Louées soient les grandes œuvres

J’ai évoqué dans mon billet précédent le fantôme de Fedor Dostoïevski à propos du compte-rendu de ma lecture du dernier roman de Nancy Huston, et je me demandais comment il se faisait que l’œuvre d’un Dostoïevski ou d’un Mann pouvait être plus « parlante » qu’un roman contemporain portant sur des thématiques actuelles. Ma lectrice fidèle Debra a répondu en mettant cela sur le dos de notre « confort ». J’avais aussi, dans ce billet, pointé le « confort » de notre position, parlant de « cette culpabilité, cette angoisse » que nous devrions ressentir « qui devrait nous faire penser que nous sommes à tout jamais condamnables, blâmables parce que nous sommes « beiges », que nous sommes hommes, que nous profitons sans arrêt de ce qu’un système a pu produire de richesses et de confort sur le dos, la sueur, le sang de milliards d’hommes et de femmes qui ont en effet été envoyés en esclavage ». Debra dit : « Nous vivons, dans l’ensemble, des vies édulcorées, et nous avons besoin de réveiller nos pauvres âmes endormies en nous indignant sur le passé, sur les forfaits de nos ancêtres ». Je passe sur l’implicite selon lequel nos ancêtres auraient commis de simples « forfaits » dont nous pourrions nous estimer affranchis à bon compte. Je reprends seulement l’idée que cela laisserait entendre qu’une bonne partie de la littérature contemporaine a ceci comme objet : tenter de réveiller nos pauvres âmes endormies, autrement dit nous réchauffer un peu en nous faisant sortir de notre torpeur, que dis-je, de notre hibernation face aux douleurs et misères qui sont encore actuelles. Mais bien souvent, elle n’y arrive pas, et cela parce qu’elle-même se trouve prisonnière de cette tendance à la facilité causée par notre confort : il s’agit d’aller vite, d’aller droit au but, sans s’embarrasser de longues conversations et débats. On n’a pas le temps de faire s’affronter des idées dissemblables, il est plus commode, plus rapide de poser une fois pour toutes que certaines sont naturellement supérieures. Alors que cette supériorité si jamais elle existe ne pourrait être qu’à se prouver sans cesse.

J’observe, dans ma modeste existence de retraité ayant parcouru presque les trois-quarts d’un siècle, les changements, les mutations, les revirements que tout un chacun a pu subir. Quelles idées en nous n’avons-nous pas besoin de revisiter pour les critiquer ou pour les enrichir, pour les abandonner ou bien au contraire les enraciner davantage ? Le dialogue devrait être permanent, avec d’autres idées, d’autres réflexions. Les grands auteurs, comme ceux que j’ai déjà cités, nous en donnent l’occasion, ce qui fait toute leur force. Bakhtine appelait cela « dialogisme », on a aussi parlé de « polyphonie ». Se replonger dans ces œuvres est donc une nécessité.

C’est un peu par hasard que ma porte d’entrée vers une relecture de Dostoïevski fut ce petit livre, déjà mentionné, de Julia Kristeva. Je l’avais acheté car je voulais juste savoir ce qu’une psychanalyste comme elle pouvait en dire. Cela m’a intéressé mais m’a aussi laissé parfois dans la perplexité. A certains égards, l’auteur russe aura anticipé l’œuvre de Freud, notamment par la part qu’il fait jouer au rêve, mais aussi par l’attention mise sur les comportements névrotiques ou sur des ambivalences que seul le regard du psychiatre peut élucider, mais l’importation d’un vocabulaire lacanien n’est pas de nature à rendre toujours très clair ce rapprochement possible entre Freud et Dostoïevski ! « On appellera ce lieu où la névrose s’effrite et où les démons dostoïevskiens affluent : « clivage », « coupure », ou « refente du sujet » » est-il dit p.21, et cela peut sembler assez mystérieux au non-spécialiste, mais peut-être aura-t-il fallu lire Névrose et psychose de 1924 ou bien Le Clivage du moi dans les processus de défense de 1937. Gardons-en toutefois l’idée que nous sommes tous et toutes plus ou moins « clivés », ce qui signifie que notre Moi fait coexister différentes manières de résister aux assauts de « la réalité », entre autres le fantasme et même la perversion, et que certains esprits ayant subi des épreuves particulièrement agressives, qui les ont ébranlés au point de laisser ouverte la cicatrice ainsi créée, sont plus lucides que d’autres à propos de cette division.

