Une Micheline pleine d’entrain

Quelle jubilation ! Aimant la Suisse (enfin, une certaine Suisse) et aimant les femmes (alors, vous pensez… les femmes suisses !), je ne peux faire mieux que vous aiguiller vers ce billet du blog de Dunia, où il est question de la dernière action de la pétillante et pleine d’humour actuelle présidente de la Confédération, j’ai nommé madame Micheline Calmy-Rey, représentante du Parti Socialiste au sein du Conseil Fédéral. Je rappelle pour les ignorants que la présidence helvétique est tournante, chaque année un membre du Conseil Fédéral est désigné, non sans toutefois être passé devant le Conseil National pour un vote de ratification. Cette année, la présidente a eu un des plus mauvais scores jamais obtenus. Pas étonnant : elle dérange. Regardez cette carte de vœux qu’elle a choisie : là est, paraît-il le scandale. C’est une image tirée d’une vidéo de l’artiste suisse Sylvie Fleury.

« On y voit – dit Dunia – les jambes d’une femme chaussée de talons aiguilles, écraser les boules d’un sapin de Noël. Naturellement la Suisse entière est en émoi. Pour ma part, je suis pliée de rire. Bravo Micheline. Il fallait oser! »

Pensez : un, les boules du sapin, symboles de Noêl… fête religieuse par excellence !
Et puis deux, des hommes s’étranglent : pour eux, les boules sont le symbole d’autre chose et, ce faisant… madame Calmy-Rey révèlerait « sa haine de la gent masculine » !!!

Micheline est souvent caricaturée dans la presse tabloïd sous les traits d’une Cruella (son visage anguleux s’y prête un peu). Elle est en tout cas l’antidote salutaire à une Suisse vieillotte et ultra-conservatrice représentée par l’UDC. Elle incarne la Suisse inventive et créative, celle qui, déjà, s’était illustrée lors de la fameuse grande expo de 2002, mal acceptée par une partie de la population parce qu’elle avait été placée sous le signe d’un léger décalage vis-à-vis de la Suisse ronronnante (les vaches, le chocolat et les géraniums). Déjà une femme s’était fait connaître à l’époque, une vidéaste également, la fameuse Pipilotti Rist, dont on peut voir des œuvres au centre Pompidou (où on pouvait en tout cas en voir dans le cadre de l’exposition « elles au centre Pompidou »). La Suisse mâle et chauvine se voit ainsi contestée allègrement par des femmes jeunes, intelligentes et pleines de drôlerie.

Si seulement, cela pouvait franchir la frontière. Si seulement nos politiques (et en particulier nos femmes politiques) s’en inspiraient, pour enfin nous faire rire. Non pas d’un rire de moquerie ou de dédain, mais d’un rire sain, de ceux qui renversent les tabous et les préjugés, de ceux qui libèrent enfin.

Mais en place de cela, chez nous, on a pris l’habitude de rire DE la politique, et d’installer en héros des amuseurs grassement payés dont c’est le métier de tourner en dérision le politique, pour le grand bien de ceux qui en profitent : d’un côté les tribuns (« qu’ils s’en aillent tous »), de l’autre les patrons de chaînes de radio ou de télé qui encaissent les dividendes. (Lire à ce propos l’intéressante chronique de Jean-Claude Guillebaud dans « Télé Ciné Obs » n°2407 – dont on peut lire aussi ce billet, qui à mes yeux complète mon billet précédent).

Merci Dunia de nous avoir fait connaître cet épisode réjouissant de la vie helvétique.
Pour un petit moment agréable en compagnie de Pipilotti Rist : ici.

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8 commentaires pour Une Micheline pleine d’entrain

  1. La Suisse peut nous servir d’exemple en certains domaines, si on ne parle pas des minarets interdits, des étrangers menacés, du secret bancaire, etc. Il manque juste quand même maintenant quelques cinéastes… (Godard fait partie du patrimoine français, non ?).

    Sur le plan politique, oui, une femme nous changerait agréablement, mais il ne semble pas que ce soit demain la veille : la plus haute fonction de l’Etat est plus facile à assurer ainsi au Brésil qu’en France.

    Quant à l’article de Jean-Claude Guillebaud, il vise bien un certain « cynisme désabusé » (et donc le rejet de solutions politiques se référant aussi à l’Histoire).

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  2. lignesbleues dit :

    les petites fugues…

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  3. lignesbleues dit :

    post scriptum : pour ce qui est des « boules brisées » hum, n’est-ce-pas, après tout, la monnaie de la pièce, si j’ose dire, ou plutôt un décryptage des fantasmes talons et aiguilles et bas de soie, fantasmes des uns auxquelles les unes se prêtent si complaisamment, donc une critique des deux ?

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    • alainlecomte dit :

      certes, mais l’humour est là, dans l’ambiguïté. Comment tout en ironisant sur l’autre, on est prêt à faire un tantinet d’auto-dérision. Cela tombe bien avec Micheline Calmy-Rey qui, justement, est une femme élégante, dont on devine la fascination pour les talons aiguilles et les bas résilles.

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  4. michèle dit :

    Carte de voeux très sexy, bravo !

    Sinon, à la Chaux de fonds, sont nés natifs Blaise Cendrars et Le Corbusier : vous m’excuserez du peu.

    Pour le cinoche, il fait trop froid ; cinecitta est bien plus au sud. Une fontaine en Suisse serait de la glace très vite : n’imaginons pas Anita Ekberg la goutte au nez, nonnnnnnnnnnnnn.

    Pour les talons, faut attendre les parquets cirés et lambrissés, comme à Vienne. Les boules, il en reste 28 intactes (j’ai compté ric/rac) : les hommes font montre de capacité d’adaptation, bravo !

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  5. Quotiriens dit :

    On prendrait volontiers son train.

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  6. Et que dire, de plus, du tapis rouge?

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