Latour, où es-tu ? – 2

Univers genré ?

La semaine dernière, nous avons commencé l’étude du dernier texte de Bruno Latour, Où suis-je ? où il fut question de l’usage des métaphores chez un certain nombre de philosophes contemporains (et donc plus généralement des tropes), ainsi que de la façon dont Latour introduit le mythe de Gaïa en tant que représentant cette couche particulière de la Terre (planète) où se déploie notre vie, couche qui, par certains aspects, rappelle ce qu’est la termitière pour l’insecte qui la construit. Le philosophe nous incite à regarder autrement notre mode d’être, à la lumière de l’événement que nous sommes en train de vivre et qui se nomme « confinement ». Celui-ci en effet aurait l’avantage de nous faire toucher du doigt notre réalité intrinsèque qui serait loin de consister en une existence pure et abstraite, dégagée de la nature et des autres espèces, mais reposerait au contraire sur notre faculté de reptation, de recherche de proche en proche des manières de résister au mieux à l’adversité du monde. Cette couche fine de matière où nous nous mouvons serait « Terre », sans article, et elle s’opposerait à « Univers », les deux entités se différenciant par leurs moyens d’engendrement, façon d’introduire ici l’épineuse question du genre.

Latour: faut-il abandonner l’humanisme?

Une telle introduction ne va pas de soi, surtout en cet endroit du discours, un peu comme s’il fallait à tout prix mélanger les thèmes promus au même moment dans la configuration idéologique que nous traversons. Dans le dialogue conflictuel entre Terre et Univers, nous devrions voir l’opposition entre deux lignées d’engendrement, l’une, on s’en doute, serait « féminine » et l’autre « masculine »… La première serait propre aux terrestres (ceux qui ne cherchent pas à s’évader vers un horizon hors d’atteinte), elle concernerait ceux dont nous dépendons et sont nos ancêtres, et ceux qui dépendront de nous. « Terre », cette fine pellicule de vie, se définirait d’ailleurs par ces filiations et ces engendrements. La seconde serait plus abstraite, comme ces lignées d’hommes qui s’imaginent venus de nulle part, se considérant comme de purs esprits qui s’adonnent à la science et aux spéculations intellectuelles.

D’ailleurs, dit Latour (et c’est là que le bât blesse) ce n’est pas un hasard si, au moins dans notre langue, « Terre » est féminin alors qu’ « Univers » est masculin.

J’ai appris à me méfier de toute phrase commençant par « ce n’est pas un hasard si… », souvent révélatrice d’un désir (délire?) excessif d’interprétation. Et là, justement, je ne suis pas d’accord. Car, si ! c’est un hasard ! et le raisonnement de Bruno Latour confond ici, comme cela se voit souvent, le signe et son référent, le genre grammatical et le genre sexué. Que le mot « Terre » ait reçu en Français le genre féminin ne prouve rien… ou alors il faudrait admettre que s’il existe des langues où ce n’est pas le cas (soit qu’il s’agisse d’une langue non marquée pour le genre, soit que le mot « Terre » y ait un autre genre), alors le raisonnement de Latour traduit dans ces langues ne fonctionnerait pas… ce qui l’affaiblirait considérablement. C’est encore un effet du raisonnement métaphorique, il est si tentant de transposer ce qui se passe au niveau des signes propres à une langue particulière vers la réalité qu’ils sont censés dénoter. Or, en l’occurrence, la transposition ici est basée sur une erreur méthodologique et des faits bien connus des linguistes. Le genre des mots ne reflète que très imparfaitement le caractère sexué supposé du référent… Il n’y a aucune raison que le Brésil, le Canada ou l’Equateur soient masculins et la France, la Chine ou la Bolivie féminines… On n’a pas vu de différence de fond entre les politiques menées au Canada et en Australie quant au Covid, ou à autre chose, qui pourrait faire sentir que le premier agit « en masculin » et la seconde « en féminin »… Les exemples linguistiques abondent : ainsi, le mot « sentinelle » est féminin et bien peu de sentinelles pourtant sont des femmes… (dans le même ordre d’idée, une carpette n’est pas une petite carpe… contrairement aux régularités morphologiques qui, en général, associent le suffixe « ette » à un diminutif). On devrait avoir acquis ces choses-là depuis longtemps. Ce genre de projection de l’ordre des symboles sur celui des réalités, s’il tient bien à la métaphore (mais ici fautive) tient aussi surtout au sophisme. Aristote l’aurait qualifié de sophisme du conséquent : « en général les objets ou personnes ayant un caractère sexué féminin reçoivent le genre féminin (mais pas seulement eux), le mot « Terre » a le genre féminin, donc l’objet auquel il réfère est féminin ». NB : une talentueuse blogueuse a écrit un bel article sur le sujet, il n’est donc pas utile que je m’y étende. Elle me signale par ailleurs un autre blog où est signalé un autre type de sophisme souvent en vogue, celui de l’étymologie fallacieuse, à propos de déclarations de Vinciane Despret qui trouverait que… « ce n’est pas un hasard si »… les mots « inquiétude » et « enquête » ont la même racine… ce qui est simplement FAUX!

