Haewon

???????????????????????????????J’ai un faible pour les films coréens et particulièrement pour ceux de Hong-Sangsoo, qui me rappellent nos émotions de jeunesse devant les films nouvelle vague des années soixante. Il y a de l’Alain Resnais et du Jean-Luc Godard chez cet homme-là. C’est presque toujours la même histoire, avec les mêmes figures de style, mais je ne m’en lasse pas. Déjà celui avec Isabelle Huppert (Another Country) m’avait enchanté : il s’agissait d’écrire quatre fois la même histoire, avec des modalités différentes, mais le thème était toujours le même : une femme – en l’occurrence la belle Isabelle, que les hasards de la vie avaient rapproché d’un homme coréen – dans l’attente de son homme, qui viendra, ne viendra pas… et dans cette attente : les rencontres, d’autres hommes, un maître-nageur, la plage et sa mer légèrement surexposée – comme, déjà, dans « Hahaha », un autre film de Hong-Sangsoo. Le réalisateur s’amusait à semer des objets dans une histoire… qu’on retrouvait dans l’autre, clin d’œil à la multitude des mondes possibles et aux éventuelles communications entre eux. Le dernier film, « Haewon et les hommes » est en couleurs (à la différence du très beau « noir et blanc » qu’était The Day He arrives) et profite de la couleur : l’héroïne, qui cherche à devenir actrice, jouée par la belle Jung Eunchae, a un magnifique pull rouge, de nombreuses scènes ont lieu en haut d’un fort qui surplombe la ville (Séoul ?) et qui est orné de superbes oriflammes. Le partenaire de l’héroïne d’ailleurs, s’enflamme : « quelle belle invention » dit-il en parlant des drapeaux et on comprend que ce n’est pas affaire de glorifier les symboles mais plutôt de s’émerveiller de ce qu’ils permettent de mettre des couleurs dans le paysage, la fonction que leur donnait fort bien Utrillo par exemple qui ne dédaignait pas ainsi l’occasion d’étaler des accords de bleu, blanc, rouge.

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???????????????????????????????La charmante Haewon est désespérée de voir sa mère partir pour émigrer au Canada, les deux femmes ont un long entretien plein de tendresse au début du film, au cours duquel Haewon promet à sa mère de s’occuper d’elle plus tard, quand elle sera vieille, ce qui émeut la femme mure, elle trouve que sa fille décidément « est une belle personne » et le lui dit, et nous sommes convaincus dès cet instant, comme nous le resterons tout au long du film, qu’en effet Haewon est une belle personne. Dommage que les hommes ne soient jamais à la hauteur. Décidément les hommes coréens semblent encore pires que ce qu’on nous dit que sont devenus les hommes sous nos latitudes : jamais près à s’engager, toujours indécis, veules. C’est ainsi que se présente Monsieur Lee, un réalisateur avec qui la jeune femme a eu une aventure amoureuse et qu’elle retrouve après la séparation d’avec sa mère. Monsieur Lee souffre d’une peur terrible du qu’en dira-t-on. Tout doit resté caché, alors que bien entendu tout finit par se savoir… Monsieur Lee, passé de la réalisation au professorat, ne veut pas que ses étudiants sachent qu’il est sorti avec Haewon, mais lorsqu’ils prennent des verres de saké, tous ensemble (on boit beaucoup dans ce film, comme dans beaucoup de films coréens !), cela finit par éclater. Drôle de société (mais la notre dans le genre peut sûrement lui être comparée) où il semble encore que le pire défaut que l’on puisse reprocher à quelqu’un (ici Haewon) est… d’être métis. Cela justifie aux yeux des jeunes rassemblés qu’elle soit « vraiment spéciale » alors qu’elle est tout simplement sincère et vivante. Monsieur Lee parti sur un caprice idiot, Haewon rencontre un autre homme, professeur aux Etats-Unis qui, tout de go, déclare qu’il veut l’épouser… mais monsieur Lee revient, partie de yoyo en haut du château. Pour couronner le tout, subtilement, le réalisateur sème le doute dans notre esprit lorsqu’à la fin, Haewon se réveille dans la bibliothèque où nous l’avons vue choisir un livre en anglais – ça fait classe de lire un livre en anglais, ici un livre de Norbert Elias – et nous ne saurons pas si toutes ces rencontres, elle les a vraiment vécues, ou si elle les a rêvées…  Hong-Sangsoo aime les femmes (comme personnalités), il aime les actrices, à qui il décerne les beaux rôles, il aime celles qui sont sûrement pour lui « les belles étrangères » : Isabelle Huppert dans son précédent film, et Jane Birkin, dans celui-ci, qui joue le rôle d’une touriste et fait un passage éphémère… Voilà beaucoup de raisons d’aimer Hong-Sangsoo.

?????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????(Photos prises au cours de la projection du film, dans la salle du cinéma « Le Mélies », à Grenoble. Je ne sais si c’est très autorisé… toujours est-il que c’est un plaisir immense que de photographier d’aussi belles images. Que les distributeurs du film me pardonnent).

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3 commentaires pour Haewon

  1. louise blau dit :

    souvent, il m’arrive de penser en lisant vos notes de lecture, de voyage, de cinéma, qu’elles donnent envie (de voir, de lire, de faire) parce que vous écrivez ce que vous ressentez, sans fioritures, sans ambages, avec sincérité, et finalement, je m’aperçois que si je le pense, je ne le dis pas souvent

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