Bouts de textes, films et écritures

la cinémathèquePlace Leonard Bernstein à Paris devant la Cinémathèque Française. Un cortège d’enfants qui s’assoient en cercle au pied d’un arbre. Une nounou et le petit enfant blond qu’elle garde qui ne veut pas rester attaché dans sa poussette , et comme on le comprend… et le manège en bois qui démarre avec des craquements de barque amarrée au soleil. Des petites filles noires dans le mouvement vertical des cheveux de bois et des colombes qui roucoulent. J’aime Paris comme cela, un Paris toutefois qui pourrait tout aussi bien être un Lyon, un Montpellier ou une autre ville… platanes et peupliers les mêmes d’un endroit à l’autre, et les petits enfants aussi, pareils à tous autres…

artoff579Je sors de l’expo sur Antonioni (jusqu’au 26 juillet). Cinquième étage de la cinémathèque. Multiples écrans pour projeter des bouts de films, depuis les tout premiers, datant des années cinquante, sous la double marque du cinéma noir et de Lucia Bose (« Chronique d’un amour », « La Dame sans camélias ») jusqu’au dernier, « Par-delà les nuages ». En passant par « le Cri », « l’Avventura », « La Notte », « L’éclipse », « Désert rouge », « Blow Up », « Profession : reporter », « Zabriskie Point », « Indentification d’une femme », autant de films qu’on a envie de revoir. L’exposition montre l’attachement du réalisateur à sa ville natale de Ferrare, commençant à y filmer dans les années cinquante et y revenant, à la fin de sa vie, dans cet éblouissant film qu’est « Par delà les nuages ». Dans le noir et blanc des années soixante, un cinéma d’épure et d’architecture : dans Rome, Antonioni explore surtout le quartier EUR. « Désert rouge » montre la déliquescence de cette modernité, Monica Vitti, apeurée, mange son sandwich dans un terrain vague d’où surgissent des bulles de savon et des fumerolles peu engageantes.
Antonioni fut aussi un peintre, jouant comme dans « Blow Up », des effets d’agrandissement, mais pour dévoiler sous une tache minuscule des paysages inquiétants et des montagnes arides plutôt que les détails d’un meurtre ou d’une disparition.

pont de BercyEntre la Cinémathèque et la Bibliothèque Nationale, un parc et des jardins (jardin Itzhak Rabin). Au-delà du pont, sur l’autre rive donc : la BnF, avec en ce moment une exposition sur les écritures de Roland Barthes. Tout sur la préparation de son fameux séminaire des années 1973-74 prélude à son « Fragments d’un discours amoureux ». Références multiples à Goethe et aux souffrances du jeune Werther, mais aussi au Tao Tö King.

« Regretté ? REGRETTE : s’imaginant mort le sujet amoureux voit la vie de l’être aimé continuer comme si de rien n’était ».

non vouloir saisir « N.V.S. Le N.V.S. (Le Non Vouloir Saisir, expression imitée de l’Orient) est un substitut retourné du suicide. Ne pas se tuer (d’amour) veut dire : prendre cette décision, de ne pas saisir l’autre. C’est le même moment, où Werther se tue et où il aurait pu renoncer à saisir Charlotte, ça ou la mort (moment, donc, solennel) ».

 Assis dans le parc, lisant « La génération qui a gaspillé ses poètes » de Roman Jakobson (il y a un lien, c’est indéniable, avec Roland Barthes) :

« Le marais de l’existence s’est empli de vase, s’est couvert des lentilles d’eau du quotidien » (Maïakovski).

« Mettez la question de l’existence quotidienne à l’ordre du jour ».

« Le poète est la victime expiatoire sacrifiée au nom de la véritable insurrection universelle à venir ».

« La guerre était terminée… Il n’y avait plus sur le Kremlin que des lambeaux du poète qui brillaient dans le vent comme un petit drapeau rouge ».

poemas_e_poesias_de_vladimir_maiakovskiMais l’insurrection universelle n’est jamais venue. Ne viendra jamais.

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6 commentaires pour Bouts de textes, films et écritures

  1. Sans la poésie nous ne serions que des pantins au regard éteint.
    Sans les lentilles d’eau, le marais de l’existence ne sentirait que la vase.
    Merci de le partage de cette visite si riche que vous envient les provinciaux en mon genre…

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  2. Antonioni : je suis allé à Ferrare, très belle ville qui a gardé ses secrets (on en voit aussi des plans dans « Le Jardin des Finzzi Contini » de Vittorio de Sica.
    Pas encore eu l’occasion d’aller voir l’expo à la Cinémathèque sur cet immense cinéaste ni celle de la BnF consacrée à Barthes (il n’avait pas de tablette pour écrire, mais il aimait la position du scribe) : il y a forcément un lien entre elles, et c’est beau de les mettre en miroir.

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  3. pascale dit :

    Pas encore… mais : « Quand tout a été dit, quand la scène majeure semble terminée, il y a ce qui vient après.  » ( M.Antonioni). Enfin j’espère, un peu quand même … Le regard déterminé de Maïakovski et la voix de Barthes nous y encouragent en tous cas ☺

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  4. Debra dit :

    J’ai déambulé dans ce coin il y a quinze jours. J’ai marché le long de la Seine entre Bercy et le bas des Champs Elysées. C’était drôle de tomber sur des pêcheurs à un moment donné. Une écluse. Un petit monde à une vitesse bien différente de la vitesse quand on monte sur les trottoirs… Ça pourrait presque être la vitesse d’Aubres… Sur le bord de l’eau, c’est difficile que la vitesse soit celle des trottoirs, même ceux avec… les bouquinistes…
    Ceci dit, le coin autour de la BN est parmi les coins les moins agréables pour le promeneur que je suis. Parce que l’architecture moderne ne connaît pas vraiment le promeneur, et l’architecture de ces coins à Paris s’est réduit à.. une vitrine de mon point de vue. Le promeneur, quand il est pensé, est un promeneur qui déambule dans un espace clos pour quelques pas, dans un lieu où RIEN N’EST LAISSE AU HASARD, et où l’aménagite prend des proportions toxiques.
    Non.. je préfère Aubres…Et pas besoin d’expo pour lire Roland Barthes. On peut même se demander si les gens qui déambulent ? dans les expos LISENT Roland Barthes.
    Mais.. je dois être trop pessimiste là…

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    • alainlecomte dit :

      excessivement pessimiste… lorsque j’ai visité l’exposition, il y avait en même temps que moi des gens qui lisaient Barthes avec passion, et le commentaient de manière très intéressante. Quant au parc dont je parle, il n’a rien de trop léché, c’est même un certain laisser-aller bien sympathique. Quand on approche de la BnF… j’dis pas.

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