week end chargé

Ce week-end, deux spectacles surprenants de qualité : « Scream and whisper », la chorégraphie de Saburo Teshigawara, et « L’année suivante », film de la jeune réalisatrice Isabelle Czajka.

604portrait-scream-and-whisper-mc2.1171361091.jpgLa danse d’abord. Je ne suis pas un fan de danse. La plupart du temps (honte) quand je vois un spectacle de danse, je me cale dans la position « pensons à autre chose tout en regardant les jolis mouvements de corps ». Ce ballet de la compagnie KARAS (installée à Tokyo) ne me l’a pas permis. Les mouvements saccadés, stroboscopiques, incarnaient trop bien une musique techno. Corps machines, corps qui crient, gesticulent et se tendent. Corps comme habités par un mécanisme sans retenue. Et puis là où il est impossible de prendre la position « repos » c’est dans le merveilleux duo où les danseurs ont de petits micros, sécrètent eux-mêmes leur musique : ce sont leurs souffles et leurs chuchotement. Les corps se frôlent comme les mots se murmurent. On est pris comme par une conversation intime à l’intérieur d’un couple, où se racontent des souvenirs, des peurs inavouables, des secrets que l’on s’arrache l’un à l’autre. Grand moment d’émotion.

Le film ensuite. Un film assez court (1h30). Une jeune comédienne excellente, Anaïslanneesuivante.1171361150.jpg Demoustier. Une autre, plus connue et même célèbre : Ariane Ascaride. Une ado de 17 ans accompagne les derniers instants de son père (Bernard Lecoq) puis se retrouve en déshérence, en tête à tête impossible avec sa mère qui, elle, s’absorbe dans le travail, dans la recherche de nouvelles relations (le vendeur d’appartements), une ado donc, qui ne peut qu’aller contre le mur de l’échec. Scènes pleines de vérité en milieu lycéen. Seuls moments de chaleur auprès d’une copine d’origine africaine et quand Emilienne (c’est le nom de l’ado) va en visite dans la famille de cette copine (seuls moments d’un contact vrai quand la mère lui fait de petites tresses ?). Elle essaie bien d’appeler son professeur de français, qui met en scène une pièce de théâtre avec les élèves. Appels timides. Et tout cela filmé dans un décor de banlieue qui met à jour de quoi sont faits nos quotidiens depuis bien longtemps, sans qu’on s’en rende compte, tant ces paysages sont intégrés à nos inconscients : des entrepôts, des grandes surfaces, des méga-affiches de pub, des lignes de bus, des RER, des abribus, des gares transparentes, des baies vitrés qui ne donnent que sur d’autres baies vitrées. La mère, à un moment, a l’idée de distraire sa fille en l’emmenant une semaine à Djerba, (semaine « dégriffée » !). On y retrouve les mêmes constructions modernes de toc et quand la mère et la fille font une balade en car, on ne sait pas très bien si cela se passe en Tunisie ou bien si elles sont déjà revenues en banlieue. Le film se termine comme il doit se terminer. Par la disparition. Le personnage s’efface et rejoint l’anonymat de tous, de toutes, un corps évanoui dans les grandes surfaces.

Et entre ces deux spectacles, le discours de Ségolène Royal, magnifique, solidaire, avec accents mitterrandiens. Le seul à évoquer les problèmes de banlieue, notamment, en termes justes.

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