La fin de la science « classique »

Mon but n’est pas de démolir la position de Bruno Latour, il y a longtemps que je me suis fait à l’idée qu’un texte peut avoir une valeur, littéraire ou philosophique, quand bien même il contiendrait quelques petites erreurs, quelques sophismes, et que nous n’en sommes plus à considérer qu’un discours est nécessairement inconsistant s’il contient une seule faute (conception pourtant admise couramment par les mathématiciens). Disons seulement qu’on aimerait avoir la conviction que les penseurs que nous lisons dans un but de compréhension de notre monde… ne disent pas n’importe quoi. Le raisonnement « métaphorique » ne doit pas envahir la pensée.

Le livre de Bruno Latour est important cependant car il nous met en garde contre l’excès de confiance, l’idée que tout finirait par se résoudre au seul moyen de mécanismes de raison identifiables à des automatismes. Où l’on retrouve des points communs avec les réflexions de Bernard Stiegler, de Giuseppe Longo ou de Jean-Pierre Dupuy analysées précédemment ici même. La raison scientifique classique héritée de Galilée fait l’hypothèse d’un monde homogène, de régularités formulables par des lois que seules des perturbations secondaires peuvent altérer, elle a permis d’explorer loin dans l’Univers, mais il arrive un stade où les perturbations ne sont plus des causes négligeables (les fameux « frottements ») et deviennent essentielles. La science n’est pas totalement démunie face à ces irruptions de ce qui, à première vue, est un irrationnel. Au sens propre mathématique, l’irrationnel a bien surgi, fort tôt dans l’histoire, à l’époque de Pythagore, quand il s’est agi de rendre compte que le rapport du côté du carré à sa diagonale ne s’écrivait sous la forme d’aucune fraction « rationnelle », premier coup de boutoir dans la vision harmonique du monde, et pourtant la raison aristotélicienne s’en est relevée. A notre époque, la continuité et l’homogénéité ont laissé la place, depuis les conquêtes de l’informatique, au calculable, mais nous savons que tout n’est pas calculable ; sur ce plan là, Latour et les précédemment cités ont raison. D’où notre attention à l’imprévu, au « cygne noir », à ce qui ne se comprend pas de loin mais seulement quand on a le nez dessus, comme font les animaux quand ils flairent une truffe ou qu’ils suivent une trace (voir ici le beau livre de Baptiste Morizot sur les traces, commenté ici). Mais tout cela n’invalide ni la raison ni la science, cela ne fait qu’exiger d’elles une poursuite et une remise en cause toujours accrues, des mathématiques plus subtiles, la fin délibérée des croyances dans le « tout calculable », l’acceptation de ce qu’ont énoncé déjà depuis longtemps des théorèmes d’indécidabilité ou d’incomplétude établis par Gödel et Turing. Pas seulement la logique, mais la science même est incomplète. Constitutionnellement incomplète. Mais ce n’est pas une raison de la rejeter [Je précise, pour mes lecteurs ou lectrices qui ne seraient pas au courant, ce que signifie l’incomplétude : il ne s’agit pas d’une « tare » qui affecterait toute théorie en raison d’une triste fatalité… mais de ce fait qu’il n’existe pas de langage formel permettant d’exprimer – de démontrer, plus exactement – tout ce qui est vrai dans une théorie donnée, ainsi toujours une vérité échappe, quel que soit l’essai de langage que nous faisons, mais… ce n’est pas forcément toujours la même ! Quant à l’indécidabilité, c’est juste le fait qu’il n’existera jamais d’algorithme universel grâce auquel on pourrait décider de la vérité ou de la fausseté d’un énoncé quelconque, ce qui n’empêche pas de traiter le problème en question, mais empêche seulement de s’en remettre à un automatisme. Ces théorèmes fondamentaux, qui ne souffrent aucune objection, ne sont donc pas les expressions des limites de notre raison – comme voudraient le croire beaucoup de philosophes spiritualistes – mais des limites de toute tentative de mécanisation de la pensée… ce qui est bien différent ! ]

