D’un vieux pays…

« Je vous parle d’un vieux pays » disait de Villepin à la tribune de l’ONU… et chacun d’applaudir. Le « vieux pays », c’est synonyme de sagesse, d’expérience. Parce que je vous parle depuis un vieux pays, je peux d’autant mieux vous apporter des conseils éclairés : ne faites pas cette guerre, inutile et dangereuse. Soit. Mais attention, le grand âge ne suffit pas toujours. Pour un vieillard heureux et sage que nous rencontrons auprès de son arbre, dans quelque village provençal qui n’existe plus que dans la littérature, combien de vieillards aigris qui n’ont à la bouche que des recettes d’un autre temps ? « Ah, de mon temps… » on n’aurait pas fait ci ou pas fait ça, de mon temps etc. De mon temps, on envoyait les récalcitrants en camp de redressement, les femmes étaient au fourneau, et les étrangers filaient droit. Les mauvais élèves étaient châtiés (coup de règle sur les doigts), et on laissait les familles laver leur linge sale. Oui, la vieillesse d’un pays, c’est cela aussi : le radotage, l’absence de peur du ridicule, le retour aux « solutions » du passé. Pendant que les médias, pleins d’innocence, font semblant de tresser des lauriers aux manifestants de Tunis et du Caire, en vantant leur – indéniable – idéal démocratique, que font les « vieux pays » de leur « démocratie » ? Un « vieux pays » comme la France, monsieur, madame, réveille ses fantômes du passé, c’est dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe, n’est-ce pas ? Dans son célèbre, « De quoi Sarkozy est-il le nom ? », Badiou établissait déjà le lien de filiation entre Pétain et Sarkozy, c’était prémonitoire. Aujourd’hui nous devrions préciser cette idée : un tel lien n’était pas encore évident, manifeste, il n’était que potentiel : on n’avait pas encore tout vu. On n’avait vu ni les discours sur les Roms, ni, surtout, la mise en place, lente et progressive, des conditions parfaites pour un retour direct, et non métaphorique, à Pétain, sous les traits désormais d’une dame blonde qui crève l’écran (parce que personne en face ne sait lui répondre) et dont on nous dit qu’elle ne cesse de progresser dans les sondages. La France est un vieux pays. Oui. Philippe Sollers avait avancé en son temps les adjectifs de « moisie », de « rance », ce qui lui avait coûté une volée de bois vert, mais je ne crains pas de le reprendre. Qu’y a-t-il en effet de plus rance qu’un pays qui porte désormais aux nues un journaliste digne de « Je suis partout » en la personne d’un Zemmour se glorifiant de ses condamnations pour propos racistes. Le racisme (voyez comme le mot va bien avec esprit rance, racisme – rancisme) se porte de mieux en mieux dans le pays de France. Lorsque des personnes de bonne compagnie se retrouvent dans le café chic d’une ville de province, elles établissent une connivence en tenant des propos « sur les bronzés » et quand, en rage, vous le leur faites remarquer, elles sont révulsées comme si on brisait leurs jouets. Quatre ans de sarkozysme ont suffi pour faire de ce pays un gouffre d’où nous ne sommes pas sûrs de sortir en 2012… car nous verrons alors resurgir le style d’attaques d’un autre temps, des années trente, contre Strauss-Kahn, déjà on a évoqué son absence de « terroir »… qu’attendent-ils pour l’accuser de « cosmopolitisme » ? qu’attendent-ils pour exhumer les vieux clichés anti-sémites ? Tout cela parle, hélas.
Sauf miracle… les années prochaines s’annoncent sombres. Il y a certes une jeunesse en France, mais étant donné le peu de considération dans laquelle le pouvoir la tient, il est normal de s’attendre à ce qu’elle s’abstienne massivement, attendant peut-être un jour prochain où elle se décidera à manifester dans les rues, à l’instar des jeunesses tunisienne et égyptienne aux cris d’un « xxx, dégage ! ». Attendons-nous alors à ce que ceux qui font aujourd’hui semblant de glorifier l’héroïsme de ces dernières ne l’entendent plus du tout de la même oreille… arguant que la démocratie n’est pas la voix de la rue, qu’il y a des urnes pour ça… autrement dit des élections. Truquées par l’argent, truquées par les sondages…

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2 commentaires pour D’un vieux pays…

  1. Sarkozy est au plus bas de sa popularité depuis son élection, d’après le dernier sondage, aujourd’hui, du Nouvel Observateur.

    La montée de Marine Le Pen (même si DSK n’a pas été mis en concurrence, mais l’Institut Harris va refaire l’enquête…) est un signe, même si, là encore, « ce n’est qu’un sondage ».

    Certains à gauche commencent à réfléchir : ainsi José Bové se demande quelle est l’utilité d’un(e) candidat(e) des Verts en mai 2012.

    Le racisme, porté par un Zemmour (entre autres), plumitif primitif accueilli en grandes pompes par un Jean-François Copé, se développe, et « les flux migratoires » contre lesquels le petit épicier (pas arabe) de l’Elysée nous a mis récemment en garde, et qui sont dus aux « révolutions arabes » chantées par Guaino sans aucun complexe, après qu’il a été passer son réveilllon de fin d’année à l’ambassade de France à Tripoli, se conjuguent pour créer le climat délétère qui commence à empester sérieusement.

    « La France moisie » décrite par Sollers est en état avancé de décomposition. Mais dès les élections cantonales, le gouvernement va avoir un réveil difficile. Si Sarkozy invite Dominique de Villepin à « petit-déjeuner », c’est pour essayer de décourager sa candidature à la présidentielle : le plus haut personnage de l’Etat ne sait plus où donner de la tête dans cette perspective.

    Alors, les urnes ou les rues ? L’allumette est là : qui la craquera ? Le « vieux pays » sait prendre, quand on s’y attend le moins, une figure de jeunesse.

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  2. Jean-Marie dit :

    Hier, en regardant l’émission sur Mendès France sur France 2, avant-hier, en écoutant Bardinter sur France Inter, je rêvais à une France dont les gouvernants, vieux ou non, avaient les mêmes valeurs, les mêmes « vertus ». Sans savoir vraiment s’ils seraient vraiment écoutés dans l’état déplorable dans lequel 4 ans de sarkozysme, qui suivaient 5 ans de chiraquisme, a laissé l’état mental et idéologique de notre « vieux pays ».
    L’indignation de Hessel, aussi naîve soit-elle, est indispensable. Mais après ? Ne pas négliger mai 2012, NE PAS RECOMMENCER L’ERREUR DE 2002. En cas de duel entre MLP et Sarko, beaucoup ne voteront pas Sarko, tellement dégoutés par ce personnage. Il faut donc obtenir qu’ un socialiste, aussi imparfait soit-il, soit présent au second tour, que ce soit contre Sarko ou MLP.

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