Retour sur Nature et Idéal

Je suis retourné à l’exposition « Nature et idéal », elle mérite d’être visitée deux fois, une fois pour la découverte et une fois pour vérifier la conformité de son souvenir. Par exemple, cette petite toile si célèbre de Elsheimer, sur cuivre, vous ne la verrez pas, elle n’y est pas, c’est moi qui ai extrapolé. Des Elsheimer, je n’en ai vu que deux, des sujets religieux. Et puis quel était donc ce peintre qui avait de façon si évidente déplacé un monument d’un lieu vers un autre et quel était ce monument déjà, eh bien c’était le temple de la Sybille, sis à Tivoli, et qu’on retrouve en bord de mer… L’auteur ? c’est un quiz. Devinez. Allez, je ne vais pas vous faire moisir plus longtemps : c’est Jan Brueghel. Et puis je ne me souvenais plus très bien de cette fuite en Egypte, pourtant un grand tableau, qu’on ne finit pas de contempler à cause de tous ses détails, enfants qui jouent dans l’eau de la rivière (on pouvait autrefois paraît-il voir un filet de rouge s’échapper d’une bouteille), moutons sur un promontoire, roue de moulin à eau, et la famille sainte réduite à n’exister que dans un tout petit coin, en bas à droite, cheminant avec un âne. Oui, c’est le Dominiquin qui a peint ça. De même que c’est Giovanni Lanfranco qui a peint cet épisode du Roland furieux de l’Arioste, quand Roger délivre Angélique du dragon (« l’hippogriffe »), quelle scène ! quelle étreinte ! c’est qu’il la tient fort dans ses bras le Roger, son Angélique, mais hélas l’instant d’après (enfin, à ce qu’on dit), elle va mordre un anneau qui va la rendre invisible. Mais (question) quand une femme devient invisible, ne garde-t-elle pas quand même ses formes, voluptueuses au toucher ? Après tout, c’est comme si Roger devenait aveugle, qu’est-ce que ça changerait à la force de son étreinte ? En tout cas, c’est l’hippogriffe qui fait une sale tronche.

Mais soyons sérieux, il y en a un dont je n’ai presque pas parlé, la dernière fois, c’est Nicolas Poussin, probablement parce que je ne m’en sentais pas la force. Il s’extrait lui-même de cet ensemble, tellement sa manière de peindre apparaît transcendante. A partir du paysage avec Jean devant Patmos, et de celui avec les funérailles de Phocion, Nicolas Poussin a découvert quelque chose, c’est la géométrie descriptive, l’œuvre de Desargues et on sent tout à coup que les paysages pourraient se multiplier et se complexifier à l’infini, puisqu’on possède un truc infaillible pour les fabriquer. D’ailleurs, toujours à ce qu’on dit, n’avait-il pas inventé une machine optique pour cela ? En tout cas, il y a loin de Carrache à Poussin. La guide d’un groupe disait fièrement que c’était ça « l’esprit français », allons donc madame… cette technique-là, elle aurait aussi bien pu éclore ailleurs, les géomètres savants n’ont pas existé qu’en France. Et il n’y a pas que la technique. Le contraste des teintes, les assortiments osés de couleurs pastel, l’audace de points de vue nouveaux. On entre dans un autre siècle.

tableau : Poussin, Les cendres de Phocion ramassées par sa veuve

NB: diverses contraintes, de nature familiale et de nature professionnelle m’ont tenu éloigné du blog et risquent de m’en tenir à l’écart encore quelques temps…

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Un commentaire pour Retour sur Nature et Idéal

  1. Je vois souvent cette affiche accrochée en haut d’un mât, place de la République, mais je n’y suis pas allé, donc je la visite ici pour la deuxième fois ! Poussin a grandi…

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