La raison des ethnologues

Alors que faire quand surgissent des irrationnels ? On peut évidemment regarder ailleurs, se poser la question de comment font les autres quand ils sont confrontés aux mêmes phénomènes. Les sociétés qui sont restées en marge de notre développement industriel et scientifique et qui n’ont pas eu accès aux propositions de la science ont à nous apprendre beaucoup à ce sujet, car lorsque nous sommes démunis face à des phénomènes imprévus, nous nous retrouvons comme elles, et c’est une leçon d’humilité. Nous renseignent à ce sujet les travaux des ethnologues : Philippe Descola, Nastassja Martin etc. On assiste alors à une superposition de systèmes de pensée. Les travaux des ethnologues ne sont pas « anti-rationalistes » par essence, ils mettent seulement en suspens la voie que notre raison a pu prendre au cours des derniers siècles pour écouter la voix d’une autre raison, laquelle n’est, intrinsèquement, ni « inférieure » ni moins valide puisqu’elle est analysable aussi en termes de cohérence interne (elle est seulement moins universelle, ne s’appliquant qu’à une localité territoriale, celle où se meut la collectivité qui la porte). Je crois qu’on ne peut percevoir cela et résoudre les contradictions qui en résultent (la question du « relativisme » par exemple) que lorsqu’on essaie de saisir ces modes de pensée de l’intérieur, à partir des données qui leur sont accessibles, à partir « du bas » dirait Bruno Latour.

Comment vivre la métamorphose ?

Finalement la question de Kafka dans La métamorphose est : comment se comporte un humain qui se prend enfin pour ce qu’il est, à savoir un vulgaire cloporte ? Qu’est-ce que ça lui fait de se ressentir ainsi ? N’a-t-il pas quelque chose à en tirer de positif ? Le confinement dans lequel nous sommes depuis un an aurait quelque chose, en tout cas d’après Bruno Latour, qui nous obligerait à nous poser ce genre de question. Il aurait donc du bon : « le confinement aide les terrestres à fuir hors de la fuite hors du monde » (p. 132).

Quand il parle de terrestres, il ne nous gratifie pas d’un épithète banal (oui bien sûr, nous sommes terrestres, et pas martiens par exemple), il nous oppose aux « universels », c’est-à-dire ceux qui se verraient bien continuer, comme autrefois, à se projeter dans un univers infini. Il n’a pas l’air de se douter que, malheureusement peut-être, il nous demande un deuil impossible. Nous avons vécu, et des dizaines de générations avant nous, dans l’idée de nous échapper de ce monde fini, de quitter la Terre (au propre comme au figuré) et si nous ne pouvions pas le faire physiquement, de trouver refuge dans un monde mental de théorisations scientifiques, de systèmes philosophiques, de poésie et d’art, toutes activités ayant les propriétés qui nous rappellent sans cesse notre rêve d’infini. Bien sûr, nous étions confinés sur cette Terre, dont la petitesse et l’isolement à l’échelle de l’espace nous effrayaient, mais l’esprit nous dé-confinait (et continue de le faire).