Dédoublés nous sommes, au quotidien, par la séparation étanche entre la vie diurne qui tend à la paix et la destructivité sauvage de la vie onirique ; dédoublés, nous évoluons aussi dans l’idéologie et la mystique des groupes et des communautés, qui préservent les liens internes en projetant le réprouvé sur les autres.

C’est ce que dit la psychanalyste, et nous permet de voir en effet ce qu’il y aura d’extrêmement marquant chez Dostoïevski : à la fois le récit du tourment individuel (il est vrai que le rêve joue un rôle terrible en nous) et celui de la vie sociale : liens qui sont sans arrêt proches de la rupture et pour le maintien desquels il faut lutter sans fin, groupes qui sont destinés à se scinder, échec presque toujours là des entreprises collectives (éternel travail – digne de ceux d’Hercule – auquel a à faire face le politique : réaliser l’Unité…)

Kristeva insiste particulièrement sur les profonds troubles psychique et physique dont souffrait le grand écrivain russe. Elle serait prête à y voir la source de son génie.

Très tôt, Dostoïevski avait réalisé que l’explosion épileptique, ses auras, ses douleurs et peurs le mettaient au contact d’une dimension essentielle de la condition humaine : avec l’avènement et l’éclipse du sens. Il était capable d’enregistrer, en voix et récits, l’embrasement hypersynchrone des neurones, la respiration bruyante et étranglée de la crise, les décharges encore chargées d’énergie. (p.22).

Elle parle ainsi du « brouillard des fantasmes névrotiques » qu’il parvint à percer de manière héroïque par l’écriture. Comme si le vrai génie littéraire n’était atteint que dans le paroxysme de la maladie, de la souffrance, voire de la folie, et dans le voisinage de la mort. Thomas Mann semble ne pas avoir dit autre chose à propos de l’écrivain russe qu’il admirait, dans un essai célèbre qu’il écrivit sur lui. Cela ne va pas sans nous surprendre quand on sort de la lecture de la Montagne magique, où le discutant Settembrini (souvent présenté comme le porte-parole de l’auteur) dénigre la position qui voudrait que l’on voie dans la maladie un atout, voire une supériorité, alors que c’est son adversaire, Naphta, qui défend l’idée selon laquelle la maladie ou la folie confèrerait à son porteur une sorte de génie : « certains hommes, en toute conscience et de leur plein gré, ont succombé à la maladie et à la folie afin d’acquérir pour l’humanité des connaissances qui, obtenues grâce à la folie, étaient devenues de la santé, et dont la possession et la jouissance, après ce sacrifice héroïque, ne ressortent plus à la maladie ni à la folie » (p. 712).

Y aurait-il donc deux versants de la littérature, une « littérature de bien portants » et une « littérature de malades » ? En quoi se différencieraient-elles ? Qu’est-ce que la seconde aurait à nous dire que la première ne nous dirait pas ou alors, très imparfaitement ?

Ces questions sont importantes, car la réponse qu’on leur donne permettrait peut-être d’expliquer la distinction que l’on peut faire entre plusieurs types de littérature, dont l’une aurait la faculté de nous transformer, de générer en nous des états limites capables de résoudre nos propres difficultés et problèmes, de nous ouvrir à des manières de voir le réel que nous ignorions, alors que d’autres se contenteraient d’illustrer des positions déjà connues ou des manières de voir déjà acquises. Cette littérature « de transformation » trouverait sa source dans le pouvoir particulier qu’ont certains écrivains de nous révéler des états et des situations que nous ne pourrions imaginer sans leur travail, qui serait lui-même basé sur la nature scindée, clivée, donc souffrante, de leur être.

