Combe de l’A

 

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Le sentiment d’atteindre un col est toujours euphorisant : on a transpiré dans la montée, d’abord sous les arbres puis entre les prés, on s’est arrêté un peu près d’une bergerie en regardant au loin l’arête judicieusement nommée « des éconduits » (car en effet, on y éconduisait, non pas quelque amoureux malheureux, mais, plus légalement, les contrebandiers, les passeurs de cigarettes, les fuyards, voire les faux monnayeurs, comme l’illustre Farinet),

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on a rencontré en chemin trois chamois, qui ne s’étaient rendus compte de rien car nous étions à contre-vent, et qui nous regardent étonnés, perplexes, avant de s’éloigner des fois que
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oui des fois que nous soyons des braconniers, comme l’ami J-M, le restaurateur d’Orsières, qui venait ici se fournir en viandes délicieuses (19 au Gault et Millaut le restaurateur d’Orsières !), et le paysage s’est fait plus âpre, on a longé une tache de neige, l’herbe a disparu pour laisser la place aux pierriers. Le col est une figure géométrique classique : le minimum des maxima.

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Il est marqué par un piquet, ici tout au moins, car sous d’autres latitudes, je veux dire en Inde, au Tibet, au Népal, il est en général marqué par un enchevêtrement de fils issus d’un mât commun auxquels sont accrochés des drapeaux de prières. Mais ici, en Europe, il y a un simple piquet et des restes de clôture pour délimiter les enclos des moutons. Atteindre le col c’est aussi, toujours, voir enfin l’autre côté…. Un côté forcément différent des choses, une autre vallée, peut-être plus aride, ou au contraire plus verte, mais qui encore débouche au loin sur une autre chaîne, avec d’autres cols, et entre les chaînes peut-être un village, ou une simple cabane, un replat marécageux où dorment des tétards. Ce col-ci est celui du Névé de la Rousse.

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Beau nom n’est-ce pas ? comme si la Rousse avait un névé pour elle, mais point de belle irlandaise ici, le col est roux à cause de la pierre qui est rouge, et qui contraste avec le blanc des neiges. Quand on saute de l’autre côté, on atteint la combe de l’A,

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une des combes les plus sauvages des Alpes. Point de rencontre ici, au moins jusqu’au chalet de la Tsissette. Le relief est tel que nous l’a laissé le lent travail des glaciers avant qu’ils ne se retirent. On pourrait crier et l’écho de nos voix nous reviendrait après qu’elles aient frappé les flancs relevés où devraient en principe errer des chamois à la recherche d’une herbe encore non goûtée, mais le silence n’est troublé que par les cris stridents des marmottes. Un peu en contrebas du col, la cabane de la Vouasse, aujourd’hui désertée et plus bas encore cette Tsissette : retour à la civilisation (les voitures peuvent arriver très près, trop près). A ce chalet transformé en auberge, nous rencontrons Achim,

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l’ancien vacher du Mont Percé à la fin des années quatre-vingt : il officia avec deux fromagères que nous connaissions bien. Tous travaillaient là l’été pour se payer un hiver indien (Goa ou Manali, qu’importe pourvu qu’on eût l’ivresse…). Uchi, la bergère belge aux cheveux ras partait volontiers méditer dans un monastère bouddhiste, tandis que Françoise avait marié un Espagnol qui nous faisait, cet été là, la Paella. Nous évoquons tous ces beaux souvenirs avant de repartir, la route est encore longue avant d’atteindre Orsières, d’où il faudra prendre le car pour rejoindre notre point de départ.

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6 commentaires pour Combe de l’A

  1. Très jolie excursion qui nous fait respirer le grand air, loin des miasmes politiques gouvernementaux : ce papillon est libre, il ne connaît pas le « principe de précaution » qui voudrait qu’il ne se pose jamais à portée d’un filet rôdeur, en cordes ou numérique.

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  2. On respire à lire et parcourir ce billet.
    Achim? Il me semble que ce prénom est cité aujourd’hui chez Posuto dans un contexte moins tranquille, hélas.

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  3. alainlecomte dit :

    Bonjour Chantal
    oui, même prénom, je n’avais pas fait attention. et l’histoire que raconte Kiki est bien plus triste…

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  4. kamizole dit :

    autant de photos et de texte qui me donnent la nostalgie de « mes » Alpes (l’Oisans, de la Grave au Valgaudemar) que je préfère de loin à celles du Nord. L’âpreté des paysages, l’accent chantant et l’accueil nettement moins commercial que du côté de Chamonix.

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  5. alainlecomte dit :

    l’herbe est du même vert partout… la neige fond pareil, et les chamois parlent le même langage!

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  6. Ibex dit :

    Un endroit magnifique que l’on ne connait jamais assez. Chaque petite combe transversales est unique et recèle des joyaux botaniques, faunistiques ou géologiques. Bref, un endroit dont on ne peut que tomber amoureux, et qui est ici décrit avec beaucoup de sensibilité et de simplicité. Beaucoup de plaisir à vous lire.

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