dans la société « à la force du poignet » mais à l’activité de son cerveau. Les plaintes n’y changeront rien.
La dame de ce blog nourrit beaucoup d’amertume et de frustration parce qu’elle a obtenu une fois un DEA de sciences sociales, ce qui lui a coûté beaucoup d’efforts, et que, visiblement, cette peau de chagrin ne lui a pas permis d’obtenir l’ascension sociale qu’elle espérait. Elle s’est résignée à se faire embaucher comme enquêtrice dans un institut de sondages en espérant que ses mérites éclateraient aux yeux de tous et qu’elle bénéficierait à terme d’une progression dans sa carrière (il se trouve qu’un de ses lecteurs a, lui aussi, fait une expérience similaire, mais que, pour lui, c’était dans le contexte d’un job temporaire, pour payer ses études, ce qui lui donne une manière complètement différente d’appréhender la situation). Au passage, elle se plaint que l’université n’apprenne pas « la vie »… comme si c’était son rôle ! Je suis triste de lire cela, triste de constater le malentendu à la source d’une telle frustration, qui repose sur la croyance, probablement héritée des générations antérieures, que le diplôme qu’on a obtenu une fois dans sa vie va automatiquement ouvrir les portes de la promotion sociale. Nous n’en sommes plus là. Dans une société où les connaissances deviennent de plus en plus répandues et partagées, où l’université accueille (et c’est un bien) des masses de jeunes, le diplôme (surtout un DEA, et de sciences sociales qui plus est) est décerné comme simple « coup de pouce » afin d’aider le jeune dans sa recherche d’emploi, ce n’est plus une garantie (et ce n’est même plus une preuve d’excellence, quand on voit le nombre de diplômes de ce genre qui fleurissent dans nos universités, tous forcément de qualité inégale). Que fait-on ensuite du diplôme ? Cela a été souvent répété, mais, semble-t-il, sans qu’on en tire les conclusions : notre société requiert une formation des individus tout au long de leur vie. Là où peut surgir une différence d’interprétation, c’est dans l’acception de ce mot : certains (allez, disons-le : le patronat) verraient bien là le simple souhait d’une adaptation constante des individus aux postes et statuts qu’on leur impose. Mais il en est de cette formation comme de l’école de jadis : impossible de la faire servir seulement à une utilité particulière. Ouvrir l’accès à des savoirs c’est déclencher une activité mentale qu’on a du mal à brider et « formation » veut dire aussi remise en cause, retour sur soi, changement, mutation, toutes choses il est vrai que beaucoup d’individus craignent, mais qui sont aussi pourtant l’assurance d’une vraie progression des cerveaux et des mentalités. La lutte contre les racismes, l’homophobie, le sexisme etc. ne progresse en particulier que par ces remises en cause auxquelles les individus, dans le secret de leur être, sont capables de procéder.