A côté de cette littérature, existeraient d’autres types, mais qui n’atteindraient pas (ou pas tout à fait) ce pouvoir de révélation. On a déjà introduit la notion de « littérature de consolation » (cf. Alexandre Gelfen) pour désigner une partie de cette seconde sorte de littérature. Les romans appartenant à cette catégorie nous aideraient à soulager notre malaise en nous montrant des personnages en lesquels nous pourrions nous projeter et qui résoudraient leurs problèmes « pour nous », à notre place. Je parlerais aussi volontiers de « littérature de combat » pour désigner une sorte où il s’agit de partir uniquement d’idées déjà construites et bien acquises en se battant pour elles sans trop entrer dans la dimension dialogique de débat inévitable qui servirait à les étayer. Là aussi, il nous suffirait de nous identifier à la position proposée comme « bonne », sans envisager aucune modification de notre point de vue.

La littérature qui peut nous transformer serait par exemple celle d’un Dostoïevski. Si on parvient à deviner ce que veut dire Julia Kristeva, on pourrait dire que cette littérature a la particularité de naître de la possibilité pour l’auteur d’atteindre la base même sur laquelle il s’est constitué comme sujet (ce qu’elle appelle « refente du sujet ») au cours d’événements, de traumatismes et de souffrances qui lui ont fait voir – parfois en un éclair – une vérité sur lui-même qui serait aussi vérité accessible à tout autre « soi-même » dans la mesure où, à ce niveau primitif de la conscience, nous serions tous semblables.

Je traduirai cela en disant qu’au cours de la vie d’un sujet, des accidents surviennent de nature à le détruire pour qu’il se reconstruise ensuite, mais toujours avec une faille, une fêlure, à partir de quoi le récit se (re)met en branle et met en avant des scènes fantastiques, inoubliables qui, elles-mêmes finiront par entrer dans les failles, les fêlures du sujet lecteur, modifiant sa vie, infléchissant ses pensées, l’induisant vers une autre mentalité, vers plus de compréhension, d’empathie, de douceur peut-être.

Et là est sans doute tout ce que l’on pourrait attendre de la littérature, et c’est déjà beaucoup parce qu’on ne peut pas en attendre un changement global, comme le serait une révolution ou un changement de société ou une bifurcation de l’Histoire, mais juste (juste!) un changement de nous-mêmes en tant qu’individualité qui, peut-être (peut-être!) sera enclin à un peu plus de bonté sur cette Terre, et à faire moins de mal et délivrer moins de souffrance aux autres, à ses semblables…

Et les personnages de Dostoïevski seraient des exemples, de même que quelques scènes fameuses qui nous restent en mémoire. Le personnage de l’Idiot par exemple, ou celui de la Sonia de Raskolnikov dans Crime et châtiment. Et comme scène, celle, magnifique, justement, de ce dernier roman où Sonia reçoit les aveux de Rodion Raskolnikov tout en lui conservant son amour.

Ceci est une vision, je le concède, très romantique de la littérature, qui ne pourrait être produite dans ces conditions que par des esprits ayant de bien particulières tendances à la mélancolie, voire au suicide. Une conception qui nous gêne aujourd’hui car l’idéologie du bonheur a triomphé : il faut imaginer le créateur heureux. Et qui possède son corollaire : l’impossibilité pour nous d’atteindre à ce génie si nous n’avons pas connu ces effondrements, ces failles, ces souffrances du sujet. Sans ces failles, tout juste serions-nous capables par un effort patient de nous ouvrir à elles, pour notre plus grand bien, celui d’être capable de comprendre et de compatir (selon le beau titre que Frédéric Boyer a donné à un livre qu’il a écrit sur Dostoïevski – mais que j’ai égaré). D’où évidemment la nécessité de lire ces grandes œuvres, encore et toujours, car elles seules seraient en mesure de nous donner l’accès à ce que nous ne pouvons pas deviner par nous-mêmes chez les autres et donc à leur ouvrir notre cœur, accroissant ainsi notre pouvoir de compassion.