La perspective de Latour semble vouloir même nous priver de ce déconfinement-là. Il faudrait désormais nous contenter d’une pensée près du sol, qui refuse de prendre la tangente, de substituer aux aspérités des astres et des roches, les courbes magnifiques d’un univers aussi silencieux que majestueux…

Je veux bien comprendre tout cela… mais sommes-nous prêts ? Le jeu en vaut-il la chandelle ? Allons-nous dire, comme Latour, qu’il faut imaginer Gregor heureux ? Allons-nous faire ce pari pascalien qui ne consisterait plus, cette fois, à croire en Dieu, mais en Gaïa ? Allons-nous accepter de réintégrer si facilement le règne animal commun? N’y a-t-il pas un hiatus irréductible entre notre volonté d’humanité et notre situation proclamée de terrestre ? Acceptons-nous un avenir de ver de terre ? Certes, Latour et les autres se veulent rassurants : allons, nous ne faisons qu’attirer votre attention vers ces formes de vie que vous avez oubliées, nous ne disons pas que vous devez être vers de terre, juste que vous devriez peut-être parfois vous en inspirer… Bien sûr… mais jusqu’à quel point ? S’il se défend de nous pousser à « abandonner l’humanisme », ce n’est pas par adhésion à ses valeurs, mais seulement parce que, faisant cela, nous ne serions pas fair-play envers les autres espèces ! Il dit : « Abandonner franchement toute prétention à l’humanisme ? La tentation est forte maintenant que les formes de vie courent dans la même direction. Et pourtant, quelle esquive ce serait d’abandonner l’anthropocentrisme juste au moment où les humains modernisés, par leur nombre, par leurs injustices, par leur expansion bel et bien universelle, se mettent à peser sur le sort des autres formes de vie au point d’être mesurés, dans certains calculs, comme l’agent d’une sixième extinction » (p. 136). Mais « humanisme » est-il un mot équivalent à « anthropocentrisme » ?

Est bien sûr originale et féconde l’idée que, loin que l’humanité doive « s’adapter » à son environnement comme si celui-ci avait été toujours-déjà là, elle doit résoudre la contradiction qui consiste dans le fait que cet « environnement », c’est elle, avec ses comparses vivants, les différentes espèces qui l’accompagnent, qui l’a construit, c’est elle, ou plutôt ce sont eux qui ont œuvré à faire d’un tout au départ hostile un monde dans lequel il fasse bon vivre, et que maintenant, elle s’en détache et contribue à faire l’inverse : c’est-à-dire rendre ce monde impossible à vivre, cette idée est même une rupture fondamentale par rapport au discours désormais rituel sur « la préservation de notre environnement » car elle indique qu’il n’y a pas de séparation entre notre environnement et nous, tout cela est un. Mais il ne fait guère de doute que ce « nous » est aussi ce monde de rêves et d’envolées hors du monde qui nous constitue.

C’est là depuis longtemps ce qui est reproché à la pensée écologiste : se détourner avec dédain de nos passions humaines pour les transformer en tares, ou pire, les considérer comme des « péchés ». Or, nous appartenons à notre monde imaginaire autant qu’à notre monde terrestre. L’humain est double : être biologique sensible à tout bouleversement écologique d’un côté, et être de langage et de création spirituelle de l’autre, qui veut bien se nourrir de végétaux bio d’un côté, mais se nourrit aussi, pour l’autre, de voyages, d’amour et de spéculations.

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4 commentaires pour Latour, où es-tu ? – 2

  1. Michel Asti dit :

    Toujours â-même d’initier certaines formes de collision neuronique.. Merci Alain Leconte et bonne journée…

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    • alainlecomte dit :

      Merci; Je commence à lire votre blog, cela me déconcerte un peu, mais c’est très intéressant, j’aime bien votre recherche de liberté d’expression et de pensée. Vous cherchez vraiment à penser par vous-même. Il faut que les blogs de votre genre (et du mien!) se multiplient, c’est la meilleure manière de faire se développer une intelligence collective dont nous avons bien besoin.

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  2. Debra dit :

