Histoire d’Angellina, modèle du Bronzino (suite)

eleonora_von_toledo.1214751013.jpgJe reprends la suite de mes confidences. Peut-être me reconnaitrez-vous encore dans ce portrait d’Eléonore de Tolède, épouse de notre président prince, je veux parler de Cosme 1er dont la statue équestre orne la place de la Seigneurie depuis quelques années, magnifié qu’il fut ainsi par l’art triomphant de Jean de Bologne.

florence-cosme-1er.1214749983.JPG
Eléonore, la vraie, n’était pas aussi belle que cela, mais que voulez-vous, nos princes avaient découvert la vertu de l’image, ils trouvaient que décidément pour leur pouvoir et leur prestige, il fallait être accompagné d’une jeune et belle femme et si cela n’était pas le cas dans la réalité, il y avait toujours heureusement la ressource des peintres qui leur ajouterait tout l’éclat dont ils sont capables, en s’aidant bien sûr de modèles qui se substitueraient aux vrais personnages. On se mit alors à les vénérer, à faire d’eux des demi-dieux car c’était eux finalement qui tenaient les cordons de la représentation, et la représentation c’est presqu’aussi important que la bourse. La peinture, comprenez-moi, était notre principal médium, le peuple et les princes étrangers nous voyaient à travers elle. Alors inévitablement, elle a dû changer, s’adapter aux nouvelles exigences du temps.
giotto.1214750669.JPG
Elle était loin l’époque où un Giotto di Bondone benoitement recherchait la vérité des visages en s’inspirant des gens du peuple qui peuplaient nos villes et nos campagnes : il fallait faire du beau. On fit donc du beau.
Et nous tous, modèles, posèrent tantôt nus tantôt vêtus des habits les plus riches. On ne concevait plus une Vierge qui n’eût les traits de la plus belle d’entre nous ni les atours d’une princesse. Le rôle de la peinture était d’ailleurs devenu tel que notre prince de Médicis s’empressa d’y mettre le contrôle de l’Etat. Il avait imaginé une sorte de Conseil Supérieur des Arts visuels, mais s’il n’alla pas jusque là, il mit tout de même en place une sublime Académie et fit diriger le monde des Arts par son principal intellectuel d’Etat, je veux parler de ce Giorgio Vasari qui n’arrêtait pas de nous tourner autour comme s’il nous inspectait. Mon maître, Agnolo, lui-même succomba à cet attrait des honneurs, de l’argent et des pouvoirs et il ne dédaigna pas de siéger dans la nouvelle Académie de Dessin créée à l’instigation de Cosme. Bref il ne manquait plus qu’à demander aux compagnes de nos princes (ou à leurs remplaçantes) de pousser la chansonnette…

Cet article a été publié dans Art, Nouvelle. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s