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6 commentaires pour Louées soient les grandes œuvres

  1. Debra dit :

    Merci pour ce billet très intéressant.
    Vous savez que je me radicalise en ce moment. Comme nous tous, je crois. Si j’étais une meilleure personne, je pourrais éviter les extrêmes, mais je suis faible. J’espère que je saurai… recevoir les limites quand elles me seront données, comme elles le seront, et avec grâce, de surcroît. C’est tout ce que je souhaite.
    Pour continuer notre dialogue, je dirai que j’ai abandonné la lecture des psychanalystes, en dehors de Freud. Même Freud, je constate qu’à mes yeux, il n’arrivait pas très bien à voir ce qui se passait dans… les grandes oeuvres. Ses lectures de Shakespeare me semblent très limitées.
    Mais ce que je donnerai à Freud, c’est que je sais qu’il écrit dans un allemand vivant, avec des muscles, une langue incarnée ET INCARNANTE.
    Je ne vois pas du tout ça à l’oeuvre dans la langue de Kristeva, et dans l’ensemble la langue… sociolochieque, psycholochieque, psychANALytique de nos contemporains est une langue.. EXSANGUE.
    Je ne veux pas la lire. J’ai pris le parti de réaliser que si je passais trop de temps dans une langue qui tendait à détruire mon incarnation, je ne pouvais qu’en souffrir.
    J’ai mis des années pour que se fraie un chemin en moi vers cette réalisation. Nous pouvons être aussi vivants… que la langue que nous pratiquons, qui.. NOUS PRATIQUE par la même occasion.
    Mea summa culpa, je n’ai pas vraiment réussi à lire Dostoievski, mais vous me donnez très envie. Je sais que… je prêche parce que je n’arrive pas bien à pratiquer… c’est inévitable, probablement.
    Pour revenir sur les grandes oeuvres, il me semble que notre époque a une vision très limitée de ce qui se passe dans la relation entre nous et la grande littérature.
    Cela fait plus de 42 ans maintenant que je lis et relis « Macbeth ». La pièce… n’a pas changé du tout, mais ce que je suis capable de voir dans la pièce a beaucoup évolué, en se déposant par substrats. Ma lecture a changé parce que j’ai 42 ans de plus depuis le moment où j’ai commencé, et maintenant, mon expérience du monde rencontre la pièce.
    Cela fait une lecture d’une incroyable richesse, à mes yeux.
    Beaucoup de personnes à l’heure actuelle ne supporte pas l’idée de relire deux fois la même oeuvre… signe des temps. C’est triste.
    Bientôt je vais revenir vers le « Philoctète » de Sophocles pour la deuxième fois en moins de deux ans. Ça a le mérite d’être court, mais très dense…
    Je reviens vers ces oeuvres, parce que, avec le temps, leurs auteurs, morts depuis des lustres, sont mes amis. Oui. Je les connais. Chacun est singulier dans son rapport à la langue. Ce n’est pas qu’ils « m’aident à vivre », pas non plus qu’ils me consolent, même si c’est vrai, et je ne vois pas de mal à cela.
    Et je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas avoir des amis… morts…
    Encore une manière de dire que le passé… ne passe pas ?
    Il y aura d’autres choses à dire ici, et je reviendrai.
    Encore merci.

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    • alainlecomte dit :

      « Chacun est singulier dans son rapport à la langue »: oui, c’est bien vrai. Nous avons une conception de la lecture comme d’une consommation ordinaire, on consomme les livres et évidemment on ne veut pas les consommer deux fois, ce serait du temps perdu… croyons-nous. Je suis un peu fautif de ce côté, mais je m’arrange en vieillissant! Les amis morts sont nombreux… peut-être les aimons-nous parfois mieux que nos amis vivants?

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  2. Girard dit :

    Je pense que tout créateur a besoin d’exprimer de profonds et souvent douloureux ressentis. La création libère des tumultes et si celle ci est reçue par un public, il en est soulagé, du moins momentanément sauf à réintégrer la norme et le confort.
    Il doit ajouter au monde qu’il perçoit et le faire savoir car il y a urgence.
    Les créateurs nous font tutoyer des marges et des territoires qui nous fascinent, que nous pressentons sans prendre totalement le risque de nous y aventurer de nous mêmes.Ils transforment et métabolisent leurs chaos, leurs visions, nos chaos.
    Les grandes oeuvres ajoutent le talent, la capacité de lier avec le lecteur et une grande lucidité ce qui ne va pas forcément de pair avec ce bonheur tant étalé de nos jours.
    La littérature est alors « incarnée » car d’expérience et non celle d’essayiste.( je ne dis pas que l’essayiste est un mauvais créateur Cf S.Zweig). Je ne connais que très peu Kristeva.
    T.Mann devait avoir 24 ans quand il a écrit Les Buddenbrook.