Une pensée de droite fait le constat de cet état de fait et cherche à savoir comment l’utiliser pour le bienfait d’une classe dirigeante : elle aura tendance à accentuer le côté fragilisant de ces remises en cause par l’augmentation de la précarité et en mettant l’accent sur une formation limitée aux aspects strictement opérationnels des tâches à accomplir. Une pensée de gauche s’en distinguera en dépassant ce constat et, outre qu’elle continuera à viser l’objectif d’une société sans classes (mais oui !), elle stimulera les individus à entrer dans cette dynamique. Loin de les materner dans un confort illusoire (ornière dans laquelle tombait Ségolène quand elle disait : « je m’occuperai bien de vous ! »), elle leur montrera au contraire qu’ils ont tout à gagner à maintenir tout au long de leur vie une attitude de recherche, de travail sur soi et de maintien et enrichissement de leurs ressources intellectuelles.
Je crois, à l’instar de Badiou (voir un résumé critique de sa pensée dans un récent numéro de la « Revue Internationale des Livres et des Idées ») qu’on peut très bien aujourd’hui continuer de rêver à une société « communiste », sauf que ce communisme-là n’aurait rien à voir avec celui de nos pères et grands-pères. Que ceux-ci aient rêvé d’une sorte d’Eden où ils seraient avant tout libérés des chaînes de l’asservissement causé par un travail physique lourd, quoi de plus normal, mais ce que l’on souhaite c’est autre chose aujourd’hui : une société où tous les individus, avides de développer leurs potentialités, pourraient le faire sans entrave et seraient certains de pouvoir tirer partie des efforts de formation, de réflexion et de remise en cause qu’ils seraient amenés à faire tout au long de leur vie.
Lorsque j’étais gamin, un prof de philo féru de la doxa marxiste m’enseignait que la devise du communisme était : « à chacun selon ses besoins, de chacun selon ses capacités ». Que voilà bien la devise d’une idéologie révolue. Comme si chaque individu se définissait comme un lot de capacités fixe attribué une fois pour toutes à la naissance ! comme si chaque individu était avant tout une somme de « besoins » et une autre de « capacités ». Une telle devise (qui sert probablement encore de référence à cet « économisme vulgaire » en quoi s’est muée la vulgate marxiste) est aujourd’hui forcément rejetée : qui accepterait cette vision condescendante qui voit en nous des sujets figés juste bons à recevoir et à donner mais pas trop, dans la limite de « ce qu’on peut » ? alors que toute la recherche contemporaine en sciences cognitives et en neuro-sciences montre au contraire que nous pouvons toujours améliorer nos capacités, voire même en acquérir de nouvelles ? Il n’est pas rare que nous trouvions que telle ou telle personne a fait preuve d’un talent dont nous ne la croyions pas capable. Nous reconnaissons à ce moment-là que chacun peut dépasser une borne arbitraire, fixée à l’avance, de ses capacités mentales.
Si tant d’exploités et d’individus floués par le système votent néanmoins pour la droite sarkozyenne, ce n’est pas par « amour » de cette exploitation, c’est parce qu’il leur semble (à raison peut-être) que la pensée de cette droite-là, à tout prendre, serait plus encline que la gauche (au niveau de son discours apparent tout au moins) à reconnaître leurs efforts.
La gauche, elle, se voit implicitement soupçonnée de prôner un nivellement par le bas qu’instinctivement, en tant qu’individus, nous rejetons. Il lui reste donc à revoir fondamentalement son socle idéologique en se débarrassant au passage de son économisme vulgaire, en s’enrichissant des acquis des sciences cognitives contemporaines, et en substituant au nivellement par le bas une attraction par le haut. Autrement dit, il lui reste à (re)devenir le parti de l’Intelligence, laissant à la droite son rôle historique de parti des Affaires.

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Ca y est, c’est fait. Il fallait qu’il le dise

finkiel.1212574361.JPGCertains commentateurs patentés de la vie sociale sont ainsi faits qu’on peut toujours prévoir ce que seront leurs réactions. On n’est jamais déçu. Ainsi d’Alain Finkielkraut qui, dans une tribune du Monde s’en prend bien évidemment au « lamentable » exemple fourni par le film « Entre les murs » qui vient d’obtenir la Palme d’Or à Cannes, et au passage à Sean Penn, à François Bégaudeau, au journal « le Monde » lui-même (« [qui aurait dressé] le repoussoir des « fondamentalistes de l’école républicaine » »), bref à (presque) la terre entière.

 

Et le titre… ! jugez-en : « Palme d’or pour une syntaxe défunte », rien que ça !

 

Je suis chaque fois affligé de voir à quel point un « intellectuel », une personne « de réflexion », quelqu’un qui au départ sans doute a beaucoup approfondi la philosophie et son histoire (encore lundi parlions-nous, à table, avec jmph , de la renommée de Finkielkraut dans le domaine de la pensée philosophique d’un Lévinas par exemple), comment donc un tel homme en principe avisé peut en venir à s’égarer et, pour tout dire, à penser faux.