    Excellent post, excellente analyse, qui pose de vraies questions difficiles.
    Je pense qu’il y a des distinctions à faire : distinguer raisonnement métaphorique, et raisonnement par analogie. Je ne crois pas que les deux soient identiques, et la tentative de les distinguer pourrait être fructueuse.
    Je voudrais que vous développiez la phrase : « ces théorèmes fondamentaux qui ne souffrent aucune objection ne sont donc pas les expressions des limites de notre raison—comme voudraient le croire beaucoup de philosophes spiritualistes— mais des limites de toute tentative de mécanisation de la pensée, ce qui est bien différent. »
    Pour les… raisons, et les logiques différentes, la logique freudienne en est une excellent illustration. Mais… il y a un problème avec la logique freudienne qui peut être vu depuis quelques phénomènes comme la formation réactionnelle, et même la dénégation. Il est fichtrement tentant de tirer TOUTE NEGATION du côté de la dénégation, et là, la logique fait faillite par généralisation abusive du principe d’interprétation. (On peut aussi chercher à distinguer « métaphore/analogi » ET « généralisation ». La généralisation est essentielle pour pouvoir penser, et je crois qu’elle se distingue du processus de synthèse.)
    Pour l’épineux problème du signifiant saussurien…
    La grande trouvaille de Saussure est la nature trinitaire du signifiant, qui permet de le décoller d’un système binaire fait de signes, qui seraient même susceptibles de renvoyer à des… référents. Saussure est beaucoup plus sophistiqué que nos modernes, Alain, et je continue à vouloir faire mon chemin avec lui.
    Donc, petit retour sur le problème du « genre », qui, COMME JE NE CESSE DE LE DIRE, ne traduit pas l’anglais « gender ».
    Les rabbins dans leur interminable et ininterrompu commentaire sur la Genèse font la distinction entre la femme, et le féminin, entre « gender », et « genre », et suggèrent que la naissance mystique de ? (c’est Adam qui lui donne le nom « Havah », la mère de tout vivant, après l’expulsion du jardin), est la naissance du féminin, comme la face cachée de l’Homme. Le féminin et la femme ne sont pas équivalents, et le féminin ne peut pas être réduit à ce qui qualifie la femme dans une forme d’assignation… circulaire.
    La face… cachée de l’Homme qui refuse de devenir… transparent, de se laisser figer dans une interprétation univoque et.. universelle, est-ce l’équivalent de l’irrationnel ? ce qui échappe à une métaphore mécaniciste de la pensée (mais je préfère les métaphores moins mécanicistes, personnellement…je ne répare pas les bagnoles, je fais du tricot.)
    En tout cas, je crois que ce que la civilisation identifie avec le féminin depuis longtemps est ce qui échappe à l’exploration scientifique, et la tentative d’élucider.
    Et voilà aussi pourquoi le féminin est entachée aussi par des inquiétudes qui versent du côté du mal, et du maléfique, avec toute cette… ombre de ce qui est caché. J’aurais même envie de dire que, en remontant jusque dans la nuit des temps, cette ombre de ce qui est caché est.. très noire, très noire…
    Si je parle ainsi, c’est en faisant le constat que l’étymologie trimballe une HISTOIRE de nos signifiants : il ne s’agit pas simplement d’aller chercher l’origine. Non, il faut suivre les méandres pour remonter le temps, et voir les inflexions que les mots ont subis.
    Pour notre folie mélancolique collective actuelle, il y aurait beaucoup à dire sur ce qui se passe quand il n’y a plus de dehors disponible pour expulser ce qui nous empoisonne… dedans.
    Si nous avons domestiqué le monde (mais nous ne faisons que PENSER que nous avons domestiqué ce qui nous est EXTERIEUR à nous, ce qui est OB-JET, ce qui est… caché, et intérieur, que NOUS NE POUVONS PAS VOIR EN OBJET… c’est une autre paire de manche) il n’y a plus de nature extérieure…
    L’opposition DISTINCTIVE la plus importante est peut-être l’opposition « dehors/dedans ».

    Dernière petite trouvaille, que j’ai peut-être déjà partagée, mais on ne sait jamais : je trouve que les travaux de construction sur l’autoroute autour de Grenoble, et les bâtiments transistors dans la nouvelle zone… écologique innovante s’apparentent à des oeuvres de Nibelungen. Les Nibelungen sont de viles créatures… et nous aussi, quand nous nous réduisons en Nibelungen. Qu’on psalmodie le mot « écologie » ou pas, d’ailleurs…

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  3. Debra dit :

    Je vous recommande la lecture du blog « lesamisdebartleby », une mine de vraie pensée par les temps si pauvres qui sont les nôtres.
    Hier, j’ai lu un entretien avec Philippe Muray qui m’a fait RIRE RIRE (il faut le faire…) Jouissif au possible (mais peut-être que vous n’aimerez pas.. moi, j’adore)
    Cordialement.

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