    Merci Alain de ces billets hebdomadaires toujours stimulant: Tu as cité récemment les écrits de J. Lanesem. C’est, pour le peu que j’ai pu lire, un régal.

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    • alainlecomte dit :

      oui, tu as raison, « la création libère des tumultes ». Encore faut-il que le créateur soit libre, or, de plus en plus des menaces pèsent sur cette liberté. J’ai récemment fait un billet sur Nancy Huston, et ce que je craignais est arrivé: comme elle parle d’esclavagisme, elle se fait accuser d’appropriation culturelle… quelqu’un qui ne descend pas d’un esclave n’a pas le droit aujourd’hui d’écrire sur ce sujet. (Un auteur pour la jeunesse ayant récemment écrit un beau livre sur la question, Thierry de Fombelle, s’est fait interdire de publication aux USA pour la même raison). Le blog de Joséphine est en effet intéressant… mais je crois qu’elle va un peu trop loin dans ses enthousiasmes et ses rejets! Personnellement, je ne crois pas qu’existent le Bien, le Beau, le Mal etc. comme des absolus.

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      • Girard dit :

        Ce mouvement qui limite le droit d’expression aux seules catégories qu’il adoube fait peur. Je croyais que cet octroi abusif se dégonflerait tant il parait contraire à la liberté mais apparemment non.Je crois avoir feuilleté l’album de cet auteur jeunesse lors d’une visite à Paris sur la peinture et l’esclavage. J’avais failli l ‘acheter tant les illustrations étaient terrifiantes. Je crois que c’est lui.
        Pour Joséphine, on a envie de plus de nuances mais c’est tellement bien dit: je n’ai lu que les trois derniers billets.

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  3. Debra dit :

    Dans mes affaires, j’ai un livre d’un journaliste américain qui s’appelle Behr, je crois, un correspondant de Newsweek installé à Paris pour le travail, qui avait écrit il y a plus de 20 ans maintenant « Une Amérique qui fait peur ». J’ai plusieurs exemplaires de ce livre que j’ai filé autour de moi pour mes amis français pour qu’ils prennent conscience de l’ampleur de… l’obscurité qui arrive de mon pays d’origine. Je trouve qu’il est plus facile de prendre conscience de l’ampleur de l’obscurité qui arrive d’ailleurs quand il reste encore chez soi quelques rayons minces de lumière. (Maintenant c’est beaucoup plus difficile déjà de prendre conscience de l’ampleur de l’obscurité.) Behr est très consciencieux, et le livre a été publié il y a 20 ans en France, en français d’abord, en guise d’avertissement, un peu comme les éditeurs français de « Mein Kampf » l’avait publié pour avertir le public français de ce qui l’attendait. Je ne suis pas sûre que le livre ait été publié aux U.S. pour la simple raison que Behr, déjà à l’époque, aurait été crucifié. C’est dire…
    Oui, on va m’accuser d’extrémisme, je suppose, mais la lecture de Behr fait peur, je vous l’assure, et le livre est bien documenté. J’aime dire aussi à mes lecteurs français que Christopher Lasch est un historien des idées qui abordent ces sujets avec plus de mesure, en brillant intellectuel. Son livre testament : « La révolte des élites et la trahison de la démocratie » date de 1996. Il est l’auteur de « La Culture du Narcissisme ». Salutaire par temps de Très Grande Folie. Moins salutaire que Mann et… Shakespeare. Avec mon mari nous avons regardé la version BBC de « Richard III », les trois premiers actes hier soir, la suite ce soir.
    Quand on bénéficie d’une compagnie comme celle-là…

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