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Car enfin, comment parler d’une « syntaxe défunte » ? faut-il à ce point tout ignorer des travaux sur le langage, que ce soit d’un point de vue formel (Chomsky) ou d’un point de vue sociolinguistique (Labov), pour croire sincèrement que la syntaxe d’une langue peut disparaître sans que la langue elle-même disparaisse ? ou pour croire tout bonnement que la langue peut « disparaître » ; ou pour croire que la langue, par laquelle nous nous repérons, par laquelle nous donnons du sens à nos actes, peut ne pas changer ? faut-il à ce point tout ignorer pour croire que la maîtrise de la langue réside dans la contemplation béate des « Grandes œuvres » de la littérature et non dans l’aptitude à jouer de ses registres ?

 

Finkielkraut nous ressert le fameux épisode (bien sûr je n’ai pas vu le film, puisqu’il n’est pas encore sorti en salle) où le professeur reprend une élève qui a dit qu’elle s’était faite « insultée de pétasse » en lui expliquant que le verbe « insulter » ne se construit pas de cette manière, pour, plus tard, en finir lui-même par utiliser certaines tournures du langage de ses élèves. Et bien sûr, le philosophe de France-Culture en tire une preuve du renoncement si caractéristique des enseignants face à la pression exercée par « la société ».

 

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(photo du film « Entre les murs »)

 

Je dois dire que, moi-même, enseignant, il m’arrive aussi de reprendre les expressions qu’utilisent les jeunes qui sont en face de moi. Je ne dirai pas que c’est une question « d’efficacité » (là-dessus, je serai donc en désaccord avec Bégaudeau), mais que c’est simplement une manière d’assurer et de maintenir un lien (que ce lien soit considéré comme « social », « affectif » ou « intellectuel », peu importe). L’enseignant a face à lui, il est vrai, des élèves ou des étudiants à qui il doit transmettre un savoir, mais il a aussi face à lui un groupe d’individus vivants en qui il se reconnaît plus ou moins et qui, dans les meilleurs moments, peuvent arriver à se reconnaître en lui. Autrement dit, il y a quelque chose de commun entre lui et eux, et ce « commun » doit être porté en avant pour qu’une relation pédagogique efficace puisse avoir une chance d’exister. Ce « commun » s’exprime alors par des jeux de langue : je veux bien te reconnaître au travers de (ou malgré) la manière dont tu t’exprimes si toi en retour tu veux bien reconnaître mon langage. Je compense le fait d’utiliser parfois de telles « licences » par l’usage d’un langage dont j’ai conscience qu’il est en général plutôt « soutenu » : les étudiants ne m’en tiennent pas rigueur, ils savent qu’ils sont là pour apprendre, y compris des manières de parler ; donc nul n’est dupe. On a parfois des surprises. Ainsi après avoir trouvé la réponse d’une étudiante « laconique », je me suis vu répondre : « je ne sais ce que ça veut dire, mais je vous crois » ( !). Faudrait-il que j’en sois bouleversé ? non, j’explique au passage, et je suis simplement heureux de cette confiance qui peut s’établir et qui aboutit à ce qu’une personne puisse dire « qu’elle ne comprend pas » tout en acceptant qu’on la corrige. C’est cela, l’enseignement.

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(cours à Saint-Denis)

 

Je ne vois pas en quoi l’existence de tels jeux de langue irait à l’encontre de la reconnaissance de la beauté de grandes œuvres littéraires. On se souvient de ce merveilleux film « l’Esquive », qui porte à l’écran l’aptitude des sujets parlants à parler plusieurs langues, pas seulement la leur propre mais celle de l’autre (en l’occurrence celle de Marivaux). Ce genre de phénomène étonne les gens peu au fait des questions de linguistique, alors que si on a lu un peu Chomsky ou Pinker, on sait que cette aptitude est inhérente à notre « Faculté de Langage « . Celle-ci ne réside pas dans le simple apprentissage behavioriste d’UNE langue (celle qui est autour de nous), mais dans un dispositif très général grâce auquel on peut aussi bien jongler d’une langue à une autre que… secréter sa propre langue (car en dernier ressort, la langue est individuelle, intime, propre à chacun de nous).

NB: la photo d’A. Finkielkraut ci-dessus a été prise lors du Forum de Libération du mois de septembre 2007 (tenu à la Maison de la Culture de Grenoble), au cours d’un débat avec Laurent Fabius) 

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